EN CHERCHANT A SECOURIR MÉDINE
Ce monument rappelle un glorieux fait d'armes et aussi une époque heureuse où le Sénégal, administré par un chef exempt de préjugés, entouré de sympathies, utilisait, sans distinction de race ou de caste, tous les hommes de bonne volonté.
Un autre souvenir se rattache à Médine, celui du français Duranton.
« Duranton », dit Raffenel, qui l'a connu, « était un homme » d'une grande énergie et d'une grande force corporelle, qui, » dominé par des goûts aventureux et un intrépide désir d'être » utile, abandonna sa position d'employé du gouvernement pour » suivre ses penchants naturels de voyages et d'explorations. Q » s'établit, après quelques courses en Sénégambie, dans le pays » de Kasson (Khasso), qu'il sut, pendant plusieurs années, » relever de l'espèce d'abaissement où les Bambaras l'avaient 6it » descendre. Le chef du Kasson, pour récompenser les importants » services que Duranton lui avait rendus, lui donna en mariage sa » propre fille, sans doute dans la pensée que ce lien attacherait à » la cause des Kassonkés (Kasso-nke) celui qui l'avait déjà si bien » défendue. Duranton mourut à Bakel en 1841 (il est enterré » dans la cour du poste), au retour d'un voyage qu'il venait de » faire à Saint-Louis ; il a laissé, dans le pays, un excellent sou- « venir (i). »
Duranton eut plusieurs enfants. L'un deux devint officier supérieur dans l'armée française et fiit tué en duel par l'un de ses camarades qui l'avait injurieusement traité de sale nègre.
La veuve de Duranton vit encore. Elle habite Médine et loge chez son frère Sambala, roi du Khasso. Le gouvernement lui fait une pension et lui donne des vivres représentant la ration d'un officier européen.
Soleillet a vu, à Médine, M"* Duranton, mais dans cette négresse décrépite il n'a pas reconnu la gracieuse khasso-nkaise dont Raffenel a dit :
« Sadiaba a des traits réguliers et distingués, des pieds et des
(i) Signalement de Duranton, donné par Sadia, sa veuve, le i x février 1881, à Médine :
Cheveux noirs et lisses toujours courts. — Barbe comme la mienne. — Yeux châtains, très doux d'expression (amoureux, dit la femme). — ^«( aquilin, narrines pincées. — Bouche^ ne se voyait pas sous la moustache. — Taille grande, la mienne à peu près. — Vêtements : Turqui, moresque blanc, grand chapeau de feutre. (Note de P. Soleillet).
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» mains d'une finesse remarquable ; elle est mince et bien faite, » extrêmement gracieuse et elle joint à ces avantages une physio- » nomie d'une expression douce et bienveillante qui séduit. Elle » est de la nation des Foulahs du Khasso ; elle a donc le teint » cuivré et, dans ses traits, quelque chose du type caucasique. » Ses vêtements, comme ceux des autres femmes, sont d'une » grande simplicité, mais ils se distinguent par une propreté » recherchée qui s'étend même jusqu'à sa demeure, où Ton trouve » ce qu'on pourrait appeler le confortable nègre le plus complet ».