‹ Voyage à PompéiChapitre 7 sur 31 · C. MVNATIO FAVSTO AYG. ET PAGANO · texte numérisé non relu

C. MVNATIO FAVSTO AYG. ET PAGANO

CYI DECVPxIONES CONSENSV POPVLI

BISELLIVM OB MERITA EJYS DECREYERYNT

HOC MONIMENTVM N.EVOLEIA TICHE

LIBERTIS SVIS

LIBERTABYSQ. ET C. MVNAT. FAYST

YIYA FECIT.

Nœvoleja Tiche , affranchie de Julie , a érigé , de son vivant, ce monument pour elle et pour Cafus Munatius Faustus Augustaux , et habitant de ce bourg, qui a ynérité que les Décurions , du consentement du peuple , lui donnassent la décoration du Bisellium; elle l aérigé aussi pour ses affranchies et affranchis.

Ce tombeau consiste en un grand bloc de marbre taillé tn carré long, soutenu par deux gradins, qui ont, pour appui, de grosses pierres volcaniques de la même étendue. Il est décoré, sur ses angles, d'ornements fort nobles, et surmonté d'une corniche élégante. Deux groupes de feuillages terminent ç,qî, deux côtés les plus éloignés. Dans \qs, ornements supérieurs en sculpture, on remarque le buste de Nœvolefa , ayant des pendans à ses oreilles; au-dessous de l'inscription que nous avons transcrite, est un bas-relief, représentant un sacrifice ; on y voit

dans deux groupes dix-huit personnages. Dans le centre sont deux jeunes hommes, posant l'offrande sur l'autel. Du côté opposé , qui est | en regard de la porte de Pompéi^ est figuré le hisellium : c'est un grand siège oblong , soutenu par quatre pieds, sans dossier, couvert d'un coussin, avec des franges pendantes. Par la sculpture de ce hisellium , nous avons su enfin ce qu'était cette récompense; il en est souvent parlé dans Guttery et dans d'autres recueils d'antiquité -, mais jusqu'à ce temps la sagacité des antiquaires s'était exercée vainement à en chercher l'explication, particulièrement Chementelîio. Nous savons à présent que ce privilège honorifique consistait à s'asseoir, aux fêtes publiques et dans les réunions populaires, sur un siège à deux places, ou hisellium. Le côté du monument en marbre qui regarde le septentrion , représente une barque avec deux mats , l'un dressé , l'autre penché -, au faîte du premier, une voile carrée est attachée-, on voit au timon un homme assis, portant des cheveux courts : il est vêtu d'une tunique qui descend à peine à ses genoux. Deux jeunes hommes nuds sont cramponnés au mât penché, comme s'ils voulaient amener la voile, tandis que deux autres se laissent couler sur les cor-

des, el qu'un troisième, vêtu d'une courte tunique, et debout, les réunit. La barque est terminée par une tête de Minerve du côté de la poupe, et par une tête d'oie, emmancbée sur un long col du côté de la proiie -, le navire est sans rames. Un pareil emblème, sculpté sur un tombeau, semble bien exprimer que ce n'est qu'après avoir souffert de la tempête que l'homme termine sa vie au port.

Après ces visites extérieures du monument , nous pénétrâmes daus son enceinte par une porte fort basse-, des murs, soutenus par des petites pyramides , précédent feutrée du caveau, qui nous fut ouvert, et que nous trouvâmes bien conservé. C'est un espace d'environ six pieds carrés, où nous observâmes deux rangs de niches, ou placards, cinq dans la partie supérieure, et six au niveau du terrain. Daus la plus grande de ces niches, vis-à-vis l'entrée, on a trouvé une grande amphore d'argile avec une quantité de cendres et d'os qu'on a amoncelés sur un entablement qui régne tout au tour du caveau. On présume que ce sont les restes de Nœvoleja et de Munatius réunis. Quatre autres urnes de rosette fort communes , aj^ant leur couvercles, contenaient des résidus semblables d'autres individus. Au jour-

d'hui ces iirues sont placées sur l'entablement. Auprès de chacune d'elles, on avait trouvé une lampe d'argile, et dans une partie de ce caveau, une quantité d'autres lampes. Parmi ces débris de la mort, on remarqua des monnaies de bronze , destinées à solder le fatal passage. Mais la découverte la plus singulière que l'on fit dans l'intérieur de ce monument, fut celle de trois vases de verre à large ventre , qui étaient renfermés dans autant de vases de plomb , garnis de couvercles en verre bien lûtes. Ces vases ont des anses attachées à leur col étroit , et qui figurent à peu prés la lettre M j Ils étaient pleins d'eau, dans laquelle nageaient des os brûlés ; des sédiments de cendres reposaient au fond, ainsi que des substances animales, suivant l'opinion de M. "Loms Sementini , qui leur a fait subir une analyse chimique. Je serais porté à croire que c'étaient les restes des libations et offrandes faites à l'ombre des morts, quand on renfermait leurs dépouilles dans le caveau. Virgile y fait allusion.

Congesta cremantur Turea dona, dapes, et fuso cratères olivo j Postquam CoUapsi cineres, et flamma quievit, Relliquias vino, et Libulam lavere favillam', Ossaque lecta cado texit Coryneus aheno.

En même temps on jette dans les Jlammes , de l'encens, la graisse des victimes, et des coupes remplies d'huile d'olive. Lorsque le tout fut consumé et que la flamme eut disparu, on arrosa avec du vin les cendres et ce qui restait du bûcher; on recueillit les os du mort , et le prêtre Corinée les renferma dans une urne de bronze. ( Eneïde , liv. VI. )

M. de Clarac a pensé que l'eau qu'on avait trouvée dans ces bocaux y avait été introduite pour neutraliser la chaleur des os brûlés qu'ils renfermaient, et empêcher que le verre ne cassât. Mais si on avait eu cette frayeur, u'aurait-on pas pu attendre que les os fussent refroidis pour les y déposer? A présent ces vases sont livrés à la vue du public , au Musée- Bourbon-^ un semblable brisé, est sur l'entablement du caveau où il a été trouvé.

En approchant de la porte de Pompéi, non

loin du monument qui vient d'être décrit, on

remarque une enceinte de muraille, qu'on peut

considérer comme un cimetière de la famille

Nœvolefa. Sur le côté du mur, qui fait face à la

voie publique , on lit :

MSTACIDIO HELENO

PAG. PAG. AYG.

NISTACIDIO lANVAPJO

MESONLE SATYLL.E IN AGPxO

PEDES XV LN FRGNTE IIDIS, ( Pedes) XV.

A Nistacidius Helenus , habitant du bourg

Augustus.

A Nistacidius Januarius, à Mesoniœ Satulla, monument de i5 pieds de face et de i5 pieds

de largeur.

Celte inscription confirme ce que j'ai dit précédemmeut. Ou ue peut plus douter que le bourg Augustus-Felix ne soit dans ce lieu, puisque Nistacidius est désigné habitant du bourg d'Augustus-Felix. Ef nous croyons qu'eu continuant les fouilles dans cet endroit, hors de la cité, ou découvrira les maisons de campagne de Munatius Faustiis et de Nistacidius.

Dans l'enceinte dont nous avons parlé plus haut, au milieu de quantité de petits monuments en marbre , de têtes et de bustes d'homme , fichés en terre, nous lûmes les inscriptions suivantes sur un très-petit morceau de marbre blanc :

NISTACIDIAE SCAPIDI.

A Nistacidia Scapis.

Un petit vase d'argile, enfoncé en terre sur le seuil de ce simple monument , était peut-être destiné à recevoir les larmes des parents et des amis.

Sur une autre pièce de marbre plus graade , on lit :

NISTACIDÏVS HELENVS PAG.

Nistacidius Helenus , habitant du bourg.

Ayant repris nos recherches au côté gauche de la route , prés du toaibeau de C. Ce/us , nous vîmes le monument mortuaire , qui réunissait Maliens Luccius Libella , édile , déceravir et préfet pour cinq ans , et son fils Maliens Libella Décurion , monument élevé au mari et au fils à^Allea Decimilla , prêtresse publique de Gérés. C'est ce qu'on lit dans l'inscription bien conservée, placée sur l'un et l'autre côté du tombeau. Nous tirons aussi la conséquence de cette inscription qu'il y avait à Pompéi un temple élevé eu l'honneur de Gérés.

M. ALLEIO LVCClb LIBELLAE.

PATRIAEDILI

n YIR PRAEFECTO QVINQ ET M.

ALLEIO LIBELLAE F.

DECVRIONl YIXIT ANNIS XVn

LOCVS MONVMENTI

PVBLICE DATVS EST ALLEL^ M. F

DEMICILLA SACERDOS

PVBLICA CERERIS FACIVNDYM CYRAVIT

YIRO ET FILIO

A JMarcus Aile lus Liicceius Libella , père , édile, duumvir , préfet pour cinq ans, et à 31. Alleius Libella fils , Décurion, qui vécut dix-sept ans. La place de ce monument a été donnée au nom du peuple. Alleia Demicella , Jille de JMarcus , prétresse publique de Cérès , Va fait élever à son mari et à son fils.

Ce tombeau, comme celui de C. Cejus qui l'avoisiiie , n'a pas de caveau , mais il présente un superbe et grand piédestal carré en pierre travertine, dont la sculpture est d'une agréable sj^métrie. On peut s'en faire une idée en imaginant un autel de quinze pieds ^ entouré de socles et de corniches de la plus grande élégance. C'était enfin un cénotaphe d'une belle proportion. La corniche est surmontée d'une plainte et d'une guirlande de feuilles de laurier, qui sont du plus bel effet. M. de Clarac prend ce piédestal pour un /e^//5^er/zi«w,dont nous voyons la forme dans le Musée-Royal , et il pense qu'il était destiné à recevoir les statues des dieux, à certains jours de solennité.

11 fait ainsi confusion d'un monument funèbre avec un lettisiernium qui est portatif, tandis que l'autre est construit à demeure , et il ne fait pas réflexion que la reconnaissance publique

élevait ces cénotaphes à la mémoire des citoyens morts honorablement hors de leur patrie.

Du tombeau de Libella, nous revînmes à la partie droite de la route pour admirer l'élégant tombeau de C. ^nlvensius , qui est prés de celui de Nœvoleja. Il est en marbre blanc, ses ornements sont du plus beau style -, la partie élevée eu forme d'un grand autel carré, est précédée de trois escaliers, supportés par un grand piédestal, également carré. Le sommet sculpté du monument, offre à la vue un entrelacement de feuilles de palmier et de laurier du plus bel effet. Cette espèce de couronnement se termine par deux têtes de moutons; sa petite enceinte, ornée de bas-reliefs bien sculptés, est cependant sans porte, et dans l'intérieur du monument, il n'y a point de caveau sépulcral. On avait conjecturé qu'après les derniers devoirs rendus au défunt, ( les urnes remplies des cendres et ses os placés dans le réceptacle ordinaire ) ceux qui lui survécurent , avaient fait, par précaution, murer la porte de ce caveau. C'est pourquoi on avait fait une fracture à ce monument au côté qui regarde l'occident-, mais on a alors vérifié qu'il était massif, et n'avait jamais eu de caveau dans son intérieur : c'était encore un tombeau honorifique. Parmi

les figures en bas-reliefs, sculptées dans la partie de ce monument qui a la forme d'un autel, on voit, comme au précédent, du côté de la ville, le hisellium bien mieux exécuté : il était aussi une attribution honorifique àe^Caïventius Quietus Augustalis •, ce dernier nom est un titre que Ion donuait aux membres d'un certain j collège de prêtres d'Auguste , dont on formait une classe intermédiaire entre les Décurions et le peuple, comme était à E.ome l'ordre équestre. Au-dessous de la sculpture du biselliiun , on lit cette belle inscription :

C CALYErsTIO QMETO

AYGYSTALI

HYIC OB MA^MFICEAT. DECYRIOXVTVI

DECRETO ET POPYLÏ COXSE.NSY BISELLII

HONOR DATYS EST

A CaïusCahentius Qiiîetus Aiigustaux , (jui^

à cause de sa munificence , a été honoré du

hisellium par un décret des Uécurions ^ et le

consentement du peuple.

Aux deux autres côtés du monument, étaient sculptées des couronnes de chêne , attachées avec des rubans. Ces couronnes étaient l'hommage le plus glorieux qu'une cité reconnaissante pouvait offrir au mérite de l'un de ses citoyens.

Six pyramides, décorées de quelques figures en stuc, terminent le mur d'enceinte de ce tombeau. Parmi ces figures on remarque deux fortunes placées sur le globe, et uu Œdipe qui devine l'énigme que lui propose le Sphinx : Œdipe , debout, avec une main sur sa bouche , semble avoir attiré à lui toute l'admiration du Sphinx, qui est assis sur une roche avec un pied levé et des ailes aux épaules,- sa tête seule tient de l'espèce humaine. Sur un autre basrelief on voit un homme assis sur une roche -, il a le dos appuyé contre une colonne que surmonte une sphère. C'est peut-être le même Œdipe en repos après s'être fatigué pour deviner l'énigme. Tous ces emblèmes expriment des allusions aux traverses et au passage de la vie humaine.

En face de ce monument, à main gauche, nous exerçâmes avec plaisir notre curiosité sur un grand tombeau, qui, lorsqu'on le découvrit le i^r mai i8i3, excita une prodigieuse admiration. Il est revêtu d'ouvrages eu forme de réseau (i) et recouvert de stuc. Sa partie supé-

(i) La maçonnerie à réseau porte le caractère le plus certaiii de l'antiquité, c'est une position en losanges de petites pierres passantes appareillées ; telles sont les murailles antiques à Lyon et à Jidun. ( Bibracta. )

rieure avait ététrès-eiidomniagée par les racines des vignes et des arbres qui croissaient audessus de lui. On entre dans une espèce de petite chambre souterraine qu'il renferme en franchissant trois gradins que précède une porte basse carrée , sise à rez-de-terre. Ce petit caveau n'a que six pieds de long sur quatre de large -, il est éclairé par un soupirail qui tire son jour du côté opposé à la porte. On ne peut s'empêcher de remarquer, sous cette ouverture, une grande niche, décorée d'un frontispice avec cymaise sur trois côtés. Elle a une avancée soutenue par deux pilastres latéraux. Cette niche, ou plutôt cette espèce de chapelle, est tout ce qui frappe la vue dans ce souterrain • mais c'est dans son intérieur que se fit la découverte d'un vase, fort grand, d'albâtre oriental, rempli de cendres et d'os, aujourd'hui placé au Musée- Royal. 11 attire l'admiration de tous ceux qui le visitent. Il est orné de deux belles anses, de la forme la plus élégante. On y trouva aussi un grand anneau d'or, dont la pierre d'agathe saphirine, de huit lignes de long et de six de large, représente en rehef un cerf qui se gratte le ventre avec son pied gauche. Le travail est du plus grand fini. Un autre vase en marbre , mais qu'on ne peut comparer à celui d'albâtre.

était à son côté gauche. Ce caveau renfermait encore, appuyées çà et là contre la muraille, des amphores à long col et à bec aigu , de l'espèce de celles qu'on plaçait dans \qs cellœ vinaj-iœ de Pompéi. Ou ne les a pas déplacées. Sur une espèce de gradin attaché à la muraille , et qui règne de chaque côté du caveau , on avait déposé différents vases en verre, dont un seul n'était pas brisé. Il y avait aussi beaucoup de carafons, et un petit autel en terre cuite : mais l'objet le plus intéressant, et qui forme une particularité des plus remarquables de ce monument et de tous ceux de Pompéi, c'est la porte en marbre blanc qui ferme le caveau dont nous venons de parler : elle est haute de trois pieds et demi, large de trois pieds neuf pouces, et a quatre pouces six ligues d'épaisseur-, elle est d'une seule pièce de marbre , et tourne sur deux gonds également de marbre. On l'a trouvée en plusieurs fragments ; mais aujourd'hui elle est bien restaurée, mise à sa place, et fermant avec une clef qu'on lui a récemment adaptée. Autrefois on la fermait avec uue clavette en fer qui a été oxidée par le temps, et qu'on voit attachée au marbre pour la curiosité du public. Cette porte , dans sa partie supérieure , est ornée d'encadrements élégants, comme le se-

raient les nôtres. Quelques personnes pensent que ce tombeau n'a jamais été terminé , parce que dans sa voûte et dans les murs de l'intérieur on voit des pierres brutes, sans enduits et sans décorations : peut-être tous ces blocs de marbre qu'on découvre autour, étaient-ils destinés à rendre ce monument plus parfait?

Prenant à droite de la voie romaine , nous remarquâmes, près du monument de Calvensîus, un autre tombeau, fait pour être distingué. 11 consiste dans une base carrée, surmontée d'une espèce de tour ronde : il a quinze pieds de baut, est revêtu de stuc, imitant les moellons, et formant dilierents compartiments. Entrés dans son enceinte, nous y observâmes les angles du mur terminés par de petites p3'ramides, où étaient placés des bas-reliefs en stuc, faisant allusion aux funérailles et à l'état des âmes après le trépas. Sur l'un deux on voyait une dame avec une coupe, ayant des bandelettes dans sqs mains, devant elle était un autel cbargé de fruits; une autre dame couvrait un squelette de bandelettes. On monte par trois marches élevées „u caveau circulaire, où Ton entre par une petite porte i trois niches, dans son intérieur, indiquent assez leur destination à recevoir des urnes funéraires 5 celle du milieu ^ un peu arquée

et plus grande, devait avoir été disposée pour le père de famille -, les deux autres sont carrées. Au fond de ces trois niches, ou voit encore, emboîtées dans la muraille, les trois urnes où l'on trouva de la cendre et des os. Ce caveau est terminé par une ample corniche eu stuc qui fait le tour de sa voûte. Les murailles sont ornées de figures à fresque, représentant des dauphins et d'autres animaux marins, qui fesaient allusion à la félicité dont jouissaient les âmes vertueuses daus les cités fortunées, où l'on cro3'ait qu elles étaient transportées par les nj'mphes sur le dos de ces poissons nageants. Le défaut d'inscription nous a empêché de connaître en l'houueur de qui ce monument avait été érigé.

De ce tombeau, à forme ronde, nous couti; nuàmes à visiter ceux qui sont du même côtépresqu'en face, à gauche de la route, est seulement une longue suite d'arcades qui servaient apparemment de passage pour aller à des habitations renversées que l'on aperçoit au-deK^

A côté de ce tombeau rond , et dans une enceinte qui n'en est séparée que par un mur , nos regards se portèrent sur un autre , que l'on peut désigner comme le plus noble de ceux qui ornent cette partie de la route ; il consiste ,

comme celui de Nœvoleja et de Calventius , dans une grande base carrée en tuf, qui est posée sur trois gradius , que supportent euxmêmes une autre base carrée plus grande que celle qui lui est supérieure. On voyait, quoiqu'à peine, représentés en stuc sur la partie de ces gradins qui fait face aux spectateurs, des génies, des animaux, des chasses. Le faîte de ce monument est très-endomraagé ; il appartenait à la famille Scaurus , d'après la belle inscription qui se trouve sur un de ses côtés, et qui est un peu mutilée.

A Cast RICIO A. F. MEN

SCAYRO

n VIR. I. D.

huic DECYRIO^ES LOCYM MONYM.

H. S (X) (X) IN FYNERE ET STATYAM

EQYESTR.

in FORO POAENDAM SENSYERA^ T.

SCAYRYS PATER FILIO.

Scaulus , le père , à soiijils Aulus Caslricius Scaurus ,Jils d' Aulus , de la tribu jMenenia , duumvir pour rendre la justice. Les Décurions ont assigné le lieu du monument, 2000 ses/erses pour la pompe funèbre , et lui ont décerné une statue équestre pour être placée dans le forum.

11 faut, en suppléant ce qui manque au pre-

mier mot de cette inscription , lire Castrioio ou Fabricio. Mais elle ne présente aucun doute sur son érection de la part de Scaurus , père, en l'honneur de son fils Aulus Castricius Scaurus, inscrit à la tribu Meneiiia , ei duumvir pour la justice, à qui les Décurions assignèrent par honneur le lieu de la sépulture, aooo sesterces pour la pompe funèbre, et une statue équestre placée dans le forum.

On entre dans l'enceinte de ce monument, ou plutôt dans son pourtour , par une porte très-basse. Ses murailles sont ornées de belles corniches et de petits bas-reliefs d'un stuc fort dur.

De cette enceinte, eu montant deux degrés, on peut pénétrer dans l'intérieur de la tombe, qui consiste dans une petite chambre carrée. Les trois faces intérieures du mur sont ornées chacune de quatre niches, destinées à recevoir le dépôt des urnes. Le côté où est la porte en contient deux seulement ; au centre de ce caveau est un pilastre carré qui soutient la voûte : ce pilastre est lui-même percé par quatre niches construites en arc. L'une d'elles devait recevoir l'urne principale; mais de tant d'urnes qui ont dû décorer ces niches , on n'en a pu trouver une seule. On voit çà et là seulement quelques

petits monceaux de cendres et d'os, et une petite lampe de terre cuite. Ce n'est pas le seul monument qui nous offrit des traces de pillage commis dans les anciens temps à Pompéi. On devait s'attendre en quelque sorte à ce désapointemeut, en travaillant à la fouille de celuici; car ou remarqua d'abord une espèce d'ouverture de laquelle la terre avait été enlevée, puis rapportée pour la combler.

A l'occasion de la mort de ce S eau rus , on a dû donner au public, dans l'amphithéâtre de Pompéi, des combats de gladiateurs et des chasses d'animaux. Ce qui me fait exprimer cette idée , c'est que des bas-reliefs très-curieux en stuc qui offraient ces représentations, étaient exposés à la vue des passants sur les murs qui sont au-delà de la première porte de l'enceinte du monument, et qui regardent la grande voie romaine. A présent ces bas-reliefs sont détruits. Ou y voyait dans un cadre inférieur deux Athlètes y destinés à combattre des animaux, s'escrimant de leurs lances, l'un contre un loup^ l'autre contre un taureau. La lance de l'Athlète qui combatlait contre ce dernier, était en partie engagée dans ses flancs. On voyait encore sur ce bas-relief des chiens qui attaquaient des sangliers furieux , des lièvres et des cerfs qui

prenaient la fuite. Dans un autre cadre supérieur, on remarquait des gladiateurs, couverts de fer, avec le casque en tête, qui se choquaient eu s'entremêlant , les uns étant armés de boucliers et les autres de tridents {fascina ); quelques-uns à cheval sont armés de fer et devaient diriger leurs lances au hasard et frapper selon les rencontres qu'ils fesaient , parce que leurs visières étaient sans ouvertures pour l'usage de l'œil. Ce combat d'aveugles devait être un vrai spectacle populaire. On appelait ces espèces de joutes audabatœ, d'un mot grec, dont Juste Lipse à beaucoup parlé dans sou ouvrage des Saturnales. ( Serm. Il, cap. 12. ) Y avait-il rien de plus curieux que de lire les noms placés au-dessus de chacun des gladiateurs? Bobrix, Hippolitus , Nohilton. Nitiiims , et celui du chef de ces gladiateurs Ampliatus , à qui appartenait toute cette famille -, comme ou le lit à l'angle droit du cadre MVNERE , ( véritable terme approprié aux combats de gladiateurs ), Ç. AMPLIATI, D. F. S TNT, c'est-à-dire ils sont de la famille ( serviteurs ) de Q. Ampliatus .

On voit sur la petite porte dont nous avons parlé, un troisième cadre, dans lequel sont représentés des gladiateurs. Cinq sont armés de

longs boucliers, et l'un d'eux, blessé, est dans l'attitude naturelle d'un bomme qui tombe. Ce cadre seul subsiste encore quoique bien dégradé. Pour conserver ce qui en reste , on a fait construire un petit toit qui le dérobe un peu aux injures des temps (i).

Poursuivant nos observations du même côté, nous rencontrâmes une enceinte murée, avec

(i) Nous devons à M. MiHiu , savant très distingué, les dessins de toutes ces figures qu'il a fait graver avec beaucoup d'exactitude pour orner sa dissertation. En lisant auprès de ces gladiateurs les lettres IVL, il a pensé que ces gladiateurs étaient dejoritmju iauin, on/i-ejus ville de france ; il donne la même oriaine à des vases rouges trouvés dans des tombeaux*, et cependant cette désignation IVL. n'est autre que celle du mois où les gladiateurs ont combattu, comme on peut en juger d'après les nombres qui suivent XV, et par Nobi'ton XII. c'est à dire du i5. au 12'. jour avant les calandes de juillet, ou du 17 au 20 juin, et de l'autre désignation V qui voulait dire t^'icit ou Victor : Voilà comment était l'inscription ;

Bobrix Jul. XV. V. Nobilàon Jul. XII. V...sus Jul. XV.M. e ...sus est la terminaison du nom d'un gladiateur. M. veut dire Mirmilloiie , 0 ce signe indique qu'il mourut, (c'est la signification attachée au Thêta ) i5 jours avant les calandes de

juillet.

Lj inêino auteur suppose que les vases rouges viennent de France, apparemment parce que dans ce roj'aume il y en a de semblables. Mais pourquoi aller chercher leur origine chez les étrangers, tandis que nous avons en Italie , cent et mille fabriques de poteries. Le docte écrivain ne se ressouvient donc ç[\xsàc\a Campana s{fppeUex àmovAC&,b\. des vases de cume si fameux dont a parlé Mai-tial.

Ces représentations de gladiateurs avec toutes leurs figures fort bien dessinées et gravées font partie de l'ouvrage de M. Mazois , et sont un des titres d'honneur de cet Artiste.

«««gK.

jP

une ouverture sur la voie romaine. Cette enceinte est unie au tombeau de Scaurus. On n'y voit de remarquable qu'une tête en marbre de dimension ordinaire , ayant des tresses de cheveux , nouées sous le col. Cette tête est fixée sur le sol et porte l'iuscriptiou qui suit :

JVNONI TYCHES JVLIAE AVGVSTAE YENER

sur laquelle ou a tant écrit et disserté, et que j'expliquerai de la manière suivante :

Tyches Venerea Juliœ Augustœ Junoni.

Tyches Vénéi'éenne de Julie ^ fille d'Auguste, à Junon.

Le titre de Venerea ^e, prend Tyches indique qu'elle était l'entremetteuse des plaisirs de Julie, fille d'Auguste \ fonction que , suivant Tacite , Pétrone exerçait fort honorablement auprès de Néron. Dans l'inscription du tombeau de Nœvolej'a , nous avons vu qu'elle s'appelait aussi Tyches, et qu'elle était affranchie de Julie, comme le dénote le trait I. LIB. La Tyches; dont l'inscription est sur la tête de marbre ,

pouvait donc être uue sœur de NœvolejOj ou Nœvoleja elle-même.

Une grande base carrée, enlourée de trois escaliers de marbre , s'ofiVit ensuite à nos yeux de ce même côté de la route, l'autre côté, comme je l'ai déjà dit , étant occupé par de longues arcades, et au-delà par des maisons. Ce monument est incomplet, la partie supérieure manquant en totalité : il est composé de pierres volcaniques. Entrés dans son intérieur par ime petite porte, nous descendîmes dans son caveau qui a la forme d'un carré long; il est privé de toute décoration extérieure. Ou voit dans le mur qui fait face à son entrée trois niches-, celle du milieu est la plus grande. Les deux murailles latérales recèlent chacune une niche. Ce tombeau n'était pas terminé quand l'éruption volcanique est arrivée ; c'est par cetteraison que la pierre supérieure , où repose l'inscription, n'était pas encore placée, et que le caveau est dépourvu d'urnes et d'ornements. Un peu au-delà du même côté, nous trouvâmes l'entrée d'un vaste logis; dans son vestibule étaient diÊFéreutes cuves propres à faire prendre des bains; de cette entrée on pénétre dans la maison qui domine sur la colline , derrière le tombeau incomplet dont nous venons de parler.

Le chevalier qui m'accompagnait me fit remarquer que ce pouvait bieu être là la maisou (le Cicéron , dont il parle taut dans ses lettres à Atticus. En vérité il me parut avoir raison eu consultant une indication qu'eu donne Cicéron lui-même dans le second livre des questions académiques , qu'il a intitulé Lucullus. ( Nonius dit que c'est le livre IV^ ), Raisonnant sur l'opinion àiEpicure relative aux sensations corporelles^ et disputant avec Lucullus sur la situation de Bauli ( eu Campanie ) , il use de cet exemple. « Ego Catuli Cumanam ex hoc loco regioj) nem video, pompejanum non cerno, neque » quicquam interjectum est, quod obstet, sed » iutendi longius acies non potest. O prœcla- » rum prospectum ! Puteolos videmus , et fami- )> liarem nostrum AvrâTTum fortasse in porticu » Neptuni ambulautem uon videmus. »

De ce lieu je vois bien la contrée de Cumes ou est la maison de campagne de Catule , mais Je ne vois pas la mienne de Pompéi , non qu^ une montagne me la dérobe , maii cest que ma vue Tien peut atteindre la distance. Quel beau coup-d'ajil ! nous voyons Puteolos , et nous ne pouvons voir notre ami Avianus qui se promène peut-être dans le portique de Neptune. Cicéron vovait donc de h'Uuli ^ c'est-à-dire

de l'extréraité de la baie de Baja , vis-à-vis le mont de Missene , du côté de l'occident, la ville de Cumes , résidence de Catulus ; et au nord-est il pouvait voir Puteolos ( Pouzzoles ) , parce que la distance de l'une à l'autre cité n'est qu'environ de deux mille de Bauli en ligne droite-, mais il ne pouvait pas découvrir sa maison chérie de Pompéi à l'est 5 non qu'aucune montagne lui en dérobât la vue, mais seulement parce que le regard ne pouvait pas y atteindre d aussi loin , sed intendi longius acies non potest^ or, fesant l'application sur Pompéi de cette remarque de Cicéron , il est constant que de la maison de campagne présumée de Cicéron la vue s'étend eu effet sans obstacle jusqu'à Bauli ^ et que ia ville de Pompéi , au contraire dérobée au regard par le revers de la colline, était en face d^Herculanum et de Stabie , mais non pas en vue de Bauli ^ de l'aspect duquel parlait Cicéron. Ce serait donc ici le lieu où Ion pourrait conjecturer qu'était bâtie cette habitation, ( à l'extrémité du bourg Augustus- Felix, sur le plateau de Pompéi. )

Nous nous occupâmes d'abord à visiter l'étage inférieur. La cave qui a la forme d'un portique carré , est dans sou entier : quantité d'amphores i\ gouleau étroit peuvent s'y voir réunies dans

une de ses parties. Sortant de cette voûte par uu escalier commode^ nous nous trouvâmes dans de superbes logements, ayant des pavés eu mosaïque , d'où l'on découvre la mer et des isles voisines avec le promontoire de Mis s eue et de Bauli. Le reste de l'habitation est ruine en partie, et ce qu'on en voit debout tend à uue détérioration complète. Ces ruines ont donné occasion de relever des blocs de marbre d'une belle sculpture, et d'autres grandes pierres de marbres servant à la décoration et à la construction de l'édifice -, on les a introduites dans l'enceinte dont nous avons parlé. Voilà bien des pièces de conviction en faveur de la découverte de la fameuse maison de Pompéi appartenant <à Cicéron.

En quittant ces restes d'un fameux édifice , nous nous détournâmes du côté gauche, franchîmes la voie romaine, et nous approchâmes d'une construction isolée qui a la forme d'une grande chapelle. Elle est décorée d'un beau frontispice en stuc, encore assez complet-, son intérieur est peint en grands cadres rouges. La situation de ce portique sur la route, les sièges en pierre qu'il contient, le toit qui le domine, nous ont fait penser que c'était un lieu public de repos et de rendez-vous pour les oisifs

de Pompéiqui aimaient à s'eutreteuir, à débiter des nouvelles, et à voir assis et couverts passer et repasser devant eux les allaus et les venans. Non loin de là ou trouva sous des décombres le squelette d'une malheureuse mère qui avait sur les bras un petit enfant et deux autres moins petits auprès d'elle-, leurs os étaient réunis, et, par cet extrême rapprochement, prouvaient bien que cette famille infortunée se tenait embrassée jusqu'au dernier soupir au milieu de l'affreux désastre. Parmi leurs os on recueillit trois anneaux d'or et deux paires de boucles d'oreille garnies de quantité de perles fines d'un trèsgrand prix. L'un de ces anneaux a la forme d'un serpent reployé sur lui-même, dont la tête était faite pour être placée dans la longueur du doigt, un autre plus petit avkilpour chaton uu grain de grenat , sur lequel était sculptée une foudre. Les pendants d'oreille étaient en forme de balance, c'est-à-dire qu'ils étaient composés d'une aiguille transversale , ayant à chaque bout deux perles que supportait un fil d'or.

De l'autre côté de la route , vers la maison de campagne de Cicéron, nous vîmes différentes maisons renversées, d'autres encore engagées daus la cendre volcanique, et des constructions dont nous ne pûmes pas bien distinguer l'usage.

Elles fesaient partie du bourg Auguslus-Félix. Dans la fouille que l'on fit dans ce lieu^ le premier mai i8i3, on découvrit dans une grande chambre une quantité de roues de grandeur égale , toutes eu bois, mais recouvertes de fer dans leur circonférence : elles étaient placées les unes auprès des autres-, elles avaient quatre pieds trois pouces de diamètre , et portaient dix raies. Tout près de là, on tira des décombres le squelette d'un âne, et une machine en bronze, de la forme d'unD, que l'on prit pour le mors de l'animal. Des chars ferrés qui paraissaient avoir été déposés sous des remises, nous firent penser que cette construction, hors de la ville, appartenait à un loueur de voitures.

Nous étant reportés du côté gauche de la route, vis-à-vis cette découverte, et plus bas que le portique décrit précédemment, nous remarquâmes un tombeau ruiné, où l'on entre par une petite porte, qui aboutit sur la rue. après avoir traversé l'enceinte étroite qui le recèle, on voit un soubassement en pierres volcaniques, recouvert autrefois de stuc travaillé, à présent détaché et sans forme -, seulement le côté qui regarde la porte de la ville, est encore décoré de deux guirlandes de fleurs, séparées par uu pilastre, ayant un chapiteau de

lordre coriuthien. Toute la partie supérieure du monument est enlevée, et nous n'y avons j)oint vu de caveau. Sur le bord de la roule, deux petits autels de pierres volcaniques avaient été érigés , et dans le milieu , une urne était placée, mais elle a disparu.

Peu satisfaits de la vue de cette ruine, nous prîmes à droite, où, traversant diôérents édifices renversés , nous arrivâmes à un second portique en demi cercle, construit en pierres volcaniques. Un banc règne dans son intérieur, mais sa voûte, qui devait être semblable à celle qui domine le premier monument de même nature que nous avons décrit, en est enlevée. A chaque extrémité du banc demi-circulaire, est une pâte de lion. Il est facile de voir que c'était aussi là un lieu de repgs,et de conversation, où venaient se rendre les oisifs de Pompéi. L'inscription suivante est écrite , en gros caractère rouge, derrière la partie de l'enceinte qui sert de dossier aux sièges dont nous avons parlé -, elle contient l'indication du lieu voisin -, où était la sépulture de la Prêtresse Mammia.

MAMMIAE P. F. SACERDOTI PVBLICAE

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