CHAPITRE VIL n
de
La baie Saint-Georges. “
no
mi
Nos affaires à Halifax étant terminées, nous pri- bai mes congé du lord gouverneur et des personnages vai éminents qui nous avaient accueillis et traités avec k tant de bonne grâce. Par une belle matinée, nous lac
‘ levàämes l'ancre, sorlimes de la passe, et repri-
accueilli ; lignès de convives as mangé > l’aprèsncontrèinglais et eur à en l'en resta
1 à faire à et quatre les hôtes,
nous pri- ‘sonnages aités avec 1ée, nous et repri-
mes Ja haute mer, Nous dirigeant vers ]a baie Saint-
Georges, sur la côle occidentale de l'ile de Terre- Neuve, C'es ici le lieu de dire en peu de mots ce que le Gassendi'y allait faire,
Depuis 1832, une discussion, soulevée primitivement par le gouvernement français, avait jeté quelques doutes sur nos droits et l'exercice de nos droits, et la mesure juste de nos prérogatives quant à l’exbloitation de la pêche dans ces Parages,
Ainsi qu'il arrive d'ordinaire en ces matières, Ja controverse n'avait rien éclairci et,
au Contraire, beaucoup de points qui, antérieurement, n'avaient
Jamais présenté la moindre difficulté devinrent graduellement assez nébuleux pour les deux partis, Le S0uvVernement de l'Empereur, aPpréciant toui l’intérêt de la question pour notre marine et notre Commerce, avait depuis quelques années, essayé de différents moyens. Cette fois, d’un Commun accord, les deux Cabinets envoyaient sur des commissaires Pour observer les faits et rendre Compte de l’état des choses. C'était 1à la tâche que NOUS avions à remplir et que désormais, tous préli-. Minaires terminés, nous allions commencer à Ja baie Saint-Georges où nos collègues anglais de- Yaient se joindre à nous.
En vertu des traité l'acte d'Utrecht de 171 exclusive du droit de
les lieux
S Qui ont suivi et Confirmé 3, la France est en Possession pêcher le poisson et de le faire
sécher sur la partie des côtes de l’île de Terre-Neuve comprise entre le cap Buonavista sur la côte est et le cap Raye sur la côle-ouest, en passant par le dé- “troit de Belle-lsle au nord. Ce droit lui est également garanti sur les îles adjacentes. Nous ne pouvons hiverner dans ces parages et non plus y créer aucun établissement permanent. Nos habitations doivent y garder un caractère essentiellement temporaire. En revanche, les Anglais, de leur côté, ne sont pas autorisés à pêcher, c'est ce que nous prétendions d’une manière absolue; mais, eux, soutiennent qu'ils peuvent le faire là où ils ne nous gènent pas, accordant d’ailleurs que nous sommes les seuls juges du fait et que si nous nous déclarons lésés, rien ne les autorise à en appeler de notre arrêt. La question étant ainsi posée, nous allions voir la pèche sous une nouvelle forine, d’autres pêcheurs, d’autres établissements, d’autres intérêts, en un mot, un aulre pays.
Les côtes de Terre-Neuve nous apparurent à quelque distance du point où nous allions ies aborder, désolées et maussades. On conçoit parfaitement qu'aux yeux des marins qui viennent de ces pirages, Sydney soit le paradis, et Halifax le septième ciel. Pour entrer dans la baie Saint-Georges, on longe quelque temps une langue de sable qui s'a- vance parallèlement à la terre, on en double La pointe et on pénètre dans un vaste bassin entouré
e-Neuve le est et 1r le dét égalene pouy créer pitations nt temicôté, ne ous pré- IX, SOunous gèimes les éclarons le notre ions voir écheurs, un mot,
t à quelaborder, aitement ces paseptième rges, ON ‘qui s'aouble la entouré
de rives assez plates. A l'est s’é nettes de bois cn grand nombre et devant toutes celles qui avoisinent la mer une ligne de débarcadères chargés de tonneaux.
Plusieurs barques et une ou deux goë
mouillées à quelque distance du assendi entra.
lèvent des maison-
lettes étaient rivage quand Ie C'était l’image parfaite de la trisesse la plus Jugubre. I ne pleuvait pas absolument, mais le brouillard distillait une humidité désagréable. Le ciel était bas et les nuées lourdes et languissantes semblaient avoir altendu l’arrivée du Gassendi pour s'appuyer sur ses mâts. Des flocons ce vapeurs blanchâtres crraient le long de la côte, tantôt se fondaient les uns dans les autres, tantôt se séparaient. C'était à faire prendre la vie en dégoût, si on avait du r'esler là à perpétuité. Nous descendimes à terre pour faire Connaissance avec le village et passer le temps en attendant l’arrivée des Anglais : Contrairement aux traités, la Population presque toute irlandaise de Saint- Georges s'occupe uniquement de pêche et exploite Notre avoir au nombre d'environ quinze cents habilants qui se sont graduellement emparés de cette place : au printemps, les harengs poursuivis dans la haute mer par des, poissons plus gros qu'eux, viennent se réfugier en masse dans la baie, et les habitants de Saint-Georges n'ont que la peine de les y prendre. Ils ICS préparent, les salent, et
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c’est là leur fortune et ieur unique moyen d’existence.
Il n'y a point d'agriculture, et il ne peut y en avoir. Le sable lutte avec les cailloux, les cailloux confinent à la tourbe. Beaucoup de sapins et des grandes herbes forment des taillis et des fourrés. Avec quelque peine, on réussit à obtenir des pommes de terre; mais en petite quantité. C'est le suprême effort de la puissance créatrice de ce sol.
Cependant les cabanes ont bon air. Elles sont remarquablement propres au dehors et au dedans, garnies de meubles d'une certaine élégance, fournies de bons poëles qui permettent de braver la rigueur des hivers interminables. Hommes, femmes et enfants sont vigoureux, bien portants, de bonne humeur, bien vêtus. Rien n’est plus singulier que de voir passer sur cette grève sauvage des dames et des jeunes demoiselles en chapeaux, tenant, lorsque le temps veut bien le permettre, une ombrelle à la main. Cette élégance jure avec l'aspect de la contrée et plus encore avec le genre de vie du beau sexe. Car ces dames sont des néréides. Elles tirent les barques à terre, vont prendre le poisson dans la baie avec leurs pères et leurs maris, le salent et l'encaquent de leurs propres mains. Tout cela ne les empèche pas d'avoir une 1£nue fort convenable. d'être pour la plupart très-agréables à r'e-
AL dete une f nable Une derit
Nouve l'aPpo nécess
| d’exis-
ut y en cailloux ;s et des fourrés.
nir des té. C'est ce de ce
sont rededans, ce, fourbraver la femmes e bonne ilier que dames et , lorsque nbrelle à ct de la : du beau les tirent son dans salent et , cela ne rt cOnveles à :'e-
une fois pris, leur faire subir les prépar
dent des Soëlettes, se rende Nouvelle-Écosse ou au C rappor néce
garder et de ne ressembler émules du continent.
La presque totalité de la population de Saint- Georges étant irlandaise est, par ce fait même, Catholique et fort zélée pour la religion. Une petite église en planches à été construite au Milieu du village et est desservie par un prêtre qui relève de l'évêché de Saint-Jean.
Assurément, la religion est Pour beaucoup dans la bonne attitude de ce peuple, dans la régularité extrême de ses mœurs, qui est réelle, et par suite dans sa bonne Santé, mais ce qui Y Contribue peutêtre davantage et d’une facon plus directe, c’est l'habitude et la nécessité d'un lravail incessant et l'absence du numéraire. À Saint-Georges et sur
en aucune sorte à leurs
est une institution inconnue, Au Printemps, on n’a ni assez de br
aS ni assez de temps Pour prendre les harengs dans
la baie, et, alions conve-
nables, En été, les hommes Ont pêcher au dehors. Une ou deux familles plus aisé
ES qui possènt elles-mêmes à Ja anada avec leur Poisson et lent de ces lieux plus civilisés tout
ce qui est Ssaire à la vie, En automne et e
n hiver, on
coupe le bois pour le chauffage, on raccommode les maisons et les embarcations, on refait les filets, surtout on fabrique par centaines les tonneaux nécessaires à la conservation des harengs. Pas une minute dans l’année n’est libre d’un soin quelconque. Mais c'est toujours un soin dont chacun voit immédiatement l'utilité pressante et le résultat positif, Chacun travaille, mais profite directement et personnellement de son travail. Nul ne contraint son voisin, qui n’obéit à personne qu’à la nécessilé, et tout le monde est affairé et content.
Ce sont de très-puissants personnages et en bien petit nombre que ceux qui peuvent aller vendre eux-mêmes le produit de leur travail au dehors. La presque totalité des pêcheurs est dans l'inpossibilité d’en faire autant. Ils sont donc contraints de se mettre en rapport avec les marchands de Saint-Jean qui viennent chaque année les trouver et reçoivent le poisson en échange d'objets
d'utilité. Cest ainsi que les planches, les meubles,
la farine, l’eau-de-vie, les vêtements tout faits, même les rubans pour les femmes, les berceaux et les jouets pour les enfants entrent dans le pays. Une fois que le pêcheur a pris son poisson, comme il sait qu’il en retrouvera d'autre l'année prochaine, ile livre volontiers et en quantité plus qu'équivalente pour ce qui lui inspire quelque envie. Les traitants font donc, en réalité, un commerce usu-
Pet che mê del mis plus qu'il anné l’ass
iode les
ets, sur- | nécesas une juelconcun voit iltat poment et ‘ontraint écessilé,
en bien * vendre 1 dehors.
ins l’innc conarchands les troud'objets
meubles, :
out faits, rceaux et s le pays.
h, comhie rochaine, qu’équivaenvie. Les 1er ce usu-
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 165 raire, Ils le font d'autant Plus que dans les mauvaises années ou lorsque les besoins du pêcheur sont trop grands, ils Consentent volontiers à des avances, et de
- Celle manière thgagent à perpétuité ce petit monde dans un mode de trafic qui leur profite à Cux surtout,
Mais, en Somme, si jamais le pécheurde Saint-
ne fait fortune, ce qui serait un fait presque inouï,
il n’est jamais non plus dans l'inquiétude de mourir
de faim. L'Océan représente pour lui un qui lui donnera toujours, à dé du hareng et dela morue,
C'est une petite Arcadie que je viens de décrire. Arcadie fort sévère, sans doute, et où les poëtes font absolument défaut; Arcadie sans troupeaux, sans clochettes, sans bergers, sans pipeaux, mais qui à Cependant l'essentiel : c'est-à-dire des mœurs simples et pures ei une sorte de bonheur placide et monotone Peut-être... comme le bonheur. Peu d'événements marquent dans la vie des pècheurs, et en Sénéral leur histoire si toujours la même.
Leurs pères, Giuelquefois eux-mêmes, sont venus de la verte Érin en un jour de détresse et quand la misère s’est trouvée si grande qu’elle'ne pouvait plus s’accroître Sans æboutir à la mort. Le souvenir qu'ils ont gardé de ce passé est terrible, et plus les années S'éloignent, plus la tradition l'exagère et l'assombrit. L'Trlande leur fPparaît comme la plus
Georges
e nourrice faut de pain, au moins
malheureuse contrée du monde, martyre de sa foi, martyre de 11 haine que l'Angleterre porte injustement à la race qui l'habite. Le pêcheur conserve des récits de violences et de spoliations épouvantables qui ne sont probablement pas tous très-historiquement fondés, mais qui entretiennent en lui le mauvais vouloir le plus incontestable pour la nation britannique. Il les transmet à ses enfants avec cette sorte d’éloquence descriptive et saisissante commune à toutes les imaginations irlandaises, et it n'y a pas à douter que ces enfants, quand ils seront narräteurs à leur tour, ajouteront au fait devenu légende plus d’un trait auquel personne n’a encore songé jusqu'ici.
L’émigrant est donc sorti d'Irlande en secouant la poussière de ses pieds. Il s’est embarqué à bord d’un navire où l’espace, l'air, l’eau, la nourriture lui étaient, pour son pauvre argent, si parcimonieusement dispensés, que beaucoup de ses compagnons n’ont pas atteint la fin du voyage. Il ne manque pas d’accuser encore les Anglais de cette spéculation cruelle et a oublié ou ignoré que, la plupart du temps, il a été traité ainsi par ses propres compatriotes devenus de riches armateurs. Il ne sait pas, ou il oublie, et dans tous les cas il se ferait scrupule d’avouer que le gouvernement britannique s’est au contraire entremis depuis plusieurs années pour faire cesser cette monsirueuse spéculation el
se
jet dei la lair cin ab] mal Sa F et d:
n'éte inou un &
Le rien
e sa foi, injusteerve des antables -historin lui le a nation vec cette te cometiln’y s seront venu lé- A encore
secouant é à bord Jurriture monieu- Ipagnons nque pas éculation upart du ‘es COM- 1 ne sait se ferait tannique rs années ulation et
à voulu que les émigrants b] poses par les trafiquants el mortel que celui de sur les négriers
ancs ne fussent pas exà un sort non moins dur S esclaves de Guinée . Une loi à été portée p donner que désorm transportant des émigr d'eux t
entassés ar le parle-
ais {out navire ants devrait assurer à c ant de pieds cubes d'air, tant de d’espa € Pour lui et ses bagages et serait tenu à ern- Porter en vivres et en eau, des provisions suffisantes Pour que la cargaison humaine ne fût pas à périr en route,
Mais encore une
ment pour or
hacun pieds carrés
eXposée
fois, le pêcheur irland (out cela et S'indignerait d'y croire, tant il se prendre de goût Pour les Anglais.
Arrivé au terme de sa navigation, il s'est trouvé jeté sur le Pavé de quelque ville Où la nécessité évidente de travailler pour ne Pas mourir de faim, s’est clairement manifestée à lui, Soit qu'il trouvât le salire insuffisant, ou plutôt que ses habitudes enracinées lui rendissent des efforts soutenus insupporlables, il n’a pas tardé à se trouver à peu près malheureux sur Ja terre américaine qu'il l’ét Sa patrie, Il à entendu alors et de la baie Saint-Georges. Il n'étail pas lourd, il est y inouï , il a enfi in genre de 1
ais ignore à peur de
aussi ait dans parler des pêcheries à fait son Paquet qui
enu et, par un bonheur n rencontré sa vérit
abeur qui parle rien qui exige une assiduité mé
able vocation :
à l'imagination , Canique, et sur
tout: l'absence heureuse des séductions alcooliques auxquelles il ne sait pas résister.
Je disais tout à l'heure, qu'il n'existe pas de poëles à la baie Saint-Georges. Non; mais la poésie ne manque pas à celte existence, et c'est pourquoi les Irlandais, race essentiellement conduite par la mobilité des impressions, s'accommodent si parfaitement de ce milieu, et incontestablement s'y améliorent, ce qui est la meilleure preuve qu'il est fait pour eux. Car si nul événement ne vient jamais à têrre troubler l'enchainement régulier de la vie, il n'en est pâs tout à fait de même lorsque les gens sont en mer. Là, ils entrent en lutte avec les éléments el courent tous les hasards d'un aussi ‘rude combat. Le résultat deleurs efforts n’est pas toujours lemème. C'est une sorte de jeu où les chances aléatoires abondent. Aujourd’hui le pècheur est rentré avec une pèche miraculeuse remplissant jusqu’au bord son embarcation, et femme, enfants, l'ont reçu comme un triomphateur, en poussant des cris de joie. Mais demain, il va repartir et peut-être il restera huit jours absent, pour ne rien trouver et ne rien saisir.
Alors, il devient admirable d’obstination et de fermeté. Positivement, ilestemporté par l'espoir, par la franche passion du jeu. À chaque fois qu’il retire sa ligne où le poisson n’a pas mordu, il est désespéré.
Mais, au moment où il la laisse de nouveau tomber
Joliques
e poëles sie ne rquoi les "la moparfaite- :amcliofait pour s à terre , il n'en ens sont ments et combat.
lemôêôme.
res abonavec une bord son u comme de joie.
il restera + ne rien
Letde fer oir, par la L retire sa lésespérc.
tu tomber
etiiler sur le bord de son bate:
tu, l'attente le reprend et l’enivre,
dés'aperçoit pas de à que pour deux jours de vivres et en voilà lois qu'il est parti, Il s'est iuré à Jui-même de ne pas revenir à vide. Il reslera une semaine s’il Je 1 peu de poisson cru, car
Au milieu de ces allernatives rapides de ception et de Confiance, il ne la marche du temps. 1! n°
aut, et il se nourrit d’un il est mouillé jusqu'aux os ct il ne saurait où allumer du feu. Voilà 1 ménent les pêcheurs de Saint-Jean.
Pour achever le tableau
à vie que
» il est nécessaire d'ajouler que la seule autorité qu'ils Colinaissent, c’est le curé, et eux-mêmes le payent et lui donnent sa rente en poisson, Ils n’ont pas d'autre monnaie. A la vérité, depuis peu de (emps,
un homme parmi EUX SC prétend magistrat ; mais personne n’a besoin
de lui, personne ne lui obéit ct il ne réclame lobéissance de qui que ce soit, car tout le monde sait là ct lui-même aussi bien que chacun, l'impos- Sibilité où il serait de montrer un titre régulier qu'aucune autorité ne Pourrait lui délivrer, La raison en est simple, C'est que le village de Saint-Geor- SCS est situé sur Ja côte française : que Son existence est complétement illégale et contraire au texte posilies traités : que les pêcheurs anglais ou sujets anglais ne doivent pas s'établir là où la seule puis- “ance régulière est celle du Commandant en chef
VOY AI iE A TERRE-NEUVE, 169
de la station navale française et de ses officiers. Mais comme cette puissance ne peut naturellement s'exercer sur des sujets anglais que pour leur faire quitter les lieux et que jusqu’à présent elle a toléré leur présence, il en résulte que ces honnètes Irlandais vivent absolument sans maîtres, sans magistrats, sans constables ni gendarmes, en un motsans loi, mais je me garderai bien de dire sans foi, car ce sont les plus honnètes gens du monde.
Je ne suis pas fâché d’avoir vu une fois dans ma vie, une sorte de pays d'Utopie où quelques-uns des rêves des philosophes se sont réalisés et je l'ai vu, non-seulement à Saint-Georges, mais sur toute l’étendue de la côte francaise, comme on s’en apercevra à mesure qu’on avancera dans cette relation. Seulement, je remarque qu’il à fallu pour établir cet élat de choses si singulier, précisément le contraire de ce que les inventeurs de cités ou de républiques idéales ont été imaginer et réunir de combinaisons propres , suivant eux, à rendre l'espèce humaine douce, bonne, maniable et sociable, et susceptible de se passer du frein des lois. Saint-Georges et autres lieux de Terre-Neuve ne sont ni une Salente ni une ville de Campanella. Je n’y vois pas trop l’emplacement d’une abbaye de Thélème. Un climat sauvage et odieux, un paysage rébarbatif, le choix entre la misère et un dur et dangereux labeur, pas de distractions, pas de plaisirs, pas d'argent, la fortune
pr vai lag que voi gue vire raît:
cier, Ils y par
rs. Mais lement ‘ur faire a toléré >s [rlanmagismot sans i, Car ce
dans ma -uns des l'ai vu, oute l’é- >ercevra 1. Seule- "cet élat ontraire abliques inaisons iumaine sceptible es et auilente ni op l’emnatsaux entre pas de fortune
ct l'ambition également impossibles, et pour toute
perspective riante, une sorte de biende l’espèce la plus rude et la plus simple: voilà, à ce qu'il semblerait, ce qui réussit le mieux à rendre les hommes’ habiles à user de la liberté absolue sans excès et à se tolérer entre eux. Je ne sais pas si les disciples de Fourier et de Saint-Simon voudraient de l'indépendance et prix. Ce qui est certain, c’est que les Irlandais de
Saint-Georges s’en contentent et méritent, en conséquence, beaucoup d'estime.
La présence du Grssendi baie ne troublait pas
être domestique
de la vertu à ce
mouillé au milieu de la beaucoup les honnètes pècheurs. Ils n’ont guère le temps de s'inquiéter de ce qui ne les regarde Pas, et bien qu'ils sussent parfaitement ce que nous venions faire, préoccupaient p vait leur arrive
ils ne s’en as outre mesure. Le pire qui pou-
r était d’être renvoyés de leur village, et quelque singulier que puisse paraître ce que j'avance, ils n’en prenaient guère souci. En voici les raisons :
Depuis de longues années, les seuls sucrre qui se montrent sur celle côte sont les navires français. Il est plus que rare d'y voir apparaître le pavillon de Ja reine. Tous les étés nos officiers viennent à Saint-Georges ou dans les environs, Ils y sont parfaitement connus. Les pêcheurs leur parlent, les consultent, en reçoivent des marques
bâtiments de
de bienveillance, ils n’en ont aueune espèce de crainte et jamais n’ont imaginé qu'il püût leur venir de cette part le moindre dommage. D'autant plus, et ils le savent très-bien, qu’ils n’ont aucun droit à faire ce qu’ils font ni à vivre où ils sont; ils savent que le poisson qu’ils prennent est à nous et jamais nous n'avons rien dit. Une seule fois, dans ces dernières années, on à dû les menacer de les faire partir. Cette dureté plus apparente que réelle et déterminée par des motifs graves qui venaient d’ailleurs, ne les à pas effrayés. Leur raisonnement à été celui-ci au cas où les Français voudraient rentrer dans leur bien, ils ne nous violenteraient pas. Ils sont catholiques comme nous; jamais ils ne nous ont fait le moindre mal. Ce ne seraient ni le commandant du Sésostris, ni le commandant du Ténare, nos vieux amis de vingt ans qui se monlreraient jamais ni durs ni impitoyables. Quand il faudra s’en aller, si jamais ille faut, les Francais nous donneront du temps pour nous décider , nous transporteront gratis avec nos meubles soit au Labrador, soit sur quelque autre point des côtes britanniques. Il y à du poisson partout el peut-être encore y gagnerons-nous quelque chose. Telle était la manière d’argumenter des braves gens de Saint-Georges, et elle n’était pas déraisonnable. Leur prétendu magistrat, 1l est vrai, nc voyait pas les choses absolument du mème œil. il
ur pl SOI en nil Sai s’il les vid con la c À au | forr con des
pèce de ur venir nt plus, : droit à s savent t jamais ces derire paret déterailleurs, Létlé cent renient pas.
s ils ne ent ni le dant du se mon- . Quand es Franus décimeubles Joint des tout el e chose.
s braves s déraivrai, ne ee œil, I
VOYAGE A TERRE-N EUVE. 173 aurait eu quelque intérêt à donner à son titre fictif ‘un peu plus de réalité et n'eût pas dédaigné de se couvrir de gloire en augmentant les possessions de. la Grande-Bretagne, Il rêvait donc de nous enlever Saint-Georges pour en faire don à la couronne britannique. Tant il est vrai qu’il existe des ambilieux et ‘des brouillons même au milieu des existences les plus simples. Qu'on s’imagine ce conspirateur promenant dans sa (ète ses vastes projets sur la grève désolée de son futur domaine. Au lieu de se borner à vendre sa farine et ses pantalons le plus cher possible, car c'était un frafiquant, nourrissant des conceptions de Ja plus haute envergure et imaginant des combinaisons pour humilicr la puissance française! Mais, encore une fois, il était seul de son espèce et l’ave-
nir lui présentait peu de chances de succès. Je ne
Sais s’il se sera consolé de ses CSpérances décues ou
s'il aura été porter ailleurs sa vocation pour régir
les peuples. Ce qui est certain, c’est que cette indi-
vidualité isolée ne laissait pas que de présenter un contraste assez curieux avec l’insouciance naïve et la confiance enfantine des pêcheurs.
Après deux jours d’atten au large un point noir qui, forma en un nuage de connut un g de
te, nous vimes apparaitre en grandissant, se {ransfumée, et peu à peu on rel'OS navire à vapeur. Nous le suivions S yeux dans l'espérance que c'était celui qui de-
vait nous amener les commissaires anglais. Cette
espérance ne fut pas trompée, et bientôl le Tartare,
belle frégate de vingt canons, doubla la pointe et vint mouiller à quelque distance de nous.
Il est difticile de voir un plus beau navire. Les Russes l'avaient commandé en Angleterre avec une autre frégate. Les deux sœurs portaient des noms analogues, puisque celle-ci s’appelant le Tartare, l’autre avait reçu le nom de Cosaque. Au moment où éclata la guerre de Crimée, les bâtiments, construits par les ingénieurs les plus en renom, étaient achevés, venaient d’être payés et allaient être livrés, quand le gouvernement britannique les déclara de bonne prise et s’en accommoda. Îl à eu tout lieu d’en ètre satisfait, car les constructeurs n'avaient riei épargné pour faire deux chefsd'œuvre. Il semblerait qu’une voix secrète les eût avertis d'avance qu'ils ne travaillaient pas pour un intérêt étranger. Les Anglais ont vraiment gardé quelque chose du génie conquérant des rois de mer danois, car ils ont un goût prononcé pour toutes les variétés de conquête; aussi, afin de re pas laisser perdre la tradition de celle-ci, ont-ils pris soin de conserver sur les embarcations du Tartare, vrais bijoux, les aigles russes.
Les relations se nouèrent immédiatement entre nous et nos collègues, M. de capitaine de vaisseau D..., aujourd'hui commodore, et l’honorable
écr peu en « verr avoi
is. Cette Tartare, Jointe et
vire, Les avec une es noms Tartare, moment üiments, renom, allaient iique les à [a cu ructeurs x chefse les eût pour un nt gardé rois de cé pour n de re , ont-ils ions du
nt entre de vais- Jnorable
M. K..., secrétaire colonial de lerre-Neuve, emploi qui représente dans les étiblissements anglais ce qu'est ailleurs, sur des lerrains plus vastes, le chef du ministère.
Nous eûmes lieu tout d'abord de remarquer le bon esprit et les dispositions sincèrement amicales el Conciliantes que les deux commissaires britanniques apportaient à l'accomplissement de l'œuvre commune, et dès le premier mom:nt une entente complète s'établit entre les deux Camps qui, en réalité, n’en firent qu'un. Ce fut un grand et vif plaisir de pressentir ainsi qu'aucun froissement, aucune prétention mesquine ne viendrait, d’une ou d’autre pari, compliquer nos efforts peur connaître la vérité, et que, si nous avions devant nous une perspective de plusieurs mois employés à un travail un peu fastidieux, nous étions assurés de pouvoir \ procéder constamment avec une Confiance mutuelle bien méritée, et le sentiment d’une bienveillance et d’une estime réciproques.
Ce fut sous ces excellents augures, que l'enquête commença el, comme je ne prétends pas ici en écrire l'histoire, je me bornerai à en dire ce qui peut avoir, pour le lecteur, un intérêt général.
Les Anglais sont grands amateurs d'enquêtes et en ont fait un tioyen d'administration et de gou- Yernement. Sans prélendre nier ce qu'il peut y avoir d’utile dans cette façon d'étudier les affaires,
on peut avouer qu'elle ne mérite pas une faveur sans réserve. Il en est de cette méthode d’informalions comme des chiffres. Elles fournit à la discussion des intérèts, des bases assez solides, sans doute, à la condition toutefois que les faits qu'elle enregistre seront bien réels, seront bien tels qu’elle les présente et n'auront pas été défigurés soit par ja mauvaise foi, soit par la prévention et l'ignorance. Ce sont là des certitudes très-difficiles à acquérir et encore plus difficiles à démontrer. Gelui qui recoit les dépositions peut être impartial, bien qu’il ne le soit assurément pas toujours ct que trop souvent il existe en lui un plus grand désir d’avoir raison que de trouver la vérité. Mais il est incontestable surtout que dans la série des témoins interrogés, les uns ne comprennent pas bien et répondent de travers, les autres se font une idée fausse du but que l’on poursuit et y accommodent ieurs paroles croyant bien faire ; enfin, il en est, je veux bien en croire le nombre plus petit qu’il n’est réellemeni, qui se croient très-fins et mententsciemment et de tout leur cœur. Je n’aperçois donc pas trèsbien comment les Anglais, gens pratiques, ont pu consentir à donner aux résultats des enquêtes le nom ambitieux d’évidences. I w’y à rien de moins évident au monde, en thèse générale, que la masse confuse de réponses fournies par de pareils interrogatoires. 11 nous est arrivé plus d'une fois d'avoir
ADP parti nous serve,
à not Tan glais o Codro lion y homm Sur.
» faveur nformala dises, Sans s qu'elle s qu’elle soit par { l'ignoficiles à rer. Genpartial, rs Ct que nd désir ais il est témoins en et ré- 6e fausse nt ieurs , ]E veux ’est réeliemment pas trèss, Ont pu es le nom is évident asse connierroga- 15 d'avoir
peine, tous qu
atre que nous étions sérieux dev
ant des dépositions qui c ‘affirmative et Ja négative, suiv Sonnage questionné croyait mieux fair Cours de la même séance, de Soutenir intr ment l’une ou l’autre. Les enquêtes n'è’re qu'une de ces fiction appelle l'opinion publique.
S dont s'amuse ce qu’on
UHAPITRE VIII.
Codroy et l'ile Rouge.
Après quelques iours passés à Saint-Georges, nous barlimes pour Codroy situé un peu NOUS nous proposions de p server
au sud et où asser une matinée à ob -
» SOUS une nouvelle face, la question Cconfite à notre examen.
Tandis que Saint-Georges ais Où jamais les pêcheurs fr Codroy peut passer à ] lion mixe ; hommes !
est un village tout angl ançais ne se montrent, à rigueur pour une fonda- Mais quel triste rôle ÿ jouent nos
Sur un petit ilot de quelques pas d’éte
} ?, Us)
ndue qui
» à fenir notre Ontenaient à Ja ant que le per- €, dans Je épide- Pourraient bien
semble échoué sur la côte, quelques misérables cabanes sont éparses et c’est là dans la boue et la malpropreté que sont établis une douzaine de nos gens. Les pauvres diables, très-timides, étaient fort préoccupés de la crainte qu’on ne les accusât de tourmenter leurs voisins anglais et protestaient de toutes leurs forces, sans qu’on le leur demandât, de leurs dispositions pacifiques. Loin d'être des agresseurs ils se prétendaient au contraire molestés, et quand on en vint aux faits, on ne put découvrir que le détournement de quelques barriques et d’un cageot, sorte de machine en bois où l'on fabrique l'huile de foie de morue. Ge n'était de quoi pendre personne. En réalité, ils avaient des plaintes plus considérables à élever. Mais à les dire car ils n’avaient qu'une
peine osaient-ils ague et très-incom-
idée fort sommaire, très-v plète de la nature de leurs droits, et comme chaque année les officiers de la station leur recommandent de vivre en paix avec leurs voisins et d'éviter les rixes, ils se le tiennent pour dit, se font ue possible et ne revendiquent rien
aussi petits q ux seuls, en définitive, devraient
sur ce sol que occuper.
Au delà du petit bras de mer qui isole la triste récompatriotes, et sur la grande île
sidence de nos ans le village de Codroy,
même, nous entrames d habité par deux ou trois cents pêcheurs. Nous y re:
El na IL:
nai en] pre fro mit che qui bea:
tude de | que déci du ll poux
isérables oue et la e de nos ient fort ccusât de testaient demanin d’ètre contraire , ‘ON HE quelques e en bois », Ce n’éils avaient r, Mais à nt qu'une S-iNnCoM- »t comme n leur revoisins et dit, se font quent rien devraient
la triste régrande île de Codroy, Nous y re
VOYAGE A TERRE-N BUVE, W'ouvâmes ]n même apparence propre et dé dans les habitations, le même air d’aisance c hommes et chez les femmes, la même prit chez tout le monde qu'à S une Opposition un peu triste en face chez nos Françai est plus riche que cell
cente hez les solidité d’esaint-Georges, enfin avec ce qu’on VOyait s. Cette Population intruse e de Saint-Georges, Le sol
$ d'assez beaux pâlurages où des troupeaux de vaches errent sur là croupe des Montagnes,
Uette richesse COMparalive à porté ses fruits.
L’habitant de Codroy est plus fier, plus entr nant, plus envahissant que ce Il souffre avec imp
eprelui du village voisin.
alience le Voisinage de nos natio- NaUx. Il voudrait les eXpulser tout à fait. Il leur a
enlevé de fait les places de pêche Siluées dans la
proximité du rivage et les Contraint ainsi ou à af lronter des querelle age du nombre ter- Minerait de toute évidence en Sa faveur, ou à
à chercher fortune à plusieurs Milles en mer, ce ui est à la fois plus fatigant, plus dispe beaucoup plus ch
anceux. Cette situ ludes d'empiétement donnent à l’a de Godroy une apparence que la richesse et ] décidément contr du moins.sur le
S Que l'avant
ndieux et ation, ces habililude des gens agressive, De sorte a bonne fortune par
aissent bien aires à Ja pe
rfection humaine , S rivages de Terre-Neuve, On en
POUVaIt mieux juger encore en COMparant le tribun
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de Godroy à son confrère de Saint-Georges: Car il se trouva que le nouvel établissement possédait aussi un fougueux personnage de celte espèce, auprès duquel l’autre n’était au fond qu'un modeste réveur.
Celui-ci, petit bossu fort alerte, doué d’une physionomie très-mobile, ne possédait qu’assez imparfaitement l'art de lire et surtout d'écrire. Mais il était néanmoins quelque chose comme maître d'école de ce lieu où Les savants n’abondaient pas, et comme il importait à sa réputation de se maintenir en renommée de grand penseur et de discoureur éloquent, on voyait sortir de la poche de côté de son habit noir un gros paquet de journaux, à l'autorité desquels il était toujours disposé à faire appel et il parlait haut, fort et beaucoup, en entrelaçant dans ses périodes quelques métaphores qui, suivant l'expression du poëte, s'étaient levées matin.
Cethommeimpressionnable etagité semblait jouir d'une ussez haute confiance auprès de ses compatriotes qui l’entouraient lorsque nous parümes, et auxquels il cherchait à inculquer l'enthousiasme qui le possédait lui-même. Ses idées me parurent simples. Il voulait naturellement chasser les Français, mais ce n’était pas assez; il entendait bien faire comprendre au gouvernement britannique comment il fallait s'y prendre pour accomplir radicalement cette grande œuvre et, si le susdit gou-
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vernement ne se montrait Pas suffisamment empresse el fidèle à son devoir, eh bien! Terre était un pays libre e Cains.
-Neuve L'on en appellerait aux Améri- Je dois dire pourtant que lorsque SOnnagc fut séparé de son tète-à -{
ce terrible perpublic et se trouva en c avec les commissaires angl devint plus raisonnable. Il acce douceur angélique les re
ais et nous, il pla même avec une Mmontrances un peu sévères de ses supérieurs qui ler
igagèrent à se mon- (rer plus réservé et plus
modeste, et dans une atlitude de Miartyr miraculeusement échappé à Ja dent des lions, il r'eésagria Un groupe de ses partisans qui avaient assisté de loin à la semonce. Je ne sais pas au juste comment on se repré
l: personne de la Divinité lable, c’est que l'uniforme de la marine Y apparaît comme Ja plus haute expression du rang et de Ja Puissance, et les plus grands monarques de la terre, dans l’idée des pêcheurs des deux naïons, ne sont guère que des Capitaines de vaisseau renforcés, qu'ils ne distinguent pas très-bien de ce qu'ils on
entendu dire aux rares et heureux mortels auxquels il a été donné d’apercevoir de loin un amiral, La façon nette et précise avec laquelle le Capitaine
D... recommanda Ja concorde et la paix produisit donc une impression très-forte, et je ne doute l'as que le vaillant maître d'école n'ait gémi pen-
sente sur cette côte . Mais ce qui est incontes-
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