LA RÉFORME
Qu'il était beau cet âge heureux De la véritable tendresse, Où la Pudeur et la Sigesse Gouvernaient reqo^pire amoureux!
6o VOYAGE
La maîtresse, long-temps sévère, Tenait l'amant toujours soumis : C'était un devoir que de plaire, L espoir à peine était permis»
Mais, dans ce siècle débonnaire.
Dès le début tout est promis.
Avant même que l'on espère !
A peine a-t-on fait un serment Que sans scrupule on est volage; Pour se conformer à Fusage, On trahit tout impunément ;• On rit de qui veut être sagej Et parle-t-on d'attention , De soupirs, de discrétion, Personne n'entend ce langage.
Mais ne pourrait-on de nos jours Rétablir avec avantage Le culte antique des Amours ?
Sans doute c'est un grand ouvrage!
Inconstance et légèreté , Des Français sont le caractère; Il est vrai , je ne puis le taire ; Mais sur ces défauts j'ai compté.
Dans un pays tel que le nôtre, Une mode succède à l'autre ;
A SAINT-LÉGER. 6l
£h bien ! que la fidélité
Remplace chez nous l'inconstance;
Que d'un peu de perséyérance
On goûte au moins la nouveauté.
Essayons des soins, du mystère;
Délai d'un bonheur qu'on espère
Ne fait qu'ajouter au plaisir !
Suivons un code plus rigide;
Que l'amant devienne timide; Que, voilant toujours son désir, Il prenne le respect pour guide; Que , laissant les leçons d'Ovide , Il soupire modestement 9 £t parvienne plus lentement Dans les riants bosquets de Gnide...
Mais que fais -je ? Je m'entretiens D'une réforme chimérique; Ce sera l'État platonique, Qui n'aura pas de citoyens.
•Pallais me borner à cette lecture. On insista pour que je continuasse ; je dus obéir, et me décidai en faveur de la Fête de V Hymen ^ du Boun doir, de mes Souwnirs, de V Envoi des Poètes erotiques y et du Verger d^ Adolphe. Je comptai,
pour en faire excuser la longueur, sur la dédicace
♦ de ces naïves élégies.
Le printemps s*enibellit d*un sourjire de Flore ; Un regard de Vénus enflamme lunivers ; Ah ! puisse ainsi le nom d'ÉLEOHORE
* Transmettre son charme à mes vers !
S'ils sont assez heureux pour survivre à notre âge, Aux siècles à venir ils peindront mon ardeur; Us diront que l'Amour n'est pas toujours volage , t Et qu'il est père du Bonheur.
Entre ces différentes lectures , nous avions fait un excellent dîner et bu très-^nacréontiquement du vin de V Ermitage et du Constance. On avait parlé d^ autrefois } ces souvenirs, la bonne chère et le Volnay avaient réveillé notre gaité, et pour I rentrer dans le genre de celui dont la Suisse
admirait
« Les crayons, la prose, les vers, » Et les jolis contes pour rire, »
je leur récitai cette ancienne bagatelle :
Horace et La Fontaine ont jadis maltraité* Le servile troupeau des ignares copistes , • De THélicon célèbres casuistes \
A SAmT-LÉGER. 63
Nous devons tous céder à leur autorité. ^
Mais de Tarrét que dicta leur génie
Analysons le sens conservateur, Et ne confondons pas, ainsi quen Germanie,
Le copiste et Timita^ur.
Oui, suivons les anciens san^r copier personne ;
CTest le conseil que chacun d*eux nous donne.
L'avis est bon ; qui peut le contester?
Ces auteurs sont parfaits, sachons les imiter. Mais ne peut-on encor , dans un frivole ouvrage. D'un moderne charmant singer le badinage?
BoufiQers avec gaîté, d'un ton original,
D'une façon piquante et très -gentille,
A raconté la Fille et le Cheval;
Je vais narrer le Che\>al et la Fille , Et tâcher d'être aussi moral.
Un jour, voyageant à chetal.
Je fis rencontre d'une fille :
Il est ombrageux mon cheval , Il fiit effrayé par la fille"; Elle-même eut peur du cheval.
Je voulais rassurer la fille,
Malgré moi, mon quinteuic cheval M'emporta bien loin de la fille.
Enfin j'arrêtai mon cheval , Et le ramenai vers la fille.
—•Vous avez un méchant cheval, Me dit ingénument la fille; Il faut le vendre ce chev|d.
— Volontiers , dis-je à cette fille, Taime encore moins mon cheval Que je n'aime une jeune fille.
Et je descendis de cheval Pour me rapprocher de la fille Dont j étais trop loin à cheval.
Quand je fus auprès de la fille, rattachai vite le cheval Afin de songer à la fille ; Et, sans plus parler du cheval, Je baisai les mains de la fille.
Qui résista moins <ju'un cheval Qui prend un caprice de fille; (Car de la fille ou du cheval Le cheval le cède à la fille. ) Ne m occupant plus du cheval, Sur le gazon j'assieds la fille !....
Puis je revins à mon cheval , Malgré les bontés de la fille.
Mais pour avoir à mon cheval Préféré cette leste fiUé ^ Je pris... Serai-je assez chevlsd .
Pour dire ce^ue cette fille Fit porter à mon beau cheval?
• Ah ! défiez-vous d'une fiUe Moins fière qu'un fringant chevàl( IÇt pour rire a^ec cetle fille ,
Ne quittez pas votre cheval*
J'étais excité à dévoiler les secrets de moH portefeuille critique : ce délit de ma jeunesie avait fait sourire ;
• Et le conteur par excellence, L'aimable et généreux. Boufflers 9 Protégesy;it de son indulgence Les écarts de mes petits vers^
On me pardonna aisément les traits un peu vifs dont cette bluette est assaisonnée , et où je n'a-^ vais fait que suivre ses traces. iiC cercle s'était éclairci, les dames nous avaient laissé quelques tnstans en petit comité , dé sorte qu^encouragé par la bienveillance et les prières de ces mes« sieurs , je leur confiai la naïveté suivante :
Jeune époux, le sensible Armand, Après l'authentique serment, Disait à 1 épousa nouvelle :
— Veux- tu dîner, ma chère Adèle > Ou d'amour prendra >des Iççonft?
— Tout comme il te plaira , ditr elle y
Et puis APRÈS ISPVS piNSROïfS.
Je terminai la séance par ce badinage sur fe moi et la chose. C'est un sujet qu'il n'y a pas longtemps on me<lonna à traiter dans une société nombreuse. Était-ce un piège j une malice , ou le fit-on sans y ehtendre finesse? Je ne sais. Quant à moi, j'ignorais qu'il eût occupé les loisirs ^un avocat célèbre par son courage et ses talens, de M. Çhauveau-Lagarde, estimable et digne défenseur de notre reine infortunée, de cette Marie- Antoinette tant calomniée et si peu can^u^l Les
couplets de M. Chauveau sont trèsrspirituel«i et très-agréables 5 mais ils renfermant des paradoxes sur lesquels il n'^ sûrement pas consulté le goût des femmes. Voici les miens :
Dison3 Mn mot sur le mot, Et puis deux mots sur la chose.
Ma bergère , grâce au mot , Sourira-t-ellc à la chose ? *
Voudrait-elle, sans le mot) Soudain pafl^^r k la chose P Je veux bien voiler le mot Si je dévoile la chose; "^
toi dobt le premier <n«t
Me fit désirer la chose, Prends la chose et ris du mot; Rire est une bonne chose»
Si féntr'àcte est pour le mot, L'action est pour la chose :
Et fon ie permet le mot Quand on ne fait plus la cboj^.
Une prude craint le mot, La coqpelfte craint la ch^e; Plus d un^ blâme le mot En se permettant la chose.
Poiu'cpoi s^river du mot ?
Plus piquante en est la chose.
Pour moi j'aime assez le mot Quand on le joint i la chose.
68 Voyagé
Ce croquis, esquissé à la hâte, te prouvera^ ma chère amie, qiie mon séjour dans cette déli-> cietise retraite des Grâces et de l'esprit , a été trèsagréable. Madame Éléonore, de Boufflbrs m'a remis plusieurs manusctits dont je ferai usage ; ils le méritent bien. Je^les ai rassembla et transcrits dans un cahier , à la suite d'une édition incomplète des œuvres de son mari , que je t'envoie. J'y ai rayé plusieurs pièces que l'auteur désavoue ou trouve trop faibles. A-t-il tort? — Pas toujours; tu en jugeras. — Quoi qu'il en soit ,. tels ont été nos littéraires amusemens ; et l'auditoire ne s'est montré nullement effarouché par deux ou trois peintures plus naïves que libres. Cependant si tu laisses courir quelques copies de cette lettre , et si de scrupuleux censeurs se mettent à crier : Au scandale ! en me refusant lé privilège d'employer le même ganre d'i^éea et d'images poétiques qu'ils ont approuvées dans les Chaulieu , les Parny, les Bertin,les Bernard, les Befrnis^ les Boufflêrs,. je leur répondrai à peu prés comfne Catulle dans^ une semblable rencoijtre :
Il faut qu*un poète en ses mœurs Respecte toujours la décence ; Mais sans quelques grains de licence.
Ses vers auraient peu de lecteurs.
Et avec Martial :, '
Quand je présente ce Foyage Entremêlé de petits vers, A l'aimable objet qui m'engage , Qu'on me pardonne ce travers.
Peut-être, dans ma folle ivresse, Ma muse, peignant ma tendresse^ Fut trop légère en ses ébats; Mais si, dans son humeur badine.
Elle fut un peu libertine , *
Ma conduite au moins ne Vest pas.
(Page I.)
Chanter le légitime amour Et la tendresse conjugale.
Quelques critiques se sont montrés si sévères sur le choix
de mes amusemens et sur l'emploi de mes loisirs , qulj^^lgré
ce^ paroles d'un poëte moderne :
« Aimer , chanter sa douce amie ,
» Ce ne sont pas crimes d*État, »
ils ont voulu m'en faire nii , de ne pas me refuser un pl&isir qu'ils se pennettent sans scrupule. A la vérité , mon attachement n'a rien que d'honnête! mais^a^/ux/ je x^pterai fidèle à mes jaffectJLons et à mes habitudes , malgré les pamphlets , malgré les satires, malgré, les épigramme», malgré les lettres anonymes dont on ne cesse de mlkonorer. £n vaii| l'un de mes bénévoles censeurs a prétendu que je prétois toujours leJUmc y que je n* étais jamais sous le bouclier, et que le persiflage était pour moi dans le monde comme s*il n'existait pas. Tout cela est fort joli et bien trouvé , j'en conviens: mais qu'est-ce que tout cela prouve? Pourquoi ne marcherais-je qu'armé d\in boucUer? Suis-je en guerre avec personne ? Je ne le suis pas même avec celui qui a écrit toutes ces gentillesses. Quant dXk persiflage ^ je serais bien bon de m'en elSrayer. Que ce rude aristarque troohre tant qu'il lui plaira qu'aimer et chanter sa femme 0st tin grand
•Jfa NOTES, .
ridicule y je n'ai aucune envie de me convertîrj et ce ne sont pas ses facéties qui me corrigeront ; j'aurai d'ailleurs pour ma conduite d'autres sufi&ages. Quoi ! ramour conjugal, ' s'écriait M. Sa^atier de Cayaillon , en 17659
Quoi! Famour conjugal n'est-il donc plus qu'un crime? On rougit de ses feui^; sous Terreur qui l'opprime
Il gémit abattu.
Infâme préjugé , qui parmi nous circule , Faut-il que la vertu se change en ridicule ,
^t le vice en vertu ?
Je pen^e que le temps en doit être passé, et que nous deyons ntaenir à des principes de morale plus sensés et plus sages. Quant à moi, je serais bien fâché de ressembler à ce$ êtres légeiB et 'frivoles , que Vauvenargues peint d'un seul trait , se piquant de posséder une femme qvCils n'aiment poi , et qui trouveraient ridicule que V inclination se mêlât et attacher a leurs voluptés un nouveau charme ; et je dis avec Boissy :
« Oui y nJhgré la coutume et les mauvais plaisaus ,
» Je veux suivre les lois que la raison inspire;
» Adorer ma moitié, le lui prouver, le dire,
-» Mettr-e toute ma gloire à posséder son cœur,
» De sa félicité faire tout mon honheur :
» Je veux , sans me lasser du nœud qui nous rassemble ,
» Lui prodiguer mes soins, à toute heure être ensem^jiç,
^ Et, 40US le nom d'éppux , être toujours allant. »
(Page 2.) Sur les bords de l'Ârriége.
Gb' devrait dire AuriégCj d'JuruSf comme on l'écrivair j^disy parce que cette riviiie charrie de l'or. Dubartas s'est
serv! de ce mot dans son ppëme des Semaines , du moins il faudrait écrire Oriége , et non pas Ariége,
( Page 30 *
Bpufflers l'a dit : Za vie est un ^fo/age.
Ou répété , dans son épitaphe que voici •:
Ci-gtt un cheyalier qui sans cesse courut,
Qui sur les grands cbemius naquit, vécut, mourut.
Pour prouver ce qu*a dit le sage,
Que notre vie est un voyage.
M. le cornue de Tressai^ rençontrfint un jour M. de Boufflers sur. une grande route, lui dit: jih/ M. le chevalierj je suis enchanté de vous trouver chez vous.
( Page a. > A Neuilly.... un beau pont.
Il fut construit d'après un plan de Pcyronnet. — Qu'on me pennette de citer une anecdote assez plaisante. Un ami de Voltaire avait refait quelques vers dans sa tragédie^d'/zièiie; et Voltaire n'approuvaU pas trop cette audace. En ce moment entra chez lui M. Peyronnet; après quelques complimens d'usage , il lui dit : Ah! M» Peyronnet , vous êtes bien heureux de n'avoir pas connu Monsieur, il aurait ajouté une arche à votre pont.
( Page 9- ) - Peut-être trop volage , il eut trop de maîtresses .
« (^ui empêche qu'un prince ferme , qui remplit Le mîçux )> possible les devoirs de son état, ne puisse aimer les
^4 NQTBS,
» femmes ? Il n'en sera pas moins un grand homme pQur » cela, si le sort le favorise assez pour lui fournir les occa> » sions de mériter ce titre. La tendresse avec laquelle » Henri J[V aimait le sexe , ne Fa point privé du surnom » de Grand, » ^
Ces paroles remarquables sont de Frédéric II , alors prince rOyal de Prusse. Nous les citons comme une excuse , mais non pas comme un principe. ^
(Page 9.)
Mais quel homme est exempt de toutes les faiblesses ?
On se .plait trop en général à citer les anecdotes qui dégradent le cœur humain ; écartons-nous un peu de cette règle , en répétant cette belle réponse de Catherine de Rohan aux déclarations amoureuses d'Henri IV : Je suis trop pauvre pour être "votre femme ,etde trop bonne maison pour être votre mattresse,.* Un auteur qui n'était pas ridie fit une réponse presque semblable. On lui conseillait de préférer l'amitié d'un financier aux fkyeurs de Melpomène. Il s'écria : Pour être tami d'un Crêsus je suis trop pauvre , et
je suis trop bien né pour en être f esclave^
( Page 9. )
Je veux quê me$ sujets aient tous la poule au pot!
Ce mot d'Henri IV a été souvent rappelé d'une manière cpigrammatique , entre autres, en 1774» dans les vers suivans :
EnGn la poule au pot sera donc bientôt mise ,
On doit do moins le présumer , ,Cj^ , tlepuis deux ceiitsahs qu'on nous l*avait promftc ,
On n'a cessé de la plumer.
NOTES. 'jS '
Une autre fois , quelqu'un ayant placé axi bas de la statue du bon roi Béarnais : Resutrexitl un malin ajouta :
Resw^xit! j'approuve fort ce mot , Mais pour y croire il faut la poule au pot.
En 2640 9 M. de Franqueville , sculpteur du roi, fit cette inseription pour être placée au sous-plinthe de la statue de Henri IV, sur le Pont-Neuf.
Tel fut Henri , grand honneur de la terre , Astre de paix et vrai foudre 4e guerre , L'amour des bons et l'effroi àts pervers , Dont les vertus méritai«at l'univers.
(Page i3.) *-■.'% '^
. . . Toi qui par ton génie Te fis absoudre de nos maux.
« Le cardinal de Richelieu , dit Voltaire , tyran quand op » lui résistait, et méchant parce qu'il avait des méchans à y» combattre, pouvait hiext, dans, un ministère qui ne fut V qu'une guerre intestine de la grandeur contre l'envie, dé- » tester la vertu .qnr aurait combattu ses violences, mais il » était impossible qu'il récrivît. » Cette conclusion n'est pas exacte, car on a vu dans tous les temps et dans notre monstrueuse révolution , de g;ra;iiàs scélérats avoir beaucoup de franchise sur leurs crimes , surtout quand , pour seconder leifr apologie , ils avaient la puissance. Mais je ne conçois pas comment Richelieu , dont les volontés étaient si inébranlables, a pu être représenté par le P. Caussin, jésuite, comme un esprit plein d'ondées et de replis; Montesquieu l'a bien mieux défini dans cette phrase : Quand cet homme • n* aurait pas^ eu le despotisme dans le cœur^ il l'avait dans la tétc ; et peut-être M. de Fontanes Texcusc-t-il trop en *
^6 KOTES.
faisant cette rema^pque dans le Mercure^ au sujet d'un morceau de Thomas : « Que Yoit-oir*dans ce Fragment? Tout y » excepté le génie de Richelieu» On le condamne sans res- » trictioUi sur des faits isolés dont la causie n'est pas encore » bien éclairtie , et on sépare sa conduite des grandes cir- » constances qui la déterminèrent. Il fallait montret ce » grand ministre entre le siècle de la ligue dont il répri- » mait les dernières foreurs , et le siècle de Louis XIV, dont » il préparait la gloire. » Cette courte apologie y j'en conviens , le justifie de q[uelques sévérités ; mais le disculpe-t-elle de ses vengeances particulières! qui lui firent livrer en secret au bourreau les victimes de son humeur ombrageuse et ir> rascible ? — N\ B, Dans les Souvenirs et Mélanges littéraires ^ politiques et biographiques y par L. de Rochefort, 2 vol. in-S^ qui viennent de paraître ^ on trouvera de plus amples détails sur Richf^lieu et sur ses sanguinaires fureurs.
(Page i4.) Zaga... roi d'Ethiopie.
G. Goletet en parle 9ixïsi dans ses épigrammes, qui parurent en i653 : * ,
Pour louer une chose rare y Louons ce prince aventureux ; C'est l'esprit le plus généreux Qui soit né d'un climat barbare.
(Page 17.).
Ils peignent tout messieurs les descriptifs.
« L'ennui du genre purement descriptif n* tint pas tardé à >»^ dérober aux yeux le charme des détails , et ti lecteur au- ^ ralt bientôt demandé à son guide la fin d'une promenade
)» fatigante. » C'est M. Castel , auteur d'uh poëme justement estimé sur les Plantes ^ et d'un autre sur la Forêt de Fontainebleau y qui a fait cet aveu. Le plus naïf de nos poètes modenles , M. CoUin d'Harleyille , s'eaprimff ainsi :
La plus belle contrée est un désert sans l'homme.
C'est aussi le sentiment de M. de Saint-Yictor, dans un poëme descriptif très-remarquable sûr l^ Espérance y prescri- Tant au poète :
Que toujours au milieu de ces belles images , L'homme et ses passions animent tes outrages.
£t M. Delille, qui fut presque le créateur de ce genre , ayoua, dans un moment de franchise , que « les poèmes phi- » losophiques , dénués d'instruction , de méthode , et surchar- » gés d'omemens, ressemblent à ces amas de glaces stériles y » eblouissans et froids, » £t dans son poëme de Vlmagina^ tion^ il ajouta :
Les Muse^ aiment peu les longs raisonnemens , Un récit^dira plus que de froids argumens.
(Page i8.)
Dont Bannequin est l'inventeur.
Aannequin, ou Rennequin, ou RenAin , Liégeois , %t l'inventeur <ie cette machine (qui commença à agir en i6S^)y ainsi que l'atteste une épitaphe qu'on lisait jadis à Bougival y près de Nanterre , conçue en ces termes : Cy-gissent honorables personnes , sieur Rannequin Sualeme , seul in-venteur de la machine de Marijr y décédé le %^ juillet i7o8> âgé de 64 ans y et dame Marie NoueUe y son époi^e y âgée de 84 ons, -^ H était né par conséquent en 1644 j et non pas en 164 8 y comme le dit le Dictionnaire historique y qui Aiirait pu préciser l'époque de sa mort, en consultant cette
•yS NOTES.
cpitaphe. — Deville, compatriote de Raimequin^ passa long- temps pour être, l'auteur du projet, maû il ne iat qu'entrepreneur des travaux; ce- qui est bien dififériâit Rannequin fut créateur, (^^n/ inventeur] ^ et fit lui-mtoe exécuter son invention.
( Page 24. )
C'est le pa\fillon de Luciermes.
tl avait appartenu à M. le duc de Penthièvre. Ayant eu le malheur d'y voir mourir le prince de Lamballe, son fils, il vendit une retraite qui ne lui retraçait que des souvenirs douloureux.
(Page 24.) A la raattresse d'un roi.
On sent bien que je suis loin d'approuver les profusions que nos rois se permettaient en faveur de leurs courtisannes. Je raconte simplement en voyageur les faits que je serais obligé de condamner comme moraliste.
(Page 24.) Qui en faisaient l'ornement.
On y remarquait entre autres une Diane surprise au bain pccr Actéon , statue qui est le chef-d'œuvre d'Allégrain, sous laquelle M. Guichard avait placé ce distique imité de l'Anthologie grecque:
« Sous ce marbre imposteur , toi que Diane attire , » Crains le sort d'Actëon \ tu vois qu'elle respire. »
^ • (Page 24.)
Celle qui remplaça la belle Pompadour.
Madame Guénard a écrit une judicieuse remarque à ce
sujet : « Cette piace , dit-eUe ^ qui , à la honte des mœui^s , y> était devenue depuis plusieurs règnes coâùne une grande (K charge de la couronne. »
(Page 25.) Bornons-nous k gémir des^carts de sa vie.
£n 1 790 , on publia un ouvrage intitulé : Galerie des Dames françaises. Ce pamphlet y spirituellement écrit, quoique ^'un style un peu px'écieux, fut attribué à Mirabeau par les uns, à M. de Maistre par les autres, et est, dit-on, de M% Jénac de Meillan. Madame Dubarry j est peinte ainsi sous le nom à*£l/nire, « Elmire avait reçu de la nature un assortiment » de beautés dans tous les genres , qui presque jamais ne se » trouvent réunies dans le même in4ividu. Depuis ses su- » perbes cheveux, si richement fournis et teints d'uilfr si belle » couleur, jusqu'aux pieds, modelés par la main des Gràccj^, » tout avait le caractère de ce beau idéal que les Grecs ont » conservé dans leurs ouvrages immortels. Si rimagination » pittoresque des poètes n'avait pas rapproché le corail , » l'ivoire, l'ébène, l'incarnat , la blancl^uir des lui, des » principaux traits du visage, il eût été aisé de les inventer » après avoir contemplé celui d'Elmire 9 et f œil enchanté ne » quittait l'éxpreseiion delà physionomie que pnur retrouver » les mêmes avantages dans des formes si naturellement » soutenues, dans une taille si agréablement dessinée, dans » des bras si parfaitement arrondis , terminés par de$ mains )> voluptueuses. »«-**« Le lecteur se croira sans doute au » milieu des féeries et des romans : que dirai^il doue si j'a- » chevais mon ouvrage» et si, à. la pmture de tant de » charmes, je joignais l'art d*en £iire usage ?
» -^ Ce qui a valu des éloges à Ebiûrey ce n'est pas^'avoir » atteint le troae des rois; elle y fut conduite par deux
8o NOTES.
» aveugles - nés , la Fortune et l'Amour ; mais bien d'avoir *> demeuré dans sa position , sans prétendre passer du lit » de son amant dans son cabinet, ainsi que le fit cette femme » altière qui donna des maîtresses à son roi, des ministres » à son conseil , des généraux à ses armées , des prélats à » l'Église 9 des cachots à quicongae se permettait des mûrit mures imprudens. Femme méprisable, que quelques poètes » sOudôyéà ont dérobée k l'opprobre , mais dont le nom n'y » c^appera pas.
» Elmire fut jetée, presse malgré elle, dans une société » dècbnsjpîrateurs, et emportée par le tourbillon de l'in- » trigue. Alors elle dévint , presque sans lé tovoir, l'organe » des mécbans , l'interprète des ambitieux , Tédio des cour- » tîsans y qui croyaient leurs projets assez avancés pour ne » plus les taire ; mais le repentir troubla son âme , même y> dans lin pays où il passe pour une faiblesse. Elle gémit » «du crime de sa position, et se sauva des remords dans son » propre cteur.
» Elmire faisant nn pas immense , et quittant son humble » toit pour le palais des roiâ , ne s'y trouva pas déplacée ; » et dès qu'on lui eut donné lé temps de se familiariser avec » les j[)hysio]lomiés vertueuses de la cour, bientôt elle ne* se » crut plus si déplacée : mais aussi quand son rôle eut » changé, et que ces mêmes physionomies firent plus que » s'adoucir devant elle, la sienne ne s'enorgueillit point; » elle n'humilia pas même les personnes qu'elle pouvait » perdre. »
Ce tableau.indulgent et flatteur est bien différent de celui qu'a fait VEspibn iuiglais ^ recueil asse£ curieux , où j'ai puisé les anecdotes suivantes : Madame Dobarry fit accorder la croix de Saint-Louis à un commissaire de malrine ^ ûommé. Dabbadie , en reconnaissance d'une belle perruche dont il lui avait fait présent. Quand de pareils honneurs sont
NOTES. 8t
ainsi prodigués pour des frivolités » oA a raison de s'écrier : Que Tempire des maîtresses royales est dangereux et funeste I Lorsque Louis XV mourut, madame Dubarry ayant été exilée, )a célèbre Arnould dit plaisamment : Nous voilà orphelins de père et de mère, ,
Lorsque l'empereur Joseph II vint à Paris visiter^arie- Antoinette , il fut curieux de voir Luciennes et madame Jjjo-
barry. Après avoit. parcourir l'intérieur, il desifsr aussi en voir tous les dehors ; la comtesse crut devoir lui en fajre les* honneurs , et l'accompagner. Il lui offrit le Iras ; et co^Aç elle semblait honteuse de cet hommage i^JSf^ faites pùint de difficulté g dit-il, la h$autè est toujours reine.
*( Page 3o. )
Du Bretiil... et Pechméja.
/.'B.-Léon Du Breuil^ médecin , né i Villefrflfhohi^ de
Kouergue,'en mourut à Saint-Germain le j^ 9ml
1785. Son ami , Jean^Joseph de Pechméja , né dans la même ville, en 174 1 9 fit les vers suivans pour être mis au-dessotts de son portrait :
Il oublia son art pour le créer encore i Au sort de ses amis son bonheur fut lié , *
Et la Grèce l'eût pris pour le dieu d'j£||jklaure Ou pour celui dé l'amitié.
£n 1784 9 quand son roman en prose , intitulé. l^èlépTie, parut, il le lui dédia ainsi:
^2 KOTBS.
A M. DU BREtHL ,
MÉDECIir.
JLe respect , La tendresse, -; ^ Offrent cet hommage
A la yestuoinstère , > A TaBiitié généreuse , r A la puissance conservatrice.
Tout était commun entre les deux amis : logemens, biens, richesses, peines , plaisirs. On demandait à M. de Pechméja , qui n'avait que laoo livres de rente , comment ce modique revenu lui suffisait? — Ohl répondit-il, le docteur en a davantage, — Belle réponse^ qui m'en rappelle Hue autre de Tabbif de Lescar , à son ami qui mourait désespéré de ce que son bien ne suffisait pas pour acquitter toutes tes dettes : •:— Eh ^quoil lui àîl-^ y peut-on craindre de mourir insohable quand on laisse aprèf ^oi un ami qui a-de la fortune ? — • £n effet, l'abbé de Lescar paya les . 5o mifle finuics que son ami devait. — Pour revenir à mes deux premiers personnages , je ne dois pas omettre que M. Du Bfeuil ayant été attaqué d'une maladie mortelle et contagieuse , disait à M. de Pechméja de ne laisser pénétrer personne auprès de lai. Il n'y a que vous qui devez être ici. — Tous le» deux périrent de cette maladie en 17 85.
(Page 3o.> Ici Jacques second.
Quand ce monarque infortuné se fut réfugié en France^ on prétend qu'écrivant sous les yeux de Louis XIV, il parut
.embafrassé Jors(juti luî fifllut mettre ses titres. Louis XIV^ qai pénétra soir Aodf , lui <}it en riant : AjotUez : Roi de FeaiHqe j V€fus u0€z un bon lieutenant-géneml. On attribue â Fanténdk cette Hiàu^fie facétie :
Sije veujt rimer à Guillaume , Je trouve lélssitât un royaume ; Mais si je veux rimer à Jacques, Jtf trouve quli a fait ses Pâques.
Quand ce toi malheureux fut détrôné par sa fille , Farchev^Cpie de Cantorbéry lui était resté fidèle. La princesse rignorail satts doute, lorsque > arrivée à "Wliîte-Hall , elle osa Iqi envoyer un gentilhomme pour lui demander sa béné^ diction. Le prélat répondit : Quand elle uiura reçu celle du roi son père , Je lui donnerai la mienne avec empressememtt
(Page 5*0
Éléonore de Modéne. '
J*ai composé une Biographie des Éléonores, dans laquelle son article fitgnre ; il m'a paru inutile de la rappeler ici.
(Page 4o ) Près de sa femme il passe d'heureux jours.
Voltaire écrivait à M. d'Argental pour le féliciter sur son mariage, des vers qui semblent adressés à M. et madame de BoufQers:
On disait que l*Hymen a l'Intérêt ]pour père } Qu'il est triste , sans choix, aveugle , mercenaire \ . Ce n'est point là J'Hyraen : on le connaît bien mal. *
€è dieu des cceurs heureux est cbes vous, <f jlrgental \ La Vertu le conduit, la Tendftsse l'animi'} Le Bonheur sur ses pas est fixé sans retour^' Le véritable Hymen est le fils, de l'Estime , «
Et le frère do tendre Amour.
84 WOTES.
Ceci me rappelle un tableau charmant II est extrait des Réflexions pfUlosophiqueS' sur le plaisir^ par un célibataire, JLe voici : « Quoi de plus intéressant que de voir deux êtres » . faits l'un pour l'autre , céder à la yoix de la nature, suivre » le penchant qui les entraine , et, par un échange réciproque » de leurs sensations y confondre lei|ir existence pour en » multiplier la durée ! Ils se font un devoir de partager les » peines de la vie , afin d'en ressentir doublement les plai- >» sirs. La source de leur bonheur est une confiance sans » bornes, un épanchement mutuel y un attachement à toute V épreuve. Lorsqu'une première ardeur commence à se ^ ralentir, de nouveaux gages de leur félicité viennent en » resserrer les nœuds ; ils s'applaudissent de leurs sentimens » dans les êtres mêmes qui en sont le produit ; et le soin de » pourvoir à la conservation de ces intéressantes créatures , » les rapproche plus intimement encore, et confond deux » volontés en une sensation, »
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(Test que les champs qffrenl toujours A ses goûts un plaisir céleste.
Dans le Mercure de France du 21 mai 1808, M. de Boufflers, rendant compte de l'ouvrage de M. de Laborde, sur la vie de la campagne y s'exprime ainsi : « Les campagnes, » désertées (sous nos rois) par des ambitieux, ont vu re- » venir à elles une foule de transfuges, ramenés ou renvoyés » à la vraie vie , par la réflexion ou par la disgrâce. Ces » hommes , repoussés ou trompés par la^ fortune , ont du » moins été reçus par la nature , qui ne repousse et ne » trompe personne ; et peut-être même que plus d'un a » trouvé , dans les charmes de l'exil , à se consoler de la » laveur. » *-- Dans les charmes de t exil y cela est un peu
fort ! Mais félicitons M, de BoufHers d'avoir pu nous faire de pareilles confidences sur les plaisirs qu'il éprouve dans sa retraite ( 1808 ).
(Bage 43.)
V étude à votre esprit donnera plus de grâce.
« Fénélon était bien éloigné d'interdire aux femmes Vins- 1» truction , qui leur est nécessaire pour remplir avec succès » tous les devoirs que leur imposent la nature et la société. » U ne chercha {^oint à les dépouiller de tous les avantages » que la culture de Tesprît peut ajouter à leurs agrémens » naturels. Il savait qu'elles sont destinées à faire aimer la » vie domestique par le charme de la douceur ; à y entre- » tenir Vesprit d'ordre et d'économie , le plus riche patriy> moine de famille ; à graver daift le cceur de leurs enfans •» les premiers élémens de cette éducation religieuse et mo- » raie que rien ne peut suppléer; à faire succéder la séré-^ >» mté aux jours mauvais qui troublent si souvent le cours » de la vie humaine ; à donner à la société ce caractère de » politesse , de grâce et de décence , si nécessaire pour » adoucir l'humeur toujours impérieuse et personnelle de » l'homme. Ces devoirs , dit Fénélon y sont les fondemens y» de la vie humaine. Le monde n'e.st point un fantôme; » c'est l'assemblage de toutes les familles :' eh! qui est-ce » qui peut les policer avec un soin plus exact que les » femmes ?»
C'est M. de Bausset, ancien évéque d'Alais^ qui s'exprime ainsi : lui et Fénélon sont bien éloignés , comme on voit , de vouloir interdire aux femmes les agrémens de l'esprit. C'était aussi l'avis du tendre et voluptueux Ovide. Je me sers de la traduction de M. de Saint- Ange :
Le temps n'épargne pas les grâces du visage; Dès que l'été paraît, la fille du printemps ,