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avec ses prêtres, deux couvents de religieuses, un collége, et cette cité ecclésiastique, qui semble regarder dédaigneusement la ville marchande et même leæforts établis au-dessous d'elle, est comme un emblèine de la suprématie incontestable que l'évêque de Saint-Jean exerce sur toute la contrée.
ïe serait en retracer une image incomplète que
de la représenter sous la couleur uniquement reli- gieuse. Celte suprématie s'appuie également, et
avec beaucoup de franchise, sur l’idée de Ja nationalité irlandaise, mise en opposition avec la race anglo-saxonne. Saillant des murailles du couvent, des sculptures montrent l'effigie d'anciens rois d'Irlande; sur le pavillon épiscopal, la croix est verte, couleur de l’antique Érin, et s’'unit à la harpe,
symbole du pays de saint Patrice. Des allusions fré- :
quentes, constantes, passionnées au souvenir du passé, entretiennent un patriotisme déjà fortement enraciné dans tous les cœurs chez une race singulière qui n’a ni la faculté de rien oublier, ni celle de se corriger d'aucun des défauts, source de ses malheurs. Partout, aux colonies du Nord-Amérique, comme dans l'Australie, comme aux États-Unis, elle porte cette gaieté un peu insouciante qui la fait ressembler, à certains égards, aux lazzarones napolitains : sa bravoure étourdie,sonimprévoyance, son manque absolu de tout principe sérieux, son
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dévouement facileetentier, son esprit d'aventure et son vif amour de toutes les jouissances, enfin ces traits si multipliés, si divers d’unenature séduisante à l’exirême, souvent médiocrement estimable, et qui l'ont rendue et la rendront jusqu’à la fin l'antipode de l'esprit anglais.
Quand viennent les élections, l’évêque décide naturellement des candidats qni seront élus. Pendant le cours des sessions, il ne dissimule ni son approbation ni son blâme touchant l'action des catholiques et la marche des affaires, Quand une mesure importante préoccupe l'esprit publie, il emploie la voie des journaux pour faire connaître son sentiment personnel, et s'agirait-il d’une question de tarif, d’un chemin à construire ou de tout autre intérêt analogue, une fois qu'il a parlé, ce qui est catholique sait ce qu’il faut croire et dire. Pour trouver dans les faits européens une analogie avec une telle situation, on doit remonter au moins au douzième siècle,
Mgr M**, évèêaue de Saint-Jean, est un prélat parfaitement digne du pouvoir qu'il exerce. Un esprit ferme et entreprenant, hardi et modéré, mais surtout capable de conduire jusqu’au bout les résolutions les plus extrêmes, une imagination vive, une érudition solide rapportée d'Italie où il a fait ses études, le placent, non moins que sa haute dignité,
à la tête de sa nation. D'une simplicité de me
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complète, employant tout son revenu à de grandes créations ou à des aumônes, il est redouté sans doute, mais non moins vénéré des protestants euxmèmes. Son activité est prodigieuse. Il sait mener de front la construction de ses édifices, l'administration des couvents et du collége, les affaires spirituelles de son diocèse, l'intérêt de chaque jour qu'il porte aux affaires de la colonie et ses constantes visites pastorales, et la composition de nombreux écrits. Le respect qui l'entoure, et les manifestations de ce respect ne sont pas inférieurs à ce que les souverains peuvent prétendre, et le prélat a quelque chose de leur majesté. Profond, m'’a-t-on dit, dans les connaissances théologiques, il porte dans Ja discussion des idées appartenant à l’économie politique et à l’avenir des pays américains, une connaissance des faits, un esprit de discernement, une fermeté de vues qui appartiennent certainement à une intelligence du premier ordre. J'ai vu plus d'un meneur du parti catholique, incertain d’être blèämé ou approuvé par lui, l’approcher avec une crainte visible. Ce sont là des nouveautés tout à fait remarquables pour un observateur européen.
Dans le temps que nous étions à Halifax, le siége archiépiscopal de cette ville était vacant. Le dernier titulaire, mort depuis peu, avait laissé des regrets
universels, et, bien que son autorité ne fût pas auss
évidente, aussi en dehors que celle de Mgr M** à
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Terre-Neuve, il paraît qu’elle n’était guère moins considérable en fait, et que Son successeur aura recueilli un puissant héritage. Car je l'ai déjà dit, les dispositions et les sentiments des catholiques sont partout les mêmes dans ces contrées,
Mais je ne dois pas oublier que si j'ai parlé ici de la situation des Catholiques et de leurs chefs dans les colonies anglaises du Nord-Amérique, c’est principalement au point de vue des partis politiques. En ce Moment, où.il me reste peu de chose à ajouter à la description du Pays, je vais continuer ces observations.
Les dispositions ambitieuses des parlements coloniaux, qui les portent à ne pas se contenter d’une situation cependant idéalement bonne, et qu'aucune combinaison différente ne vaudra jamais, à Coup sûr, n'auraient peut-être pas de grandes Conséquences dans l’avenir tant elles sont visiblement peu raisonnables, sans deux faits qui leur donnent une portée toute particulière,
Je viens d'indiquer le plus général : c’est l'antipathie irréconciliable des émigrés irlandais pour l'Angleterre, et, qui plus est, la façon dont cette anlipathie s’accroît dans les généralions nouvelles qui ne reçoivent cependant que des bienfaits de cette ancienne ennemie. Mais l'imagination irlandaise ne pardonne rien. De sorte que la vanité locale d’un
côté, l’aversion de race de l’autre, rendent la métro
pole de plus en plus impopulaire dans ses colonies. Cependant, si celles-ci ne consistaient que dans le territoire de la Nouvelle-Écosse, de. l’île du Prince-Édouard, du Cap-Breton, du Nouveau-Brunswick, de Terre-Neuve, ces velléités auraient grand'peine à jamais rien prluire de considérable, et il ne serait pas difficile au cabinet de Londres de maintenir sa suprématie. Les populations sont partout si faibles daus ces territoires, le sol y est généralement si peu fécond, la richesse si médiocre, qu'il n'y aurait pas tendance sérieuse à se soustraire à une domination dont on ne pourrait jamais nier les côtés avantageux ; mais le Canada existe, et c’est vers ce point que se dirigent les regards comme étant le centre de ralliement nécessaire de toutes les colonies de ces parages.
Il ne m'a pas été possible, malheureusement, de visiter cette région remarquable à tant d'égards. Dans les colonies anglaises, on la considère, et avec raison à ce qu'il semble, comme un foyer de richesses et de connaissances qui ne pourront que s’accroître avec le temps. Le sol y est généralement fertile, le commerce et l’industrie s'y montrent très-développés, et, autant que j'ai pu en juger par les livres et les journaux qui en proviennent, le niveau intellectuel y est sensiblement plus élevé qu'aux États-Unis.
La rivalité ancienne qui existait entre le haut et
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Çaise et celles venues d'Angleterre, par que complétement disparu par le seul fait de l'égalité de droits et de Situation accordée à tout ce peuple, Il n’y est plus question, comme vingt ans en GÇà, de s'unir aux États-Unis, et l'opinion publique s'est tellement transformée à cet égard, que les derniers chefs du parti qui autrefois menaçait Ja Couronne d'Angleterre de rechercher celtcannexion, Sont aujourd’hui abandonnés de tout le monde et complétement obscurs. Des alliances de famille multipliées tendent à confondre de plus en plus les origines, et, il y a deux ans, une grande manifestation publique est venue, en quelque sorte, enterrer tous jes souvenirs hostiles. Un monument a été élevé AUX morts français et anglais de la bataille de Québec, et les discours prononcés en cette circonstance, en présence des autorités et des troupes anglaises, ont célébré la gloire des deux armées, et salué la mémoire des pères communs de la patrie, Dans cette situation prépondé le Canada attire donc les
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rante et prospère, espérances et les sympathies de tous les autres territoires qui, à différentes reprises, ont manifesté le désir d'y être réunis et de voir succéder à leur organisation actuelle une : nouvelle constitution en vertu de laquelle elles seraient toutes représentées par un parlement unique, siégeant à Québec ou à Montréal, et à vôté
duquel serait placé un vice-roi de l'Amérique anglaise.
Comme les contrées ainsi réunies donneraient à peu près une population de cinq millions d’âmes et un espace aréal beaucoup plus étendu que celui de très-puissants empires, l'opinion publique voudrait que la dignité nouvelle fût conférée à un prince de la maison royale, et, par conséquent, entourée d’un éclat qui ne pourrait que rejaillir sur toutes les positions officielles, sur le parlement et sur l’ensemble de la nation elle-même.
Ues projeis ne sont pas le vœu de quelques csprits isolés, ni d’un parti. Avec les modifications, les amendements que chacun, à sa convenance, voudrait y apporter, ils appartiennent à la masse des populations. Ils flattent l’orgueil, les vanités, les intérêts, les ambitions locales, ils ont été conseillés et le sont encore journellement dans les livres, les journaux, les brochures, et ont été plu-
sieurs fois l’objet de propositions directes au gouvernement de la reine, qui, jusqu'ici, a ajourné sa décision par des motifs qu'il est aisé d'apprécier et dont on ne peut que comprendre la sagesse.
Il est assez évident que si de petits pays isolés et sans force, comme le sont Îles colonies anglaises prises individuellement, se trouvaient un jour réunis en un puissant faisceau, ils deviendraient d’autant plus difficiles à mener et à contenir, qu'ils le
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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 253 sont déjà aujourd’hui. Leur prospérité s’accrottrait Sans nul doute; mais, en même temps, leur popu- Jation, et avec la population le désir et la possibilité de se faire absolument indépendants. Les colonies anglaises sont très-peu portées d'affection Pour leurs voisins des États-Unis. Nulle part je n’ai entendu dire autant de mal de ce dernier peuple; nulle part je ne l'ai entendu juger aussi sévèrement, Il y à quelquelois de la justice dans les reproches qui lui sont adressés, mais souvent aussi de la jalousie, et les colons anglais n’admettent pas sans amertume que leurs frères aînés soientune puissance indépendante, tandis qu'ils en sont encore réduits, et ils s’en trouvent humiliés, à n'être qu'une annexe fort heureuse à la vérité, mais pourtant subordonnée à la métropole. Dans de tels sentiments, on esi en droit de se demander si une vice-royauté de cinq millions d’âmes ne chercheraïit pas bientôt à se Constiluer d’une manière encore plus individuelle,
Quels que soient les vœux de ces contrées, il est vraisemblable que le gouvernement britannique y résistera de ‘son mieux ; mais comme une idée de ce genre, une fois éclose ne s’abandonne pas volontiers, que la nature même des institulions coloniales, en garantissant l'exercice d’une éritable indépendance de fait les nourrit, que l’aversion irlandaise recherche avec passion tout ce
qui est de nature à affaibbr la couronne, que les protestants riches y voient un avenir de plus grande prospérité matérielle, que toutes les classes enfin s’en font une question de patriotisme et en quelque sorte d'honneur ; que d’autre part, le gouvernement anglais répugne singulièrement à résister au delà d’une certaine limite, aux idées de ses colonies, il est difticile d'admettre que cette révolution ne s’accomplisse pas dans un temps qui ne saurait être fort éloigné.
Il ne serait pas impossible toutefois que Terre- Neuve ne fût maintenue en dehors d’une telle combinaison. Si l’on excepte Saint-Jean, il n'existe pas dans cette île un point de quelque valeur eu égard à la population. Le terroir est d’une stérilité sans remède. On n'a jamais pu réussir à coloniser aucune partie de l’intérieur , qui est resté aussi Gésert qu'aux premiers temps de la découverte, considération qui paraît péremptoire ; le voisinage où cette île se trouve de l'Irlande, sa situation dans le colfe Saint-Laurent lui donnent une importance au point de vue stratégique dont il est difficile d’admettre que l'Angleterre puisse faire aisément abstraction. On paraît même avoir déjà commencé à fortifier Belle-Isle, afin de s'assurer en lout état de cause la domination du détroit, et, partant, une sorte d'autorité militaire dans ie golfe.
Quoi qu’il en soit, en retranchant ou en réunissant
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her vers une situation qui peut modifier considérablement l'avenir des
pays américains, et, à ce litre, ces régions sont plus aignes que jamais de fixer l'attention des esprits sérieux,