‹ Voyage à Terre-Neuve [microforme]Chapitre 47 sur 47 · FES ARE · texte numérisé non relu

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vante et très-susceptible d’un développement limité. C'est une population digne non pas d’admiration , car, dans les deux Amériques, le se/f-contentment est poussé partout à un degré extrême, mais de beaucoup d’estime, et au milieu de laquelle un esprit ferme, indépendant, aventureux, peut trouver d’autant plus de plaisir à vivre que très-peu de barrières y limitent l'expansion de la fantaisie. On y est mal protégé, mais libre de se protéger soi-même. Le secours qu'on est en droit d'attendre du prochain est fort réduit; mais on n’est pas tenu à faire davantage, et les occasions ne manquent pas de travailler pour soi; enfin, si on aime la solitude, on a beaucoup plus de chances de se la créer absolue qu’au milieu des foules européennes.

Les préparatifs de notre retour, après nous avoir conduits à St-Pierre , nous ramenèrent également à Sydney. Nous y passâämes quelques jours en face d’un paysage que l'automne commençait à couvrir de teintes rougeâtres de toutes nuances. Les sauvages étaient descendus de l’intérieur en plus grand nombre que nous ne les avions encore vus, et leurs wigwams s’étendaient dans les bois voisins. Des groupes de ces braves gens circulaient dans les rues vendant leurs paniers et demandant un peu l'aumône, ce qui nous fit faire la connaissance d’un personnage important nommé Gougou, qui n'était rien moins que

le dernier représentant de l’ancienne famille royale des Micmacs. On assure qu'il jouit d’une grande considération auprès de ses compatriotes. Il sait ce qui est dû de déférence au sang d’où il sort; mais il est particulièrement harcelé par les soucis d’une si tuation de fortune très-gènée. Quelques sous qui lui furent offerts pour acheter du tabac et qu’il accepta avec empressement, commencèrent notre connaissance. Plus tard il voulut bien agréer aussi plusieurs charges de poudre et de plomb qui lui servirent à nous apporter des perdrix. De toute sa bande, ce prince: était incontestablement le plus négligé dans sa toilette. Il portait, à la vérité, et en tout temps, un habit noir mais fort éraillé, ouvert en plus d’un endroit et auquel il ne restait plus qu’un seul et unique bouton. Son pantalon était dans un désarroi complet, son chapeau n'avait plus de fond. Gougou, veuf depuis quelques années, manifestait l’idée de convoler en secondes noces, mais il avouait qu’il lui était difficile de trouver un parti, ne possédant au total qne son chapeau, son pantalon et son habit noir. Il paraît que le prestige de son origine ne suffisait pas pour lui faire faire un mariage d'argent dans sa tribu, de sorte qu'il est à craindre que la famille souveraine des Micmacs ne s’éteigne en lui.

Nous passâämes encore quelques jours fort agréables dans cette bonne et hospitalière Sydney. M. B**

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voulut, comme {e Gassendi quelques mois auparavant, résoudre le problème difficile de donner un bal. Il tenta l’entreprise avec courage et réussit au delà de toute espérance, Son orchestre, et c’était là le nœud de la difficulté, était bien supérieur à celui que nous avions réussi à combiner à bord. Il se composait de deux violons profondément endormis. Quand une figure de la contredanse était terminée, quelqu'un les secouait fortement par le bras, alors ils se taisaient, Sur une seconde secousse et l'indication de ce qu’il fallait faire, ils reprenaient. Mais ils ne se réveillèrent que pour aller souper et se rendormirent immédiatement après, quand, de nouveau, on leur eut mis leurs instruments entre les mains.

Comme ce bal était la dernière réunion à laquelle püt assister l'état-major du Gassendi on le prolongea tant qu'on put. La nuit était bien avancée quand les embarcations du bord nous ramenèrent. Peu de jours après nous partimes tout pleins des bons et joyeux souvenirs que nous laissaient nos hôtes. Aussi longtemps que le navire fut en vue, des mouchoirs s’agitèrent sur la plage pour prolonger les adieux. Plusieurs des officiers ont dû retourner et retourneront encore dans ces pays lointains. Tous se rappelleront constamment avec plaisir les soins quon ne cesse d'y prendre pour les bien accueillir.

Enfin nous étions en route pour regagner la France, non sans quelque terreur d’avoir une traversée de retour aussi mauvaise et aussi longue que l'avait été celle d'arrivée. Cependant le vent se conduisit bien et nous favorisa. Rudement secoués par une forte brise, nous faisions chaque jour beaucoup de chemin. Les lames, à la vérité, couvraient quelquefois le pont et nous enfoncèrent deux sabords ; mais nous n’en allions que plus vite. Seulement il fallut renoncer à un certain nombre de jeunes plants d'arbres verts qu’on avait espéré pouvoir importer chez nous. Ce fut autant de brisé et d’enlevé par le flot.

Sept à huit chiens de Terre-Neuve que nous avions à bord prenaient les choses plus gaiement que personne. L’agitation de la mer les jetait dans une extase visible. Crispés sur leurs jambes, les oreilles dressées, les yeux ardents, ils regardaient la vague avec une ardeur de convoitise extrème, et, pour un peu, se seraient précipités dans son sein, qui n’eût pas manqué de les engloutir immédiatement. Il y a là matière à une foule de comparaisons qui remplaceraient de la manière la plus heureuse celle du papillon et de la flamme, un peu usée désormais.

Enfin, au milieu d’une belle nuit, nous nous trouvàmes entourés de lumières mobiles qui brillaient et s’éclipsaient de toutes parts au milieu des ténè-

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