‹ Voyage à Terre-Neuve [microforme]Chapitre 40 sur 47 · DD BAR · texte numérisé non relu

DD BAR

aie

sée avec un emportement extrême par le parlement colonial et il fallut y renoncer, sans avoir pu la mettre en vigueur.

Les espérances et les illusions étant désormais à néant, on se trouva en présence de la seule difficulté réelle que présentât la situation, et l’Empereur voulut qu’elle fût étudiée avec plus de soin qu'elle n'avait pu l'être jusqu'alors. On comprit alors en Angleterre comme en France à quel point celle difficulté est plus apparente que réelle.

Sur toute l'étendue de notre côte, dans un espace de cent cinquante lieues de long, la population intruse ne dépasse pas trois mille âmes. En 1815, elle était déjà de quinze cents âmes, de sorte que la période de quaranie-cinq ans qui vient de s'écouler et qui a été exceptionnellement favorable à l'émigration, n’a fait que doubler le nombre primitif. Dans ce chiffre de trois mille âmes, il faut comprendre au moins deux mille enfants et trois cents femmes, de sorte que le nombre vrai des pêcheurs faisant concurrence à nos hommes ne dépasse pas sept cents. Il est possible, sans nul doute, que si cette population illégale allait toujours s’accroissant, des inconvénients sérieux en pussent résulter un jour ; mais, pour le moment, il faut aussi l'avouer, notre situation n’est ni mauvaise, ni critique.

D'autant moins que dans ces sept cents personnes, au moins trois cents sont employées et maintenues

par nos établissements à différents titres et surtout comme gardiens. Il ne reste donc par le fait que quatre cents concurrents pour cent cinquante lieues ‘de côtes, et le gouvernement britannique, pas plus que celui de la colonie, ne s'oppose à ce que nous prenions les mesures qui nous paraîtront convenables pour faire disparaître, avec tous les ménagements que l'humanité réclame, ce qui est un germe de mal futur, plutôt qu’un mal actuel.

11 y a plus, depuis qu’à Saint-Jean on est véritablement éclairé sur la situation et que l’on a fait justice des prédications plus violentes que raisonnables ad moyen desquelles un très-petit nombre d’esprits véhéments ont 'espéré nous voir renoncer à notre situation séculaire, on désire que la population qui nous gêne rentre dans les districts habités de l’île. On trouve avec raison que le nombre des habitants utiles est déjà trop peu considérable, que les ouvriers sont trop rares et par conséquent trop chers, et qu’il y aurait profit certain et évident pour la communauté à pouvoir disposer de quelques bras de plus.

De son côté, l'autorité ecclésiastique regrette vivement de voir des hommes, catholiques pour la

plupart, se soustraire à son action im médiate, et dans

une vie à demi sauvage, rester exposés aux périls les plus évidents pour leur foi et leur moralité. Elle souhaiterait donc vivement le retour auprès d’elle.

ro là pel ne ser

: surtout fait que te lieues pas plus ue nous onvenanénage- 1 germe

t véritan a fait raisonnombre renone la polistricts e n0m- | COnSiar concertain isposer

ette vipour la et dans

périls 6. Elle d’elle.

Tous ces vœux se conçoivent d'autant mieux et s'expriment avec d'autant plus de franchise que personne ne redoute de la part du gouvernement de l'Empereur des mesures hâtives, acerbes ou seulement sévères, que l’on sait parfaitement étrangères à sa façon de voir et de procéder. Rien d’ailleurs ne pourrait y donner lieu. Les sujets anglais établis sur notre côte sont gênants, sans doute , et surtout peuvent le devenir plus encore, Mais nulle part des rixes, nulle part des voies de fait n’ont donné lieu à la moindre irritation à leur égard, On rend, au contraire, universellement justice à leurs bons sentiments. Ils méritent tous les égards imaginables, et, sans aucun doute, ces égards leur seront prodigués. L'idée, la notion de notre bon droit est désormais bien et fermement rétablie aux yeux de nos pêcheurs comme à ceux de leurs innocents concurrents. L'avenir n’est plus embarrassé de doutes. Ce point suffit pour que beaucoup d’Irlandais aillent d'eux-mêmes chercher fortune ailleurs. Les villages de Saint-Georges et de Codroy se dépeupleront rapidement pour aller enrichir les points voisins de la côte sud oudu Labrador, quand ils verront nos gens, rendus plus actifs par le sentiment de l'ère nouvelle dans laquelle la sollicitude de l’'Empereur vient de les faire entrer, se porter sérieuse ment à l'exploitation de leurs baies, et ne plus laisser libres des places que d’autres qu'eux ne doivent

pas occuper. De sages règlements contraindront aussi nos propres établissements à se contenter d’un moindre nombre de gardiens, et à ne pas tolérer dans leur voisinage et sous leur égide de si innombrables familles de ces agents. Une telle transformalion, qui ne demande ni de la rudesse ni même des menaces, peut s’accomplir en très-peu d'années à la salisfaction commune, et sans même qu'aucun intérèt particulier en reçoive la plus légère atteinte. Mais, au point de vue de l'intérêt français, ce n'est pas surtout ce qu’il faut considérer, et l’heureuse situation créée par la volonté de l'Empereur a une tout autre portée que l'émigration de quatre à cinq cents pêcheurs plus ou moins gênants. Elle est de nalure à rendre à notre commerce maritime une confiance fort ébranlée depuis vingt-cinq ans, et qui est cependant indispensable à l'existence de notre situation navale.

Telle qu'elle est aujourd’hui, sous l'empire de circonstances assurément bien peu favorables, la pèche de Terre-Neuve, tant sur les bancs que sur les côtes, fournit à l’État quinze mille marins disponibles en tout temps, et produit au commerce un bénéfice annuel de trente millions. Il ne faut pas comparer sans doute les mérites de la fréquentation des bancs à ceux de la pêche sédentaire sur la côte; mais cependant l’une et l’autre sont précieuses, et sous l'empire de circonstances favorables, elles se prê-

aindront nter d’un is tolérer 1 innomnsformanème des nées à la cun intéatteinte.

ce n’est heureuse ur à une re à cinq Ile est de ime une 1s, et qui de notre

npire de ables , la e sur les ponibles bénéfice omparer es bancs mais ce-

et sous Se prê-

és

A RÉ D ee 12 AE A M A re rar og ge ue . “

VOYAGE A TERRE-NEUVE. 285 tent à des développements nouveaux qui pourraient leur donner l'essor le plus heureux, Le mainlien assuré de la prime accordée au commerce est une condition indispensable de succès. Sans doute il y à lieu d'apporter beaucoup de mesure dans la dispensation de semblables faveurs en matière purement commerciale ; mais il ne faut pas perdre de vue qu'en réalité il s'agit bien moins ici de contribuer à la fortune des armateurs que de procurer des marins à l’État, et ce n’est pas assurément payer trop cher ces derniers que d'assurer à l’excellente éducation qu'ils reçoivent sans autres frais, une somme qui ne dépasse pas cent cinquante francs par tête. l

Peut-être serait-il également nécessaire de modifier d’une façon sérieuse les rapports des hommes avec les maisons de commerce qui les emploient. Le sort des gens de mer est dur, et les conditions qui leur sont faites n'étant pas toujours parfaitement équitables, ont visiblement tendu , dans ces dernières années, à diminuer le nombre de ceux qui se Vouent à une profession déjà très-pénible en ellemême ; l'État est directement intéressé à arrêter le progrès du mal. On ne peut cependant se dissimuler que c'est là une question difficile, et qui ne pourra, jamais être traitée qu'avec des ménagements infinis.

Enfin, si leséléments de succès indiqués pouvaient se combiner avec une reconstitution radicale de

l'établissement de Saint-Pierre, il n’y a pas de doute que, non-seulement nos pêcheries reprendraient tout l'éclat dont elles ont joui dans le passé, mais iraient encore au delà, et le résultat serait d’autant plus heureux, la France aurait d'autant plus à s’en applaudir que, par ailleurs, la diminution graduelle du cabotage, résultat inévitable de l’augmentalion des chemins de fer, n’est pas sans menacer notre personnel naval de pertes assez sensibles.

En somme, les pêcheries de Terre-Neuve , trop longtemps menacées, paraissent sortir aujourd'hui de l’état de crise où les ont vues les dernières années, et ce n’est pas un des moindres bienfaits de l'Empereur que d'avoir rendu à la France l’intégrité de la situation magnifique créée jadis par la sagesse de nos négociateurs d'Utrecht.

Page 1