CHAPITRE VI
Nouvelles observations sur l'arbre à Thé , sur les districts à Thé. — Fabrication de Thé noir et de Thé vert. — Thé de Pongamia glabra. — infériorité des Thés provenant du Thea Dohea t — Culture du Thé eu Amérique, en Australie, en Angleterre.
La culture de l’arbre à Thé, bien que confinée, jusqu’à une époque assez récente, dans la partie orientale de l’Asie , occupait encore une très-vaste région. Thunberg nous apprend qu’il croit en abondance au Japon tant à l’état cultivé qu’à
Une note de la douane anglaise, en date du 2 juin 1853, est ainsi conçue :
« L’ordre pour percevoir les nouveaux droitssur Je Thé est arrivé le 31 mai « au soir. Le 1er juin au matin, la livraison a commencé à six heures. Les « entrées dépassent le nombre extraordinaire de 10,000 caisses. Une seule « maison de la cité a paye hier 10,000 livres sterling (250,000 fr.) de droits « sur le Thé. »
Le Pays du 23 juin 1853, sous la rubrique Commerce et industrie, contient la note suivante:
« En Chine l'exportation du Thé de cette année est évaluée à 100,000 Iir « vre> de plus que l'an dernier. »
l’état sauvage, et le docteur Wallich nous informe qu’on le trouve aussi dans la Cochinchine ; quant à moi, je l’ai vu cultiver en Chine depuis Canton , tout à fait au sud de cet empire, jusqu’au 31° degré de latitude nord, et M. Rewes assure qu’on le rencontre aussi dans la province de Shun- Tung, près de Tang-Chow-Foo, située à 36 degrés de la même latitude.
Quoi qu’il en soit, il est certain que les districts à Thé les plus importants de la Chine, ceux qui fournissent la presque totalité des Thés exportés en Europe et en Amérique , sont situés entre le 25e et le 31e degré de latitude nord , et que les meilleurs sont entre le 27e et le 31e.
La variété cultivée à Canton et avec, laquelle sont fabriqués les Thés désignés sous le nom de Thés de Canton est celle connue des botanistes sous le nom de Thea Bohea, et la variété existant plus au nord, dans les provinces à Thé vert, est le Thea viridis.
La première parait avoir reçu son nom de l’opinion générale où l’on était qu’elle fournissait tous les Thés noirs des montagnes de Bohea , et la seconde fut ainsi nommée parce quelle produisait, assurait-on , tous les Thés verts du commerce. Ces désignations ont induit le public en erreur, et jusqu’à ces derniers temps on a cru généralement que le Thé noir ne pouvait s’obtenir que du Thea Bohea , et le Thé vert du Thea viridis.
.J’avais consigné , dans mon premier volume publié en 1846 , plusieurs observations à ce sujet; je m’attachai à établir que les Thés noirs ou verts peuvent s’obtenir de l’ùne et de l’autre variété, et que la différence de couleur ne dépend absolument que de la manipulation (1). A l’appui de cette assertion, je ferai remarquer que l’arbre à Thé noir observé par moi près de Foo-Chow-Foo , à peu de distance des coteaux de Bohea, offrait une identité complète avec l’arbre a Thé vert du Che-Kiang.
(1) Voir page 3 et suivantes.
On m’objecta alors que j’avais exploré , à la vérité . plusieurs districts à Thé voisins du littoral , mais que je n’avais pas visité les provinces de l’intérieur, qui fournissent principalement le Thé au commerce étranger.
Il serait difficile de me faire cette objection , aujourd’hui que j’ai parcouru et la contrée à Thé vert de Hwuy-Chow et celle à Thé noir de Woo-e-Shan , et je dois dire que , durant ces longues pérégrinations , je n’ai rien vu qui ait pu me porter à revenir sur les premières opinions que j’avais émises.
Il est bien vrai que les Chinois font rarement les deux espèces de Thés (noir et vert) dans la même contrée; mais c’est plutôt par convenance commerciale ou par habitude que par tout autre motif , et l’on doit concevoir , d’ailleurs, que les producteurs et les manipulateurs ont plus d’aptitude à bien faire l’espèce de Thé qu’ils font depuis longtemps. Toutefois cet usage , qui constitue la règle , souffre des exceptions : il est maintenant bien constaté, par exemple, que les beaux districts de Moning , près du lac de Poyang, qui acquièrent , chaque jour, plus d’importance par la fabrication de leurs excellents Thés noirs, ne faisaient autrefois que du Thé vert. À Canton même, on fabrique à volonté, avec le Thea Bohea, du Thé noir ou du Thé vert , suivant le goût des marchands et la nature des demandes.
Je placerai ici le récit d’une circonstance assez singulière qui s’est produite à mon arrivée à Calcutta , et qui est peutêtre plus remarquable encore que la faculté de faire des Thés noir et vert avec la même espèce ou variété.
Je me dirigeais vers les plantations de Thé du gouvernement anglais dans les provinces nord-ouest de l’Inde , avec six ouvriers chinois exercés h la manipulation du Thé et de grandsapprovisionnementsde plants et d’ustensiles pourcette fabrication. Le docteur Falconer, du jardin botanique de Calcutta , avec qui nous avions passé quelques jours , mani-
lesta le désir de voir faire le Thé; il invita en même temps quelques-uns de ses amis à assister à. l’opération. Je donnai immédiatement des ordres en conséquence à mes ouvriers chinois. En peu de temps nous eûmes construit un fourneau, installé des bassines; enfin tout fut disposé comme dans les fermes à Thé de la Chine.
Jusque-là tout était bien ; mais où étaient les feuilles sur lesquelles nous devions expérimenter? Il n’y en avait pas à Calcutta, et on n’en aurait pu trouver qu’à une assez grande distance dans l’Himnlaya. « Comment pourrons-nous faire du Thé sons feuilles? » me dirent mes Chinois tout surpris.
Je leur expliquai alors que ce que le docteur Falconer désirait surtout, c’était de voir le procédé , le mode de préparation; que le Thé que nous allions confectionner n’était pas destiné à être bu; qu’ainsi peu importait la qualité des ingrédients. Je les engageai alors à aller dans le jardin de Calcutta chercher des feuilles qui pussent suppléer à celles de l’arbre à Thé et se prêter, jusqu’à un certain point, à la manipulation. Ils se mirent donc à examiner avec soin tous les arbres ou arbrisseaux du jardin botanique, et revinrent au bout de quelque temps chargés de plusieurs paquets de feuilles de diverses plantes comme specimen à choisir; il y en avait un , entre autres, de Pongamia glabra (1). Celles-ci
(li pongamia. — Genre de la famille des Légumineuses papilionacées , tribu des Dalbergiées, établi par Lamarek ( Illustrât., t.000) ; arbres ou arbrisseaux de l’Asie tropicale. — Dicl. unie. cThist. nul., 1847, t. 10.
Genre pongamia. Calice cyathiforme, quinquedenté, obliquement tronqué, étamines monadelphées, graine fendue postérieurement en deux faisceaux ou indivisée, le dixième filet à moitié libre. Légume comprimé, plane, rostre , 1-2 sperme.
Arbres. Feuilles imparipennées. Folioles opposées. Fleurs en grappes ou «en panicules axillaires ou terminales.
Ce genre, composé de six espèces, appartient exclusivement à l’Asie équatoriale. Les Pongamias se distinguent par la rare beauté de leurs fleurs.
pongamia glabre , Pongamia, glabra, Vent., Malm., tab. 28 ; Horl. Malab., 6, tab. 3. — gadelupa indica, Lamarek. — ROBinia mitis , Linn. — DALBERGI A AREOREA , VYilld.
Feuilles à cinq ou sept folioles ovales ou ovales-oblongues , acuminées,
— Ca¬
nons parurent assez convenables pour le but que nous avions en vue; en conséquence, nous donnâmes l’ordre à quelques ouvriers du pays d’aller en cueillir la plus grande quantité possible et de nous les apporter près de notre usine improvisée.
Pendant ce temps les coolies allumaient le feu, et tout fut bientôt prêt pour commencer le travail. On fit passer successivement ces feuilles par toutes les phases de la fabrication que j’ai déjà décrite; une partie fut ensuite soumise au procédé de coloration, et enfin, à ma grande surprise, nous obtînmes un produit tellement semblable au Thé, que dix neuf personnes sur vingt s’y seraient trompées.
Je ne reviendrai pas ici sur ce que j’ai dit dans mon premier volume relativement aux procédés de fabrication des Thés verts et noirs (1) ; je ferai remarquer seulement , en ce qui concerne les feuilles employées pour la confection de ces derniers,
1° Qu’on les laisse quelque temps étendues sur le sol , dans la ferme, avant de les exposer au feu; 2° qu’elles sont ensuite agitées fortement jusqu’à ce qu’elles deviennent molles et flexibles, après quoi on les met en tas, et ce également avant de les soumettre à l’action du feu; 3° qu’après avoir été chauffées ( roasted ) pendant quelques minutes et. roulées ( rolled ) elles sont exposées à l’air pendant quelque temps, n’étant pas encore entièrement dépourvues de l’humidité qu’elles contenaient; 4° qu’enfin, pour achever de les sécher, on les place sur un feu doux de charbon de bois.
ondulées, glabres. Grappes axillaires, pédonculées, simples, denses, plus courtes que les feuilles. Légume ovale-elliptique, acuminé, monosperme.
Folioles longues de 2»à 3 pouces. Grappes longues de 2 à 3 pouces. Fleurs inodores, semblables à celles du Robinia visqueux. Corolle blauche. Calice rougeâtre.
Cette espèce croit dans l'Inde.
{Hist. u.al. des végétaux phanérogames, par M. Édouard Spach, 1834, tome 1, page 3(>t.)
1) Voir le texte et les p'anches, pages 8, 9 et suivantes.
On voit qu’il existe entre le mode de préparation des deux espèces de Thé une différence très-sensible, qui non-seulement explique la différence de couleur , mais qui nous fait comprendre pourquoi le Thé noir n’a pas , comme le Thé vert, l’inconvénient d’exciter le système nerveux , de causer l’insomnie, etc., etc. (1).
Je consignerai maintenant ici quelques considérations sur l’arbre à Thé. J’ai déjà cité à plusieurs reprises les deux espèces ou variétés distinctes qui se trouvent en Chine et qui ont été toutes deux importées en Europe: l’une , la variété de Canton, appelée Thea Bohea; l’autre , la variété appartenant à la région du nord, nommée Thea viridis. La première produit les Thés ordinaires (noirs et verts), qui se fabriquent aux environs de cette ville; la seconde fournit les Thés verts de première qualité, qui se confectionnent dans le grand district de Hwuy-Chow et dans les provinces voisines.
Tl y a peu de temps, on croyait encore, généralement, que les Thés noirs si renommés des coteaux de Bohea provenaient aussi de la variété de Canton; c’était une erreur.
Quand je visitai Foo-Chow-Foo pour la première fois en 1845, j’eus occasion de constater que la variété cultivée dans tout ce territoire était très-différente de celle de Canton et était, au contraire, identiquement la même que le Thea viridis de Che-Kiang. Foo-Chow-Foo n’étant pas très-éloigné des montagnes de Bohea , j’avais tout lieu de croire que l’arbre à Thé de ces deux localités appartenait à la même espèce; mais je n’en avais pas de preuve positive. Aujourd’hui ayant visité Woo-e-Shan et tout le pays environnant , ayant fait sécher des spécimens de toutes les plantesque j’ai recueillies , je suis en mesure d’asseoir enfin une opinion certaine sur cette question longtemps controversée.
J’ai la conviction que l’arbre à Thé de ’Woo-e-Shan tient
(1) Voir dans les annexes, à la fin du volume, les observations de M. Warrington, de l’école de pharmacie de Londres.
de très-près au 7’/iea viridis et qu’il a la même origine, bien qu’un peu modifiée par le climat. Malgré l’examen le plus attentif, je n’ai pu y découvrir que de très-légères différences , trop peu sensibles pour constituer une variété, encore moins une espèce distincte , et dans beaucoup de sujets ces différences étaient à peine saisissables. Elles consistent en ce que la plante de Woo-e-Shan donne moins de branches que celle de Hwuy-Chow, et que ses feuilles sont dentelées et, en général, plus foncées en couleur.
Ce n’est pas qu’en parcourant une plantation de Thé dans quelque partie de la Chine que ce soit on ne puisse y trouver des dissemblances plus considérables , et la raison en est évidente. Le Thé se multiplie de graine, et dès lors il est complètement impossible que les produits soient tous d’une identité parfaite. Donc , au lieu de deux variétés d’arbre à Thé existant en Chine , on peut dire qu’il s’en trouve quinze ou vingt, bien que séparées par de faibles différences. Remarquons , en outre , que ces graines sont recueillies , chaque année, sous des influences climatériques qui varient, et nous ne nous étonnerons plus que la plante d’un district ne ressemble pas complètement à celle d’un autre , bien que provenant de la même origine.
De toutes ces considérations , je conclus que la plante à Thé de Woo-e-Shan et celle de Hwuy-Chow appartiennent à la même variété, et que les différences qu’elles peuvent présenter ne sont que le résultat de la reproduction par semis et des conditions de température.
Quant à l’arbre à Thé de Canton, nommé par les botanistes Thea Bohea, quelques dissemblances qu’il puisse offrir dans les diverses localités, sous le rapport de son organisation ou des phénomènes de végétation , il est évident pour moi qu’il ne constitue qu’une seule et même variété. D’ailleurs ces légères modifications ne diminuent en rien la valeur commerciale du produit obtenu de la même variété cultivée dans les grands districts à Thé du Fo-Kien et de Hwuy-Chow, où se fabriquent les Thés les plus estimés. D’un autre côté , il se-
rait très-possible que la 'plante qui s’est améliorée dans ces deux provinces se fût, au contraire, détériorée dans d’autres. En conséquence, je conseillerai toujours de s’y adresser de préférence pour acheter des graines ou plants destinés à des cultures de Thé dans d’autres pays.
Dans ces dernières années , on a fait plusieurs tentatives pour introduire l’arbre à Thé aux États-Unis d’Amérique et dans nos colonies de l’Australie; je crains fort que ces essais n’amènent que déceptions et mécomptes (1). Sans doute ce végétal pourra croître et même prospérer partout où il trouvera des conditions convenables de sol et de climat, et, si on ne le considère que comme plante d’ornement et au point de vue de la beauté du coup d’œil , rien ne s’oppose à ce qu’on l’introduise dans les deux contrées que je viens de citer; mais, si on en veut faire un objet de spéculation commerciale, il ne suffit pas de trouver de bonnes conditions de sol et de climat, il faut encore tenir compte du prix de la main-d’œuvre.
En Chine, elle est très-bon marché. Les travailleurs, dans les provinces à Thé, ne gagnent guère que 2 ou 3 pence par jour (20 ou 30 centimes). Pourrait-on se procurer des ouvriers à un tel prix aux États-Unis ou en Australie, ou même
à un taux qui s’en rapproche? Evidemment non. Dès lors comment soutenir la concurrence avecles prix du marché chinois?
L’arbre à Thé se voit sur un assez grand nombre de points en Angleterre; dans le jardin royal de botanique, à Kew, on le cultive en pleine terre depuis plusieurs années; on en trouve aussi dans d’autres jardins et dans la plupart des pépinières. Il forme de jolis buissons toujours verts et produit en abondance de jolies fleurs blanches pendant l’hiver et le printemps , à peu près dans le même temps où fleurissent les Camellias.
J’invite tous ceux qui possèdent ces arbres à Thé et qui les cultivent comme objet d’agrément à ne pas perdre de vue
(1) Je parlerai plus loin de la culture du Thé dans l’Inde où ces essais ont beaucoup mieux réussi.
que, en Angleterre comme en Chine, la plante 11e peut réussir dans les lieux bas et humides; et c’est sans doute ce qui fait que si peu de personnes jusqu’ici aient pu obtenir, à cet égard, des résultats satisfaisants. On ne peut avoir de chances de succès qu’en plantant le Thé dans des terrains exempts d’humidité et en pente. Partout où se trouveront ces conditions nos cultivateurs pourront peut-être obtenir du Thé pour leur consommation; dans tous les cas, ils auront, du moins, sous leurs yeux une plante d’un aspect et d’une odeur agréables.
J’arrivai à Shanghai au commencement d’août après une absence de plusieurs mois; à raison de l’extrême chaleur je me tins dans une douce quiétude sous le toit hospitalier de M. Beale jusqu’à la fin de septembre.
Dans le courant de l’hiver, je m’occupai de faire venir un large approvisionnement de graine de Thé et de jeunes plants de Hwuy-Chow et de différents points de la province de Che- Kiang. Toutes mes commandes arrivèrent en bonne condition à Shanghai, où je dus prendre soin de les faire emballer et empaqueter pour le voyage de l’Inde, et je puis dire avec quelque satisfaction que j’avais là une collection des plus intéressantes.
J’avais réuni des plants non-seulement de Silver-Island, de Chusan et des districts de Ning-Po, mais aussi des célèbres contrées à Thé de Sung-lo-Shan et de Woo-e. J'avais fait préparer un bon nombre de caisses vitrées de Ward, où je les installai le mieux possible ; puis je les conduisis moi-même jusqu’à Hong-Kong.
Je les dirigeai alors sur Calcutta en quatre envois sur un pareil nombre de navires pour éviter toutes les chances de pertes ou d’avaries. Aussitôt que mes quatre cargaisons furent expédiées, je repris la route du Nord. J’arrivai à Shanghaï au
mois d’avril et je résolus de consacrer toute la belle saison à des expériences horticoles (1).
J’eus alors la satisfaction d’apprendre que toutes mes collections de plants de Thé étaient arrivées en bon état à Calcutta. De là, grâce aux excellentes dispositions prisesdans cette ville d’abord par le docteur Falconer, puis à Allahabad par le docteur Jameson, elles parvinrent également, sans avoir souffert le moins du monde, à leur destination définitive dans l’Hirnalaya.
L’un des principaux points de ma mission en Chine était donc accompli, ou peu s’en fallait; mais j’avais encore à remplir une tâche que je considérais comme assez difficile. Il s’agissait d’engager un certain nombre d’ouvriers de première habileté dans toutes les opérations de préparation du Thé. Si j’avais voulu me contenter de coolies enrôlés dans les villes du littoral, rien n’eût été plus facile; mais il était indispensable de les choisir dans les districts de l’intérieur les plus renommés pour la bonne fabrication de ce précieux produit.
Dans le but de me faciliter l’accomplissement de cette mission, M. Beale vint obligeamment à mon aide. Son premier commis, homme très-connu et très-estimé dans tout ce pays, voulut bien se charger de conduire les négociations. Je quittai alors Shanghai pour me rendre dans la province de Ning- Fo et y acheter moi-même de nouveau des graines et plants de première qualité à joindre aux collections déjà envoyées dans l’Inde.
Ayant fait tous mes achats comme je le désirais, je quittai Ning-Boà la fin du mois de décembre pour revenir à Shanghaï. A mon arrivée, je reconnus que, par les bons soins de M. Beale,
(t)IciM. Fortune donne d'intéressants détails sur la flore de cette partie de la Chine; nous les classons plus loin dans une autre section, celle-ci étant exclusivement consacrée au Thé. (Noie du traducteur .)
des engagements avaient été passés avec d’habiles ouvriers, préparateurs de Thé , et que tout avait réussi au delà de mes espérances ; je trouvai aussi un large assortiment d’ustensiles et appareils pour la fabrication du Thé, de boites pour le transport des graines, etc-, etc.; je n’avais donc plus enfin qu’à encaisser mes collections et à m’embarquer pour l’Inde.
Mes huit coolies échangèrent des adieux touchants avec leurs amis et compatriotes de l’intérieur qui les avaient accompagnés; puis nous montâmes sur le « Island-Queen , » capitaine M’ Farlane, et le lendemain matin nous étions en route pour Hong-Kong.
Dans l’automne de 1848, j’expédiai pour l’Inde une grande quantité de graines de Thé. Une partie fut tout simplement mise dans des sacs de toile , d’autres furent mêlées avec de la terre sèche et placées dans des boîtes; enfin quelques-unes furent envoyées par très-petits paquets par la poste pour arriver plus vite : aucune de ces méthodes ne me donna de bons résultats. Les graines de Thé ne conservent leur faculté germinative que très-peu de temps, ce qui rend fort difficile leur introduction par semence dans les pays un peu éloignés.
En 1849 , toutefois , je parvins à trouver un moyen assuré de transporter ces graines à de grandes distances en les maintenant dans toute leur vitalité ; et, comme cette méthode peut s’appliquer à toutes les graines dont la faculté germinative n’a qu’une courte durée, il ne sera pas inutile de la faire connaître ici : elle consiste tout simplement à semer les graines dans des caisses vitrées de Ward peu de temps après qu’elles ont été récoltées.
Voici comment je fis ma première expérience : m’étant procuré de jeunes plants de Mûrier des meilleurs districts séricicoles de la Chine , je les plantai dans des caisses de Ward de la manière ordinaire, et je leur donnai un copieux arrosage (and watered them well). Au bout de deux ou trois jours, lorsque la terre fut suffisamment séchée, j’y fis un semis épais de graines de Thé que je recouvris d’une couche de terre de 1 centimètre et demi environ; j’arrosa.1 de nouveau,
puis je raffermis le tout avec de petits croisillons destinés à maintenir la terre; je vissai alors la caisse fortement pour la rendre aussi étanche que possible.
Lorsqu’elle arriva à Calcutta, les plants de Mûrier étaient en très-bon état de conservation ; lesgrainesde Théavaient germé pendant la traversée et recouvraient toute la surface du sol.
Pendant cette même année je semai une assez grande quantité de graines de Thé entre des rangées de jeunes pieds de la même plante au lieu de Mûriers : elles germèrent également dans le cours du voyage, et arrivèrent jusque dans l’Himalaya en parfaite condition.
Lorsque la nouvelle de ces succès me fut parvenue de l’Inde, je me déterminai à adopter la même pratique pour des caisses (pie je me disposais à accompagner en personne jusqu’à leur destination. Après que quatorze caisses eurent été ainsi garnies, il me restait encore une certaine quantité de graine de Thé, environ 1 bushel et demi [55 litres] (1).
Je résolus, comme essai, de les disposer de la manière suivante : j’avais deux caisses vitrées destinées à recevoir une collection de Camellias de Chine pour le jardin botanique de Calcutta ; j’y plaçai mes graines avec une certaine quantité de terre. Une couche de ce mélange, formé d’environ un tiers de terre et deux tiers de graine , fut étendue au fond de chacune des deux caisses; puis, ayant enlevé mes Camellias de leurs pots avec précaution, je les installai par-dessus. L’espace qui se trouvait entre chaque plante fut rempli également, jusqu’à la hauteur convenable, de ce même mélange-, j’y ajoutai un peu de terre pour recouvrir complètement les graines et je donnai un bon arrosage; j’y clouai de petites planchettes pour maintenir la terre et je fermai les caisses solidement.
Je quittai Hong-Kong le 20 février 1851 avec mes seize caisses de semences, mes coolies et tous mes ustensiles, et j’arrivai à Calcutta le 15 mars. Je fus prendre mon domicile chez
( 1) Le bushel répond ;i 3G litres et une fraction.
(.Vote.du traducteur.)
le docteur Falconer, le directeur du jardin , et c’est à cette époque que nous procédâmes à la confection du faux Thé de Pongamia glabra dont j’ai parlé quelques pages plus haut.
Les caisses, comme on peut le penser, furent examinées dès le lendemain de notre arrivée ; les jeunes plants de Thé furent trouvés en très-bon état. Les graines qui avaient été semées entre les rangées commençant seulement à germer, naturellement nous nous gardâmes d’y toucher, attendu qu’elles avaient toute la place suffisante pour croître et se développer; mais il n’en était pas de même de celles qui avaient été placées dans les caisses aux Camellias, elles réclamaient d’autres soins.
En les examinant nous reconnûmes qu’elles s’étaient un peu gonflées et que la germination commençait. Les Camellias qui ne devaient pas aller plus loin furent enlevés doucement et remis en pot; ils n’avaient pas plus souffert que s’ils n’eussent jamais quitté leur terre natale.
Je fis faire de nouvelles caisses, je les remplis de terre et j’y fis un semis épais de ces graines de Thé en les recouvrant de terre d’après la méthode que j’ai déjà décrite; en peu de jours elles commencèrent à se montrer, et il me parut que pas une n’avait manqué.
Vers le 2 o mars je reçus du gouvernement l’ordre de me rendre dans les plantations. Je m’embarquai sur un des petits steamers qui font le service jusqu’à Allahabnd; là nous dûmes prendre la voie de terre jusqu’à Saharumpore, qui est environ à 30 milles du pied des montagnes de l’Himalaya. Mes coolies et leur mobilier, les caisses contenant mes précieuses collections, les ustensiles pour la fabrication du Thé remplissaient neuf charrettes, et, comme nous ne trouvions à louer, en fait de buffles, que ce qu’il nous fallait pour trois voilures chaque jour, tout ce transport s’effectua assez lentement. J’avais trouvé à Allahabad, d’après les ordres du gouverneur, une voiture d’une marche beaucoup plus rapide; ce qui me permettait d’aller et de venir sur la route pour exercer ma surveillance.
Nous arrivâmes à Saharumpore à la fin d’avril, et je remis toutes les caisses au docteur Jameson, surintendant des jardins
botaniques et des plantations de Thé dans les établissements du nord-ouest de l’Inde.
Lorsqu’on ouvrit les caisses, on trouva tous les plants de Thé en très-bon état; on n’en compta pas moins de 12,838, sans parler d’un assez grand nombre de graines qui commençaient seulement à germer. Malgré le long voyage que ces plantes avaient eu à supporter depuis les provinces du nord de la Chine, malgré le transbordement et toutes les vicissitudes du voyage par eau et par terre, elles semblaient aussi vigoureuses que celles qui croissent sur les coteaux de la terre natale.
Telle est l’histoire des moyens à l’aide desquels je pus ajouter plus de 12,000 pieds de Thé aux plantations déjà existantes dans l’Himalaya.