CHAPITRE X
La côte orientale,
Que trouverai-je à dire de la baie du Pistolet ct de la Crémaillère que je n’aic déjà remarqué ailleurs? rien absolument si ce n’est un détail tout à fait indigne de la gravité de l’histoire humaine, mais qui pourrait bien faire sourire d’aise l’histoire naturelle. Pour un motif que je crois inconnu, les homards, si terriblement abondants à l’ouest de in Terre-Neuve, paraissent s'être accordés pour ne pas {4 dépasser le cap Normand et ne se montrent pas à l'est de l’île. Sans approfondir la question, nous en fimes la remarque avec quelque plaisir, car cette nourriture chère aux Parisiens, finit par devenir singulièrement fatigante et le moment était arrivé depuis longtemps où la vue du plus magnilique crustacé qui eût fait l'orgueil des étalages de Potel, donnait des crispations d’impatience
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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 225 au plus philosophe des officiers. Du reste, à part cette absence de homards qui ne constituait, en définitive, qu’un bonheur négatif, rien de nouveau, toujours des cageots, {oujours des Chauffauts, ‘toujours la même odeur, le ciel gris, la pluie, la brume, l'humidité froide, une terre Sauvage et inféconde, au moins une glace flottante, errant ennuyée et ennuyeuse à l'horizon.
Nous arrivämes à la baie du Croc. Au moment où nous doublions la pointe qui en garde l'entrée, une barque de pêcheurs Passa près de nous, rapidement emportée par le vent, ct le patron, en agitant son Chapeau, nous cria : « Il y a du neuf! grande victoire! »
Naturellement, tous les esprits furent mis en éveil Par ces quelques paroles et chacun se communiquait ses conjectures, quand nous aperçûmes Ze Tar.lare déjà mouillé dans la baie. Aussitôt de son arrière se détacha une embarcation, tandis que nous étions salués par les musiciens du bord qui jouaient ivec enthousiasme l'air de la reine Hortense, Cetteÿ Courtoisie à laquelle nos amis nous avaient habi. tués corroborait les quelques paroles du pêcheur, et bientôt un officier mettant le pied sur le pont nous révéla tout le mystère en
et nous annonçant de
vive voix le gain de la bataille de Solferino. Ce fut imes nd événement.
Il y a quelques années, le Croc était le quartier général de la station navale de Terre-Neuve. On y restait pendant des mois entiers, laissant le monde aller comme il pouvait, et aux approches de l'hiver on regagnait la France. Le lemps se passait à voir Patrice, un Irlandais fermier de la station qui gardait une petite maison, un jardin et une vache. On vantait les choux du Croc et on chassait quelque peu aux environs. On y pêchait aussi, cela s'entend de soi. Mais depuis ce temps, les choses sont bien changées. La France est devenue plus, attentive à son bien, elle en comprend mieux la valeur, elle le surveille davantage. Maintenant personne ne s'endort. Le commandant en chef inspecte lui-même toute la côte. Un de ses bâtiments est toujours en mission sur un point quelconque; un autre se livre à de fatigantes, mais utiles études hydrographiques ; deux goëlettes de guerre observent la conduite de nos équipages de pêche et visitent les établissements. Une telle activité est infiniment préférable, sous tous les rapports, à l’ancienne somnolence ‘et promet beaucoup à l'avenir, Les fausses appréciations ne pourront plus se reproduire en face de cet examen perpétuel des faits confié à des officiers dont on ne sait qu'honorer davantage, de l’intelligence ou de l’infatigable dévouement, et qui, pour l’un comme pour l'autre, méritent assurément la reconnaissance de leur pays. La nature vraie de nos
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intérêts dans ces parages, restée malheureusement W'op inconnue du public et même de l'administra tion, estimée bien au-dessous de ce qu'elle vaut, sera mieux jugée d'abord par ces appréciateurs irréfragables et particulièrement compétents, et sur leur témoignage, pourra, avec le lemps, se montrer dans sa vérité à tous les vrais et sérieux amis de leur Pays qui apprendront à estimer ce qu'il vaut, le bijou que les désastres du dix-huitième siècle nous ont laissé,
Je parlais tout à l'heure de Patrice. La femme de ce digne Irlandais, une Junon remarquable à tous égards par le développement de sa personne en hauteur et en largeur et peu timide de son nalurel, eut l'occasion de s'expliquer sur les droits dé la France dans la baie du Croc, d’une façon tout à fait décisive et que personne ne Songeait à attendre d’une telle autorité, mais qui n’en valait pas moins bien des enquêtes.
Dans une discussion d'amitié avec une de ses ainies habitant une cabane aux environs, cette dame s'était abandonnée à quelques vivacités regrettables, et la chronique du Uroc, probablement exagérée, tomme partout ailleurs, prétendait même qu’un bonnet, un peu brusquement enlevé de sa place nalurelle, avait voltigé dans-les airs après un discours prononcé avec trop d'action. En tout cas, il semblerait que la discussion eut été chaude, car des por
sonnes fort autorisées à apporter le tribut de leurs conseils pour réconcilier les deux contendantes se portèrent de bonne volonté sur le lieu du débat et voulurent faire entendre raison à Mme Patrice. Mais l’amazone leur ferma promptement la bouche.
Comme particuliers elle ne souhaita*i :: *. ieur dit-elle, les voir se mêler de ses affaire: mme magistrats anglais, elle ne les connaissait pas. Elle ne voulait obéir qu’à un officier français, s’il s’en lrouvait qui eût quelque ordre à lui donner. Elle ne dépendait, à son sens, ni de l'autorité de la reine, ni de l'autoiité coloniale, et, ajoutaitelle, il était bien connu et reconnu sur toute la côte, qu'il n’y avait qu'un Dieu au cieï, et ici-bas, le commandant en chef de la station française. Il fallut en passer par cette déclaration aussi franche que spontanée et laisser les deux dames se battre ou se raccommoder comme elles l’entendraient. Probablement, après quelques hostilités, une tasse de thé convenablement sucrée aura rétabli la concorde enire ces fières personnes.
Il nous arriva aussi un Indien métis croisé d’Irlandais. Cet homme avait fait une sorte de fortune. Il était Micmac par sa mère, et le type indien dominait chez lui d’une manière trèsmarquée. Cependant, il aŸait le visage moins large que ses compatriotes maternels et les pommrettes moins saillantes avec les formes moins osseuses,
ut de leurs endantes se du débat et ne Patrice.
| la bouche.
“irc, {eur ‘&. .umime ait pas. Elle is, s’il s'en ui donner.
’autorité de t, ajoutaitur toute la , et ici-bas, rançaise. Il ssi franche se battre ou ent. Probatasse de thé oncorde en-
croisé d’Irrte de foret le tvpe nière trèsmoins large pommiettes 1$ OSSCUSCS,
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 229 mais la même physionomie douce, un peu craintive et rusée. Il était qu reste proprement vêtu, et c’est le premier et le dernier indigène, ou à peu près, sur lequel j'aie pu faire cette observation, Un digne Français l’accompagnait, qui dans cette population occupée de fails très-précis et très-positifs avait apporté un reflet de fantaisie. Le personnage n’était indigne ni de Callot quant à l’extérieur, ni d’Hoftmann, quant au moral. Sa vie se passait dans une grande agitation. Il avait. Conçu, depuis longues années, l’idée de fonder une immense saumonerie sur celte côle. IL voulait y joindre une manufacture de conserves, se proposait de fabriquer lui-même les boîtes de métal nécessaires, et, pour commencer, avait obtenu, disait-il, le privilége de pècher dans une certaine rivière. Mais cette certaine rivière qui devait être suivant lui aux alentours de la baie du Pistolet, il m’avait pas réussi jusqu'alors à la décou-
vrir, C'était le moindre de ses embarras. I] se disait entouré d’envieux, poursuivi par des haines secrèles et se promettait de triompher de ses ennemis. Il faisait des vers dont il portait le manuscrit dans sa poche. Il n’était pas moin; préoccupé de l’idée de régénérer la littérature française que de changer la nature des pêcheries de Terre-Neuve. Ce grotesque très-passionné et fort en émoi jeta quelque diversité pendant un jour ou deux dans le calme profond de notre existence; puis nous partimes du
Crac et, comme de tant d’autres choses, nous n’en entendîmes plus parler.
Nous allâmes de là à la Conche, et c'est le point le plus considérable des établissements français sur la côte orientale. La Conche est d’aspect un peu semblable au village de Saint-Georges, les habitations s’y accumulent de manière à former une espèce de commune. Il y existe même une église desservie par un prêtre qui avant de prêcher
la parole de Dieu dans ces parages, y avait passé de longues années comme capitaine. Un beau jour il ( UE a abandonné le filet et la ligne, et laissant sa barque 1 i sur le rivage, il s’est fait pêcheur d'hommes. \ La Conche est intéressante en ceci, que l’établis- I , sement est mixte, en partie français, en partie l anglais, et voilà comment le fait a pu se pro- n duire. D : Aux termes des traités, nos équipages ne sau- n
raient hiverner sur la côte. Cependant force leur 1 est, en partant à l'automne, de laisser derrière c 11, à eux, avec leurs habitations, des barques en grand p Le nombre qu'il serait fort embarrassant et très-coù- o! ‘a teux de rapporter en France à chaque voyage; le
hi Li puis, enfin, les meubles, les ustensiles, les fith À lets, des amas de sel. Afin que tout ce butin ne él | M soit pas dilapidé et pillé pendant leur absence, ils de sont, depuis un temps immémorial, dans l'habitude de de le confier à la surveillance de gardiens sujets de
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VOYAGE A 3 ERRE-NEUVE. 231 anglais, dont l’hivernage ne peut donner lieu à äucune Contestation,
Ainsi, chaque établissement de pêche à son gardien, et quelquefois il en a plusieurs lorsqu'il est Un peu étendu et que les bâtiments sont disséminés. Les capitaines attachent une question d'amou-- Propre à cette institution. Plus ils ont de gardiens, plus ils ont de sujets. Ils disent : Mon Anglais, ou mes Anglais, et s’en estiment davantage. Le soir, ils vont se chauffer chez leur Anglais, dont la maison est foujours mieux construite et plus confortablement installée que la leur, et ils Y jouissent de la vie de famille, car le Sardien est toujours marié. Peut-être même arrive-t. il (les mauvaises langues le disent du moins) que des sentiments de toute nalure leur inspirent quelquefois de grandes faiblesses ou de profonds altachements pour la famille de leur Anglais.
Comme le numéraire est lrès-peu employé sur celle côte, on rémunère le gardien en l’autorisant à pêcher librement et légalement. On lui donne en outre de la farine, du lard, enfin ce qui constitue les douceurs de la vie dans ce monde-là,
Mais le gardien étant marié a des enfants, et, étant Irlandais, il est fort rare qu'il en ait moins de huit ou dix, et assez commun qu'il en possède davantage. Les philosophes ont d’ailleurs remarqué depuis des temps très-anciens que les populations
ichthyophages semultipliaient d’une manière effrayante. Ce qui se passe à Terre-Neuve n’est pas de nature à les contredire. En quelques années, on voit donc quinze ou vingt personnes représenter la famille de deux ou trois gardiens.
Le père continue à être un personnage officiel à l'égard des pêcheurs français, mais les enfants qu'on laisse insoucieusement se marier, s'établir sur les lieux et former souche à leur tour, ne sont plus de rien à nos hommes, et continuent néanmoins à pêcher à leurs côtés et à habiter parmi eux. Aujourd'hui plus de la moitié de la Conche se trouve ainsi occupée par une population tout anglaise.
Il va sans dire aussi que ce sont de telles combinaisons qui se trouvent les plus propres à développer l’esprit d’antagonisme et d’antipathie entre les parties intéressées. Nos pêcheurs ne sont pas contents et n’ont pas lieu de l'être quand ils voient la baie occupée par les filets des intrus, quand ils ne peuvent jeter leurs seines sans risquer de les déchirer à des engins qu'ils n’ont pas placés, quand enfin en mille circonstances une concurrence qui n’a pas de motif légitime d'exister vient contrarier leurs mouvements.
D'un autre côté, les Anglais, désormais en nom-.
bre et chaque jour plus forts, auraient très-naturellement l'envie de tenir seuls le terrain, et
anière efn’est pas innées, on “ésenter la
> officiel à >s enfants , S'établir Ir, ne sont ent néan- Jarmi eux.
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t très-naerrain, et
VOYAGE À TERRE-NEUVE, 233 quelques mauvaises têtes cherchent à entraîner leurs camarades à des coups de vigueur. Cependant, telle est la douceur des mœurs de ces pêcheurs des deux nations, telles sont les dispositions d’obéissance qu'ils apportent à écouter les recommandalions des officiers, que les voies de fait sont plus que rares : tout s’est borné jusqu'ici, dans les cas les plus graves, à quelques menaces, encore est-il certain que rien de semblable n'aurait eu lieu si des gens, parfaitement étrangers aux intérêts lo- Caux, n'élaient venus troubler les esprils peu avant notre arrivée.
Un homme se disant mandataire de quelques agitateurs de Saint-Jean, Capitale de l'ile, avait paru sur un petit bâtiment à vapeur, frété par ses patrons, afin, disait-il, d'éclairer les habitants anglais de la Conche sur leurs droits véritables, et de leur dévoiler la mauvaise foi de leurs compagnons français. Il se promena de cabane en Cabane, montrant un papier imprimé, qui, disaitil, reproduisait le texte d'une déclaration du minislre des affaires élrangères de France, de laquelle il résultait…., beaucoup de choses. Personne ne lut celle soi-disant déclaration, et ne comprit même bien clairement en quoi elle consistait. Mais, précisément le vague de cet on-dit permettait les Suppositions les plus exagérées, et si le monsieur venu de Saint-Jean avait eu le temps d'exécuter ses
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projets, il est assez vraisemblable qu'un assez bon & nombre de filets déchirés, de tètes cassées et de l bras démis, auraient attesté le succès de son entre- fl f prise. Par bonheur, la commission put arrêter à h temps le travail de ce perturbateur au petit pied r' qui, se voyant découvert, regagna Saint-Jean plus n : modestement qu’il n'était venu. d Il se vengea toutefois de nous, à sa manière et il d'une façon qui ne laissa pas que de nous être sen- Di Je sible, en répandantle bruitque les Français avaient h bâti quelque part, sur la côte, un hôpital pour leurs de
ii pêcheurs, lequel hôpital était çonstruit en pierre ; pierres de taille ou moellons, il ne s’expliquäit pas, cl mais le monument élait en pierre à n’en pas dou- ol À ter, et c'était une grave infraction aux traités. Sa
Il nous fallut chercher par terre et par mer ce coupable hôpital. Pendant plusieurs jours nous (qu | allâmes fouiller toutes les criques, tous les îlots un 1h: du rivage, Le Jasper consomma son charbon à ar , A nous promener. En définitive, on ne trouva rien, da à et on en fut pour un assez bon nombre de courses pé peu intéressantes et assez de fatigues, dont la plus dé ; grosse part tomba sur les hommes des embarca- Co ‘ tions. règ | 2) je fut, du reste, la fin de l'enquête. Il était bien qu k reconnu désormais, à la satisfaction générale, que côt de tous les désordres dont on avait entretenu les des
deux gouvernements, aucun, par le fait, n’existait,
assez bon
sées et de son entrearrêter à petit pied -Jean plus
manière et s Être senais avaient pour leurs en pierre ; iquäit pas; n pas douaités.
par mer ce ours nous 15 les îlots charbon à rouva rien, de courses lont la plus ; embarca-
l'était bien nérale, que itretenu les
, n’existail,
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 235 sauf celui-ci : la présence illégale d'un certain nombre de pêcheurs anglais, sur la côle, entre le cap: Raye et le Cap Buonavista, où les Français seulement sont autorisés à s'établir. Mais quant aux rapports passés et présents des hommes appartenant aux deux nations, quant à leur douceur, à leur docilité, à Teur honnêteté parfaite, il n'y avait que des éloges à faire, et je ne pense pas qu’en aucun pays du monde on puisse voir un spectacle aussi honorable pour l'humanité que celui de l'existence de ces braves gens.
La limite francaise atteinte, nous cessions d'être chez nous et nous nous trouvions dans les eaux anslaises. Nous fûmes bientôt rendus dans le port de Saint-Jean de Terre-Neuve.
L'entrée en est fort étroite et pendant l'hiver bloquée par les glaces. Dans la belle saison, il y vient nn assez grand nombre de bâtiments ét ‘angers, no lamment des espagnols qui transportent la morue dans leurs colonies et dans leurs provinces européennes. La ville n’est pas tout à fait aussi CONsidérable qu'Halifax, ni le lieu d’un aussi grand commerce, surtout aussi varié. Néanmoins, il y règne une activité très-grande, et comme c’est Jà que les pêcheurs anglais des bancs et de toute la côle britannique de l’île apportent leurs Cârgaisons, des grèves sont établies parlout où les maisons n’oc-
Cupent pas le terrain, La morue s'y étale, y sèche
jusque sur les glacis des forts et remplit l'air de ses parfums combinés avec ceux du loup marin. À certains égards, Saint-Jean peut ètre considéré comme un vaste chautfaut.
Au moins la moitié de la population de la ville est irlandaise, et par conséquent catholique. Gette moitié se décompose ainsi : quelques négociants ou agents d’affaires assez riches, en petit nombre; une certaine moyenne qui a quelque aisance, et enfin à peu près toute la classe pauvre. Les protestants comprennent -la majeure partie de la société opulente. Ils ont quelque prétention à se distinguer par une éducation c’un ordre supérieur et des lumières plus considérables. Je n’ai rien remarqué qui justifie tout à fait cette façon de voir. Ce qui est plus certain, c’est que si les catholiques fournissent à peu près la moitié de la population de la ville, il ne s’en faut pas de beaucoup qu'on puisse leur attribuer les deux tiers de celle de l’île. Et comme les Anglicans, non moins suspects aux autres sectes ct repoussés par elles, s'unissent d'ordinaire à eux, ils ont la prépondérance presque assurée dans toutes les élections générales.
A Terre-Neuve, comime à la Nouvelle-Écosse el au Cap-Breton, les partis ont essentiellement une couleur religieuse et ce fait leur donne une grande apparence de vivacité et d’acharnement les uns contre les autres. Les journaux ont adopté la cou-
air de ses marin. À considéré
de la ville
que. Cette
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-Hcosse cl ment une ne grande it les uns té la cou-
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 237 lume américaine des diatribes virulentes. Tout adversaire est le dernier des scélérats, tout partisan des idées qu’on défend est le premier des héros et il faut être un peu fait à ces grands éclats de zèle pour ne pas s'étonner de voir une si forte dépense de grosses paroles s'appliquer à la défense d’un droit de quelques centimés sur la morue et généralement même à beaucoup moins, mais il est de règle que tel personnage est un monstre de noirceur, d’abord parce qu'il est protestant où parce qu'il est catholique, et ensuite, mais seulement en seconde ligne, parce qu'il voudrait la construction d’un wharf là où on ne la juge pas nécessaire, ce qui renverse toutes les lois divines et humaines. .
Le gouvernement de Terre-Neuve est absolument semblable à celui des autres colonies anglaises.
L'impôt se vote par une chambre basse composée des membres qu’élisent les habitants de l’île partasés en districts, sauf ceux qui habitent la côte française, lesquels n’ont pas d’existence civile reconnue. Les lois coloniales sont faites par cette chambre et par le conseil, espèce de sénat nommé également à l'élection. Le gouverneur, représentant de la reine, ne saurait rien aire sans Je concours de ces deux pouvoirs et c’est dans leur majorité qu'il
prend les agents principaux de son administration,
ministère responsable devant la colonie. Toutes les
‘lures sont traitées d’après la méthode constitu-
UE #Urhi:
238 VOYAGE A TERRE-NEUVE, tionnelle, avec une grande publicité, une grande intervention de la part des journaux, un appel constant à l'appui ou à la méfiance des électeurs, de grandes difficultés pour les ministres et enfin bon nombre de soucis pour le gouverneur.
Celui-ci est à beaucoup d’égards un roi dominé par le pouvoir parlementaire. Mais il à encore des embarras que ne connaît pas un souverain. Tourmenté par les administrés auxquels il fait face, il lui arrive encore constamment d’être pressé par le cabinet de la reine au sujet de telle mesure désirée qu'il, ne peut ou ne sait obtenir, et tandis qu'il se débat pour atteindre à ce que ses supérieurs lui demandent , il est dénoncé à Londres par son peuple, comme ne répondant pas aux vœux de la colonie. Si la discussion est grave et s’envenime, il peut lui arriver d’être brusquement rappelé, ce qui excite une vive satisfaction et une expansion turbulente d’orgueil satisfait parmi les colons bien persuadés d’une importance qu'ils mesurent sur les ménagements dont on les entoure. Si, au contraire, les ministres de la reine tiennent bon, soutiennent le gouverneur, maintiennent leur volonté, la colère n’a pas de bornes, on traine le drapeau britannique dans les ruisseaux des rues, on déclare qu’on va s’annexer aux États-Unis, ou se déclarer indépendants ou toute autre chose du même genre, I n’y a pas d'exemple depuis une
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nair Il se
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1e grande ppel concteurs, de entin bon
pi dominé ncore des in. Tourface, il lui par le ca- ‘e désirée is qu'il se rieurs lui
par son eux de la nvenime , rappelé, 16 expanles colons mesurent ‘€. Si, au nent bon, leur votraine le des rues, 1is, OÙ se chose du puis une
VOYAGE A TERRE-NEUVE, 239 quinzaine d'années que ces manifestations se sont reproduites assez souvent, tantôt sur un point, tantôt sur l’autre, que le gouvernement britannique soit jamais sorti des bornes de la mansuétude la plus patiente. Il à attendu, il a laissé faire, il a paru ne S apercevoir de rien; rien ne l’a offensé. Généralement, il est vrai, il lui a toujours fallu céder dans le fait; quelquefois il a PU Sauver quelque chose dans la forme et au bout de trois ans, terme légal de leur mission, les gouyerneurs sont toujours changés,
Rien n’est curieux comme l'expression des passions coloniales et leur violence. Il y à tel souverneur, d’une habileté incontestable, d’une intégrité manifeste, dont le nom après plusieurs années qu'il à quitté ke pays n’est encore prononcé qu'avec l’adjonction des épithètes les plus injurieuses, simplement parce qu'il n’a pas acquiescé avec assez de déférence à telle ou telle prétention de sa législature. Pas de nation souveraine plus pointilleuse et plus susceptible que ces petites communautés; le peuple romain dans ses comices n’en approchait pas et je ne sais si le peuple américain va au delà.
Un Anglais d’un rang élevé était entré dans une boutique pour y acheter un objet d'usage fort ordinaire, des gants ou quelque chose de semblable. Il se trouva que le marchand était membre de la lésislature. Reconnaissant son chaland, il lui demanda
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avec hauteur pourquoi le change était plus élevé dans sa ville qu’il ne l'était à Londres, et comme la personne interpellée restait un peu interdite de cette question, l’homme d'État colonial lui déclara d’une voix brève la ferme résolution de ne pas tolérer plus longtemps une pareille inégalité; il comptait en faire l’objet d’un vote.
Un certain nombre de gouvernements coloniaux sont très-préoccupés d'un grave défaut de leur constitution qui les humilie fortement. Ils reconnaissent l’omnipotence intacte que leur laisse la métropole dans l'administration de leurs affaires. Ils avouent que les gouverneurs ne sont pas toujours aussi noirs qu’il peut être à propos de le dire et de l'écrire et que, dans tous les cas, c’est un joug qui n’a rien d’intolérable ni surtout de durable. Enfin, ils ne nient pas que à, impôts très-légers dont ils se chargent eux-mêmes et qu'eux seuls perçoivent, se dépensent en totalité dans le pays et que, bien loin de leur demander le moindre subside, la couronne se charge encore de beaucoup de dépenses locales et, quand on le lui demande, consent encore bénévolement à contribuer à des créations d'utilité ow d’embellissement. Oui, mais elle accapare les relations avec les cabinets étrangers, et les gouvernements coloniaux, ou plutôf certains de leurs hommes d’État, attacheraient un prix extrême à nouer, à conduire, à dominer des relations diplomatiques.
plus élevé comme Ja ite de cette lara d’une as tolérer Ï comptait
coloniaux it de leur Ils reconr laisse la s affaires.
as toujours dire et de n joug qui ble. Enfin, dont ils se çoivent, se , bien loin | couronne ses. locales core bénéd'utilité ow re les relasouverneeurs homà Nouer, à latiques.
Il est remarquable combien celte préoccupation singulière, assurément bien inutile dans son objet et cruellement compromettante si elle venail jamais à être satisfaite, est cependant présente à beaucou D d’esprits. Dans les discussions qui s'élèvent constamment au sein de la législature de telle ou telle colonie pour juger etgénéralement blâmer et Mmorigéner de très-haut les actes du gouvernement mélropolitain, on paraît toujours rechercher avec prédilection les questions de douanes, d'importation et d’exporlation, non pas précisément par le point où elles affectent réellement les intérêts locaux, mais surtout par les occasions qu’elles fournissent d’exprimer des idées violentes sur un prétendu rapport de la colonie avec tel ou tel cabinet étranger, et même sur la politique générale de ce cabinet. Les hommes les plus populaires se plongent à l’envi dans ces discussions, et alors le public émerveillé peut entendre l’opinion de ses orateurs sur la conduite des grandes cours. L'année dernière un de ces parle- Ments traita une nation d'Europe de peuple à demi barbare, étranger aux plus simples notions de progrès, et son gouvernement fut menacé de mesures sévères s’il ne prenait une marche plus convenable. Il est à craindre que l'avertissement ne produise pas tout son effet faute d’avoir été entendu:
Un patriotisme si hautain, une idée si exagérée L LA A
RATS 2 om LS RIRE ads 60e me ter CE SR
de l'importance locale, des prétentions de toute nature si roides, si superbes, tout en faisant concevoir la possibilité d’une vive agitation dans la politique intérieure, indiquent assez que, comme les petites républiques grecques de l'antiquité, les intrigants sont, dans ces parages, très-puissants, et en état de faire beaucoup de mal un jour. Les négociants riches, les hommes d’affaires occupés, les agriculteurs ont peu de temps à donner à la vie publique, et il en est dans ces colonies comme aux États-Unis : ils s’en tiennent généralement fort loin. Il leur suffit que l'Angleterre administre le pays avec une douceur et une générosité visibles, que les impôts soient insignifiants, les droits de douane fort libéraux et que la sécurité publique soit parfaitement garantie. Ils sollicitent donc assez peu les suffrages de leurs concitoyens. Ce sont les hommes sans grandes ressources, d'esprit turbulent ct vaniteux, tourmentés d'ambitions un peu maladives qui recherchent donc le plus ordinairement les places; et comme les masses populaires appelées à décider de tout, ne comprennent pas très-bien les grandes théories politiques , il devient indispensable de leur parler d'ordinaire le seul langage qui puisse les émouvoir : c’est celui de l’antagonisme religieux. Aux protestants, il faut dire que les catholiques, si
on ne les contenait pas, amèneraient un régime
d'intolérance; aux Irlandais, il faut rappeler tout
rer tre pet qu fau ner con
D pas elu Ter hab tout qui
s de toute usant condans la pocomme les quité, les -puissants, jour. Les S occupés, 1er à la vie omme aux fort loin.Il > pays avec > les impôts > fort libér'faiterment s suffrages nmes sans | vaniteux, es qui replaces ; et décider de s grandes ble de leur puisse les religieux.
oliques, si
in régime,
peler tout
VOYAGE A TERRE-NEUVE, 243 ce que leurs ancêtres et eux-mêmes ont souffert dans la mère patrie.
On réussit ainsi à créer des partis assez fortement organisés. Les dissidents, les puritains se réunissent à certains jours sous la conduite de tel ou tel ministre pour s’en aller par les champs faire des promenades religieuses. On déjeune, on prêche, on dîne, on chante des cantiques, on s'encourage à combattre le bon combat et à rester ferme dans la loi. On déplore le malheur du lemps qui consiste à vivre côte à côte avec les papistes idolâtres et, finalement, on prépare les élections de manière à se tenir bien uni contre ces adversaires.
Mais, il «existe des divergences entre les différentes sectes. Elles se méprisent sincèrement entre elles, et d'autant plus que des nuances plus imperceptibles les séparent. C’est une œuvre difficile que de les maintenir dans les mêmes rangs, Il y faut une grande dépense de promenades, de diners religieux , de sermons, de conciliabules et de concessions.
Du côté des catholiques les choses ne se passent pas ainsi. À part quelques descendants des Français lun certain nombre d’'Écossais venus des Hautes- Terres presque tous sont Irlandais d'origine. Par habitude, par instinct, ils naissent avec un chef tout trouvé et dont ils ne discuteront jamais tant qu'ils vivront l'autorité imprescriptible. Ce chef,
ue"
c'est leur évèque, et les prêtres sont les lieutenants naturels de ce juge suprême de tous les intérêts temporels aussi bien que spirituels.
Dans les autres pays de la chrétienté, dans les contrées les plus catholiques de l’Europe, les âmes les plus ferventes se réservent une certaine part de libre arbitre pour la conduite de leurs intérêts mondains. Les Irlandais du nouveau monde, pris en masse, n’en conservent aucune. L'évèque et ses prètres sont leurs maîtres. Ils rapportent à cette décision sacrée, tout, depuis les querelles du ménage jusqu'aux combinaisons électorales, et plus la population catholique est pauvre, plus cette disposition des esprits est absolue, car elle se fortifie alors de ce fait concluant : elle vit, en grande partie, des aumôûnes que distribue l’évèque, et se presse autour de lui comme autour d’un père nourricier. Cepen- ‘dant l’évêque ne recoit de l'État ni de la colonie
volontaire de ces mêmes ouailles dont la plus grande partie lui tend la main grande ouverte pendant tout le courant de l’année.
L'évèque de Saint-Jean de Terre-Neuve, notamment, peut passer pour un des riches prélats de la catholicité. Ses revenus sont considérables, et se fondent, pourtant, presque uniquement sur la vente du poisson. Les contributions des fidèles arrivent sous cette forme, et le plus misérable pêcheur
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VOYAGE À TERRE-NEUVE, 245 préférerait prendre sur la portion destinée à la nourriture de sa famille que de diminuer la portion qu’en son âme et conscience il croit devoir réserver à son premier pasteur,
Il apporte son tribut en nature, et l’évêque le fait vendre, et comme il se trouve ainsi annuellement en possession de cargaisons considérables, il en résulte qu’indirectement il représente La plus forte maison de commerce de la colonie.
Mais s’il a de grands revenus, il a aussi de grandes charges. Je viens de dire que la partie pauvre de son {roupeau recevait ses aumOnes: elle s'y confie même si absolument que, sur plus d’un point, elle ne sent pas même la nécessité de travailler. L’évèque est là pour la nourrir, et elle le récompense par un dévouement tellement entier, tellement aveugle, qu'il serait imprudent au plus haut degré, à quelque autorité que ce soit, de se mesurer avec un chef populaire aussi vénéré, aussi sûr d’être servilement
obéi.
Ce n’est pas tout encore. Mgr de Saint-Jean
a bâti de ses deniers, au point culminant de la
ville, une vaste cathédrale en pierres, d’un goût un
peu contestable, mais imposante par la masse, la solidité, les dimensions, et décorée à l’intérieur avec une profusion d’ornements qui atteint à la magnificence, sinon à la beauté,
Il à établi à côté son palais épiscopal où il réside
ADS 2°:
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