‹ Voyage à Terre-Neuve [microforme]Chapitre 14 sur 47 · D PP SO · texte numérisé non relu

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VOYAGE À TERRE-NEUVE. 73 bouets, où polissaient avec enthousiasme tout ce qui étaitcuivre à bord et qui bientôt se mit à reluire comme de l'or, Nous étions au mouillage, et un hesoin général d'élégance mettait chacun en activité. Onavait momentanément rompuavec le laisser alle: inévitable d’une traversée dans ces mers désagréables. Ge jour-là et les jours suivants, le clairon anonca tous les matins l'ascension des couleur: nationalcs à l'arrière des deux bâtiments, et, tous les soirs, leur descente. À ces deux moments, chacun se découvre sur le pont, et salue avec respect l'insigne brillant de la patrie absente. La vie militaire s'accusa aussi davantage à côté de la vie navale. L'exercice du fusil et celui du canon réclama une partie des journées des deux équipages. Une existence paisible, mais occupée, s'établit pour tout le monde.

Rien n’égale le calme profond qui règne en parcille circonstance sur un navire de guerre, Il n'y à pas couvent de filles plus paisible et mieux tenu. Hors des heures de manœuvre et d'exercice, une partie des hommes obtient la permission d’aller à terre, et l’on voit l'embarcation s'éloigner lanquillement du bord, sans bruit, sans cris. (Quelques marins se promènent à l'arrière , on usant en paix. Un homme de garde veille sur la dunette et signale tout ce qui sc passe à bord de l'autre navire, sur la mer et sur le rivage ; quand

VOYAGE

un canot passe à proxhmité, il le hèle, Un autre

factionnaire veille auprès de l'escalier, Les mousses .

jouent dans quelque coin, rient derrière un canon, é finissent par élever trop la voix et sont rappelés à cï

; l'ordre par un sévère contre-mailre, Si ces figures ha inalicieuses et mutines osent se montrer un peu Fr trop barbouillées, si les mains ne sont pas stricte- Da

s ment nettes, si la chemise est un peu trop débrail- qu lée, on entend les surveillants qui, en réparant le te

mal, gémissent sur l'incurie de la jeunesse, dans do

les termes exprès qu'emploient les ménagères en les

ÿ semblables occasions. Les entretiens particuliers de ne

\, ta messieurs les mousses ne sont pas à dédaigner. Il qu ; | fait beau surprendre à la volée leurs observations cu Rue quand ils parlent marine et se communiquent leurs au 4 impressions et leurs jugements. Il ÿ en avait un, ne * À plus âgé que les autres, et qui croyait avoir vu des ua 1 choses plus notables. I tenait à expliquer à ses ca- fn Nu: marades ce que c'était qu'un vaisseau de ligne, el dél af # les obligations plus strictes qu'on y imposait à l'équipage, et s’apitoyant à l'avance sur le sort du dis

| plus jeune de ses auditeurs qui l'écoutait avec con- var LA ponction, en ouvrant démesurément de grands 7. Fra yeux bleus : « Que ferait, mon Dieu! disait-il, que pat ferait le petit Leroy à bord d'une escadre ? » trie

à Cette question, qu'en effet personne ne s’étail : jamais posée, fut entendue par hasard et nous au

amusa; Car on s'amuse de peu de chose, et il faul

. Un autre es MOUSSCS un Canon, rappelés à ces figures ‘er un peu as stricte- )p débrailréparant le 1esse, dans agères en liculiers de daigner. Il bservations qugnt leurs n avait un, voir vu des or à ses Cale ligne, el imposait à le sort du | AVEC CONIde grands sait-il, que re ? »

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VOYAGE A TERRE-NEUVE, 75 tirer parti des plus petits incidents, Je ne me l'ap= pelle pas sans charme ces belles nuits où la lune éclairait au loin le golfe, et faisait resplendir les eaux de $a tremblante lumière. Pendant des heures, nous nous promenions sur le pont silencieux, en savourant avec un plaisir infini ce repos profond. Dans l'existence, toute d'aventures et d’imprévu qui fait la vie du bord, de pareils armistices avec le hasard ne laissent pas que d'avoir aussi leur douceur. Quand on est en mer, le commandant et les officiers sentant le poids de leur responsabilité, ne sont jamais absolument dégagés, sinon d’inquiétudes, sinon de soucis, au moins d'une préoccupalion très-réelle. Ils passent leur vie à regarder autour’'d'eux et à raisonner sur ce qu’ils voient ou ne voient pas. À part les accidents que la mer et le vent amènent, il n’est jamais certain qu'au large on n'abordera pas un autre navire, dans la nuit, ou à défaut de navire, une glace flottante. Est-on dans le voisinage des côtes, une erreur de calcul, une distraction, l'effet d’un courant, mille causes peuvent vous faire toucher. Est-on même au mouillage, si le lieu n’est pas sûr, une amarre qui casse par un mauvais temps suffit pour tout compromettre.

À part ces motifs de réflexion qui sont de nature assez majeure, on n'est pas à son aise quand on est mouillé toute la journée, quand le roulis est te]

que tout repas tranquille est impossible, et qu’il faut S'ingénier pour ne pas voir ce qu’on voudrait manger vous sauter à la figure.

La table seule. a déjà un aspect sinistre. Plus de nappe, plus d'ordonnance pour les plats et les ustensiles de la réfection. Les bouteilles et les assiettes, réduites au strict nécessaire, sont assujetties, tant bien que mal, dans un réseau de cordes ou maintenues par des chevilles à peu près semblables à celles qu'on emploie au jeu du solitaire. L'un se met à cheval sur sa chaise pour mieux suivre les mouvements du roulis. L'autre entoure de ses jambes les pieds de la table. Un troisième s'estime plus solide, S'il est assis par terre dans un angle de la chambre. C'est une lutte où le génie de l’homme n'est pas toujours victorieux des petites malices de la nature. Et soudain un bruit épouvantable se fait entendre. Qu'est-ce donc? C’est une grosse lame qui à fait invasion sur le bord, à pénétré par le capot et inondé deux ou trois chambres dont les heureux possesseurs ne dormiront pas cette nuit-là.

Ues petites misères qui, une fois par hasard, ne font que fouetter le sang de celui qui s'y voit en butte, et peuvent même le distraire et l’amuser, deviennent, à la longue, singulièrement monotones ctirritantes. Plus elles sont mesquines et souvent assez ridicules pour qu'on n'ose trop s’en plaindre, plus, en se répétant, elles fatiguent. Rien n’en dc:

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