CHAPITRE II
Arrivée à Surinam.
Aspect du pays. — Description de l’intérieur. — Fleuves, rivières, montagnes, forêts, villes, villages, plantations.
Nous nous trouvions encore à plusieurs lieues en mer, lorsque la côte de Surinam vint à se déployer comme un large et brillant tableau devant nos regards. Elle offre une etendue d environ 150 milles anglais, depuis la rivière de Corentin jusqu a celle de Maroni. L’œil du marin, fatigué, pendant plusieurs mois, de la monotone contemplation des cieux et de 1 Océan , se repose délicieusement sur les rives de cette terre qu appelaient ses vœux. Bien ne pourrait égaler ces émotions si nouvelles et si variées, que fait naître dans l’esprit l’aspect de cette plage embellie de tous les dons de la nature. Qui pourrait peindre toutes ces merveilles du printemps, de l’été et de l’automne mariés ensemble! L’hiver manque à ces heureux climats; le même arbre porte à la fois la feuille naissante et la feuille flétrie, les boutons et les fleurs, le fruit qui naît à peine et le fruit mûr. L’espérance et la réalité comme deux sœurs jumelles s’entrelacent sur la même tige. De loin, l’on aperçoit comme un immense jardin, qu’un dôme de verdure couvre de toutes parts. Lorsqu’on s’approche du bord, on respire un air qu’ont embaumé les fleurs de mille orangers; on voit briller comme de l’or, au sein de la verdure , les fruits du citronnier , tandis que les oiseaux nuancés de mille couleurs étalent aux yeux la richesse de leur plumage. Joignez à cela tout ce que l’industrie de l’homme est venue créer pour ajouter aux charmes de ce rivage enchanteur. Des édifices, dont l’apparence gracieuse n’a rien à envier à celle des maisons de plaisance de l’Europe, s’élèvent sur les rives des fleuves, et des criques arrosent cette terre en tous sens. Des plantations magnifiques étendent au loin leurs limites, et l’œil ne peut se lasser en admirant toutes leurs richesses, fruits de l’art et delà nature.
Nous jetâmes l’ancre vis-à-vis la pointe de terre nommée Braams-Punt (Fig. 1 .). On y remarque un télégraphe gardé par un poste militaire aux ordres d’un lieutenant. C’est de ce poste qu’on signale l’arrivée des batiments a un autre télégraphe place au fort Amsterdam, de là à un troisième élevé au plantage de Jagt-Lust, enfin à celui du fort Zélandia, à Paramaribo meme.
La pointe de Braams-Punt , ou Braam-Pointe , située à l’est de l’embouchure de la rivière de Surinam , portait originairement le nom de Parham-Pointe , du nom de François Lord Willoughby de Parham , à qui cet établissement fut , en 1 G62 , concédé pai Charles II, comme nous l’avons expliqué plus haut. On suppose que ce fut là que ce lord prit terre pour la première fois, lorsqu’il aborda la côte de Surinam. Ce n’était autrefois qu’un large banc de sable qui s’avançait dans la mer. Aujourd’hui c’est une terre parée, comme le reste du pays, d’une admirable végétation.
Le lendemain à la pointe du jour, après avoir levé l’ancre, nous entrâmes dans cette magnifique rivière de Surinam , bordée de bois qui semblent descendre jusqu’au sein de ses flots.
En passant vis-à-vis de Braams-Punt, le poste lira sur nous un coup de canon , ce qui fit comprendre au capitaine qu’il ne pouvait continuer sa route sans envoyer à terre un de ses officiers.
L’embouchure de la rivière de Surinam présente un admirable point de vue. La richesse de la végétation, qui ceint d’une lisière de verdure les bords mêmes de l’Océan, forme un merveilleux contraste avec la nudité des rivages que l’on a laissés en quittant l’Europe. Les arbustes enlacés laissent pendre dans les eaux leurs branches ornées d’un feuillage que nuancent mille teintes diverses. L’œil extasié mesure avec admiration ces arbres gigantesques qui semblent vouloir atteindre les cieux . Ici le cèdre, le cocoyer, le
palmier, dressent majestueusement leurs têtes couronnées, tandis que le cotton-tree, le lokenhout et le tamarin étalent à côté d’eux leurs larges proportions. Là c’est le cotonnier avec ses feuilles vertes, ses larges fleurs jaunes et ses globules aussi blancs que la neige, où mûrissent des graines noires : plus loin la canne à sucre, dont la flèche argentine et chevelue se balance mollement au souffle de l’air, embaumée par les parfums du faramier, de l’ourate et du mayèpe. Comme des fleurs détachées du sol, et doucement promenées par la bise, le papillon et le colibri voltigent en becquetinant le suc des plantes, tandis que sur l’azur si bleu de ce beau ciel les troupes nombreuses de fîamingos étendent leur ligne d’un rouge si éclatant.
La distance entre les deux rives, à l’embouchure du fleuve, est au moins de trois quarts de lieue. A gauche, se dessine Braams- Punt, qui s’avance dans la mer: plus loin, sur la même rive, s’élève la redoute de Leyde et le fort Amsterdam; à droite, on voit apparaître la redoute de Purmerend , le fort Zélandia et les édifices de Paramaribo, la capitale. D’immenses forêts qui se perdent dans l’horizon forment le fond de cet admirable tableau. En quittant Rraams-Punt et en remontant le Surinam, on rencontre, deux lieues plus loin de chaque côté de la rivière, la redoute de Leyde (Fig. 2) et celle de Purmerend, dont nous venons de parler; ces deux batteries défendent le passage en temps de guerre et secondent les opérations de la forteresse Amsterdam (Fig. 3), située au confluent de la Comawyne et du Surinam. Plus haut, on aperçoit, sur la rive droite du Surinam, un second poste d’avertissement, nommé Jagt-Lust, délices de la chasse (Fig. 4). Dès que la vue d’un navire a été signalée, le Surinam se couvre d’une foule de barques et de canots. On voit se presser autour du navire étranger, les colons venus des habitations riveraines, impatients de connaître les nouvelles apportées d’Europe. Les interrogations se succèdent si rapides, si diverses, de tant de côtés, et sur tant de sujets, que l’on ne sait comment répondre à toutes. Ajoutez à cela les acclamations et les chants des matelots, auxquels répondent les mille éclats de la joie des indigènes, le son bruyant de leurs instruments, ce mélange si varié d’idiomes et de races, et vous n’aurez encore qu’une faible idée de la nouveauté et de l’originalité de cette scène. Le pont du navire se trouve en un instant couvert de fleurs et de fruits, que chacun s’empresse de faire accepter aux passagers. L’un vante la saveur parfumée de ses bananes, 1 autre la douce fraîcheur de ses limons et de ses oranges, celui-ci ne trouve rien de comparable à cette liqueur délicieuse que donne le fruit du cocotier, ou bien à cette moelle végétale que fournit le poirier avocat. Comment échapper à tant de séductions, qui peuvent cependant devenir si funestes à la santé de ceux qui ne sont point acclimatés?
Les légers curials que conduit un nègre à l’aide de sa pagaye, luttent entre eux de vitesse, tandis que les élégants Tent-boot, ornés avec le luxe le plus délicat, glissent rapidement sur la surface du fleuve. Courbés sur les rames dont ils accordent les mouvements au rhythme d’un chant monotone, six robustes nègres laissent \oii l’ébène de leurs membres nus, qui semble briller sous les feux
du soleil du tropique, et font voler sur les eaux la gracieuse embarcation où repose nonchalamment le colon étendu sur de riches tapis.
Au confluent de la Comawyne, dont le cours se dirige vers le sud-ouest, et du Surinam, qui coule vers le sud-est, se trouve une langue de terre, une espèce d’isthme, sur laquelle s’élève la forteresse Amsterdam. Elle est bâtie sur un fond de roc, au milieu d’un petit marais. Commencée en 1733 ou 1754, elle fut terminée en 1747. Sa circonférence est de plus d’une lieue. Elle est entourée d’un large fossé et d’un chemin couvert garni de palissades. Une barre de vase ne laisse de passage aux vaisseaux que sous le feu des batteries du fort. Au nord-ouest, des fondrières et d’impénétrables forêts lui servent de boulevard. Elle est flanquée de cinq bastions et forme un pentagone régulier. Ses murailles ont six pieds d’épaisseur et sont coupées de larges embrasures. Elle protège à la fois la Comawyne et le Surinam. Tous les navires qui passent sur l’une ou l’autre de ces rivières sont exposés aux feux croisés de cette forteresse, et des redoutes de Leyde et de Purmerend. Le fort Amsterdam renferme de nombreux magasins de vivres et de munitions, suffisants à tous les besoins d’une forte garnison ; mais cette garnison n’est jamais considérable, attendu que la dépense de la colonie ne l’exige pas. Un capitaine d’artillerie, qui a le titre de commandant, est à la tête de cette garnison. Chaque navire qui entre en rivière jette l’ancre à une certaine distance du fort, en hissant son pavillon et en adressant ses papiers au commandant, afin d’obtenir l’autorisation de continuer sa route. Ceux qui essayeraient de se soustraire à cette ordonnance , courraient risque d’être immédiatement coulés bas.
J’admirais en silence la scène majestueuse qui s etendait devant moi. — Amsterdam est la sentinelle avancée dont le regard protecteur mesure deux larges fleuves, qui semblent couler aux pieds de leur maître. Ses larges embrasures s’ouvrent, prêtes à élever leur voix tonnante, pour arrêter l’audacieux qui tenterait de porter la dévastation sur ses rives fertiles. D’immenses forêts protègent la terre de leur ombre éternelle et déroulent au loin leur amphithéâtre de verdure. — Et tout à l’entour de vous les végétations abondantes en fleurs les plus riches et les plus nouvelles, ces parfums qu’on n’a pas encore respirés, ces eaux limpides où brillent les mille couleurs de poissons inconnus, toute cette nature si belle, dont l’homme civilisé est venu protéger les trésors, tout cela est fait réellement pour vous étonner et vous ravir.
Ce tableau si noble et si imposant de ces fleuves rivaux, qui viennent mêler leurs flots rapides, pour aller plus loin et les confondre au sein de l’Océan, peut cependant offrir quelquefois des scènes pleines de désolation. A cette époque de l’année, qui correspond plus particulièrement à l’hiver de nos climats d’Europe, et qui se signale par les pluies continuelles qui descendent comme par torrents du ciel, les deux fleuves débordés roulent avec impétuosité leurs vagues amoncelées, entraînant avec elles tout ce qui s’offre à leur passage. Alors on voit flotter les forêts avec leurs immenses troncs, leurs labyrinthes
d’arbustes et leurs guirlandes de lianes. Les quadrupèdes viennent disputer leur place sur le haut des arbres aux oiseaux et aux singes, qui s’élancent en gambadant de branche en branche. Là se livrent de singulières luttes entre des ennemis faits pour ne jamais se rencontrer. L’oiseau fuit devant le poisson devenu l’hôte des forêts, les caïmans et les énormes serpents se jouent au sein du feuillage, tandis que les agoutis et les pécaris quittent leurs tanières inondées pour se réfugier au haut des arbres. Le warapper laisse la nourriture ordinaire que lui offre le fleuve pour venir manger les fruits et les baies des arbustes, au milieu desquels il reste souvent embarrassé, lorsque les eaux décroissent.
En un mot, les descriptions que nous ont laissées les anciens poètes des déluges, qui désolèrent autrefois la terre européenne, ne sont, par malheur, que trop souvent réalisées dans ces climats.
Le Surinam est un des plus beaux fleuves de la Guyane hollandaise. Il est situé entre Cayenne et Berbice, à la distance de soixante milles de la première, et à trente milles de la seconde. Ainsi l’étendue des côtes que comprend la colonie est à peu près de quatre-vingt-dix milles.
Le Surinam prend sa source dans les vallées qui séparent la Guyane hollandaise des provinces orientales du Pérou. Il traverse les possessions hollandaises du sud au nord, reçoit le tribut des eaux des deux rivières, ainsi que de nombreuses criques, et vient se jeter dans l’Océan Atlantique à la pointe de Bram (Braams-Punt). Son embouchure est située vers le 5me degré 49 minutes de latitude septentrionale. La distance entre les deux rives à l’embouchure du Surinam est d’environ trois quarts de lieue; elle a 16 à 18 pieds de profondeur à la basse marée. Le reflux l’élève de plus de 12. Le Surinam est la seule rivière du pays qui soit navigable pour les vaisseaux de haut bord. Le flux et le reflux s’y font sentir, et même avec tant de force, qu’à chaque nouvelle et pleine lune la rivière déborde dans une partie de son cours. Les plus gros vaisseaux peuvent alors la remonter facilement et s’abriter dans les criques qui se trouvent en grand nombre le long de ses bords. Les moulins des plantations voisines sont alors abondamment pourvus d’eau , dont ils manquent dans les temps si communs de sécheresse.
En remontant le Surinam, on trouve ses bords couverts de forêts épaisses, de marais remplis de mangliers, et par intervalles, des plantations sur lesquelles se remarquent des édifices d’une architecture élégante et régulière.
Au-dessus du fort Amsterdam, le Surinam présente, sur la rive opposée , les murs de la forteresse Zélandia , qui protège la partie est de Paramaribo (Fig. 5). Elle fut bâtie par les Zélandais, et comme celle d’Amsterdam , elle forme un pentagone régulier , flanquée de cinq bastions. Deux de ces bastions commandent la rivière. Le fort Zélandia est petit, mais il peut offrir une vigoureuse résistance par la nature même de ses fortifications et ses larges fossés, qui la rendent inexpugnable. Il est construit en briques et entouré d’un large fossé rempli d’eau, audevant duquel se trouvent quelques ouvrages avancés. A l’est,
sur la rivière, il y a une batterie de vingt pièces de canon, et le fort Zélandia n’a qu’une porte qui est située du côté de la ville, à laquelle il communique par une vaste esplanade, où quelquefois les troupes font la parade. Sur cette esplanade se trouve le palais du gouverneur.
A partir de Jagt-Lust jusqu’à la ligne de défense, voisine des montagnes Bleues , c’est une série sans fin de riches plantations.
Partout des arbres chargés de fruits, des champs enrichis par les soins de la culture la plus intelligente. Puis de nombreux moulins et des machines à vapeur dont la puissance est venue rivaliser avec les bras de cent esclaves. De toutes parts enfin , l’aspect de la richesse industrielle la plus active, la plus florissante. Chaque jour le Surinam se couvre de mille barques chargées des diverses productions, qui sortent des plantations de la Guyane hollandaise, pour aller se répandre chez toutes les nations tributaires de ce sol si admirablement fertile. Le sucre, le cacao, le café, le tabac, le coton, l’indigo, sont les nombreuses richesses dont on voit les bords du Surinam se couvrir chaque année.
Outre le Surinam, la Guyane hollandaise possède encore d’autres rivières, dont quelques-unes sont fort considérables, ce sont :
La Marawyne, ou le Maroni , dont l’embouchure est située à 5° 52' de latitude septentrionale , et qui sépare la colonie hollandaise de la colonie française. Cette rivière prend sa source dans le lac qui lui donne son nom, et parcourt près de 120 milles avant de se jeter dans l’Océan. Les rochers, les bancs de sable, et la vase y rendent la navigation très-difficile et très-périlleuse. D’ailleurs , l’entrée de cette rivière a tant de ressemblance avec celle du Surinam, qu’il est facile de se tromper et de venir se perdre contre les nombreux écueils qu’elle cache sous ses eaux. Pour prévenir tous les accidents qui menacent les navires étrangers , on a établi à une douzaine de milles de l’embouchure de la rivière de Surinam une redoute ou batterie garnie de quelques pièces de canon , au moyen desquels on avertit les capitaines des bâtiments qui seraient incertains sur la hauteur à laquelle ils se trouvent, car s’ils venaient à manquer l’entrée de la rivière de Surinam ils seraient obligés de revenir sur leurs pas, et de reprendre leur course le long des côtes.
La Comawyne est remarquable par l’étonnante largeur de son cours et par le coup d’œil admirable que présentent ses bords garnis d’une soixantaine de plantations magnifiques. La Comawyne arrose avec le Surinam la partie la plus fertile, la mieux cultivée et la plus belle de la colonie. Cette rivière, après avoir reçu dans son sein les eaux de la Cottica, s’alimente encore incessamment des eaux d’un nombre considérable de larges criques, et vient se jeter dans le Surinam à environ trois lieues de son embouchure.
La Cottica , dont les bords ne sont pas moins remarquables que ceux de la précédente , se sépare en trois branches : la première conserve le nom de Cottica , la seconde prend le nom de Périca , et la troisième celui de Kruis-Crique, ou Crique-la-Croix. Elle se jette, comme nous l’avons déjà dit, dans la Comawyne.
La Sarameca est une petite rivière qui sépare les Berbiees de Surinam. Elle n’est remarquable que par la rapidité de son courant. Elle prend sa source dans l’intérieur même de la Guyane hollandaise et se jette dans l’Océan vers le 6° N. en confluence avec la Copenane.
Quelques autres rivières moins importantes par la largeur ou letendue de leur cours, 'se rencontrent encore dans la colonie.
La Copenane , dont nous avons déjà signalé la jonction avec la Sarameca, prend sa source dans les montagnes Bleues.
Le Nikiry est une petite rivière qui partage ses eaux entre la Copenane et le Corentin. On remarque sur ses bords un poste ou village habité par des Européens , et regardé comme un des plus considérables de la colonie.
Le Corentin sépare les possessions hollandaises des terres qui appartiennent aux Anglais. Cette rivière prend sa source dans les montagnes Bleues, et non loin de là se sépare en deux branches qui se réunissent pour se jeter dans l’Océan , vers le 6° 10' N.
On ne saurait compter le nombre des criques dont les eaux viennent se mêler au courant de chacune de ces rivières. Je désignerai seulement les principales d’entre elles.
Quoique j’aie employé déjà souvent le mot de crique de manière à déterminer le sens dans lequel il est employé dans la Guyane, je ne crois pas inutile de le préciser plus particulièrement. Il ne faut pas entendre par le mot crique une petite baie, mais bien un courant d’eau qui se jette soit dans une rivière, soit dans l’Océan. Les principales plantations et les plus riches en même temps , sont toutes placées sur les bords de ces criques, dont les eaux bienfaisantes répandent autour d’elles la fraîcheur et la fertilité.
Les criques les plus remarquables que l’on rencontre sur les bords du Surinam sont sur la rive gauche , les criques de Paraik, de Para et de Copina. Celle de Savanach sur la rive droite.
La Wana et la Jocka sont deux criques considérables qui se jettent dans la Marawyne.
La Sarameca, rivière sans importance commerciale et industrielle, n’a qu’une seule crique qui mérite quelque attention, celle de Wanica.
La Cottica reçoit les criques de Matanica , de Mott , de Barbacoeba , de Canipori et de Patameca.
Tempaly , Pirwinica , Mappany, Serra , Coupy, portent leurs eaux à la Comawyne, les deux premières sur la rive droite, les trois autres sur la rive gauche.
La colonie occupe toutes les terres bornées au nord par l’Océan Atlantique, à l’est par le Maroni, au sud par les montagnes Bleues , à l’ouest par le Corentin. Du nord au sud la distance est d’environ 90 milles. Elle est de 150 milles de l’est à l’ouest. Telle est la fertilité du sol , que huit cents plantations peuvent fleurir dans un espace renfermé dans des bornes si étroites. Plus de cinq cents plantations sont encore aujourd’hui même en pleine prospérité. Que serait-ce donc si l’on défrichait les forêts qui couvrent une grande partie du terrain, si l’on desséchait les marais, si l’on s’étudiait à livrer à la culture tout ce qui est encore improductif? Les plantations en activité sont toutes situées sur les bords de la mer
ou sur ceux du Surinam, de la Comawyne et de la Cottica. Les criques affluentes à ces rivières sont surtout les points sur lesquels on les trouve en plus grand nombre. D’épaisses forêts où l’on peut à peine se frayer un chemin, des marais chargés de nilre, des savannes d’où s’exhalent des vapeurs sulfureuses, occupent stérilement le reste, c’est-à-dire, plus de la moitié du sol. Le seul marais du Diable , situé à quelques milles de la Sarameca et de la mer , a au moins huit milles d étendue.
A seize milles au-dessus du fort Amsterdam , à l’endroit où la Cottica vient se joindre à la Comawyne, s’élève le fort de Sommelsdyck , dont les batteries commandent les bords des deux rivières. Ce fort fut bâti en 1684 par le gouverneur Yan Sommelsdyck, dont il a conservé le nom. Il forme un pentagone régulier, et ses cinq bastions sont garnis de canons. Il est entouré d’un fossé, et renferme des magasins militaires suffisamment fournis de vivres et de munitions. Quoiqu’il ne soit pas d’une grande étendue, il est néanmoins de bonne défense, principalement à cause de sa situation basse et marécageuse.
La redoute de Purmerend et le fort Zélandia protègent la rive gauche du Surinam contre toute aggression étrangère , tandis que la rive droite est défendue par le Braams-Punt, la redoute de Leyde, le fort Amsterdam et le Jagt-Lust.
La Comawyne, également protégée comme le Surinam par le fort Amsterdam, est encore défendue par le fort Sommelsdyck, qui s’élève au point où la Sereca se joint à elle.
Le long des bords supérieurs du Surinam, de la Comawyne et delà Cottica, on a placé des gardes avancées, pour protéger les habitants contre les invasions des Indiens , ou les déprédations des nègres fugitifs de l’intérieur.
En outre, plusieurs postes militaires établis sur différents points de la colonie concourent à maintenir l’ordre et la sécurité publique. Ils sont situés sur la Cosantine, la Sarameca et le Maroni. Une forte garde est encore placée à l’embouchure de la Motte-Crique, environ à trente milles de la rivière de Surinam. Un phare y est élevé sur la côte pour avertir les vaisseaux qui veulent entrer dans le Surinam, qu’ils ont passé l’embouchure du dangereux Maroni. Ce même poste tire aussi plusieurs coups de canon pour apprendre à la colonie que quelque navire est en vue, et gouverne sur la côte.
De plus une petite barque armée, ou garde-côte, croise entre le Maroni et la Berbice, pour donner avis de tout danger qui menacerait les côtes de la colonie de Surinam.
Un cordon ou ligne de défense entoure également une partie des terres livrées à la culture. Ces terres forment à peu près le tiers du terrain qu’occupe la colonie. Elles s’étendent sur les côtes de l’Océan, depuis le 4° 18’ N., jusqu’au 5° 20' N. ; mais elles ne conservent pas toujours la même largeur. A mesure que l’on s’éloigne du rivage et que l’on avance vers les montagnes Bleues, on remarque une diminution continuelle dans leur étendue, tellement, qu’arrivé à la savanne des Juifs, on trouverait à peine, de l’est à l’ouest, six lieues de sol cultivé.
Sur la rive droite du Surinam, à environ 40 milles de Paramaribo, s’élève une montagne qui domine majestueusement l<-