‹ Voyage à Saint-Léger, campagne de m. le chevalier de Boufflers, suivi duChapitre 19 sur 23 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

A son FILS, M. LE COMTE DE SÀBRAN.

Mon cher enfant, ton âge m'autorise A te parler du papillon , Mais sans que ta raison pourtant s'en formalise. Car ceci n'est qu'exemple , et non comparaison» Quand le Zéphir a fait taire la bise , Le papillon, qui ne vit qu'en été, Des grands soins d'ici-bas ne s'embarrasse guère. L'affaire de la Volupté Est la plus importante affaire.

Il ne veut rien , rien , que jouir , Sans raisonner, sans réfléchir. Chaque instant le conduit à des amours nouvelles^

Qui n'ont jamais de lendemain :

En une heure il a pu charmer toutes les beUes D'un jardin , Sans en rencontrer de cruelles ; Mais. d'un pareil bonheur on peut prévoir la fin^

i34 NOTiar

Un soir que , retiré dans lombre et le silence, Il réparait les fatigues du jour,

Il voit une lueur, et pense

Que c'est le flambeau de F Amour :

n se lèye aussitôt y bat de Taile , s avance , Tourne, retourne, et passe à chaque fois plus près

D un objet si rempli d attraits :

Son éclat Féblouit, sa chaleur le pénètre , Sa flamme vacillante excite son désir ^

Et, dans Tivresse du plaisir,

A tout prix il prétend connaître Ce fantôme brillant... Il y trouve la mort*

Mon <^er enfant, ceci ressemble fort

Aux douces erreurs du bel âge ;

Plus qu'on ne veut le cœur s'engage :

Quand il n'est plus temps d y songer , Ce n'est qu'alors qu'on en sent le danger.

Mais de tout la Raison sait tirer avantage ,

Et reçoit même une leôon

D'un papillon.

Elle disait au même, car elle est aussi bonne ïnère qu'excellente épouse, dans ce langage ancien qui a tant de charme , cette romance :

SUR MADAM» 0B BOUHXBRS. l35

« Sous ïortge qui fptond^^

» Bannis, p^^ëc^ta» ,

» Fuyant de tOH$ côtés »

» N'ayant phis ri^n au ipiond^, » Il nous reste encor, mon enfant, » Une âme calme^ un cœur constant.

» Nous trouvons en nous-méme

» Bonheur, force, soutien :

» Le mal n'est point extrême

» Tant que Ton s'aime Ifien.

» Que me fait la fortune

> Sous ces pompeux lambris,

« Et tous ces faroms

» Dont l'éclat importune P.

« Tant que je serai près de toi, » Le bonheur sera près de moi;

» N'es-tu pas ma riehesse,

» Mon édat, «a grandeur?

» Je brille en ta jeunesse ,

» Et renais dans ton cœur. »

Son digne fils, bien Jeune encore, lui en témoigna sa gratitude par des couplets qui fir Dissent ainsi :

36 NOTlCfi '

« Oui , près de toi toujours j'oublie » Du malheur le fardeau pesant :

» Celle qui m'a domië la vie » Fait tout le prix de son présent. »

A MADAME DE GUSTINE,

SA FILIiB,

Qui lui avait envoyé un camée d^un Amour qui voulait attraper un papillon pour lui couper les ailes.

L'Amour, voyant un papillon

Voltiger sur des fleurs nouvelles.

Prétendit corriger cet insigne frelon, £t le fixer en lui ponpant les ailes.

Aussitôt dit , aussitôt fait :

Le papillon, perdant le charme dont il brille, De léger devient lourd, de joli devient laid ;

n ne reste qu'une chenille.

Quand l'Amour par hasard fixe certains amans ,

C'est pareille métamorphose :

Va, ma fille, crois-moi, des papillons constans.

Fatigueraient bientôt les roses.

SUR MADAMB DB BOVFnBftS. 187

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