ÉTAT
pe | sk Ne :
mencent à blanchir, nous aperçûmes la côte du Cap-Breton, qui courait à notre gauche parallèlement à nous.
Cest une vaste plage s’élevant en amphithéâtre par des ondulations prolongées jusqu’à des hauteurs moyennes. Ge sont, à l'horizon, de grandes lignes harmonieuses qui unissent les montagnes aux collines, et se découpent noblement sur le ciel. Ce sont des forêts d'arbres irès-différents, où dominent cependant les conifères; ce sont des plaines d’une belle verdure, au milieu desquelles apparaissent quelquefois les toits d’une ferme. De loin, avec le secours de la lunette, on peut même apercevoir quelques bestiaux, et l'oreille croirait presque entendre les clochettes. Mais... il vaut mieux ne pas dire mais quand il s’agit d’un mérite, c’est encorele désert que toute cette contrée.
Les fermes sont rares, et quant à des villages, je ne Suis pas assuré d’en avoir découvert un seul. Les forêts sont telles que Dieu les a créées, etelles poussent librement sans que personne les arrête. Les plaines sont quelquefois entourées de clôtures, mais elles n’en sont pas plus habitées. L'homme est sur ce sol à l’état de prétendant ; peut-être la nature l’at-elle déjà adopté, mais elle se porte bien et lui fera allendre longtemps encore l'ouverture de son héri-
tage. C’est ce qu’on voit déjà assez clairement de deux milles en mer.
Cependant ce paysage a du charme. Je ne veux pas dire que la beauté du temps, la tiédeur de Flair n'aient ajouté beaucoup de mérite au tableau. Rien n'est plus vraisemblable, mais les admirateurs de Sydney, et je crois que tous les marins sont de ce nombre, assurent que le climat du Cap-Breton est le meilleur de ces parages, et que le beau temps n’y constitue nullement un coup de théâtre ainsi qu’à Saint-Pierre. Nous poursuivions notre route en savourant l'application de ces on dit et en regardant ces belles rives, quand la mer se montra à nous, comme l'embouchure d’un vaste fleuve, entourée de rives, pénétrant par des bras d’une largeur majestueuse dans un horizon de verdure, de forêts, s’enfoncant en méandres doucement contournés sous les profondeurs des arbres, et belle, en un mot, comme le plus beau des lacs, comme le plus pittoresque des bassins que la Suisse puisse offrir aux veux de ses admirateurs. Mais ce n’était pas un lac ; c'était bien la mer, c'était bien l'océan qui se faisait fleuve, rivière, ruisseau mème, et se montrait à nous, pénétrant, découpant l’intérieur des terres comme sa propriété à lui, et nous conviant à entrer dans son domaine.
C’est un des plus charmants aspects que l’homme puisse contempler. Seulement, les juges impartiaux remarqueront, observation peut-être inattendue, qu'il ne porte pas avec lui l'impression de là majesté
D CR ERA LE Ra
v Épéach Le. k A DM Ge Dee PO A RE TRS RL AS ee
DS Poe CU
HR
ne veux de l'air au. Rien teurs de nt de ce )- Breton le beau » théâtre ns notre dit et en > montra euve, enune lardure, de contoure, en un e le plus se offrir It pas un h qui se se monieur des Jnviant à
l’homme partiaux ittendue, à Majesté
dre TE EE EP DE APT Dr BU OM So 0 OU DORE ACER Sc) Sn a on Et qe s de TE ASE, GES PE TEA EPP SES EAU GRR PTT T SE : So RER | #
ET ESP RC ee 2 ue Ne"
et de la grandeur. C’est en vain qu’il vous montre l'Océan lui-même, étendant ses nappes énormes dans le sein de vastes terres, amenant par sa profondeur soutenue les plus puissants navires au cœur des forêts, se multipliant à plusieurs lieues de ses rivages en une série de lacs intérieurs d’où il s'échappe encore pour se transformer humblement en mille ruisseaux, (est en vain, dis-je, que des montagnes ardues se dressent à l'horizon où, dit-on, elles ont encore des retraites pour les ours gris, et que des forêts Sans bornes les revêtent de leurs épais manteaux. Ge spectacle est vaste et n’est pas grand. C’est l'idéal d’un jardin anglais gigantesque. Il s’en faut de peu que l'esprit ne trouve toute cette nature trop jolie; trop peignée et point du tout rustique. Tout cela paraît jeune et manque de vigueur. Mais on comprendra mieux cette impression lorsqu'on verra les choses de plus près.
Nous étions donc entrés dans le vaste golfe, et déjà nous apercevions distinctement les marais de Sydney-Mines, lorsque nous fimes rencontre du Ténare, aviso à vapeur comme nous, et appartenant à la division, qui s’éloignait de la côte et allait s’enfoncer dans les terres pour gagner Sydney. Ville. M. G..., capitaine de frégate, commandant le Téare, vint à bord du Gassendi, et m’offrit de quitter le navire et de passer à son bord pour arriver plutôt à Sydney-Ville. Cette promenade me tenta et,
RE TEE ET
PE
au bout de quelques instants, la baleinière du Ténare nous emmenait.
Je ne ferai pas de ce nouveau navire une description détaillée, attendu qu’il ressemble beaucoup au Gassendi, et je pourrais courir le risque de me répéter, d'autant plus que je fus plus frappé et amusé des différences imperceptibles qu'il ne serait peut-être facile de l'expliquer. J’aimais sincèrement mon Gassendi; mais lesprit de l’homme est. ainsi fait que le nouveau est rarement malvenu, de telle sorte que le Ténare me parut admirable. Je contemplai mème avec une respectueuse déférence ses deux énormes tambours qui rappellent les donjons du moyen âge et font le désespoir des novateurs, et comme j'étais acquis corps et âme à tout ce qui appartenait à la Division, je m’indignai consciencieusement du nom malsonnant de Trainard que, par un jeu de mots odieux, des malintentionnés n’ont pas craint d'appliquer à ce respectable bâtiment. Je remontai donc avec cette nouvelle connaissance dans la direction de Sydney-Ville, et mes impressions au sujet du paysage qui s'offrait aux regards allèrent toujours se fortifiant à mesure que je voyais mieux les choses. Sur le rivage à droite, de jolies habitations de campagne d’un aspect gai et riant se montraient entourées de clôtures, et pareilles à des maisons d’opéra-comique, longeant une grande route étroite comme celles qu'on voit sur
les |
… jard ù d'ar
bàti Pier
| à foi
ques le te Joux
+ l'IC \
habi d'ar vie plus parc heu:
ù prer
At
: aper
lerri d’un fran
gisla en f:
la p peu
re du 76-
descrip- 1coup au e de me frappé et ne serait cèrement est. ainsi , de telle contemses deux njons du teurs, et it ce qui conscienvard que, entionnés ble bâtielle conc, et mes frait aux ‘sure que à droite, ispect gai ‘es, et paseantune | voit sur
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 57 les bords du Rhin qui ressemblent à des allées de jardin. À gauche, une série de maisons ombragées À d'arbres aboutissaient à la ville proprement dite, 4 bâtie en bois, aussi propre et coquette que Saint- Pierre est sordide, alignée au cordeau de manière à former des rues larges comme des places publiques, plusieurs églises se montraient au milieu, Ie tout combiné et arrangé dans le goût des joujoux d'Allemagne. Enfin le long de l’eau, une séric de débarcadères en planches conduisant à des habitations ou à des magasins, le tout entremèlé d'arbres et de pelouses vertes, de facon à mêler la vie champêtre à la vie maritime de la manière la plus charmante. Le tableau complet est fort aimable parce qu'il n’a rien d’exclusif ni d'absolu, rien de heurté ni d’exclusif, et par cela mème rien de surprenant, de saisissant, de grand.
Au bout d’une série de débarcadères, nous en aperçümes un fort beau et fort large qui servait de lerrasse à une jolie maison à un étage, flanquée d'un mât de pavillen où flottaient les couleurs francaises,
C'était la demeure de notre agent consulaire, M. B.., originaire de Jersey, membre de la législature de la Nouvelle-Écosse. Le Ténare mouilla en face de cette maison ; car, soit dit encore une fois, la profondeur des eaux est telle que les navires
peuvent aller partout, Nous étions arrivés: il ne
s'agissait plus que desatisfaire les premiers instincts de la curiosité qui m'avait amené, en allant à terre.
Naturellement, notre première visite, car le commandant G.. voulut bien se faire mon guide, fut pour M. B.. Cet excellent homme est fort apprécié et aimé de nos états-majors. Il nous accueillit comme il est accoutumé à le faire pour tous les Français que {a Division navaie conduit chez lui depuis tant d'années. Il nous présenta à Mme B.. et à sa famille. Je dis nous et ce n'est pas exact. Car le commandant G... qui, tous les ans, revient dans ces mers depuis plus de vingt ans, n’a plus besoin de présentation dans aucune de ces demeures. Il a vu naître et grandir toute la jeune génération,; il a fait sauter sur ses genoux toutes les belles jeunes filles d'à présent et il en fait autant pour celles qui seront belles dans quelques années. Quand il est en rade dans quelques-uns des ports de ces côtes, il a toujours des gâteries pour les enfants grands et petits; aussi depuis Halifax jusqu’à la baie de Relle-Isle, l’arrivée du Ténare est-elle toujours désirée, prévue, calculée, et du plus loin que le navire est aperçu, toutes les fenêtres s'ouvrent, tous les visages. s'éclairent d’un bon sourire. Il ne faudrait pas jurer que le commandant ne soit le confident de tous les secrets. Il n'avait donc pas besoin d'être présenté puisque partout, en quelque sorte, il est chez lui.
LÉ dard SE os Se
Se
Nos ville.
qu'elle
rence … tracée
dateut un dé\ New-\ en art récent ineure exupé pieds la plu] de pl qui S loin d deux s qu'ellc
Jus(
+ comp Sydne … imoise
… quelq Cpous:
— tune.
* pas at
ments
instincts 1tà terre.
r le com- )n guide, est fort nous àcpour ious t chez lui Mme B..
as exact.
s, revient n’a plus » ces dejeune gétoutes les ait autant es années.
des ports ur les enx jusqu'à t-elle tous loin que s'ouvrent, rire. Il ne ne soit le ac pas be- 1 quelque
VOYAGE A TERRE-NEUVE, o9
Nos devoirs remplis, nous allâmes parcourir la
ù Ville. Du dehors elle paraît beaucoup plus grande
qu’elle ne l’est en réalité. C'est plutôt une apparence de ville qu'une cité réelle. Les rues ont été
lracées sur un plan qui n’était pas modeste. Les fon- " dateurs semblent avoir eu en vue de ne pas gêner "un développement comme celui de Boston ou de
New-York, et rien n’annonce que les choses doivent
cn arriver là. J'ai remarqué peu de constructions 1 récentes et au contraire un certain nombre de de- % meures vides. L'herbe croît de toutes parts avec une “ exubérance qui prouve suffisamment que peu de
pieds la foulent. Certains quartiers, je dirai même la plupart des quartiers, ne sont que des espaces clos
… de planches, attendant des acquéreurs et tout ce | qui s'ensuit. On assure que la population, bien
“ loin d'augmenter, diminue et que la jeunesse des À deux sexes n’a pas plutôt atteint l’âge du libre choix qu'elle émigre volontiers aux États-Unis.
“ Jusqu'au temps de la guerre de Crimée, une 4 compagnie d'infanterie anglaise tenait garnison à
Sydney. C'était un âge d’or que les jeunes de-
« moiselles se rappellent et qui en fait soupirer « quelques-unes. Les officiers étaient aimables et | épousaient volontiers les filles de quelque for -
tune. Les sergents et les soldats ne portaient
… pas auprès des femmes de leur rang des senti-
= ments moins louables; car il n’est pas d
tion au monde qui soit plus disposée au mariage | que la race anglaise. Si la polygamie ne lui était heureusement interdite, elle épouscrait l'univers. Aujourd’hui ces heureux temps ne sont plus. La gar-
| nison n’est pas revenue à Sydney, et les horreurs du 14 célibat menacent de faire une quantité de victimes, car les épouseurs civils sont bien peu nombreux.
4 n'est L sion ( 4 la vi entre
: I en résulte une teinte de mélancolie. Heureuse- "NS dont ment que mille causes peuvent encore combattre, * natio momentanément du moins, cette impression, et M! const quelques jolis visages ne demandent encore qu'à À mes ( briller des couleurs de la gaieté, } (rouv
| Mais la ville de Sydney, ses maisons, ses édifices, "4 des o
a ses rues, voire mème sa population féminine ou if Les masculine, n'étaient pas précisément ce qui m'avait cette
fait descendre du bord en grande hâte. J'avais M toute: Fu piE 4 aperçu ou plutôt on m'avait fait remarquer de loin “la pl | plusieurs sauvages, et j'avais un désir extrême M envir d'approcher de plus près ces anciens maitres du 4 Behri
pays. Je m’empressai donc de satisfaire ma eu- M de l'A
riosité en m'arrêtant devant un groupe d'hommes, ! à lieu €
de femmes et d'enfants qui descendaient lente- i cette |
ment la roule. ’ jadis
Au premier abord, je crus retrouver d'anciennes À encor
connaissances. Ce ne sont pas des Peaux-Rouges, 1 conqu
mais des demi-Esquimaux, et dans cette race à # Perse
peau brune, à cheveux noirs, épais, gras et plats, 4 Les
au nez déprimé, aux veux à demi ouverts, légère- 3 dont
au mariage - avec les Ouzbeks, les Hazarèhs, les Turcomans, qui
ne lui était it l'univers.
lus. La garhorreurs du de victimes, nombreux.
. Heureusecombattre, Jression , el encore qu'à
ses édifices, féminine ou qui m’avail âte. J'avais quer de loin sir extrème maitres du ire ma cCud'hommes, ient lente-
d'anciennes ux-Rouges, elte race à ras et plats, rts, légère-
ment obliques, on saisit une ressemblance marquée
habitent l'Asie centrale, La physionomie, sans doute,
1 n'est pas absolument la mème, parce que l’expression du visage se modifie suivant les habitudes de
la vie, et qu'il n’y a pas de rapports d'existence entre les cavaliers nomades, les belliqueux pillards
1 dont je parle, et les pacifiques débris des grandes à nations aborigènes de la Nouvelle-Écosse. Mais la construction osseuse est la mème et, chez les fem- NU mes dont la vie se ressemble un peu partout, je re-
trouvai l'image, cette fois complétement exacte,
… des otages turcomanes de Téhéran.
Les unes et les autres appartiennent, en effet, à
: cette race jaune, peut-être la plus nombreuse de : toutes celles qui ont paru sur le globe, à coup sûr 1 la plus voyageuse. Le rameau qui a remonté des 1 environs du fleuve Amour, traversé le détroit de 1 Bchring et débordé sur les régions septentrionales de l'Amérique, était là présent à mes yeux, au mi- : & lieu de la rue de Sydney, dans les personnes de cette poignée de pauvres diables; tandis que j'avais … jadis rencontré leurs parents, les descendants « encore victorieux des anciens Mongols et Tatares,
conquérants du Turkestan, de l'Inde et de la
Les premiers spécimens de cette race antique
dont je fis la connaissance ne présentaient certes
pas un aspect héroïque. Les hommes étaient vètus de sordides défroques anglaises, et portaient de la façon la plus horrible, sur leurs grosses tètes, des chapeaux noirs cruellement bosselés et défoncés. Les femmes trainaient sur elles des robes d’indienne de couleurs douteuses, des châles de laine qui n'étaient pas plus propres, et ne conservaient
guère de leur goût natif que des colliers de verrote- |
rie rouge ou bleue, et leurs longs cheveux huilés pendant sur le dos et comprimés sous des chapeaux féminins à la mode européenne, pauvres chapeaux qui en auraient eu long à raconter, s'ils avaient pu dire le lieu de leur naissance, leurs voyages et leurs aventures, et dont quelques-uns, par une ironie cruelle, conservaient encore des fleurs. Je me contentai du premier coup d'œil, et, comparant le passé de ces pauvres gens avec leur présent, je m'en allai un peu ému de la tristesse de leurs regards, de l’effacement de leur sourire, de leur expression de résienation complète et d’humilité.
Ces sauvages, couverts le haïllons européens, cette ville nouvelle, demi-village, demi-désert, les bois pressés alentour, des défrichements récents montrant sur la terre dépouillée les souches noircies de l'incendie qui à fait disparaître la forêt, les log-houses, hultes grossières et comme primitives des pionniers, tout cela rappelait vivement à l’imaginalion les romans américains de Cooper, et on
PR
on ns :
pouv tions Il 1 ture d'une orest roule Dans qui Oo que « tion « des s nocel surto l'air nous avec pays.
tuel tendt l'en ve On bité | pas | l'alim Mais lieue; laisse
ient vètus aient de la tètes, des défoncés.
obes d’in- »s de laine nservaient
le verrote- :
eux huilés chapeaux Chapeaux avaient pu es et leurs ine ironie me contenle passé de en allai un de l’effacen de rési-
uropéens, désert, les ts récents ches noira forèt, les primitives at à l’imaper, et on
VOYAGE A TERRE-NEUVE, 63 pouvait juger de la vérité saisissante des descriptions du romancier.
Il n’y a rien de plus caractéristique que cette nature encore à demi libre, animée par la présence d'une population qui n’a rien de rustique ni d'ugreste. Au milieu des bois sauvages passent des routes tracées d’après les plus récentes méthodes. Dans le paysage circulent des femmes en chapeaux qui ont plutôt l'air d'ouvrières des grandes villes que de paysannes, ou pour mieux dire, la population champètre n'existe pas du tout: il n’y a là que des spéculateurs. Je veux bien que la naïveté et l'innocence des champs ne soit, dans l'univers entier et surtout en Europe, qu’une convention ; mais encore l'air libre des campagnes nous semble-t-il chez nous s'arranger assez bien, ne pas faire contraste avec ‘les costumes et les allures des habitants du pays. Ici c'est, au contraire, un désaccord perpéluel et on serait tenté de prendre tous ces prétendus cultivateurs pour des masques et de les renvoyer dans des fabriques, leur séjour naturel.
On comprend bientôt, en effet, que le pays est habité par ces gens, mais non pas peuplé. Ce n’est pas pour eux une patrie. Ils exploitent le sol et ne l'aiment pas. [ls en tirent le plus de gain possible.
Mais si un gain supérieur se fait entrevoir à cent lieues de là, ils y courent avec empressement et ne laissent derrière eux ni souvenir
s ni regrets. [ls
peuvent être honnêtes, sans doute, là comme ailleurs; mais leur façon démocratique. de voir, de comprendre le travail et d'exploiter les forces de la nature, n’a rien de noble, ni rien surtout qui relève le sens moral.
Il y à à tout ceci des exceptions très-dignes de remarque et qui confirment la règle. Je les dirai plus tard, car je ne m’en aperçus pas dans cette première promenade.
Le soir qui descendait rapidement, éteignant à l'horizon les dernières lueurs du couchant, nous fit jeter un dernier regard sur le manteau bariolé
des forêts où les teintes rougeâtres de l’érable se
mêlent par place à la verdure sombre des sapins et des pins comme au feuillage argenté du bouleau. Nous vimes les derniers feux du ciel se refléter dans les eaux calmes du golfe, et nous regagnâmes le bord où le cuisinier du Ténare s'était escrimé de façon à soutenir une répulation qui valait la peine d’être comptée.
Ue n’est pas un médiocre mérite que celui d’un bon cuisinier naval. Il à bien d’autres difficultés à vaincre que ses confrères de terre ferme. Il ne lui suffit pas, comme à eux, d’être passé maître dans les finesses du métier et reçu docteur in utroque jure, supérieur pour le rôt comme pour la friture. Il doit encore savoir exécuter ses chefs-d'œuvre dans un
espace minuscule où son génie est nécessairement à
l'étr duit:
se ve tour feux hard Le exéc un $ estp nom imag qui ] halle mité, l'arbi de m:
franc Soin un ju talité, D’a lui de qu'il
3 juger.
… celle … l'œil, " ct d'i
mime ail- > voir, de rces de la qui relève
dignes de > les dirai cette pre-
eignant à 1f, nous fit u bariolé
érable se
les sapins 1 bouleau.
léter dans names Île crimé de t la peine
‘elui d’un fficultés à Il ne lui e dans les oque jure, re. I] doit > dans un irement à
l'étroit et avec une parcimonie d'instruments réduits au plus strict nécessaire. Il n’a pas la joie de se voir debout au centre d’un vaste laboratoire, enlouré d'aides de camp, animés comme lui par les feux de vingt fourneaux, et maniant d’une main hardie cent casseroles rutilantes.
Le cuisinier naval habite un trou. Ii est seul à exécuter ses conceptions. Il partage avec les profanes un sol toujours mouvant sous ses pieds, et, ce qui est plus grave encore, il en est réduit, dans un grand nombre de circonstances, aux ressources de son imagination pour suppléer aux matières premières qui lui manquent. Là, point de marchés, point de halles, point de marchands de comestibles à proximité, et cependant, il est souvent appelé à seconder l'arbitre suprême du bord, dans Ja tâche impérieuse de maintenir à une juste hauteur l'honneur du nom français. C’est sur lui, sur lui surtout que repose le soin de donner aux habitants des terres lointaines un juste respect pour les mérites de notre hospitalité,
D'ailleurs, s’il est seul au travail, il a à côté de lui des rivaux, des gens du métier qui surveillent ce qu'il sait faire et, artistes comme lui, sont là pour le juger. ‘En face de la cuisine du commandant est celle des officiers, et les deux chefs se mesurent de l'œil, appuyés sur leurs fourneaux, luttant d'adresse el d'imagination, tandis que ie maître coq de l'é-
quipage qui fume sa pipe à quelques pas n'est pas toujours décidé à se reconnaître pour leur inférieur,
On à beaucoup vanté dans l’histoire héroïque de la cuisine française le trait de cet officier de bouche de M. le maréchal de Richelieu qui, dans la campagne de Hanovre, sut faire sortir des flancs d’un bœuf un dîner complet à quatre services, suivi de son dessert, et qui ainsi permit au général en chef de mener à bien une négociation laborieuse. Get exploit sans doute est digne de louange. Mais la cuisine navale compte par milliers des traits semblables. L'esprit d'invention y domine à un rare degré et produit les effets les plus inattendus.
Ce jour-là, le cuisinier du Ténare nous en donna une preuve en nous faisant manger une sole à la normande qui recueillit d'autant plus de suffrages que la sole est un poisson inconnu dans ces mers. Interrogé sur la façon dont il s’y était pris pour se procurer celle qu’il nous avait servie, il raconta avec la modestie du vrai talent que, par la force de son art, il avait mélamorphosé en soles quelques misérables plies. A dater de ce jour, les soles du Ténare acquirent une réputation qui, je l'espère, fera que se fortifier et s'étendre.
Quelquefois aussi, il arrive que ces essais de transformation sont d’une nature beaucoup plus hardie,
: 4 L CES Ch Fer ee Se Pin smile nm mA et Où FACONLE à CE SUJEL E'HISIOIE U ii certain paic
SRE