CHAPITRE PREMIER
De la Guyane en général. — Sa découverte. — Situation topographique. — Division. — Historique de la partie néerlandaise jusqu’à nos jours.
Le nom de Guyane ou Guayane, qui parait appartenir en propre à une petite rivière tributaire de l’Orénoque, a été donné , par extension , à cette espèce d’île environnée , au sud , à l’ouest et au nord, des eaux de l’Amazone, du Rio-Négro, du Cassiquiari et de FOrénoque, et baignée au nord et au nord-est par l’Océan Atlantique.
La Guyane a au moins 200 lieues du nord au sud, et plus de 300 de l’est à l’ouest.
Les auteurs sont partagés sur la question de savoir quel est le premier navigateur qui ait reconnu la Guyane.
On sait qu’après une navigation pénible de près de 800 lieues ouest des Canaries, Christophe Colomb découvrit enfin, le 11 octobre 1492, une très-belle île à laquelle il donna le non de San Salvador, puis plusieurs autres telles que Cuba, Hispaniola (Saint- Domingue) , etc. , dans lesquelles il reconnut une nombreuse population.
En 1498, en se dirigeant au sud des Antilles, il découvrit, le 10 août, l’île de la Trinité; et le lendemain il eut connaissance du continent voisin, qu’il nomma Terre de Paria, du nom que lui donnaient les Indiens de la côte.
Ce fut dans ce voyage qu’il reconnut une des embouchures de FOrénoque , qu’il appela Bocca del drayo , à cause du danger que son vaisseau y courut.
Quant à la Guyane proprement dite, quelques auteurs, qui la désignent sous le nom de côte sauvage, attribuent sa decouverte au commandant espagnol Yascos Nunez. D’après eux, cet officier, après avoir reconnu que Cuba était une île, aborda en 1304 au continent de l’Amérique méridionale; de là il pénétra jusqu’à FOrénoque et à la rivière des Amazones, et comprit ce pays dans l’immense étendue de terre à laquelle, en opposition aux îles adjacentes, il donna le nom de Terre ferme.
En 1535, Diégo de Ordaz, Espagnol, entreprit d’entrer dans les embouchures de FOrénoque. Après une tentative inutile, il fut plus heureux une seconde fois. Il entra dans le fleuve et le remonta jusqu’au confluent de la Meta, rivière considérable qui se décharge dans FOrénoque à plus de 400 lieues de l’entrée ; mais il fut bientôt forcé de se retirer , sans avoir pu réussir à fonder un établissement.
Malgré ce mauvais succès des Espagnols, le bruit s était répandu que, dans l’intérieur de ce vaste pays, il y avait une contrée qu’on nommait El Dorado, qui contenait des richesses immenses en or et en pierres précieuses. Manoa, la capitale de ce pays si célèbre dans tous les romans du XVIe siècle, renfermait des temples et des palais couverts du métal précieux dont la conquête occupait toute l’Europe. On disait aussi qu’il y avait un lac aussi grand qu’une mer, nommé le lac de Parima, dont les sables étaient remplis de poudre et de grains d’or.
A cette époque de merveilleuses découvertes, les nouvelles les moins croyables étaient accueillies sans défiance. Trois capitaines espagnols, Gonzale Pizarre, frère de celui qui fit la conquête du Pérou, Pierre de Ordaz et Gonzale Ximenès de Quesada, entreprirent cette exploration qui promettait de si brillants résultats.
Pendant qu’ils cherchaient à réaliser ce chimérique espoir, Diégo de Ordaz revint d’Espagne avec des lettres de l’empereur Charles-Quint, par lesquelles ce prince accordait à ce navigateur seul le droit et la liberté d aller à la recherche du Dorado et de suivre les découvertes de 1 Orenoque. 1 ous ses succès se bornèrent à fonder sur la rive orientale de ce fleuve, à plus de soixante lieues de l’embouchure, une ville qu’il nomma Saint Thomas de, la Guyane.
La crédulité allait si loin, que, malgré ces insuccès, de nouvelles expéditions furent tentées, et des relations authentiques
vont même jusqu’à assurer qu’un chevalier allemand, nommé Philippe de Hutten, dont le nom a été transformé en celui XUrre, conduisit de 1541 à 1545, une petite troupe d’Espagnols depuis Loro, sur la côte de Caracas, jusqu’à la vue d’un village habité par les Omegas, rempli de maisons dont les toits brillaient avec l’éclat de l’or, mais qui n’était environné que d’une contrée faiblement cultivée. Repoussé par les Omégas, ce chef audacieux se proposait d’y retourner avec des forces plus considérables, lorsqu’un assassinat termina ses jours. Pour expliquer ces faits, il faut admettre que les toits d’or provenaient d’une illusion d’optique produite par des rochers de mica; il est aussi permis de supposer, indépendamment de 1 histoire de 1 expédition dirigée par Philippe de Hutten, que les Indiens de la Guyane ont pu avoir eu par tradition une idée obscure de l’empire des Incas , des temples et des palais de Cuzco, couverts en partie d’or, ainsi que du grand lac Titicaca. Leurs récits n’auraient été, de cette manière, qu’un peu exagérés, et les Espagnols auraient cherché ce qu’ils possédaient déjà.
AI. le baron Alexandre de Humboldt a indiqué une origine encore plus rapprochée de la tradition d’El-Dorado. Il a fait voir que le principal trait de cette tradition est un roi tout couvert d’or . Le trait se retrouve à Bogota, dans la Nouvelle-Grenade, où le grand prêtre de Bochica s’enduisait tout le corps d’un vernis d’or.
Quoi qu’il en soit, ces exagérations ne faisaient qu’appeler les navigateurs européens. Les Anglais, jaloux des découvertes des Espagnols dans la Guyane, voulurent y prendre part. On sait l’histoire de sir Walter Raleigli qui , jeté dans une prison d’état sous Élisabeth , obtint du successeur de cette reine la liberté d’aller à la recherche de l’El-Dorado. Il partit le 6 février 1595, après s’être engagé à perdre la tête, s’il ne réussissait pas dans son projet. Il échoua dans son entreprise et revint prendre ses fers et porter sa tête sur l’échafaud.
Les Hollandais et les Zélandais n’étaient pas restés indifférents au mouvement qui portait alors les peuples d’Europe vers le continent nouveau de l’Amérique.
Dès l’année 1560, ils avaient parcouru toutes les côtes de la Guyane : en 1599, un bourgmestre de Aliddelbourg , nommé Adrian Hendrick ten Haaf, expédia un navire vers ces parages; et, la même année, il s’adressa aux états de Zélande pour faire connaître son intention d’y expédier de nouveaux navires, avec prière de lui donner sur chacun de ses bâtiments seize soldats expérimentés.
A la même époque, on s’occupait à Flessingue des moyens de former des plantations sur la rivière des Amazones. Des expéditions parties de ce port fondèrent deux établissements, l’un nommé d’Orange, à 75 milles de son embouchure, et l’autre nommé Nassau, sept milles plus loin dans 111e de Cosannino. Alais ils furent bientôt détruits par les Portugais.
En 1002 quelques négociants zélandais recommencèrent à explorer les côtes de la Guyane et les îles adjacentes, sous le commandement de quelques habiles navigateurs. Ils obtinrent même
des états généraux , par acte du 1 0 juillet de la même année , exemption pleine et entière des droits de convoi.
Si nous en croyons quelques relations qui paraissent authentiques, dès avant la fin du 16e siècle des établissements néerlandais avaient été formés sur la rivière Essequibo. Alais, en 1596, les Espagnols, assistés par les Indiens, parvinrent à les détruire. Plus tard, en 1613, un sieur Joost Yan der Hoop y forma une nouvelle colonie néerlandaise , près d’un fort qu’il y trouva et auquel il donna son nom. C’était celui qui avait été abandonné par les Portugais ou les Espagnols. Il était situé sur une petite île qui se trouve à l’embouchure de la rivière Casoni ou Alassaroni et construit en pierres de roche; il a été démoli en 1764.
On trouve aussi qu’en 1634, Jean Yan der Goes, gouverneur d’Essequibo , adressa une supplique à la chambre de Zélande , pour être autorisé à rechercher des mines d’argent dans l’Orénoque.
Cette même année, le 10 juillet, il sortit du Texel un navire nommé le Roi David, armé de 14 canons, monté de 25 matelots et de 13 passagers, qui devaient former des plantations.
Cette expédition, commandée par David Pieters De Vries, trouva, dans llle de Alanioca , sur une petite éminence , les restes d’un vieux château fort construit par les Français, lors de leur établissement momentané en cette île. Ce fort prit bientôt un aspect respectable; et, sous sa protection, s’élevèrent des plantations de sucre, de coton et de tabac. Ces établissements ne tardèrent pas à prospérer, grâce à l’activité de ces travailleurs.
La même année, De Yries quitta la petite colonie, emmenant avec lui le petit-fils du chef caraïbe Awaricary, qui désirait visiter les Pays-Bas. Il trouva, à l’embouchure de la rivière Sinamari, un capitaine français nommé Chambon qui, depuis 5 ans, s’était fixé en cet endroit avec 12 de ses compatriotes, pour y récolter du poivre-piment. Delà il visita les rivières Anama et Alarowina; il trouva les bords de la première habités par des Aronakes et des Caraïbes, qui lui firent une réception amicale et lui fournirent des vivres. Il rencontra sur la Alarowina un Hollandais, qui y avait été débarqué pour cause de maladie et deux Français faisant partie de la colonie dirigée par le capitaine Chambon. C’est alors qu’il entra dans le Surinam , où il vit le capitaine anglais ATarshall , avec près de 60 de ses compatriotes, qui occupaient un fort construit en palissades et s’adonnaient à la plantation du tabac.
Surinam, en 1540, avait été occupé par les Français, qui furent obligés de le quitter bientôt après, à cause des maladies et des attaques toujours renouvelées des Indiens.
Quoiqu’il paraisse à peu près certain que ce soient les Espagnols et les Portugais qui aient les premiers formé des établissements sur la rivière des Amazones et trafiqué dans le pays , quelques personnes leur disputent la fondation de la colonie de Surinam et la construction du fort Zélandia.
Les Français soutiennent que ce fort a été bâti par AI. Poncet de Breligny.
Ces divers points sont impossibles à éclaircir; car il paraît prouvé que la rivière de Surinam n’était pas connue en 1608: en
effet, elle ne se trouve pas marquée sur la carte de la Guyane de cette époque.
Les Français ayant abandonné Surinam , Francis lord Willoughby de Parham , avec la permission de Charles II , y envoya un bâtiment équipé à ses propres frais, pour en prendre possession au nom de son maître. Il entra dans le Surinam et reçut bon accueil des Indiens avec lesquels il conclut un traité. Bientôt un établissement nouveau s’éleva sur les rives de ce fleuve. Peu de temps après , trois autres navires , dont un armé de 20 canons , furent envoyés par lord Willoughby; et quelques années plus tard, ce seigneur y vint en personne 5 après avoir organisé la colonie, il revint en Angleterre , et ne manqua pas de fournir cet établissement d’hommes et de munitions, car il avait pu juger des avantages que promettait son heureuse position et l’inépuisable fertilité des rives du fleuve. Le 2 juin 1662, la colonie fut concédée par le roi Charles II à lord Willoughby et à Laurent Hide, second fils d’Édouard, comte de Clarendon ( pour être partagée entre eux et passer à perpétuité à leurs descendants. L’original de cette Charte se trouve encore dans les archives du royaume de la Grande- Bretagne.
Les sages dispositions prises par lord Willoughby ne tardèrent pas à donner un aspect tout nouveau à cette colonie ; et dès le commencement de l’année 1654, des colons français, chassés de Cayenne par les Indiens Galibis vinrent à l’embouchure du Surinam; ils avaient pour chefs les sieurs Braglione et Duplessis. Ayant remonté le fleuve à deux milles, ils trouvèrent les habitations des colons anglais qui leur firent bon accueil. Ces habitations étaient entourées de gros arbres formant palissades et étaient protégées par un fort situé un mille plus loin et qui paraissait être le même que celui dont la construction était attribuée à M. Poncet de Bretigny, qui avait commandé lors de l’occupation de cette colonie par les Français.
Dès cette époque , il y avait à peu près 2 à 500 hectares de terre en culture autour du fort; de plus on comptait environ cinquante chaumières ou maisons construites à la manière des Indiens , sans ordre ni régularité. Cependant une maison très-basse avait été construite en briques, dans l’intérieur du fort, pour recevoir les colons dans le cas d’une invasion des Indiens. Le nombre des colons s’élevait environ à 550 têtes; plus tard ce nombre alla jusqu’à quatre mille habitants , qui s’établirent sur les rives du Surinam jusqu’à 25 milles dans le haut du pays. La plupart de ces plantations étaient consacrées à la culture du tabac et du boislettré (letterhout) et autres bois propres à la marqueterie.
Les relations des voyageurs anglais nous apprennent que vers ce même temps, il se trouvait, sur la rivière Comewine qu’ils appelaient Comonique, à vingt-cinq milles environ de son embouchure, une colonie néerlandaise, à laquelle ils donnaient le nom de Flamands et qui vivait en bonne intelligence avec les Indiens, trafiquant avec eux de bois-lettré et autres articles.
M. Bellin , dans son Histoire de la Guyane, pense que c’est en 1665 que les Anglais formèrent leurs premiers établissements sur la rivière du Surinam où ils construisirent un fort, et que
plus tard ils s’étendirent sur les rives de la Marowina. D’après sa description, il existait alors un petit village nommé George Warren , situé à cinq milles de l’embouchure du Surinam, environ vingt milles anglais; ce petit village était le chef-lieu de la colonie qui comprenait quarante à cinquante plantations.
Le gouvernement de cette colonie était composé d’un gouverneur , assisté d’un conseil et de l’assemblée des colons. Les lois anglaises étaient suivies, à quelques exceptions près.
Quoi qu’il en soit, les habitants de cette colonie, d’abord en petit nombre, étaient déjà considérablement augmentés en 1664 par des Hollandais et des juifs chassés de Cayenne par les Français. Les nouveaux colons obtinrent, par un acte du 16 août 1665, les mêmes privilèges, emplois et concessions dont jouissaient les autres habitants.
L’année suivante (1666) la guerre ayant été déclarée entre l’Angleterre et les Provinces-Unies , les états de Zélande firent équiper trois navires de guerre , montés de 300 soldats de marine. Ces forces , commandées par l’amiral Abraham Krynszoon , le viceamiral Caluwaard et le général Lichtemberg, se montrèrent devant Surinam le 26 février 1667. Le gouverneur anglais, nommé Guillaume Biam, qui commandait en l’absence de lord Wilîoughby, fut obligé de capituler. Les Zélandais plantèrent le drapeau du prince d’Orange sur les remparts et donnèrent à cette forteresse le nom de Zélandia. La ville de Paramaribo reçut celui de Nouveau- M iddelbourg .
Les vainqueurs, entre autres contributions, firent payer aux habitants cent mille pesant de sucre, et envoyèrent un certain nombre d’entre eux à l’île de Tabago.
Après avoir fait ajouter quelques palissades à la redoute Zélandia, le commandant hollandais y établit garnison avec des vivres pour six mois, et chargeant sur sa flotte le butin qu’il avait fait et qui fut évalué à 400,000 fl., il partit pour aller attaquer les autres possessions anglaises.
Cela se passa au mois de février. Au mois de juillet suivant la paix fut conclue à Bréda, et l’un des articles du traité accordait aux Néerlandais la possession définitive de Surinam. Malheureusement pour les nouveaux possesseurs de la colonie, cet événement ne fut connu que trop tard dans les Indes occidentales.
Le commodore anglais John Hermans , ayant appris la perte de Surinam, partit de la Jamaïque avec 7 vaisseaux et 1 ,200 hommes de débarquement. Il prit en passant Cayenne sur les Français, et entra, en octobre 1667, dans la rivière de Surinam. Après quelque résistance de la part de la garnison et des colons, la colonie fut abandonnée au pillage du soldat, et la fortune entière de plus de 500 habitants entièrement détruite. La garnison zélandaise, qui avait perdu plus de 50 hommes à l’attaque de la forteresse, fut faite prisonnière avec son commandant De Rama et transportée à File de la Barbade.
La prise de Surinam par les Zélandais avait causé de grands chagrins à lord Willoughby, alors gouverneur de la Barbade, mais ses regrets s’augmentèrent encore, lorsqu’il apprit que le traité de Bréda rendait inutile la victoire du commodore Hermans.
Aussi s’em pressa-t-il de faire partir son fils Henry, à la tête de trois vaisseaux, avec ordre d’employer tous les moyens de persuasion auprès des colons de Surinam, pour les engager à le suivre à Anligoa et à Mont-Serrat, avec leurs esclaves et leurs moulins à sucre. Douze cents d’entre eux partirent volontairement pour la Jamaïque.
Tous ces événements amenèrent, comme on le pense bien, de grands désordres parmi les colons, qui ne savaient plus quel était leur légitime souverain. A la fin , d’après un ordre du roi Charles II, l’établissement fut remis aux Hollandais en 1669; mais ce ne fut pas sans de grandes difficultés que lord Willoughby réussit à remettre la colonie in statu quo, entre les mains des autorités zélandaises, ainsi qu’il y était obligé par le traité de Bréda.
Plus tard, le traité de Westminster, qui termina tous les différends entre l’Angleterre et les Provinces-Unies , établit que Surinam demeurerait, pour jamais, en toute propriété aux Néerlandais, en échange de la province de New-York, conquise par les Anglais en 1 6G4 , et qui sous la domination des états généraux portait le nom des Nouveaux Pays-Bas. L’échange fut consommé en 1 674 ; et, depuis cette époque , la propriété de Surinam ne fut plus contestée aux Provinces-Unies. En 1678, nous voyons que le gouvernement de la colonie était confié à un Hollandais nommé Heynsius, et que le capitaine Lightenborgh était commandant de la garnison.
Les Hollandais, pendant les premières années de leur jouissance, eurent peu de repos dans leurs nouvelles possessions; car, indépendamment de la perturbation jetée dans l’établissement par le départ des colons qui avaient voulu suivre la fortune de l’Angleterre, les invasions journalières des Caraïbes leur donnaient à peine le temps de s’occuper de l’administration intérieure de la colonie; chaque jour, pour ainsi dire, des colons tombaient sous les coups des Indiens.
D’un autre côté, la province de Zélande, à qui cet établissement appartenait en propre, était continuellement en contestation avec les Provinces-Unies pour la souverainté de ces possessions. En outre, elle ne pouvait soutenir les fortes dépenses qu’il fallait faire pour la défense et l’entretien de cette colonie ; en conséquence, la province de Zélande consentit en 1670 à la vendre en totalité à la compagnie néerlandaise des Indes occidentales , qui venait de se former sous la protection des états généraux des Provinces-Unies.
Cette vente eut lieu moyennant la somme de 23,656 livres sterling, environ 280,047 florins, et comprenait non-seulement le sol de la colonie, mais les constructions, les provisions de guerre et les munitions, parmi lesquelles il y avait 50 pièces de canon.
La compagnie des Indes occidentales obtint en même temps de leurs hautes puissances les états généraux , une exemption de toute contribution pendant dix ans. Quelques mois après, cependant, malgré cet avantage, cette compagnie, trouvant que les dépenses nécessaires à l’entretien de cette colonie montaient trop haut pour elle seule, en céda deux tiers, l’un à la régence
d’Amsterdam, l’autre à la maison de Sommelsdyck, sur le pied du prix qu’elle avait payé , et toutes trois formèrent une société, qui, sous la sanction de leurs hautes puissances, eut seule l’entière direction des affaires de cette colonie.
Le marché conclu , le seigneur Cornélius Yan Aarsen , chef de la maison de Sommelsdyck, et, en cette qualité, propriétaire pour un tiers de la colonie, vint à Surinam avec 500 hommes de troupes et quelques malheureux condamnés à la déportation. Il en prit possession le 14 novembre 1685, comme gouverneur général, au nom des nouveaux propriétaires.
Au moment de l’arrivée de Yan Sommelsdyck, la colonie de Surinam était dans l’anarchie; une sage administration n’avait pas encore pu guérir les plaies de deux invasions successives. Le commerce et la culture étaient anéanties; tout était à recommencer.
Le zèle de Van Sommelsdyck pour rétablir l’ordre fut pris pour de la tyrannie , sort trop commun à ceux qui se dévouent à faire le bien malgré les résistances de l’intérêt individuel. La création d’une chambre de police, destinée à punir les méfaits qui troublaient journellement la colonie, vint encore ajouter aux plaintes des colons. On accusait le gouverneur de cacher, sous un extérieur religieux, un caractère despotique et cruel. Un jour, il fit, dit-on , trancher la tête à un chef Indien , coupable seulement de quelque inconduite domestique.
Différentes plaintes furent envoyées en Europe contre lui ; mais elles ne furent pas écoutées. En effet, ses efforts n’avaient pas été sans résultat pour l’avenir de la colonie; il avait fait une paix favorable avec les Caraïbes, les Indiens Warowa et Arrawakka aussi bien qu’avec quelques nègres marrons qui s’étaient établis sur la Copename, après que les Anglais eurent quitté la colonie.
Un crime vint arrêter les espérances que donnait son administration , qui netait que ferme et qu’on accusait d’être cruelle et brutale.
En 1688, il fut massacre par les soldats qui se plaignaient d etre emploies comme des nègres à creuser des canaux, et de ne recevoir qu’une ration insuffisante et malsaine.
Ce fut un jour de parade que ces réclamations lui furent adressées. Le gouverneur, vif et emporté, tira son épée; mais il fut à 1 instant frappé de plusieurs balles, et expira sur la place. M. Verboom, qui l’accompagnait, ne reçut qu’une blessure, mais elle était mortelle, et il en mourut neuf jours après. Ce crime consommé, les assassins se rendirent maîtres du fort Zélandia, et s’emparèrent des munitions de guerre et de bouche. La garnison se tant jointe à eux, ils se choisirent un commandant en chef et différents officiers ; ils jurèrent de leur être fidèles et de ne jamais, ni les uns ni les autres, trahir ou quitter leur pi opre cause. Ce qui fut très-remarquable dans cette circonstance, c est que le nouveau chef ordonna, le jour même de sa nomination , d inhumer dans le fort Zélandia , avec les honneurs militaires et avec décence, le corps du gouverneur massacré.
Les magistrats et les habitants de Surinam se virent alors dans une fâcheuse position, et forces d entrer en négociation avec les
insurgés. Les principaux articles de la capitulation arrêtée avec ces derniers furent : qu’ils évacueraient le fort moyennant une assez faible somme d’argent; qu’on leur permettrait de s’embarquer, de quitter la colonie sans être inquiétés, et de se rendre dans 1a. partie du monde qu’il leur plairait de choisir. En conséquence, on en envoya plus de cent à bord; mais ils ne se préparèrent pas plutôt à lever l’ancre pour partir, que leur navire fut entouré de petits bâtiments armés et disposés en secret pour ce dessein. Les rebelles, contraints de se rendre à discrétion, furent bientôt après mis en jugement pour meurtre et rébellion. Onze des chefs furent exécutés; les autres obtinrent leur grâce. Mais, comme on ne pouvait plus se fier à eux , ils furent renvoyés du service de la colonie, quand on eut trouvé des soldats pour les remplacer.
L’année suivante, la veuve de Van Sommelsdyck offrit, mais sans succès , de transférer sa part de propriété dans la colonie de Surinam au roi Guillaume II, qui venait de monter sur le trône de la Grande-Bretagne. Cette même année, M. Van Scherpenhuysen fut envoyé d’Amsterdam à Surinam avec des troupes et des munitions , pour succéder à M. Van Sommelsdyck, en qualité de gouverneur de la colonie. A son arrivée il trouva tout dans la plus grande confusion. Voulant appliquer le plus prompt remède au désordre, il établit une cour de justice qui différait de celle créée par son prédécesseur, en ce qu’elle se divisait en deux parties: la première fut investie de tout ce qui concernait les affaires criminelles et militaires; la juridiction de la dernière s’étendait sur les procès civils et toutes les matières d’intérêt.
M. Van Scherpenhuysen s’empressa aussi de faire de bonnes lois et des réglements, sans négliger aucun des moyens propres à mettre la colonie sur un pied respectable de défense contre ses ennemis intérieurs et extérieurs. La sagesse de ces préparatifs ne tarda pas à produire un bon effet , lorsque la guerre éclata entre la France et les Provinces-Unies. L’amiral Du casse, qui commandait une escadre française dans la mer des Antilles , attaqua presque à l’improviste la colonie de Surinam, en mai 1689 , avec neuf vaisseaux de guerre et un grand nombre d’autres bâtiments plus légers. Mais M. de Chatillon , fils de Van Sommelsdyck, avait si bien pris ses dispositions , qu’il mit l’escadre ennemie en déroute au moment où elle se disposait à canonner le fort Zélandia , et que , le 1 1 mai , elle profita de l’obscurité de la nuit pour prendre le large précipitamment.
Passé cette époque, la colonie jouit du calme de la paix extérieure, et il fut possible de s’occuper avec sécurité d’organiser l’administration intérieure et la culture des plantations depuis trop longtemps abandonnée.
Un seul petit événement fit trêve au calme dont jouissait la colonie , et nous le passerions sous silence s’il ne témoignait d une insistance assez rare en fait de procès.
En 1692 , un Anglais, nommé Jérôme Cliffort , fut condamné à être pendu pour avoir, selon l’accusation, insulté un magistrat qui l’arrêtait pour dettes. La peine de mort fut commuée en une détention de sept années, qu’il devait subir dans le fort de Som¬
melsdyck. La cour de la Grande-Bretagne s’étant intéressée à cette affaire, il fut, en 1695, mis en liberté, d’après le vœu du roi d’Angleterre. Alors, il forma contre la colonie une demande en dommages-intérêts de 20,000 guinées , comme ayant subi un emprisonnement injuste. Cette demande, dont le moindre tort était l’exagération , fut repoussée par l’administration de la colonie. Après sa mort ses héritiers continuèrent sa réclamation, depuis l’an 1700 jusqu’en 1762, sans obtenir plus de succès, et il est permis de penser, que si aujourd’hui encore la colonie n’est plus assiégée de cette demande, c’est grâce à l’extinction de cette famille de Clifford.
Lorsqu’en 1712 la guerre éclata de nouveau entre la France et
les Provinces-Unies, l’amiral français Jacques Cassard fit une
nouvelle expédition contre Surinam; animé du désir de venger l’honneur du pavillon français et de détruire un des plus beaux établissements des Néerlandais dans les Indes occidentales. D’abord, il ne fut pas plus heureux que l’amiral Ducasse , et M. de Gooyer, alors gouverneur de Surinam, le força de renoncer à son projet. Encore cette fois le fort Zélandia protégea la ville de Paramaribo.
L’amiral français ne se laissa pas décourager par cet insuccès. Quatre mois plus tard, le 10 octobre, il entra une seconde fois dans la rivière de Surinam avec six ou huit vaisseaux de guerre , et un certain nombre de moindres bâtiments, qui tous ensemble portaient 5000 hommes et près de 500 pièces de canon.
Le lendemain de son arrivée, l’amiral Cassard fit monter un de ses officiers dans une chaloupe , et l’envoya en parlementaire pour traiter de la contribution avec les habitants, les menaçant de bombarder la ville de Paramaribo , s’ils refusaient de payer ; cependant , la chaloupe fut forcée de s’en retourner sans une réponse satisfaisante. La rivière de Surinam ayant, précisément devant le fort Zélandia, plus d’un mille de largeur, un bâtiment français armé de 56 canons et plusieurs petits bateaux plats, chargés de troupes, trouvèrent, à la faveur de la nuit, le moyen de s’avancer au delà de Paramaribo, sans être aperçus des Hollandais, dans l’intention de saccager les plantations de sucre et de café situées au-dessus de cette ville , et se mirent à tout dévaster par le fer et par le feu. L’amiral Cassard lui-même, s’étant approché de la ville de Paramaribo, y jeta plus de trente bombes, et la canonna de même que le fort Zélandia, jusqu’au 20 octobre, où il envoya un second message aux Hollandais pour leur demander s’ils voulaient enfin capituler et payer une contribution; il les menaçait, s’ils osaient encore refuser ses propositions, de détruire et de brûler toute la colonie.
Les Néerlandais, voyant leur perte inévitable s’ils persistaient dans leur première résolution , demandèrent un armistice de trois jours pour* délibérer , ce qui leur fut accordé; et, à la fin, ils acceptèrent les propositions de l’amiral Cassard. En conséquence, le 24 octobre, on signa de part et d’autre un traité de 24 articles. La contribution de 56,61 8 livres sterling, environ 800,000 florins, exigée par les Français, leur fut payée principalement en sucre, en nègres esclaves et marchandises, vu qu’il n’y avait que peu d’or et d’argent dans la colonie. Aussitôt le paiement effectué,
l’amiral leva l’ancre, et, le 0 décembre 1712, il quitta Surinam avec toute sa flotte.
On ne peut se défendre d’un sentiment pénible en racontant ces faits et en pensant que le terrible droit de la guerre autorise ces brigandages. D’un autre côté, l’énormité de la somme payée par la colonie de Surinam donne une idée suffisante des progrès qu’elle avait faits depuis 1689, époque à laquelle elle fut vendue en toute propriété pour une somme moindre de moitié.
Cette malheureuse colonie ne fut pas plutôt délivrée de ses ennemis extérieurs et déclarés, qu’elle se vit en butte à de plus grands dangers.
Les Caraïbes et autres nations indiennes avaient, dans les premiers temps, inquiété, il est vrai, cet établissement; mais, comme nous l’avons dit, le gouverneur Van Sommelsdyck, peu de temps après son arrivée dans la colonie, avait fait la paix avec eux. Ces sauvages l’avaient maintenue , et depuis ils avaient vécu avec les Européens dans la meilleure intelligence, ainsi que de bons voisins : nous nous empressons de consigner ce fait aussi honorable pour la fidélité des Indiens à tenir leur serment, que pour la sagesse du
gouvernement néerlandais. ,
Les esclaves nègres révoltés sont les ennemis dont nous avons à parler maintenant. Pendant quelque temps ils répandirent une terreur générale dans la colonie et menacèrent de 1 enlever aux États de Hollande.
Quelques nègres fugitifs avaient, depuis fort longtemps, cherché un asile dans les forêts de Surinam; mais, jusqu’en 1726 et 1728, leur nombre était trop peu considérable pour inspirer des craintes sérieuses. A cette époque, il s’accrut de manière à les rendre vraiment redoutables. Alors ils pillèrent des plantations et se procurèrent des fusils et des lances. Ces nouvelles armes, jointes à celles dont ils se servaient ordinairement , les arcs et les flèches , les mirent en état de commettre de continuels ravages sur les plantations de sucre et de café. Ils y étaient excites tant par esprit de vengeance pour les mauvais traitements qu’ils avaient endurés de leurs maîtres , que par le désir du pillage et principalement celui d’enlever de la poudre, des balles et des haches , afin de pourvoir à leur défense à l’avenir.
Ces nègres s’étaient en général établis sur les bords de la partie supérieure des rivières de Copenam et de Sarameca. On les appela rebelles de Sarameca , pour les distinguer des autres bandes qui se formèrent par la suite.
Plusieurs détachements de troupes et d’habitants furent envoyés contre eux , mais ces expéditions n’eurent d’autre résultat que de leur arracher des promesses qu’ils étaient bien disposés à ne pas tenir.
En 1750, on fit une exécution barbare sur onze malheureux nègres captifs, afin d’épouvanter leurs compagnons et de les engager à se soumettre. Un homme fut suspendu vivant à un gibet par un croc de fer qui lui traversait les côtes ; deux autres furent enchaînés à des pieux et brûlés à petit feu ; six femmes furent rompues vives et deux filles décapitées. Tel fut le courage de ces malheureux au milieu des tortures, qu’ils les endurèrent
sans pousser un soupir. Cette atrocité produisit un effet tout contraire à celui qu’on avait attendu. Les rebelles de Sarameca en conçurent un tel ressentiment, que, pendant plusieurs années, ils menacèrent sérieusement l’existence de la colonie. Les colons, ne pouvant supporter plus longtemps les dépensés de cette guéri e et les fatigues qu’il fallait essuyer en poursuivant leurs ennemis dans les bois, rebutés de plus par les pertes énormes que leur causaient les fréquentes invasions des negres, et par la terreui continuelle qui en était la suite, se décidèrent enfin à traiter de la paix avec eux.
Le gouverneur Maurice, qui en lan 1749 se trouvait a la tete de la colonie, envoya un détachement considérable vers leurs établissements de Sarameca, afin de conclure, s’il était possible, cette paix si ardemment désirée. Ce détachement , après quelques escarmouches avec plusieurs partis de rebelles , arriva à la fin dans leurs quartiers principaux , ou il demanda et obtint un pour— parler. On y arrêta les préliminaires d’un traité de paix, pareil à celui qui avait été fait en 1759 entre les Anglais et les nègres de la Jamaïque. Le chef de ceux de Sarameca était un mulâtre, nommé le capitaine Adoe, qui à cette occasion reçut du gouverneur, en signe d’indépendance, une superbe canne à pomme d’argent sur laquelle étaient gravées les armes de Surinam. Par le même traité, on lui promit d’autres présents, parmi lesquels se trouveraient surtout des armes et des munitions. Ils ne devaient lui être envoyés que l’année suivante ; après quoi la paix serait définitivement conclue. Adoe offrit en retour un arc superbe, avec un carquois rempli de flèches, ouvrage de ses mains, comme signe que, pendant cet intervalle, toute hostilité cesserait de son côté.
En 1750, les présents qu’on avait promis au capitaine Adoe lui furent envoyés , mais ceux qui les portaient furent attaqués dans leur marche, et tout le détachement resta sur la place. Cette attaque avait été dirigée par un chef de nègres nommé Zam-Zam, qui n’avait pas été consulté sur le traité de paix. Adoe, de son côté, ne voyant pas au terme fixé arriver l’exécution de la promesse qu’on lui avait faite, et s’imaginant qu’on ne voulait que l’amuser jusqu’à ce qu’on eût reçu de nouveaux renforts d’Europe, reprit les hostilités, qui continuèrent jusqu’en 1761, avec des chances de plus en plus défavorables pour la colonie.
Enfin, à cette époque, un traité fut signé par les commissaires néerlandais d’une part, et de l’autre par 16 capitaines noirs et le chef supérieur des révoltés, Araby. La cérémonie de la signature eut lieu dans la plantation Ouca, sur la rivière de Surinam , où les parties contractantes se rendirent.
Les nègres dont il vient d’être question sont appelés Oucas , du nom de la plantation où le traité de paix fut signé.
Quant à ceux de Sarameca, une nouvelle paix fut conclue avec le chef qui avait remplacé Adoe et qui se nommait Wille. Ce traité de paix, rompu un instant par la jalousie d’un chef rival nommé Muzinqua, fut enfin consolidée en 1762. Les conditions en ont été depuis religieusement observées.
Les otages et les chefs de ces deux peuplades, à leur arrivée à
Paramaribo, furent admis à la table du gouverneur qui, auparavant, leur fit parcourir la ville en cérémonie dans son propre carrosse.
Par leur capitulation avec les Hollandais , les nègres Oucas et ceux de Sarameca devaient recevoir chaque année une certaine quantité d’armes et de munitions. De leur côté, ils promirent de se conduire toujoürs en fidèles alliés, de renvoyer tous les déserteurs moyennant une prime convenable , de ne jamais paraître armés à Paramaribo, au nombre de plus de cinq ou six hommes à la fois , et de tenir leurs établissements à une distance convenable de cette ville et des plantations; les nègres de Sarameca se fixèrent sur les bords de la rivière de ce nom , et les Oucas aux environs de la Jocka-Crique près du Maroni; un ou deux blancs devaient, en qualité d’envoyés, résider au milieu de chacune de ces tribus.
La colonie jouit alors d’une grande prospérité, et vit régner partout l’ordre et la tranquillité , qui ne fut plus troublée que par quelques révoltes de nègres marrons, dont nous aurons sujet d’entretenir plus tard nos lecteurs, et par le contre-coup des commotions politiques qui se firent sentir en Europe.
En 1770, la maison Yan Sommelsdyk vendit sa part de la colonie à la ville d’Amsterdam, pour la somme 65,63G liv. sterl. La société de Surinam se composait donc de la régence d’Amsterdam pour deux tiers, et de la compagnie des Indes occidentales pour le dernier tiers.
La charte de cette société , contenant les exemptions accordées pour l’exploitation de la colonie , fut renouvelée par leurs Hautes-Puissances les États-Généraux de Hollande, moyennant un prêt de 5 millions de livres sterling à 6 p. °/0 d’intérêt. L’acte de renouvellement porte la date de 1761 ; déjà deux fois la compagnie avait obtenue un semblable renouvellement.
La Guyane tout entière était divisée avant la guerre de la révolution française, entre la France, les Provinces-Unies, l’Espagne et le Portugal.
Le Portugal occupait l’espace d’environ 25 ou 30 lieues de côtes, comprises entre le fleuve des Amazones et la rivière du cap du Nord; la France s’étendait depuis cette dernière rivière jusqu’à celle de Maroni; la Hollande depuis le Maroni jusqu’au Pomaron , et l’Espagne depuis ce dernier fleuve jusqu’à l’Orénoque.
Pendant les guerres de la révolution les Anglais se rendirent maîtres de tous les établissements hollandais , Essequibo ou Essequebo, Demerary, Berbice et Surinam.
Le traité d’Amiens, conclu le 25 mars 1802 entre la France, l’Espagne et les provinces Bataves d’un côté, et la Grande-Bretagne de l’autre , rendit aux Hollandais la possession de toutes les colonies qu’ils possédaient avant la guerre aux Indes occidentales; mais en 1808, à la reprise des hostilités, l’Angleterre s’empara une seconde fois des établissements de Berbice, Essequebo et Demerary, et les traités de 1814 la confirmèrent dans cette usurpation.
D’autres changements sont survenus postérieurement dans la situation politique de quelques autres parties de la Guyane, sans toutefois en modifier les limites. Ainsi les possessions espagnoles se sont déclarées indépendantes de la métropole, et le Brésil, qui comprend la Guyane portugaise, est devenu un empire séparé du' Portugal, quoique la couronne soit restée dans la maison de Bragance.
Quant à la délimitation de chacune des parties de la Guyane , on concevra qu’elle n’a pas été fixée d’une manière positive; et que partout où la nature n’a pas posé une division naturelle , les gouvernements qui y conservent des établissements se sont peu occupés d’en arrêter les frontières ; car , en présence de la faible population disséminée sur cette vaste étendue de pays , il ne peut y avoir de nécessité à se disputer des terrains immenses couverts de bois sauvages ou d’eaux stagnantes.
Les lecteurs me pardonneront d’avoir donné quelque étendue à cet aperçu historique , mais j’ai tenu à rassembler tout ce qui pouvait établir d’une manière certaine , au prix de quels travaux la colonie néerlandaise de Surinam a pu atteindre le degré de prospérité dont elle jouit maintenant.
Je ne m’occuperai pas des autres parties de la Guyane; je < dirai seulement que le climat est partout à peu près le même, et que les observations que je donnerai plus loin sur la nature de cette région, sur ses productions dans les trois règnes, peuvent indifféremment s’appliquer à toutes les fractions de ce grand tout.
Je pense même que la lecture de cet ouvrage ne sera pas sans quelque intérêt pour les autres puissances européennes qui possèdent des colonies. Le tableau de cette situation florissante leur fera peut-être comprendre la manière dont doivent être administrées les colonies pour devenir productives.
Maintenant je vais reprendre mon rôle de voyageur, et raconter ce que j’ai vu , ce que j’ai senti depuis mon arrivée dans la colonie jusqu’à mon départ. C’est un journal que j’offre au public , dans toute la simplicité d’un journal.