M. LE GÉNÉRAL D'HAUTPOUL
M. le marquis d'Hautpoul, élève distingué de l'école Polytechnique , entra dans l'artillerie à cheval à l'époque de la réunion de la grande armée au camp de Boulogne. Sa conduite à la bataille d'Austerlitz lui ouvrit les rangs de la garde impériale. Dans cette arme , composée de l'élite de l'armée française 9 le mérite et les qualités militaires du marquis d'Hautpoul le firent assez remarquer pour que Napoléon, connaisseur en hommes et en talens, le rapprochât de sa personne en qualité d'officier d'ordonnance. Ceux qui connaissent M. le marquis d'Haut-
poul, dont la modestie égale le mérite, n'ont pas besoin qu'on leur dise que ce ne fut ni à l'intrigue ni à la faveur qu'il dut ce grade élevé.
Le général d'Hautpoul concourut à toutes les campagnes de Napoléon, depuis le camp de Boulogne jusqu'à la bataille de Dresde, où il reçut une blessure qui fit craindre long-temps pour sa vie*
A la bataille de Pultusk , ayant été envoyé en mission , par l'empereur, près du duc de Reggio , le maréchal le remarqua à ses côtés dans le plus chaud de l'action , et lui dit en riant : « Que penserait l'empereur pourtant, si j'allais lui faire tuer son officier d'ordonnance d'affection?— Ce qu'il penserait? reprit vivement le général d'Hautpoul qui savait conserver sa présence d'esprit jusqu'au milieu du danger, il' penserait que je me trouvais près de la personne de M. le maréchal. »
Après l'abdication de Fontainebleau, lemar-
quis d'Hautpoul prit son rang comme sous-lieutenant dans les gardes-du-corps. Une fois acquise à la branche aînée des Bourbons, sa fidélité ne se démentit pas plus au 20 mars qu'elle ne s'est démentie plus tard à la révolution de juillet.
A la création de la garde royale, le marquis d'Hautpoul fut désigné pour organiser le régiment d'artillerie à cheval , dont il conserva le commandement jusqu'à l'époque où nommé maréchal-de-camp , il fut placé d'abord à la tête de l'école d'artillerie de la garde, et ensuite de l'école royale d'état-major. C'est dans cette dernière position que la révolution de juillet le trouva. La défense de l'hôtel des Invalides , à laquelle il concourut puissamment avec ses élèves, prouve bien qu'il était digne d'être le second du général Latour-Maubourg.
On sait que le drapeau blanc flottait encore sur le dôme de la chapelle , tandis que celui de
la révolution avait déjà été planté sur tous les autres monuinens publies. Aussi l'insurrection, victorieuse partout ailleurs, s'était- elle réunie sur ce seul point ; l'esplanade fut envahie; bientôt les grilles furent forcées , et la foule fuiieuse se précipita dans l'hôtel.
M. çle Latour-Mauhourg, accompagné du général d'Hautpoul , s'étant présenté sur le perron du grand escalier avec ce sang-froid qui caractérise le héros de Bautzen, fut sommé par un élève de l'école Polytechnique qui paraissait commander cette multitude forcenée , d'aller à l'instant substituer le drapeau tricolore au drapeau blanc. Tout le monde connaît la réponse du vieux guerrier : «Croyezvous que celui qui a laissé une partie de luimême sur les champs de bataille, déshonorera ses cheveux blancs par une lâcheté? » Alors le même élève ayant appuyé sur la poitrine du vieux général un sabre d'infanterie, prêt à l'en frapper :
2ÔJ —
« Malheureux ! s'écria le général d'Hautpoul, en saisissant le bras de ce forcené, quoi I c'est vous qui , par votre éducation , devriez ra mener cette multitude au devoir, qui ne craignez pas de lui donner l'exemple d'une lâcheté ! Pensez à l'uniforme que vous portez ! Celte vive apostrophe suffit pour désarmer le jeune homme furieux , et faire succéder la honte et le repentir au premier mouvement de frénésie -, la foule elle-même ne tarda pas à s'écouler et à abandonner l'hôtel.
Tout militaire applaudira au choix que le roi Charles X et que Madame, duchesse de Berry ont fait de M. dTIautpoul j il a laissé dans l'armée une belle et noble réputation , et c'est bien fait que de mettre de pareils hommes près d'un jeune prince.
A l'école du général d'Hautpoul , Henri de France apprendra que la franchise , la loyauté > l'abnégation entière de soi-même , l'amour du
pays sont le cachet du militaire et du boa citoyen. Et, nous le savons ? les leçons venant de l'honneur et du courage seront toujours bien entendues et bien apprises par le royal exilé.
M. d'HARDIVILLIERS,
Les beaux-arts continuent à être enseignés aux jeunes princes exilés par un compagnon dévoué de leur bannissement. 1VL d'Hardivilliers, ancien garde-du-corps , reste leur maître de dessin , et nous avons tous à nous en réjouir, car c'est toujours un bonheur qu'un ami de plus.
M. d'Hardivilliers emploie son talent à retracer les scènes et d'Holyrood et de Bohême. Nous avons vu dans son atelier l'Arrivée de Charles X à Edimbourg -, nous avons aussi remarqué deux portraits, l'un de Henri V et l'autre de Madc-
moiselle ; ces deux portraits font honneur à son pinceau. En ce moment, le peintre royaliste travaille à un tableau commandé par le vieux roi , et qui retracera le moment où de jeunes Français sont venus célébrer, dans la capitale de Bohême, les journées de la majorité.
Henri V a voulu que le croquis de cette composition formât un album où sont tous les portraits des légitimistes français venus à Buschtirhad. Nous avons vu un grand nombre de ces portraits -, ils sont tous d'une grande ressemblance. Nous avons vu aussi, près du prince, le brave et loyal La Villatte, et pour faire connaître cet homme, digne des anciens jours, nous ne pouvons rien faire de mieux que d'emprunter à un de nos amis la notice qu'il a publiée dans le Réparateur de Lyon.
M. de LA VILLAÏE.
C'est un noble dévoûment à inscrire en lettres d'or aux annales de la fidélité , que celui de ces Français généreux qui ont accompagné leurs maîtres sur la terre d'exil. Il est beau d'abandonner ainsi patrie, famille, amis, pour suivre à l'étranger la fortune de la France. De semblables exemples ne sont pas rares dans l'histoire, pour l'honneur de l'humanité. Toujours les grandes infortunes ont amené après elles de grands dévoûmens, comme si la Providence , lorsqu'il lui plaît d'humilier les rois en leur donnant de terribles leçons, leur réservait pourtant dans sa bonté paternelle la plus douce des consolations : un ami dans l'adversité.... Fidèles serviteurs de nos princes, nobles courtisans du malheur , vous avez des droits acquis à l'estime de tous vos compatriotes, sans distinction d'opinion -, car tel est le propre de ce qui
est grand et généreux, de commmander l'admiration de tous les partis.
Mais nous , nous légitimistes français, nous vous avons voué une reconnaissance éternelle. N'êtes- vous pas, pour ainsi dire, près des augustes proscrits, les mandataires de notre fidélité? Ne nous représentiez-vous pas à Holyrood? Ne nous représentez-vous pas encore aujourd'hui à Prague? Et chaque jour, ne faites-vous pas entendre à la royale famille des paroles d'espoir, en lui répétant que des milliers de cœurs en France lui sont restés fidèles et l'appellent de
leurs vœux?.
Aussi , comme au banquet du 29 septembre , à Prague, nous les environnions des témoignages de notre gratitude et de notre amitié ! Comme, dans cette réunion de famille , où nous leur avions réservé les premières places > chacun se pressait autour d'eux, avide de recueillir les moindres détails sur la vie intérieure de nos
princes chéris, sur leurs occupations, leurs regrets, leurs espérances ! Je vois encore debout au milieu de nous, le brave La Villate , ce type de la fidélité et de la loyauté chevaleresques , heureux de parler de Henri V , qu'il chérit comme un fils , heureux de sentir en ce moment tant de cœurs vraiment français battre à Tunisson du sien et palpiter d'émotion à ses récits. Je le vois encore s'efforçant de répondre à toutes les questions qui l'accablaient de toutes parts y ne sachant auquel entendre , s'agitant au milieu de la foule pour nous engager à maîtriser un instant notre impatience , qu'il comprenait pourtant bien , et qui ., j'en suis sûr, faisait aussi par sympathie bouillonner son sang dans ses veines. Je le vois enfin , quand le calme fut rétabli , nous parler du roi, avec cette éloquence brûlante et sans apprêts qui part du cœur, et cette brusquerie , apanage des vieux grognards, qui masque le plus souvent une bonté d'ame à toute épreuve.
M. deLaVillate est âgé d'environ cinquante-* cinq ans : sa taille est au-dessus de la moyenne; mais la largeur de ses épaules et l'ensemble de toute sa personne annoncent une vigueur peu ordinaire , avantage précieux qui nous donne pour la sûreté de Henri une garantie de plus. M. de La Villateest doué d'une de ces physionomies heureuses qui inspirent la confiance au premier abord , et où Lavater lui-même eût en vain cherché un trait, une ligne qui pût justifier la plus légère défiance , une de ces figures , en un mot, que votre imagination > en dépit de tous vos efforts , n'associera jamais avec l'a me d'un traître. Les epaissesmoustachesdeM.de La Villate, ses favoris et ses cheveux sont presque entièrement blancs; pourtant ce ne sont pas les années qui ont blanchi sa tête : il était aiusi dès l'âge de quinze ans, et cette révolution dans son système physique a été occasionée par une circonstance de sa vie connue de bien peu de personnes , mais trop belle pour rester ignorée.
M. de La Villate père, ayant été arrêté soils le régime de la terreur, fut jugé et condamné à perdre la tête. On ne daigna même pas donner à l'acte d'accusation un semblant de justice; il était royaliste, et ce titre, à cette époque de sanglante mémoire, équivalaitàun arrêt de mort. Dans la nuit qui précéda le jour fixé pour son exécution, son fils, à peine âgé de quinze ans, mit tout en œuvre pour parvenir jusqu'à lui et le sauver. Un des geôliers , séduit à force d'or, lui en facilita les moyens. Mais il restait au jeune La Villate un autre obstacle à surmonter.il fallait persuader à son père de se revêtir de ses habits et de profiter, en abandonnant son fils dans les fers , de la seule chance de salut qui lui restât. Vaincu enfin par ses instances et ses larmes , M. de La Villate père céda et le quitta en gémissant , conservant toutefois au fond du cœur l'espoir que malgré le système de mort qui décimait alors la France, un exemple aussi rare de piété filiale, trouverait grâce devant ses bourreaux.
Son attente ne fut pas trompée. Le cœur des juges n'était pas encore fermé à tout sentiment d'humanité. On sursit au jugement du prisonnier, et bientôt il fut oublié parmi les masses de victimes que chaque jour amenait au tribunal révolutionnaire. Puis arriva le neuf thermidor avec la chute de Robespierre, et le jeune La Villa te fut rendu à sa famille*
Mais une marque indélébile resta imprimée sur son front , pour attester son courageux dévoûment. Dans cette nuit terrible, l'angoisse qu'il éprouvait sur le succès de la faite de son père , et l'anxiété sur le sort qui lui était réservé à lui-même, opérèrent sur lui une révolution dont les annales de la médecine rapportent plusieurs exemples amenés par des causes à peu près semblables. Ses cheveux blanchirent subitement...
C'était débuter noblement dans la carrière de l'honneur-, M. de La Villate n'a jamais démenti
de si beaux commencemens : sa fidélité et son dévouaient à nos princes ont passé en proverbe. Enfin, pour me servir de l'expression du spirituel rédacteur delailfocZe, il vaut, à lui seul, tout un bataillon de grenadiers. Comprenezvous maintenant qu'avec de tels antécédens et des garanties semblables nous soyons rassurés et tranquilles sur le compte du jeune prince , quand La Villate est près de lui. Comprenez-vous pourquoi , durant notre séjour à Prague, il était de toutes nos réunions, de toutes nos parties •, pourquoi nous lui parlions sans cesse de Henri, nous le conjurions de veiller toujours à ses côtés , nous lui demandions sa parole d'honneur qu'il ne le quitterait jamais 9 qu'il en ferait surtout un bon Français , tâche d'autant plus facile que le prince l'aime beaucoup et a toute confiance en lui.
A tant de marques d'estime et de confiance , à tant de preuves d'amour pour l'enfant de la France, le brave La Villate ne pouvait cacher son
émotion, et j'ai vu plus d'une fois couler de ses yeux une larme d'attendrissement qu'il cachait bien vite sous sa blanche moustache.
Souvent encore , en me parlant avec enthousiasme du jeune prince , il me citait de lui de ces traits qui annoncent une ame grande et noble , et décèlent tout un avenir de gloire et de félicité publique. Oh ! oui, il est parfaitement vrai que notre Henri est doué du naturel le plus heureux, que souvent il étonne les personnes qui l'entourent, par la sagacité de son esprit et la justesse de ses réflexions , qu'enfin il porte dans son cœur le germe des plus belles qualités qui se développeront activement, n'en doutez pas, sous les yeux et par les soins des hommes que l'influence de son auguste mère a fait arriver prés de lui. Henri saisit et adopte avec empressement tout ce qui est vrai, et repousse sans examen , mais par le seul fait d'un esprit droit et juste , tout ce qui porte un caractère de fausseté. Il a en horreur la flatterie , et M. de La Villate, qui travaille sans
cesse à fortifier cette antipathie dans Famé du jeune prince, voit ses efforts couronnés d'un plein succès. J'en citerai pour preuve le trait suivant,, parmi vingt autres de même nature.
Au mois de juin dernier , un officier français sollicita et obtint l'honneur dTêtre présenté à la famille royale à Prague. Charles X daigna même l'admettre à sa table*, car, dans l'exil , il n'y a plus d'étiquette : tous les Français sont accueillis avec une égale bonté , sans autre distinction que celle de leur dévoûment et de leurs sacrifices à la cause de la légitimité. Après le dîner , l'officier eut l'honneur de faire la partie au billard du jeune prince. Aussi bon joueur qu'adroit courtisan , l'officier mettait en œuvre toute son adresse, non pour gagner, mais pour perdre. Cependant, malgré ses efforts, il jouait bien , par la force de l'habitude : il bloquait souvent son adversaire et ne manquait jamais de s'écrier : « Ah ! monseigneur, je demande mille pardons à votre Altesse Royale : ah ! quel
racroc j'ai fait là.... En bonne règle, ce coup ne peut compter, etc. » , et cent autres phrases sur ce ton. Le prince , à qui ce manège déplaisait fort, ne marqua d'abord son mécontentement que par un silence absolu ; mais l'officier ayant fait à dessein plusieurs fausses queues , la patience échappa tout-à-fait à Henri, qui jeta la sienne sur le billard , et se retira disant avec humeur : « Je ne Joue pas avec les flatteurs. »
Quelques jours après, le jeune prince se promenait à cheval, suivi de M. de La Villate, lorsqu'il aperçut à une certaine distance le même officier qui avançait de son côté. « La Villate , La Villate , » s'écrie-t-il aussitôt en se tournant vers le fidèle serviteur, et lui lançant un regard expressif, « le voilà, le voilà : c'est le flatteur de l'autre jour. » Et piquant des deux, il partit au galop dans une direction opposée pour éviter la rencontre de l'homme qui avait blessé une susceptibilité d'autant plus admi-
rable, qu'on s'attend moiîis à la trouver dans le cœur d'un roi.
Comment, à propos de M. de La Villate, en suis-je venu à parler de flatterie? Je n'en sais vraiment rien ; car si jamais deux mots ont hurlé de se trouver réunis , ce sont bien ces deux-là.
Etat des connaissances possédées par S. A. R. M§r le duc de Bordeaux à la fin de juin i835.
I. Latin. Au mois -d'août i83o , M:,I le duc de Bordeaux arrivant au château de Lulworth recommença l'étude des premiers élémens de la langue latine sous la direction de M. Barande.
Depuis cette époque, M*r a appris et possède : i° tous les élémens de la grammaire latine rédigée par M. Barande , suivant une méthode particulière -, 2° toutes les racines de la langue latine telles qu'on les trouve dans le dictionnaire anglais de Mair. Msr les a répétées d'un bout à l'autre un grand nombre de fois 5 5° tous les mots dérivés et composés des racines latines , d'après un travail particulier , fait par M. Barande pour son élève et écrit par Monseigneur.
Ainsi le prince possède tout le dictionnaire de la langue latine sans avoir eu aucun dictionnaire entre les mains.
M>r a traduit successivement depuis le mois d'août i85o? jusqu'à la fin de juin i835 :
i° Des morceaux choisis et extraits de divers auteurs, par M. Barande.
2° Les quatre premiers livres des Commentaires de César.
5° Toute la partie de Justin qui a rapport à Philippe et à Alexandre.
4° La presque totalité de Quinte-Curce.
5° Les règnes de Romulus, Numa, Tullus Iiostilius dans Tite-Live.
Mgr est depuis long -temps en état de faire
l'analyse grammaticale et logique d'une phrase latine quelconque , et il explique facilement Tite-Live sans le secours d'aucun dictionnaire. Mgr a rarement fait des thèmes écrits ; il a été seulement exercé quelquefois à traduire verbale^ nient du français en latin.
M3' n'a encore reçu que quelques notions imparfaites sur la poésie latine, et n'a expliqué que quelques vers de Virgile.
S. A. R. n'a consacré régulièrement qu'une heure un quart par jour au latin , y compris études et leçons.
II. Grammaire. Au mois d'août 1800 , Msr le duc de Bordeaux n'avait aucune idée de grammaire générale, et connaissait très peu la grammaire française : il commettait en écrivant de nombreuses fautes de français et d'orthographe. Depuis cette époque, M'1 a appris sous la direction de M. Barande, et possède aujourd'hui :
i° toutes les règles de la grammaire générale applicable à la fois aux langues latine, française, anglaise et allemande, avec les applications à chacune de ces langues en particulier ; 2° toutes les règles particulières les plus importantes de la grammaire française. M*1 a rédigé tout ce qui a rapport à la formation des neuf espèces de mots, l'analyse grammaticale et logique, les noms composés, les règles des participes présentées sous un nouveau jour par M. Barande, etc.
Le temps n'a pas permis de finir la rédaction de toute la syntaxe enseignée à S. A, R. et possédée par elle. D'après de nombreux essais faits en présence de beaucoup de témoins, Mgl est en état d'écrire le français sans aucune faute de langage ni d'orthographe, avec l'accentuation , la ponctuation , etc. M?l lit d'une manière remarquable.
M81' a écrit tous les homonymes français et a commencé un travail sur les synonymes.
S. A. R. n'a consacré régulièrement que trois heures par semaine à la grammaire , y compris études et leçons.
III. Allemand. Au mois d'août i85o , Mgl le duc de Bordeaux n'avait aucune connaissance positive de la langue allemande. Malgré les difficultés que cette leçon a présentées pendant long-temps, S. A. R. a appris sous la direction de M. Barande : i° tous les élémens de la grammaire allemande générale et particulière ; l'analyse grammaticale et logique , la syntaxe, etc. Msr a rédigé les principales règles ; 2° la plupart des racines de la langue allemande , avec les mots dérivés et composés , suivant la méthode appliquée à l'étude de la langue latine par M. Barande \ 5° tous les verbes irréguliers.
M r a expliqué , sous les yeux de M. Barande, la collection d'histoires choisies à l'usage de TEcole militaire , en deux volumes , et des morceaux extraits de divers auteurs allemands*
Lorsque M. Barande quitta la direction du cours de langue allemande au mois de novembre 1 832, Mgr le duc de Bordeaux était en état d'expliquer facilement la Guerre de trente ans , de Schiller.
S. A. R. n'a consacré régulièrement que trois heures par semaine à la grammaire et à la langue allemande , y compris études et leçons.
IV. Géographie. Au mois d'août i85o, M> lef due de Bordeaux , connaissait la description générale du globe, celle des principaux états de l'Europe, et la description de la France avec beaucoup plus de détails. Il avait acquis ces connaissances sous la direction de M* Colart, remplacé à diverses reprises par M. Barande ; mais il n'avait aucune notion de géographie mathématique , physique , etc.
Depuis cette époque , S. A. R. a appris , sous la direction de M. Barande, et possède aujoitr-
d'hui : i° la géographie mathématique et physique développée dans ses diverses branches , et rédigée par 3M>r en 35 feuilles in-4° ; 2° la géographie générale du globe, et plus spécialement de l'Europe, développée et complétée. Ce cours n'est pas rédigé faute de temps ; 5° la description complète et détaillée de la France, savoir : division par provinces et par départemens ; rapports de ces deux systèmes; système des montagnes, système fluvial par bassins, avec tous les affluens -, système des canaux, etc. géographie comparée aux divers âges.
Souvenirs historiques de toutes les localités remarquables; curiosités naturelles et produits principaux des diverses contrées.
4° La description complète et détaillée sous i ous les rapports , comme celle de la France , de l'Italie , l'Espagne, Portugal, Suisse, Allemagne avec toutes ses souverainetés, Belgique, Hollande , Danemarck , Suède , Angleterre 7
Ecosse, Irlande, etc. En un mot , de toute FËu-i rope, excepté la Russie et la Turquie dont la description n'a été que préparée. Des feuilles succinctes, en forme de tableaux , ont été écrites par Mgr pour lui faire retenir l'orthographe des noms. Les souvenirs historiques et les observations qui se lient à ces noms, ne sont point rédigés faute de temps.
La géographie et l'histoire sont intimement liéesdansl'enseignementdonnéjusqu'iciàS.A.R* et ne sauraient être séparées.
Mgr n'a consacré régulièrement que trois heures par semaine à la géographie, y compris études et leçons.
V. Histoire. Histoire ancienne. M5' le duc de Bordeaux avait reçu en France quelques notions de l'histoire de la Grèce , de l'Egypte , etc* M. Barande les a entretenues par le choix des auteurs latins qu'il a fait expliquera S. A. R. ,
mais il n'a point eu le temps de les développer par des leçons spéciales.
Histoire moderne. L'histoire moderne a été depuis sept ans l'objet principal des études de M51 \ et c'est aussi dans cette branche qu'il a fait les progrès les plus remarquables.
Lorsque M. Barande commença ce cours en octobre 1826, S. A. R. avait reçu de M. Colart quelques notions superficielles de l'histoire de France. Depuis cette époque , Mgr a appris sous la direction de M. Barande, par des développerons successifs et proportionnés à Fâge du royal élève : i° Thistoire générale de l'Europe depuis le commencement du 5° siècle jusqu'au milieu du 18e •, 2° l'histoire particulière détaillée de France , d'Angleterre , d'Allemagne , de Naples , de Venise , de Florence, de Milan , etc., l'histoire générale de l'Espagne et du Portugal, principalement dans leurs rapports avec l'histoire des autres nations Européennes. Le temps n'a
pas permis de terminer l'histoire des 17 e et i88 siècles avec les mêmes développemens , ni de compléter le cadre de l'histoire des états du nord et de la Turquie 7 qui n'a été que préparé.
S, À. R. possède la chronologie d'une manière remarquable ; elle connaît les généalogies et les rapports de famille de toutes les dynasties qui ont régné dans les pays indiqués ci-dessus et de leurs branches principales •, elle en a dressé des tableaux détaillés qu'elle reproduit de mémoire.
Interrogé sur une époque quelconque, Monseigneur peut tracer , de vive voix , ou par écrit, sans autre secours que sa mémoire, le tableau synoptique de l'histoire de l'Europe , en indiquant, pour chaque pays : le souverain, tous les événemens importans de son règne, ses rapports avec les états voisins , les dates des principaux faits ; les événemens généraux de l'histoire de l'Europe, etc. Monseigneur est habitué, au-
tant que son âge peut le permettre, à considérer les causes et les suites des grands événemens, à suivre le développement des institutions des peuples et du pouvoir royal , à comparer la forme du gouvernement des divers peuples, à observer les cliangemens relatifs à la religion , les progrès de la civilisation, des sciences, des arts, du commerce, les découvertes importantes, etc. S. A. R. a rédigé, de vive voix, et écrit sous la dictée de M. Barancle , un résumé des histoires de France, d'Angleterre, d'Allemagne , d'Ttalie , etc. Ce résumé , très concis pour les premiers siècles, prend successivement plus d'étendue ; le 17e siècle, pour l'Allemagne seule , comprend 55 feuilles in-..j" • ( ou i4o pages. )
M. Barande s'est surtout appliqué à donnera son royal élève l'habitude d'exprimer ses idées d'une manière claire , précise et suivie. Aussi, Monseigneur le duc de Bordeaux , en racontant ou en écrivant l'histoire , se distingue par Pot-
dre, la netteté de ses pensées et par le choix de ses expressions»
S, A. R. n'a consacré qu'une demi-heure par jour à l'histoire ? pendant son séjour en France, et une demi-heure par jour, depuis le mois d'août 1850 y y compris éludes et leçons.
L'original de l'état ci-dessus ? dressé et possédé par M. Barande, est revêtu de l'attestation suivante :
« Je certifie que Monseigneur le duc de Bor- « deaux possède ? en ce moment , toutes les con- « naissances indiquées dans le présent état, et je « déclare que tous les progrès de S. A. R. sont « dus au zèle éclairé de M. Barande et à l'unité « qu'il a mise dans l'enseignement entièrement « confié à ses soins. »
Tœplitz,le50juinl833.
Signé Baron de Damas.
P.aV. À ces connaissances, il faut ajouter l'anglais , le dessin, l'escrime, l'équitation, etc., etc., que S. A. R. a appris sous des maîtres particu-
1ers.
C'est sans doute beaucoup pour un prince de l'âge d'Henri V que tout ce savoir qu'il doit aux personnes chargées, depuis son enfance , de son éducation; mais, à notre sens, ce serait peu, si tout cela n'était relevé par un noble caractère qui se révèle dans une foule de traits que nous n'avons pu citer; en voici quelques-uns que les journaux ont redits, et que nous rapporterons sans y rien changer , car nous ne voulons pas être les seuls à louer le jeune homme que les froids Allemands ont nommé admirable.
Je manquerais à mon devoir si je ne faisais
connaître à la France royaliste un nouveau trait de générosité de notre jeune Henri,
Dans l'audience que j'ai eu le bonheur d'obtenir du royal enfant , aussitôt qu'il m'apefçut, <( Eh bien ! docteur , me dit-il, est-il bien vrai « que Paris ait tant souffert du choléra? Si le « fléau a fait des ravages tels qu'on les dépeint « ici , vous aussi , probablement , vous avez « perdu des membres de votre famille, malgré « tous les soins que vous avez pu leur pro- « diguer. »
Je répondis que je n'avais aucune perte à déplorer dans ma famille, mais que je plaignais amèrement ce grand nombre de pauvres enfans que le fléau avait rendus orphelins,
« Oui, Monsieur, me répliqua-t-il , je le <( connais mieux que personne ; il faut être or- « phelin pour bien apprécier leurs souffrances \ « aussi je les plains de tout mon cœur. » En
proférant ces mots, le jeune prince devint rouge -, ses yeux se remplirent de larmes , et , me prenant la main , il me conduisit dans son cabinet, et médit : « Monsieur, je ne suis point « riche 5 mon cœur est plein de compassion « pour mes petits compagnons d'infortune; « j'espère qu'un jour mes moyens répondront <( à mes sentimens. En attendant , je ne puis « leur offrir que mes prières et ces petites éco- « nomies dont je vous charge. » Aussitôt Henri tira de son bureau et me remit un billet de banque. « Si je ne suis pas très riche, ajouta - « t-il , les longues soirées d'hiver me permet- « tront , en revanche , de travailler beaucoup « pour eux. Je ferai des albums dont le produit « sera destiné au soulagement des détenus poli- « tiques et des orphelins abandonnés. »
Je suis , Monsieur le rédacteur ,
Votre très humble et très obéissant serviteur ?
Aloysius de Mey.
On nous écrit de Prague:
« Le jour des funérailles du prince Liehlenstein, gouverneur militaire delà Bohême, Henri étant à une des fenêtres du Hradschin , et regardant défiler la garnison de Prague qui suivait le convoi , vint à passer un beau régiment de hussards à peu près équipé comme les hussards français. « Regardez donc, dit Henri tout joyeux, « aux Français qui étaient auprès de lui , voilà « de la cavalerie comme la nôtre; voyez , leur « uniforme ressemble aux uniformes français : « oh ! si c'étaient des Français , je sauterais pas; «, la fenêtre pour être plus vite à eux. »
Une lettre de Prague contient le fait suivant :
11 y a peu de jours, Henri V, à son retour d'une promenade à cheval dans les environs du Hradschin , passait rapidement la grille du château , lorsque le factionnaire surpris lui présenta les armes précipitamment ; le cheval eut peur et se cabra avec tant de violence, que le jeune cavalier, qui ne s'y attendait point, perdit les étriers, et, après un moment de lutte avec son coursier, qui continuait à se cabrer , il fut désarçonné. Mais il ne quitta point la bride, et en un instant, il était remonté sur ranimai fougueux , qu'il parvint à dominer avec tout l'art de l'écuyer le plus consommé. Ce n'était pas assez pour le prince : il donne Tordre au factionnaire de lui présenter de nouveau les armes au moment où il passera sous la grille; en même temps, il donne de l'éperon à son cheval , qui , tremblant sous le poids d'un enfant ; franchit la porte comme un trait , et reçoit bientôt les caresses de son maître pour prix de sa soumission.
Courage, Henri, que cette aventure vous apprenne ce que peuvent l'habileté, la persévérance et la résolution !
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tracée et coloriée par Le Prince. 4 f.
VIE POLITIQUE DE LOUIS-PHZLIPPE-JOSEPH D'ORLÉ ANS-ÉGALITÉ, in-8. 5 f*.
NOUVEAU TRAITÉ DE LA NARRATION, avec des exemples tirés de Boilcau , Corneille ( P.), Fontaine (La), etc., etc., etc.; et de MM. Aimé-Martin 3 Ancelot , ChénedolL: , Delavigne [C), Guiwmd, Hugo (V.), Lamaitine, Lebrun (P.), Micliaud, Saint- \ icloiv, S.iunict ; ouvrage destiné à l'instruction des jeunes peismut s, précédé d'un etsaisur leur éducation, et suivi de quarante modèles de narration, exti ails de Bossuet, Bernardin de Sl-Picrre , Fénélon . J.-J. Rousseau , etc., etc., et de MM. «le Barauic , liei-ehoux , de Chateaubriand, Colnet , Du pré deSle-JVÎaure, Jouy, W alsh,MniC G. Ducrest, ctc.; etc.; avec des notes bibtoriujucs , biogiaphiuucs , littéraires; par Àlph. Fresse-Montvaî , prolcsscur de langue et de littérature française, et auteur de plusieurs ouvrages d'éducation. 2 jolis vol.in-18, pap. véhn. 5 f.
A. Piuan nr. la-Foajsst, iui]>., rue des Krvci?, ». 37.
Deacidified using the Bookkeeper process. Neutralizing agent: Magnésium Oxide Treatment Date: Feb. 2008
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