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VOYAGE À TERRE-NEUVHE. 77

dommage, pas même l'héroisme avec lequel on {es supporte, et il en résulte une fatigue et un dégoût qui font que je m'explique assez peu qu'on ait ou du moins que l’on conserve après le feu de la première jeunesse, une bien grande partialité pour Ja vie maritime.

Quoi qu’il en soit, échapper momentanément à une partie de ces ennuis, savoir que l’on va déjeu ner, diner, dormir en paix, ce sont de bien petits bonheurs sans doute, et des bonheurs négatifs ; ils suffisent cependant à donner à un bon mouillage une partie de son mérite, en permettant à l'esprit de se détendre.

Les journées, bien que calmes et paisibles , passaient donc assez vite. Quelques-uns d’entre nous allaient à la chasse, d’autres essayaient de faire des pêches miraculeuses. Déjà un peu las des morues, on sc rejetait avec fureur sur les truites qui n'élient guère moins abondantes et sur les saumons qui auraient dû l'être. Puis on faisait des visites aux personnes du pays. Sydney serait un peu abandonné du reste du monde, si la division navale française N'y venait pas chaque année, Presque jamais les navires de guerre de Sa Majesté Britannique n°’v paraissent. Aussi, nos marins y sont-ils accueillis avec d'autant pius d'empressement qu'ils n'y ont pas de rivaux, La plupart des officiers avaient déjà visité plus ou moins fréquemment cette côte: c'é-

taient d'anciennes connaissances ; ils étaient au fait de toutes les histoires du pays et ils présentaient les nouveaux venus qui, bientôt, n'étaient pas moins bien reçus qu’eux-mêmes,

Dans ces régions lointaines, au milieu de ces habitations perdues, les étrangers sont toujours désirés. [ls apportent l'air du dehors et un peu de ce mouvement social qüi manquerait presque complétement sans eux. Il faut bien l'avouer, les habitants de Sydney ne s'amusent pas trop, et la jeunesse, du moins, y est affamée de distraction et de plaisir. J'ai dit plus haut que les jeunes gens n’étaient pas en grand nombre. Les faibles ressources qu'otfre le pays pour faire fortune, éloigne de très-bonne heure ceux qui y sont nés et qui, d’ailleurs, ont dû aller chercher leur éducation loin de la maison paternelle, soit à Halifax, soit aux États-Unis, soit même en Angleterre. À leur place viennent, à la vérité, quelquefois, d’autres personnes qui, en fait d'agitation joyeuse, ne sont pas tout à fait propres à les remplacer, mais qui, néanmoins, introduisent dans la petite société de Sydney un élément trèspropre à en relever la distinction.

On sait combien d’Anglais poussent jusq u’àl’extrème la passion de la pèche et de la chasse. Il est donc advenu que des voyageurs amenés de la métropole par ce double intérêt ont pris goût au séjour de celte terre tranquille et, au bout de quelques an-

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