VENISE A VOYAGE
parla italien avec un accent qui me fît tourner la tête. Elle prit tout à coup possession de moi comme d'un homme à elle. Zulietta me donnait a garder ses gants, son éventail, son linda, sa coiffe; m'ordonnait d'aller ici ou là, de faire ceci ou cela, et j'obéissais. Écoute, Zanetlo, me dit-elle, je ne veux pas être aimée a la française, ne me reste pas à demi; au premier moment d'ennui, va-t-en. Le soir, nous la ramenâmes chez elle. Tout en causant, je vis deux pistolets sur sa toilette : c'étaient ses compagnons de plaisir. Je la trouvai, le lendemain, in vestito confidenza. Les jeunes vierges des cloîtres sont moins fraîches, les beautés du sérail sont moins vives, les houris du paradis sont moins piquantes. Ses manchettes et son tour de gorge étaient bordés d'un (il de soie garni de pompons ou plutôt de roses. C'était la porte de l'Elysée. » Il y a encore des courtisanes à Venise, mais il n'y a plus de Zulietta. Ceux qui veulent les connaître, au point de vue de l'art, devront se con- , tenter de leurs folles chevelures, de leur cou fier et de leur gorge somptueuse. Pour le reste, elles sont indignes des courtisanes qui posaient devant Phidias et Praxitèle. Elles font comprendfe que, si on a remplacé la ceinture de Vénus par la robe discrète, c'est que l'humanité voulait cacher ses flancs appauvris et ses jambes grêles. Aussi, les courtisanes consentent à poser devant l'amour qui aime le mystère, mais elles refusent hautement de poser devant l'art, qui aime le soleil.