HYMNE
Dédié à Giorgione.
Poëme que Titien jusqu'à sa mort chanta, O fille de Palma ! Violante adorée, Folle œuvre du Très-Haut par le soleil dorée Comme un pampre lascif qu'arrose la Brenta l
Fleur de la volupté, superbe Violante, Ton nom vient agiter la lèvre avant le cœur, Tu soulèves l'amour sur ta gorge brûlante Où les pâles désirs s'abattent tous en chœur.
O fille de l'Antique et de la Renaissance, Espoir des dieux nouveaux, souvenir des anciens, Païenne par l'éclat et la magnificence, Histoire en style d'or des amours vénitiens,
Sur le marbre un peu blond de ton épaule altière , Que j'aime tes cheveux à longs flots répandus !
Dans ces spirales d'or que baigne la lumière, Que de foi», en un jour, mot y tu* se sont perdu» !
Palma faisait de toi ea plus pure madone, La vierge de quinze ans t'adore en ses portraits, Titien faisait de toi Madeleine qui donne Qui donne à ses amants, ses visibles attraits.
femme tour à tour chaste comme Suzanne Et faible comme Hélène, — Idéal, Vérité, — Viens me dire pourquoi, divine courtisane, Pourquoi Dieu t'a donné oette a; dente beauté?
C'est qu'il faut que le cœur à l'esprit s harmonise ; Titien cherchait encor les sentiers inconnus : Pour qu'il eût du génie, ô fîlle de Venise, Tu sortis de la mer oomme une autre Vénus !
Dans tes yeux noirs et doux sa gloire se reflète,. Car cet or qu'on croirait au soleil dérobé, Ces prismes, ces rayons, ces fleurs de sa palette, Par un enchantement, de tes mains ont tombé.
Oui, grâce à toi, Titien réalisa son rêve :
Sans l'amour à quoi bon les splendeurs de l'autel ? C'est par la passion qu'il devint immortel :
Dieu commence l'artiste et la femme l'achève.