‹ Voyage à SurinamChapitre 13 sur 15 · SURINAM · texte numérisé non relu

SURINAM

cription. Ce serait bien autre chose si l’on voulait entreprendre de les classer en genres et en espèces, et entrer dans l’examen détaillé de chacune d’elles. Car il n’y a pas de doute qu’il ne s’en trouve une grande quantité qui , soumises a 1 expérience , présenteraient des vertus autres que le quinquina, lipecacuana, le simaruba , la salsepareille, le gayac , le cacao, la vanille, etc.

La connaissance que les quasi des Marrons possèdent des qualités de beaucoup de ces plantes inconnues de la science européenne, devrait suffire pour encourager de nouvelles recherches scientifiques dans ce champ si peu exploré encore et dans lequel d’abondantes et utiles résultats viendraient , nous en sommes certain, dédommager amplement les travaux auxquels on pouirait se livrer.

Ici se termine la tâche que nous avons entreprise.

Comme nous le disions , et ce n’est qu’en tenant cet aveu sous les yeux que le lecteur a dû parcourir ce livre, ce n’est pas un ouvrage de science que nous avons eu la prétention deciiie.

Ce n’est ni en botaniste , ni en minéralogiste , ni en naturaliste , ni en géologue, ni en économiste, que nous avons parcouru la colonie de Surinam. Ce n’est pas en savant que nous y sommes allé. Nous y avons été tout simplement entraîné par ce désir de fouler des terres étrangères et par cette curiosité de 1 inconnu , qui poussent çà et là l’homme né voyageur. Et c’est , pour donner à ceux que ce même désir et cette même curiosité possèdent , la faculté de faire ce voyage plus commodément que nous ne l’avons fait, que nous nous sommes décidé à publier les notes qu’on vient de lire.

Quand on se place au point de vue où nous avons voulu et dù nous tenir, on devra, nous en sommes certain, reconnaître que notre voyage n’est pas sans présenter quelque intérêt. Entrepris par un homme isolé , sans aucune espèce de secours , sans aucune espèce d’appui autre que sa volonté et lui-même, il est l’exacte reproduction de ce que nous avons vu dans le

cadre que nous nous étions tracé.

Notre livre a donc, sur les interminables ouvrages pittoresques que l’on publie en si grand nombre au temps où nous sommes, l’avantage d’offrir dans toute leur vérité les choses dont nous avons parlé à l’endroit de la Guyane hollandaise.

Toujours le crayon à la main , le crayon ou le pinceau , nous avons cheminé en personne depuis les côtes de la colonie jusqu à ses dernières limites. Nous l’avons visitée en tout sens, dans tous ses établissements, dans sa ville, dans ses villages, dans ses maisons, dans ses cabanes, dans ses combés, dans ses cachets, sur ses places publiques, comme dans ses campagnes. Nous avons côtoyé toutes ses criques et ses rivières. Nous avons pénétré dans ses forêts et dans ses savanes. Et partout nous avons regardé, vu et observé, partout nous avons dessiné ce qui se présentait de curieux et de nouveau à nos yeux : sites , habitations, intérieurs, costumes, fêtes, cérémonies, objets d’histoire naturelle, armes et ustensiles, tout ce qui peut servir à fournir des éléments pour l’appréciation exacte dune civilisation , où les mœurs européennes se mêlent si étrangement ou

tranchent d’une manière si saisissante à côté des mœurs africaines des nègres et des mœurs occidentales des Indiens.

Sous ce rapport, nous pouvons dire, et on ne nous imputera pas ceci à orgueil , que notre livre est le plus complet et le plus consciencieux qui ait été offert à la curiosité du public jusqu’à ce jour.

Aussi , aucune peine n’a été négligée par nous pour atteindre le but que nous nous étions proposé. Ni le climat, ni les périls du voyage à travers les immenses et souvent impraticables solitudes dans lesquelles nous sommes parvenu à nous faire jour, ni les privations de toute nature inséparables de pareilles entreprises, rien n’a pu nous arrêter ni ralentir notre courage si souvent mis à l’épreuve par les innombrables difficultés qui se dressaient à chaque pas devant nous.

Heureusement il nous a été donné de triompher de ces obstacles. Nous avons pu être admis au milieu des peuplades errantes des forêts , et nous avons reçu plus d’une fois l’hospitalité sous le toit nomade des Marrons, comme sous le carbet solitaire des Indiens. Nous avons pu étudier à loisir leurs usages, leurs mœurs, assister à leurs fêtes, à leurs cérémonies, à leur manière de vivre. Puis partout, à côté des hommes, nous avons pu voir les choses et nous trouver en face de cette opulente et sauvage nature , devant laquelle l’imagination se confond et se

sent involontairement entraînée sur une pente de rêveries que la poésie factice de l’Europe ne soupçonne même pas.

C’est là ce que nous avons reproduit par notre crayon et ce que le lecteur retrouvera sur les planches qui accompagnent cet ouvrage. Pour ces dessins toutes ces choses ont posé devant nous, et nous n’avons eu que la peine de copier avec conscience et exactitude ce qui s’offrait ainsi à nos yeux.

Nous saura-t-on gré de cette peine? Nous osons l’attendre de la bienveillance de nos lecteurs , que nous mettons ici pour la première fois à l’épreuve et dans laquelle nous espérons trouver la récompense de notre périlleux labeur.

Un dernier mot encore avant de clore cette page.

Ce mot est un cordial remercîment aux deux excellents artistes qui ont bien voulu nous prêter l’appui de leur beau talent, en reproduisant nos dessins sur la pierre, à MM. Madou et Lauters. Le premier a saisi , avec la finesse et l’esprit qui le distinguent , toutes ces physionomies si étranges et si variées qu’on remarque dans les diverses populations répandues sur le sol de la colonie. Le second n’a pas été moins heureux dans l’intelligence de cette nature, de ces sites, de ce ciel, devant lesquels nous nous félicitons de l’avoir placé.

Que tous deux en reçoivent ici le témoignage de notre sincère reconnaissance.

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