‹ Voyage à PompéiChapitre 9 sur 31 · PED. XX · texte numérisé non relu

PED. XX

Marcus Perdus , Jils de JMarcus ^ par décret

des Décuj'ions \ monument de 2 5 pieds de face

et de 2.6 pieds de largeur.

Après avoir lu cette inscription et la précédente , nous nous occupâmes derrière la galerie en demi-cercle, dont la voûte est tombée, de l'examen du tombeau de Memmia -, on y entre par une barrière en bois ; le sol de l'enceinte carrée est en tuf recouvert de stuc avec un parapet autour eu forme de balustrade, of-

iVaut un passage dans ses quatre côtés j une chambre également carrée est construite au milieu de cette enceinte : elle est ornée sur chaque angle extérieur de quatre demicolonnes cannelées , avec des chapitaux corinthiens ': la cymaise en est détruite.

Pénétrant dans son intérieur par trois degrés, nous entrâmes dans le caveau qui avait autrefois sa voûte , mais qui en est privé maintenant ; il est soutenu par un grand pilastre carré , qui s'élève de son centre. Autrefois d'élégantes peintures et des décorations en stuc, dont on peut juger par quelques traces qui subsistent encore, ornaient son intérieur. Tout autour sont disposés les petits réduits au nombre de dix, où l'on plaçait les urtrcf cinéraires, et qui effectivement contenaient beaucoup'du Cendres. La niche à main droite eu entrant, est la plus grande de toutes. C'était là où reposaient les cendres de Memmia ^ dans une grande urne déterre cuite , recouverte d'une autre en plomb. Ce tombeau était celui dont l'architecture était lapins remarquable, parmi ceux mis à découvert, avant qu'on ait exhumé la porte et les murs de Pompéi , qui parurent sortir de dessous la terre.

Au-dessous de ce tombeau de Memmia , on voyait, il y a peu d'années, un cimetière en-

touré de murailles, oti l'on avait trouvé beaucoup de masques en terre cuite , de grandeur outre nature-, de larges bouches, des yeux et I des figures larmoj^ants. Le chevalier crut voir, ;daus ces compositions grotesques, des espèces de lampes sépulcrales, supposant qu'on les pla- ' çait sur les tombeaux pour les illuminer pendant la nuit. Un autre cimetière, joint à celui-ci, offrait aux regards le singulier spectacle de I quantité de têtes de chevaux, fichées dans un ! mur de séparation. On a prétendu que c'était \ un charnier d'animaux; mais il est plus probable j que c'était uu espace destiné à brûler les cadavres humains, dont ou ramassait les restes dans des \ urnes cinéraires. Un vieillard de Pompéi, qui nous guidait, nous fit observe^, "à l'occasion de ma remarque, qu'on avait trouvé dans ces deux cimetières quantité de cendres et d'os, à moitié brûlés sur la superficie de la terre. Les anciens appelaient ces lieux usirina ( forge ), différent de bustum ( pile de bûcher ), Heu, au dire de Festus, où l'on brûlait et ensevelissait. A présent un mur moderne de séparation a divisé ces deux cimetières du sépulcre de Memmia : des mains profanes en 0)it arraché les masques, quoiqu'ils fussent d'un poids excessif, en ont arraché jusqu'aux tètes de chevaux. — Ces curieux qui

viennent parcourir les mines de Pompéi, ne manquent jamais, dés qu'ils peuvent détourner ratientiou des gardiens, d'étendre leurs mains sur quelques marbres, ou autres antiquités qui attirent leurs regards, et de s'èu saisir.

En nous en retournant sur la voie romaine par le chemin que nous venions de parcourir , nous apperçumes eu face du tombeau de Memmia , d'autres tombeaux au nombre de six ou sept, mais tous renversés, et dispersés sur le sol. Là on rencontre de superbes marbres blancs, qui jonchent la terre, des débris de chapitaux, de colonnes, de lambris, et d'architraves qui ont autrefois servi pour son ornement. Il n'est pas aisé de décider si cette confusion de belles ruines est l'effet du premier tremblement de terre, de l'éruption'volcanique, ou de la rapacité des hommes qui, dès les premiers temps, , y portèrent une main impie. Nous y remarquâmes de grands blocs de pierre du Vésuve , troués par le milieu, comme le sont nos meules d'huileries; mais nous n'avons pu déterminer quel était précisément leur usage. De ces tombeaux renversés il reste encore en entier des soubassements, ou piédestaux de la plus grande beauté. 11 y avait des tombeaux entièrement en pierres du Vésuve ^ dont il ne reste rien de

remarquable. Quand on aura déblayé la colline voisine, de nouveaux tombeaux apparaîtront à la vue. Un de ceux qui porte un nom, et dont la pierre de soubassement existe encore, est le plus rapproché de la porte de la ville. Il fut érigé à M. Cerinius Augustaux , avec cette inscription qui, aujourd'hui, est eH'acce.

M. CERINIYS

RESTITYTYS

AYGVSTALIS

Mardis Cerinius Restitiitus , Augustaux Lieu donné par décret des Décurions.

De là, à main droite, tout près de la porte de Porapéi, nous trouvâmes une autre enceinte demi circulaire, avec des sièges-, et une petite niche contenant une chapelle , dédiée à quelque divinité payenne : telle que Mercure ou au Génie du lieu. Elle est placée là comme le terme de la route du Bourg Augustus-Felix , à travers le cimetière public Jusqu'à la porte de la ville de Pompéi.

Chemin consulaire de Pompe'i , et état de sa construction

Les tombeaux, cénotaphes et autres monuments mortuaires que nous venons de décrire ^ sont tous de droite et de gauche de la voie consulaire qui venait de Naples, d'Herculanumj de liéline, à'Oplo7ii'e, et traversait Pow/?^/. Cette voie consulaire romaine était un rameau de la iameuse voie Appieune, et qui la joignait à Capoue j d'où, passant par les lieux décrits, < puis ^ar Nucerie, Saleme^ elle s'étendait jusqu'à la colonne, ou tfajtrt de Sicile, suivant l'itinéraire attribué à Antonin-le- Pieux. Voici la des crîption qu'en fait Strahon : « Tertia via a re- ^ M gio per Brutios, et Lucanos, et Samnium, in campaniam ducens atque in Appiam viam. »

La troisième branche , ou %>oie romaine , part de Régie, traverse le pays des Brutiens , la Lucanie j le Samnium , la Campanie , ou I elle rejoint la çoie Appienne.

Le grand chemin consulaire de Pompéi , qu'on appelle particulièrement chemin d'Her-

cuîanum , est pavé de grands blocs de pierres volcaniques irréguliéres et dififëreutes , ayant les unes la forme de trapèzes, d'autres d'exagones, d'octogones, etc. ; elles sont placées sans symétrie de formes; mais bien jointes et bien égalisées, et tellement incrustées, qu'on aurait de la peine à les arracher. Le ciment qui unit ces pierres, est très-tenace et presque pierre lui-même. Tout ce pavé est supporté par une autre couche de pierres et d'arènes, que les ant iens appelaient sterne re ^ étendre; comme on peut en inférer de cette phrase de Tite- Lite.

« (>ensores vias steruendas silice in urbe, et extra urbem glareâ substerueuda^j marginandas que.

Les censeuj's doivent, dans la ville , faire cous' : uire le pavé avec la pierre de silex et dans la campagne ^ hors les murs , c'est at^ec des cailloux rj/ue les chemins doivent être fa '■ çonnés , et les banquettes construites .

L'art du constructeur paraît principalement consister dans l'établissement d'une pente douce et égale, pour procurer l'écoulement des eaux sans nuire à la commodité et à l'aisance de la surface.

Sa largeur que nous avons mesurée, porte

quatorze palmes et demi 5(1) et daus la ville cette largeur est quelquefois bien plus restreinte. Telle était la largeur de la voie Appienne et de la voie latine. Dans le temps de leur construction, la nécessité et non pas le luxe exagéré, avait présidé à leurs établissements. Sous les empereurs, le faste des richesses ne mit plus de borne à la beauté et à la largeur de celles qu'on créa-, cet aperçu nous explique de quel temps était la voie romaine de Pompéi. ;

De chaque côté du chemin on remarque une bauquette, large d'environ trois palmes, un peu élevée , et dominant le niveau de la route qui fait séparation entre elles; au premier coup d'œilon voit l'économie de ces trois répartitions, ? que les romains ont constamment établies sur 1 leurs routes. La voie du milieu était pour le passage des voitures et des chars , dont on ob , s&rve les ornières dans tout le chemin consu- ] jaire de Pompéi, et même ailleurs. Ces ornières sont rapprochées, et prouvent que leurs voitures avaient la voie moins large que les nôtres. Les deux trottoirs latéraux étaient à l'usage des allans et venans : ceux-ci d'un côté, ceux-là d'un autre, afin que ne se rencontrant pas, il

j ) Le palme est de neuf pouces.

n'y eût ni retard ni encombre. Si dans la ville quelqu'un voulait passer d'une rue dans une autre, il trouvait de place eu place une borne, et trois dans les embranchements de route hors de la ville j les bornes étaient applaties au sommet, et servaient de gradins pour poser le pied et sauter. Nous observâmes encore dans les rues que nous parcourûmes à Pompéi, que, sur les pavés élevés des banquettes, il existait des trous destinés sans doute à y fixer les bêles de somme, lorsqu'on voulait les y retenir pendant le temps qu'on entrait dans les boutiques ou dans les maisons. Toutes ces sages précautions des anciens pour la construction de leurs rues, et la manière d'en user, ne peuvent s'observer qu'à Pompéi, où le Vésuve a préservé de la dent du temps et du dégât de la main des hommes , ces curieux monuments. Les voies latine, valérieune et appienne, (celle-ci appelée la reine des voies), ne présentent plus de place en place que des ruines de leurs beautés, quelque solidité quelles aj ent eu : d'après les descriptions qui nous en sont restées, elles nont pu triomphe]du temps. Au milieu des inuonil^rables malheurs causés par l'éruption du Vésuve, au moins on peut considérer comme un avantage, à l'égard de notre siècle, la conservation dont elle a été

la cause. C'est en faisant ces réflexions que nous arrivâmes sons la porte de Pompéi.

Porte de Pompéi.

La porte de Pompéi est en brique, revêtue d'un enduit sans ornements particuliers , à moins que les enjolivures qui, peut-être, eu garnissaient la façade, ne fussent tombées-, il dgit aussi y avoir eu une autre terminaison dans sa partie supérieure : on voit à présent encore d'un côté et de l'autre une courbure ruinée eu forme de voûte qui l'indique.

Cette porte est assise sur la voie consulaire et sur ses deux trottoirs correspondants ; enfin il n'y a de dissemblance avec la rue que la couverture voûtée de la porte et des passages.

Quelque chose de remarquable, c'est que dans les deux murs qui forment le portique, on voit deux reinures profondes qui, sans doute, étaient destinées à recevoir et à fixer une porte fort grosse, qui descendait du faîte, et fermait hermétiquement l'entrée.

Nous autres modernes pensions que cette invention nécessaire à pratiquer dans les temps

d'auarchie et de guerre civile, où l'on ne pouvait trop se soustraire aux coups de main dans les donjons , était du moyen âge ; mais à présent on peut être convaincu que ce moyen de défense remonte au siècle à' Auguste , et que l'architecture s'en est conservée jusqu'à nous. Ayant franchi la porte, nous vîmes, en ligne droite, tout le prolongement de la rue, et les ^ maisons d'un et d'autre côté.

Dénombrement des maisons , annonces , et affiches publiques

Il n'y a pas en Europe de ville policée où la coutume de numéroter les maisons et les rues, ji pour faciliter les recherches de la police et du gouvernement, ainsi que pour la plus grande commodité des habitans, ne soit introduite. Un établissement aussi utile , est d'une époque trop récente pour croire qu'il n'ait pas été pratiqué par les anciens. Ceux-ci l'employaient en effet de temps immémorial. Au tieu de numéros qui indiquent la maison, et non l'habitant, ils se servaient d'une inscription, placée sur la porte, qui indiquait et l'habitant et la maison. Je ne prétends pas dire que cette double indication soit préférable à celle dont nous usons ; mais enfin toutes les maisons de Pompéi sont désignées de cette manière : les temples, les basiliques, les théâtres, et jusqu'aux noms des acteurs et des éditeurs des pièces se lisaient en gros caractères rouges sur les murs d'arrière

scène du théâtre. Les habitalious de Y édile ^ des duumvirs , du fia mine ^ au patron , ou défeuseur de la colonie, et celles de tous autres magistrats avec leurs noms propres; comme eucore des veudeurs publics, des artisans tenant magasins ou boutiques , étaient designés de la manière dont nous l'avons précédemment dit. Si l'un d'eux changeait d'habitation, ou elï'açait sou nom pour y substituer celui de la personne qui venait le remplacer. Cette partie de la police est enfin dans un ordre si particulier d'inscription, que cela fait honneur au gouvernement. Si, quand Pompéi a été découvert, on avait eu Taltentiou de copier , au fur et à mesure du déblaiement des rues , toutes les inscriptions qu'elles contenaient, ou si au moins on avait usé de quelque procédé pour les conserver, nous pourrions aujourd'hui compter les habitations de Pompéi, et appliquer à chacune le nom de celui qui y résidait -, mais le temps eu a effacé une grande partie ; et ce qui en reste ne tardera ^ pas déprouver le même destin.

Les académiciens , dits d'Herculauum , préleudent que ces inscriptions ne sont de la part des cito3^ens que des témoignages de joie et d'acclamatiou à l'occasion du choix d'un édile , d"uu duumi>ir j ou d« tout autre magistrat, afiu

d'obtenir, par celte flatterie, leur protection. Ils ont remarqué avec justesse que le nom de Xédile ou du duumvir y est toujours dans la phrase d'inscription à l'accusatif, et que le nom propre ou appellatif de celui qui fait l'épigraphe, est au nominatif avec la finale ROG, ou O. V. F; c'est-à-dire rogat^ ou oratut faciat , onjaveai, prière qui démontre à quelle fin ces inscriptions étaient placées. Eu voici une exemple.

M HOLCONIVM PRISCVM

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