‹ Voyage à VénusChapitre 2 sur 23 · V 0 Y A G E AVENUS · texte numérisé non relu

V 0 Y A G E AVENUS

rent en masses noirâtres et profondes, comme pour livrer bataille à la terre, et bientôt, en effet, grondèrent clans leurs flancs des bruits sourds et menaçants. Un coup de foudre qu'elles lancèrent sur une des plus hautes montagnes, comme sur un fort de défense, ouvrit l'attaque, et aussitôt après elles envoyèrent une effroyable bordée de balles de glace qui ravagèrent, sans merci, les vignes et les moissons.

Ce ne fut pas, comme bien vous pensez, sans une vive appréhension, que je pénétrai dans le foyer même de la tempête. Dès la première couche de nuages, je me trouvai dans une obscurité profonde. Des vapeurs fuligineuses et pareilles à l'épaisse fumée de la houille m'entouraient de toutes parts, seulement, de temps à autre, l'éclair de la foudre y projetait une lueur d'un rouge sinistre, et en faisait ces ténèbres visibles que Milton a placées dans son enfer. Quelle que fût la rapidité de mon ascension, je voyageai dans ces masses caligineuses bien plus longtemps que je ne J'aurais pensé. Elles me parurent avoir au moins cinq lieues d'épaisseur, comme ce nuage que MM. Barrai et Bixio traversèrent dans leur voyage aérostatique, et j'éprouvai une grande satisfaction lorsque enfin une clarté bien faible et bien confuse encore, mais devenant

de plus en plus sensible, vint à pénétrer T opacité du brouillard. Comme j'étais alors parvenu dans les couches les plus élevées de l'atmosphère, le froid devint extrêmement vif, il dépassa 30 degrés, et condensa les vapeurs en gouttes de glace qui, tombant à travers l'épaisse couche du nuage, glaçaient d'autres vapeurs autour d'elles, et atteignaient ainsi la grosseur ordinaire des grêlons.

En approchant de l'extrémité du nuage, je vis le soleil se dessiner en globe rougeâtre, semblable à un boulet sortant de la fournaise et comme nous l'apercevons à travers les brouillards du matin; seulement, par un curieux effet de mirage, son image se réfléchissait au-dessous de moi, dans les vapeurs. Peu à peu, il reprit sa couronne de rayons, et, je me trouvai dans une atmosphère resplendissante.de lumière.

L'éclat azuré du ciel que j'eus grand bonheur à revoir était pourtant terne et pâle auprès de celui de l'amas de vapeurs que je venais de traverser. Vous pouvez difficilement vous imaginer la splendeur neigeuse des nuages, dans leur partie supérieure. Comme nous les voyons généralement entre le soleil et nous, ils ne nous présentent guère que leur face la plus obscure; l'autre ne nous apparaît que de nrofil. festonnant l'amas nébuleux de ces

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