‹ Voyage à Saint-Léger, campagne de m. le chevalier de Boufflers, suivi duChapitre 23 sur 23 · A M. DE DAMPMARTIN · texte numérisé non relu

A M. DE DAMPMARTIN

ANCIEN COMMANDANT d'uZÀS.

Paris, ao yendémiaire.

« Je chercherais en yain , Monsieur i par quelle fatalité mes réponses ne vous sont point parvenues. Je me bornerai

donc à vous répéter une troisième fois que j*ai laissé mon excellent ami , M. de Dampmartin y se portant parfaitement à Berlin , vivant de peu , mais content de peu , aimé de beaucoup , honoré de tous y et balançant , du moins par ses qualités et les vertus , l'idée que beaucoup de nos compatriotes ont donnée de notre nation. D est là aussi heureux qu'un bon Français comme lui peut l'être loin de sa patrie , et qu'un excellent fils comme lui peut l'être loin d'un père adoré; et je le crois en ce moment occupé à donner ses soîn9 à un jeune homme dont les parens ont été assez bien inspirés pour recourir à un aussi digne mentor.

» Quant à son ouvrage, je n'en ai point apporté d'exemplaires, attendu que j*ai fait toute ma route à cheval; mais comme depuis quelque temps je suis fort en connaissance avec quelques libraires, je tâcherai de vous le procurer. Ayez la bonté, Monsieur, de me mander, avec toute la confiance que j'ose croire que je mérite, quels seraient les désirs de M. votre fils, relativement à la France. Je sais de reste tous les sacrifices qu'il ferait pour se retrouver au sein de sa respectable famille; mais la famille elle-même (pardonnez-moi ma liberté) auraitrcUe, dans les premiers momens, de qilbi le soutenir, jusqu'à ce que la patrie, mieux informée du mérite d'un si galant homme , se chargeât de son entretien?

» Si cela vous paraissait aussi possible qu'agréable, je vous prierais de me faire passer les prénoms avec les anciennes qualités de M. votre fils , et je tâcherais , sans aucune formalité préalable, de lui obtenir une surveillance sur ma res^ ponfiabilité, bien sûr de ne pouvoir pas mieux la placer, et bien intimement persuadé qu'il en ferait autant pour moi.

» Recevez, Monsieur, l'assurance de tous les sentimens qui m'ont été inspirés pour vous.

M BODFFLERS. »

!JlO NOTICE.

De soh côté , M. de Dampmartin , après .avoir accompagné pendant près d'un an , dans l'intérieur de l'Allemagne , le fils du baron Derkhordstein j sollicita aux pieds du roi de PruAe la permission de revenir revoir sa famille; elle lui fut gracieusement accordée ^ et au mois de fé»* Vrier 1 800 il revit le sol de sa patrie , où son père , sa mère , sa femme et son fils vivaient encore! Il fut nommé successivement membi*e du conseil de préfecture du département du Gard, commissaire examinateur des ouvrages imprimés sans avoir passé à la censure , censeur împé*rial en 181 1 , conseiller au Conseil des prises le i!i avril suivant, et enfin membre du corpslégislatif le 6 janvier 181 3. — Il adhéra le 3 avril i8i4 à la déchéance de Buonaparte, et fut nommé censeur royal le ^4 octobre ; et l'année suivante , il fut de la commission chaînée de iVxamen des ouvrages périodiques, et eut pà\^ "tîculièrement à surveiller le Merùulre et quelques nains ^ ainsi que quelques géans de diverses couleurs , jaunes ^ rouges , blancs y etc. Mais sa tolérance et sa douceur n'étaient pas compatibles avec un pareil èntplôi 5 au^i te quitta-fc-ii volontairement le i" décembre iôï5, — Â la restauration^ il àvâît perdu sa placé au Conseil des prises; mais il avait obtenu presque en échange, en i8i6, d'être bibliothécaire du dépôt

de la guerre. Les changemens qui eurent lieu bientôt après, le privèrent d'un enoploi qu'il affectionnait, et où il laissa des souvenirs ineffaçables. Depuis ce moment, il ne songea plus qu'aux lettres i||& l'amitié ; et e'est là où nous allojis le retrouver tout entier, en reprenant l'histoire de ses travaux littéraires ^ que nous avons interrompue pour termi»er de suite sa vie politique , qu'il ' illustra par quelques discours généreux proooi^cés avec chaleur à la tribune de la Chambre des députés.

La première publication par laquelle M. de Dampmartin signala son retour en France j fut un roman en quatre volumes în-8° , iqaprimés à Paris en 1 80 1 , sous ce titre : Brassimore , ou le Père inexorable ; en 1 8o3 , Nouveaux Essais de Gold^mitJi ff traduit^ de V anglais^ et accompagnés de renMrques ^nn voliipie in-12; Tannée suivante, p^ut soi) Traité :$ur les Romans^ uq volume in-i;2 ; (àt il donna, avec M. de Beauvoir, ^nnal0S de l'Efnpiris^ un volume in-8° j en i8io^ H osa publier fa France S4H4^ ses Rois , cijoiq yolumes ia-S"* : c'éfaif r^ppelei^ des souvenirs de ju^ce^ de modération, d'acao^r de la part de5 Français, qui pouvaient ne pas plaire à cette époque. -r-r- Voici yn biliet .de M., de Boufflers,, ^onçeri»ant.ç^Oj^vr$ige;vil.^^tjans4|tte :

212 NOTIiSE.

A M, Dampmanin , membre. du Conseil des Prises ^ rue du Faubourg-Stànt-Eonoré,

« Mon cher yoisin (c'est de tous vos titres cdlû que j'aime mieux vous donner ) , l'exemplaire de votre ouvrage a été présenté liitr par moi à l'Académie , et déposé à la bibliothèque de l'Institut. Je suis occupé en ce moment à mettre au net le court article qui doit figurer dans le Journal de Paris , en attendant celui que je destine au Mer^ cure^ sur la fin de la France sous ses rois.

» Vous me mandez bien votre rapprochement , mais vous ne nous donnez point votre nmnéro ; ce qui empêchera ma lettre de vous parvenir aussi promptement que je le souhaiterais. — Madame de Boufflers me charge de vous exciter autant qu'il me sera possible à nous £8iire jouir de votre aimable voisinage. »

Il était veuf depuis quelque temps , lorsque^ le i4 niai 1811 , il épousa mademoiselle Amélie de Durfort , sœur de madame la maréchale de Beumon ville, si bonne et si aimable. Jamais union ne fut plus parfaite, et par conséquent plus heureuse : il semblait qu'on ne respirait auprès d'eux qu'un air embaumé de bonheur , qui se répandait sur un petit nombre d'amis choisis qui les entouraient.

Dans la même année ^ M. de Dampmartin fit paraître Qdcelques traits de la vie pHwe de Fré* dériC'Guillaume 11^ un volume in-8** , qui furent

suivis , en 1816, de la Lettre à Messieurs de la Chambre des Députés , in-8** ^ et du Développement de la lettre à Messieurs de la Chambre des Députés , sur V éducation et sur les choix des instituteurs y in-S"*. — En 1818^ il donna : Coup^ d'œil sur la campagne des émigrés ^ un volume in-8*' ; il revit et abrégea la troisième édition des Sous^enirs de vingt ans de séjour à Berlin , par D. Thiebault ^ et présida à la publication de V Apologétique de TertuUien , traduit par Pabbé Meunier. Ce dernier ouvrage fut l'heureuse cause de ma liaison avec l'écrivain dont je viens de retracer la vie si honorable.il coopérait, ainsi que moi , à la rédaction des Annales de la litté-rature et des arts^ lorsque ^ sur une remarque critique qui m'était échappée , il termina sa réclamation par ces bienveillantes paroles : Je vois avec peine au nombre de mes censeurs un écrivain dont les ouvrages font estimer le talent y aimer le caractère et respecter les principes. Le gand était jeté, je dus le ramasser, et je m'empressai de le faire en envoyant cette explication :

« ••• Quand on a tort, il faut savoir avouer qu'on a tort... * Je déclare ensuite que , lorsque j'ai témoigné ma surprise de ce que votre critique, en général si franche et si Judicieuse, avait laissé passer cette faute et quelques autres, je n'ai pas voulu donner trop d'extension , ni un sens trop

31 4 ifoncE.

sétère à cette remarq«e, «t je a!ai ^u d'autre intention ^e de vépat^wn oubli, en faisant poni»aitre im livre très-e^ti*mable* Je vroi$ <{ue la -traduetipn de rjpoh^ti^ue de Tertullien par l'abbé de Gourcy, revue et corrigée par MM. Bregbot du Lutb et Pciicaud , est supérieure à celle de M. l'abbé Meunier; mais je n'ai pas prétendu que cette dernière f&t sans mérite. J'auvais sfulement detiré que M. de Dampmartînt qui en est bien capable, fit disparattre les iié^gen43es qu'on y découvre.

» Quant à la dernière phrase de '^, de Dampm«j?tin , je i^e trouve pas de terme assez expressif pour y répondre djignement. Je serais très-fâché que deux ou trois lignes de la critique accidentelle d'une brochure dont il n*est que l'éditeur, Im eussent persuadé qu'il devait me ranger parmi ses censeurs. Je n'aieoepte pas im pareil titre : je ]Le prie de erotre que j^ai lu avec trop d^ plaisir et d'intérêt plusieurs de se$ ouvrages, pour vouloir rien écrire qui puisse l'affliger. Je n'hésite donc point à rétracter les mots trop absolus qui se sont glissés dans mon article, et qui, avec juste raison , ont dû lui déplaire.... »

Tel est le doux empire de ces Lettres si ju^t^» ment surnommées humaines ^ qu'une discussion où j'avais tort , puisque j'avais été l'agresseur , me procura Tamitié de cet homme aimable, dont j'ai pleuré la perte au sein de son estimaMe famt|le. Hélas! la mort vint le surprendre le 12 juillet 1825 3^ comme on était occupé à lire ses Mé'^ moires ^ur dwers événemem de la révolution M de rémifp^timi^ 4aux yQli^mes in-^*" ; tr^v^il honorable, qui annonçait dans l'auteur un espiîl

NOTICE. 2l5

très-conciliant j uç bon cœur et un sujet dévoué et fidèle, (j est là que, profitant des sages con*« seils de M. de Boufflera, en réfaisant l'ouvrage qu'il avait publié en Prusse^ sur les Évértemens de id révolution , il a trouvé l'occasion d'y peindre^ ainsi qu'on l'a vu plus haut, celui dont l'amitié lui fut si honora))le et si précieuse « Ces deux amis étaient faits pour s'estimer et se comprendre mu-* tuellcmeat, parce que tous deux avaient une égale bonté de caractère et une extrême finesse d'es^ prît. Leur conversation était animée ^ élégante, instructive^ quelquefois maligne, et cependant t<Mijoum remplie de bienveillance , car leur mali* gnité ne s'épanchait, ne se manifestait qu'en douces saillies qui n'arrivaient jamais jusqu'à l'offense.

Un anonyme en a fait ce juste éloge dan^ le Journal des Débats : a Infatigable pour le travail, il passait plusieurs heures de la matinée à écrire ou à dicter ; et il a laissé des manuscrits fort précieux , surtout par les rapprochemens qu'ils offrent. Beu d'hommes ont poussé plus loin que M. de Dampmartin la bonté, la douceur, et la plus parfaite égalité d'humeur. Fils tendre et respectueux, excellent époux , il était le meilleur des pères et le modèle des amis et des maîtres. Js^mais les vicissitudes de la fortune ne lui arrachèrent une plainte; il ne laissait guère écouler

3l6 NOTICE.

de journées sans rendrç servicQ, à quelqu'un ; et ^ durant trente-troîs ans que l'écrivain de cet article a eu le bonheur de le connaître y il ne lui a jamais entendu proférer un reproche ou en être l'objet. Une vie réglée et une excellente constitution permettaient à ses amis l'espérance de le conserver encore pendant plusieurs années , lorsqu'une fluxion de poitrine, survenue inopinément , Tenleva dans neuf jours. Il supporta ses souffrances avec, un grand courage et une résignation parfaite , et mourut , après avoir reçu lès consolations de la religion ^ avec cette piété douce et éclairée qu'il avait montrée dur^t toute sa vie. »

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