DE VICENCE A PADOUE
Près de Padoue, au sein de ce riche pays
Où le pampre s'étend sur le blé de maïs
(Que n'ai-je vos pinceaux, Titien ou Véronèse, *
Pour ce divin tableau digne de la Genèse!),
Une femme était là, caressant de la main
Un bambino couché sur l'herbe du chemin :
Plus souples et plus longs que les rameaux du saule,
Ses cheveux abondants tombaient sur son épaule ;
Elle était presque nue, à peine un peu de lin
Lui glissait au genou ; plus d'un regard malin *
Courait comme le feu de sa jambe hardie
A sa gorge orgueilleuse en plein marbre arrondie.
Elle se laissait voir naïve en sa beauté
Sans songer à voiler sa chaste nudité ;
Dieu Pavait faite ainsi, comme il avait fait Eve ,
Un matin qu'il voulait réaliser un rêve :
Pourquoi cacher au jour ce chef-d'œuvre charmant
Créé pour être vu, di\ in enchantement !
A la fin, devinant qu'on la trouvait trop bille, Elle voulut voiler cette gorge rebelle - y
Elle étendit la main, mais le voile flottait. Son front avait rougi ; de femme qu'elle était Elle redevint mère : — avec an doux sourire , Un sourire plus doux que je ne saurais dire , A son petit enfant elle donna son sein , sublime aotion ! Les anges par essaim , Chantant Dieu, sont venus pour voiler de leurs ailes L'altière volupté de ces saintes mamelles.