‹ Voyage à Terre-Neuve [microforme]Chapitre 39 sur 47 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

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Après la guerre d'Amérique, cette situation fut confirmée par le traité de Versailles, et telle était l’importance que les hommes d’État français attachaient alors à nos droits sur Terre-Neuve, qu’ils les firent reconnaître par la nouvelle république des États- Unis qui, dans un article spécial de son traité particulier, s’engagea à ne pas autoriser ses pêcheurs à fréquenter les parages de Terre-Neuve garantis à l'exploitation de nos marins. De son côté le gouvernement britannique, bien que répugnant à s'expliquer d'une manière parfaitement claire sur les principes de notre droit, ne mit jamais d’obstacle à la pratique, si bien qu’en une occasion où des sujets anglais avaient causé quelques dommages à un de nos établissements, il paya l’indemnité qui lui fut demandée, en s’arrangeunt, toutefois, de façon à ne pas porter cette affaire à la connaissance de son parlement. En outre, le langage des gouverneurs de la colonie ne cessa jamais d'être parfaitement régulier et explicite. Des proclamations nombreuses et péremptoires continuèrent dans tous les temps à interdire aux sujets anglais toute concurrence avec nos pêcheurs dans l'étendue de nos limites. Celte partie de l’île ne fut jamais soumise à l’action de l’administration anglaise; jamais on ne la divisa en districts; jamais on n’y établit de magistrats, et même les très-rares cultivateurs qui prétendirent s’y fixer pour essayer d’une exploitation rurale, ce qui leur

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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 277 était parfaitement licite aux termes de l'acte d’Ctrecht, y furent, en quelque façon, laissés à leurs risques et périls et tout à fait en dehors de la protection des lois. Bref, notre côte resta soumise, en droit et en fait, à notre seule et unique surintendance, bien qu’au point de vue territorial nous n’y ayons jamais prétendu aucun droit de haut domaine. |

À la paix d'Amiens, les traités reprirent leur force entière, dans leur ancienne étendue. En 1814 et 1815, il en fut encore de même, et en toutes ces OCCasions on ne manqua jamais de répéler que l'on voulait rétablir les sipulations d'Utrecht sans y rien innover, sauf l'échange de territoire consenti en 1763. Les proclamations des gouverneurs furent toujours conçues dans le même esprit et même une police spéciale fut instituée par le cabinet de Londres pour veiller à ce qu'il n'y eût pas d’infraction à notre droit, et un fond voté à cet effet jusqu'en 1828.

A la révolution de Juillet, bien des traditions àiplomatiques furent oubliées, et l'esprit d’alors se montra plus enclin aux nouveautés que désireux de respecter ce qui, dans les débris du passé, valait la peine de l'être. Un traité ancien était grandement suspect d’être par cela même désavantageux, et les préventions courantes portaient alors l'esprit public à le considérer avec défaveur. Ce fut donc en ce

put la confiance qui avait régné jusqu'alors sur la

temps que se produisit l’idée dont j'ai déjà parlé plus haut, de reconstruire, sur de nouvelles bases, l'organisation de nos pêcheries et d’v introduire des avantages jusqu'alors inconnus, sauf à perdre sur les anciens. Comme il est malheureusement assez d'usage en France, on n’y regarda pas de trop près quant à la nature des arguments dont on se servit pour soûtenir la thèse, et on ébranla tant qu’on

solidité de nos droits.

Il n'est nullement extraordinaire que le gouvernement britannique se soit placé sur un terrain d'apparence favorable où nous l’invitions nousmêmes à venir s'établir. Avec une sorte d’étourderie regrettable, nous demandâmes à négocier, quand rien de sérieux n'aurait dû nous y porter : nous nous plaignîimes des empiétements de la population anglaise sur notre côte; cette situation fut déclarée par nous intolérahle; elle fut considérée comme sans remède, et le dédommagement indiqué se trouva être le droit de pècher au Labrador concurremment avec les Anglais. En vovant la France s’émouvoir ainsi, l'Angleterre avoua qu'en effet le droit que cette puissance réclamait de pêcher seule sur une partie des côtes de Terre-Neuve n'était nullement clair ni certain; qu'à ses yeux, les sujets britanniques établis parmi nos gens étaient assez fondés à le faire, attendu que, de l'avis des juriscon-

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sultes de la Couronne, là où les Anglais pouvaient pêcher sans troubler nos Opérations, rien ne les obligeait à s’en aller; que, par conséquent, le fait de la présence d'intrus sur notre côte ne constituait Pas une nouveauté dont nous dussions ré nous plaindre. Du reste, elle ne contest partout où ses sujets nous gènaient nous avions droit de les faire partir, et que nous étions les seuls juges du fait. Enfin, les jurisconsultes de la reine, cités par les conseillers de la Couronne, avaient exprimé leur opinion d’une façon assez singulière en disant qu’en principe et s’il se trouvait sur notre côte un point où Ja présence des concurrents ne nous fût pas dommageable, nous serions tenus de Ja subir; mais qu’un tel point semblait ne pas exister, Toute cette argumentation ne laissait pas que d’être un peu fragile, comme on le voit assez ; mais elle avait un inconvénient d'une {out autre nature et beaucoup plus grand encore, c’est qu'elle faisait naître dans les imaginations c d'idées qui ne S'y étaient encore jamais présentées. À Saint-Jean de Terre-Neuve, on fut étonné d'abord, ensuite on se jeta dans des espérances illimitées. Si le droit des Français était douteux, c’est qu’il n’avait rien de réel. Alors l'ile allait sortir d’une situation gènante pour l'amour-propre des patriotes, te disposidans un avenir

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nouveau et même fonder sur la côte occidentale des cités qui ne pouvaient manquer de devenir de la première importance. Une fois dans ce courant et les phrases à effet s'en mêlant, l'attitude du cabinet britannique se trouva avoir créé une cause d’agitation ct d’exigences à laquelle il fallait désormais donner satisfaction. Quant à autoriser la concurrence française sur la côte du Labrador, l'opinion publique s'y refusait énergiquement, et, à plusieurs points de vue, il faut convenir qu’elle n’avait pas tout à fait tort.

J'ai dit ailleurs combien les résultats de cette pêche étaient maigres et le nombre considérable des populations qui se les partagent. Y amener en plus les Français, c'était un sûr moyen de mécontenter tout le monde. L’Angleterre, d’après ses institutions, doit soumettre tous les traités qu’elle contracte à l'aveu de son parlement, et quand ces traités intéressent des colonies, il lui faut, en outre, l’assentiment des législatures locales. Ici, elle avait à convertir, si elle cédait à nos vues sur le Labrador, et les corps représentatifs de Saint-Jean et ceux du Canada. L'événement a prouvé qu’elle devait échouer dans cette double tâche. La sagesse eût donc voulu qu'on ne l’essayât pas avant mûr examen.

Quoi qu’il en soit, une convention, conclue en 1856, donna Saint-Georges ct Codroy aux Anglais et nous livra l'accès du Labrador. Elle fut repous-

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