‹ Voyage à Terre-Neuve [microforme]Chapitre 30 sur 47 · KE MU · texte numérisé non relu

KE MU

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154 VOYAGE À TERRE-NEUVE, contestable qu’un homme du monde, un artiste, un philosophe européen, seront unanimes pour repousser des méthodes qui n'ont d'autre but que de tuer dans l'enfance et dans la jeunesse, toutes les facultés de l'âme et de l'esprit, inutiles à la vie mercantile, et de développer au contraire autant que possible les ressources de celte dernière. Mais en tâchant de choisir un terrain propre à l’impartialité, il reste encore très-difficile d'approuver ce genre d'éducation. Une société peut, à la rigueur, vivre sur une base uniquement religieuse, parce que de la religion dérive aisément ce qui est utile ou nécessaire, ou seulement profitable à une réunion d'hommes, Il n’en est pas de même de toute autre idée absolue, Un état purement militaire ne produirait qu'un camp ; une population uniquement marchande ne fera jamais que des courtiers de commerce, et point une nation. Heureusement pour la Nouvelle-Écosse, tous les enfants des maisons importantes vont étudier en Angleterre ou en Irlande, et calculent un peu moins bien que les élèves de l’École normale de Truro ; heureusement encore pour le gros de la bourgeoisie, cette école n’est pas ancienne et n'a pas eu le temps de répandre partout ses méthodes. On fera bien, sinon d’y renoncer, au moins de mitiger ce que celles-ci ont de trop exclusif, etil y aura certainement bénélice pour les fa-

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VOYAGE A TERRE-NEUVE, 155 milles à ce que leurs petits enfants soient moins complétement hébétés, à ce que leurs adolescents sachent un peu plus d'histoire et de géographie, à ce que les jeunes demoiselles ne soient pas induites par l’ardeur de la rivalité et des triomphes publics, à user de tous leurs moyens d'action pour obtenir ces derniers, Il ne paraît pas bon qu'un maître d'école puisse soulever tant de passion et de convoitise dans ces cœurs, et düût la ménagère être exposée plus tard à commettre quelques erreurs d’addition en faisant ses Comptes, il y aurait profit sans doute à ne Pas poursuivre une perfeclion qu'elle ne saurait atteindre qu’au détriment de quelques vertusun peu plus nécessaires.

Il faut le dire encore pour être équitable, Les senliments que j'exprime ici m'ont paru être ceux de beaucoup de personnes notables de la Nouvelle- Écosse, et principalement des catholiques. L'école de Truro est entre les mains de puritains sévères, et je lui préfère de beaucoup, au moins quant à l’édu- Cation des filles, le Sacré-Cœur d'Halifax, où l’on retrouve purement et simplement les anciennes méthodes françaises, en un mot, ce que le Sacré Cœur est dans tous les pays du monde, J'ai eul'honneur d'être admis dans cette Sainte maison, et il serait difficile, quand on Ya pénétréune fois, dene pas conserver toujours un vif'et respectueux souvenir de celle atmosphère de büreté, de haute raison, de sa-

gesse pratique qu'on y respire. On ne trouve là aucune trace ni de pédanterie ni d'exagération d'aucune espèce, et les jeunes filles qui en sortent, ne rapportent assurément dans leurs familles ni le mépris irréfléchi de leurs devoirs envers le monde, ni l’ienorance complète des choses qui ne liennent pas à l'argent comptant.

Enfin, et pour tout dire, l'École normale de Truro n'est pas une invention très-édifiante, et comme en sa qualité d'institution moderne elle constitue un progrès, le mieux est de ne pas s’y arrèter et de passer à une autre innovation.

Il serait fâcheux de quitter Truro sur une impression pareille, car, encore une fois, c'est une jolie petite ville et qui semble faire de son mieux pour se développer, vivre et prospérer. Laissons donc son École normale et allons à son auberge où le déjeuner était préparé et nous atiendait. Devant la porte, la malle-poste de Canso, qui transporte les lettres au Cap-Breton, était toute prête et allait parir. C'est une des plus curieuses an'iquités qu’on puisse voir en fait de voitures, et je ne serais pas étonné d'apprendre un jour qu’elle à été placée dans un musée après avoir été reconnue comme l’ancienne propriété d’un des premiers gouverneurs de Louisbourg. Cette énorme machine, peinté en rouge, contient au moins dix places à l’intérieur. Yesi évidemment le coche de nos aïeux, Quand elle

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fut chargée devant et derrière, elle présenta l'aspect d'une Montagne, et l’on put douter un instant que les huit chevaux qui y étaient aitelés réussiraient à la mettre en mouvement. Cependant C'étaient de belles et bonnes bêtes, et voilà encore qu'il faut donner aux colons anglais, On ne voil

jamais chez eux de ces malheureux animaux mal soignés, brutalisés, mourant de faim, qui sont une honte pour nos Campagnes et même nos grandes villes. Le moindre cheval de trait a le poil luisant et l'apparence convenable, Ainsi était l'attelage de Truro. Il fit un effort; tous les ais du coche criè-

rent, les roues se mirent en mouvement et la mon-

lagne, balançant caisses et malles de cuir, s’éloigna

au grand trot. Alors, nous Cntrâmes dans l'auberge

et la population se réunit dévotement sur ] Pour considérer avec respect un hôtel dans déjeunaient le général Williams et le gouver la colonie.

Ce fut une belle matin Slaise. L’hôte nous dé Si la science de Ja local élait pas de même de landaises nous

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ée pour la gastronomie anmontra gloricusement que té était un peu vaine, il n’en Sa Cuisine, Deux servantes iraPportérent triomphalement des üarliers monstrueux de bœuf rôti, flanqués de Carrés énormes de mouton bouilli, accostés de jambons dont Ja SrOSseur n'était pas croyable, le tout

Sani de pyramides de pommes de terre, Ce repas,

à grandes proportions, fut parfaitement accueilli; car, par un concours de circonstances indignès de l'histoire, mais trop réelles, plusieurs des convives mouraient littéralement de faim, n'ayant pas mangé depuis la veille et il était deux heures de l’aprèsmidi. Ces vivres à proportions exagérées rencontrèrent donc des adversaires dignes d’eux. Anglais et Français se portèrent avec une égale ardeur à en venir à bout et, en peu de temps, ce qu’il en resta ne valait pas la peine qu’on y prit garde.

Après ces exploits, il ne restait plus rien à faire à

Truro ; nous regagnâmes le chemin de fer et quatre ñ heures après, prenant congé de nos aimables hôtes, j: nous rentrions sur le Gassendi. d

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