‹ Voyage agricole et horticole en ChineChapitre 36 sur 39 · III . ( harrue dr Kiang-Sov · texte numérisé non relu

III . ( harrue dr Kiang-Sov

Klle se compose

1° D’un soc en bois creusé en forme de 8 allongé;

2° D’un fer de lance légèrement incliné et posé sur l’extrémité du soc ;

3° D’un versoir fixé, d’une part, sur le fer de lance, et de l’autre sur la partie supérieure de la moitié du soc;

4° D’un manche fixé sur deux goupilles en bois dans l’ouverture d’une partie du 8;

5° D’une cheville placée à la moitié du manche et servant à faciliter le maniement de la charrue ;

(1° D’une haie ou flèche fixée au milieu du manche sur une goupille en bois ;

7° D’un support de la haie;

8° D’un palonnier ou attelage garni de ses cordes. Un modèle en bois, d’un vingtième de grandeur naturelle, a été fait par M. Mignot de Saint-Étienne, d’après les matériaux rapportés parM. Hedde.

La charrue malaise, avec soc en fer, nommée tengala, est d’une force peu considérable. Celle des Chinois, qui retourne la terre, est meilleure. La charrue de Bengale est encore inférieure à celle de Chine.

Page 108. — Sériciculture . Mûriers, etc., etc.

M. Robert Fortune n’a consacré que quelques pages à l’industrie de la soie. Nous ne trouvons donc pas qu’il soit inutile d’y suppléer jusqu’à un certain point par l’insertion des documents suivants, auxquels leur date assez récente donne d’ailleurs l’actualité désirable :

« Il y a vingt ans que Londres (1) , actuellement encore le seul marché des soies de la Chine, n’en recevait que 1 ,500 balles annuelles et se pourvoyait, en Italie, de ce que sa consommamation exigeait en sus.

Les temps sont bien changés.

Il arrive maintenant, chaque année, en Angleterre, 18 à 24,000 Jjalles chinoises de tout genre, d’un poids variable de 45 à 75 kilogr.; ces balles s’y consomment en presque totalité, car le continent n’a pu encore adapter à ses besoins que de fort minimes quantités d’ouvrées repoussées par la consommation anglaise.

En 1850, les soies européennes consommées en Angleterre n’ont pas atteint le cinquième des orientales.

Les grèges chinoises sont toutes généralement de couleur blanche, d’un éclat et d’une nuance variables; ce sont même ces deux qualités, ainsi que la netteté de la matière, qui en constituent le prix , fort peu impressionné par le titre ou grosseur du brin, contrairement à ce qui se passe sur les soies européennes.

Les istatlées , premières qualités de ces grèges, se subdivisent en dix variétés portant chacune un nom générique , et se subdivisent en deux ou trois choix quelquefois.

Nous trouvons d’abord :

(1) Extrait d’une lettre sur les soies de Chine envoyées à l’exposition universelle de Londres.

N° 1. La grège peacoch 18/22 deniers, blanc éclatant, bien croisée, à fortes gommures.

N" -• Hlue ciiop 18/22 deniers, moins nette et d’un blanc moins pur que lu précédente.

]N° 3. Loose bine 18/22 deniers, d’un blanc égal à la précédente, mais moins régulière , croisure inégale.

Nu i. Premier golcl, titre 18/24 deniers , d’un beau blanc, mais moins nerveuse que les trois premières.

Deuxième yold, même litre 18/24, un peu inférieure comme netteté.

Troisième yold, même titre 18/24, un peu inférieure comme netteté.

N° 5. Premier crimson, litre de 18/20, d’un blanc plus brillant que les golds , qualité légère.

Deuxième et troisième crimsons, inférieures comme netteté et qualité.

N° 6. Chocy luny , titre de 25/30 deniers, joli blanc.

ISTu 7. ( h un luny , titre de 25/30 deniers, blanc moins pur que le précédent, netteté inférieure aussi.

N° 8. Primrose, titre de 18/22 , joli blanc.

N° 9. Varions, titre de 20/22, assez joli blanc, se subdivisant, comme les golds, en trois qualités qui diffèrent par la netteté et la couleur, et comportent une différence de G à 8 francs par kilogramme de la première à la dernière.

N° 10. Jun-fa, titre de 1 0/20 deniers, blanc passable, mais régularité fort variable, et croisure souvent mauvaise; aussi les pi iv varient de 10 à 12 francs par kilogramme de la première à la troisième classe des jun-fas, qui est jaunâtre, très-sale et très-rude au toucher.

Les secondes qualités chinoises, ou laysàams, sont infiniment plus irrégulières et sales que tout ce que nous venons d’énumérer. Le prix des istatlées varie de 16 à 20 sehellings (condition de Lyon); celui de taysaam va de 8 à 15 schellings.

Elles sont surchargées de liens destinés à en augmenter le poids, liens que ne présentent point les istatlées.

Nous avons vu, dans la variété dite ning-pô , des flottes pliées à la Fossombrone, fort tordues, présentant la sophistication la plus incroyable qui se puisse imaginer.

La dorure de la flotte, étant en 40/io deniers, blanc roux, recouvrait un noyau de soie comparable au plus grossier douppion et d’un gris de lin boueux.

Les grèges de Canton sont une qualité intermédiaire, comme titre, aux istatlées et aux taysaams, mais inférieure à ces dernières comme dévidage; aussi leur prix est-il inférieur à celui des bonnes taysaams.

Le titre est fort variable, depuis 10 à 40 deniers : elles manquent de gommures.

Enfin la Chine a envoyé des spécimens de soies de Tussalt, produit de cocons sauvages ; elles sont gris de lin foncé, titre de 100 à 120 deniers. Les brins qui les forment manquent totalement d’adhérence et leur donnent une fausse apparence, de trames ou de soie décreusée. Les qualités natives sont filées sur la quenouille en bambou ; celles dites à l’européenne sont plus régulières et du guindrage français.

Note envoyée par M. Barthe, officier de marine, avec \a graine chinoise remise à la Société séricicole par JY. Amadieu , de Versailles.

Les Chinois, outre le Mûrier ordinaire, qui diffère quelque peu de celui d’Europe, ont parfois recours, pour nourrir leurs vers, à une espèce sauvage, de la famille du Morus, aussi bien qu’aux feuilles d’un arbre qu’on croit être une variété du Frêne.

Quant à leurs Mûriers, ils ont soin de ne pas leur laisser dépasser une certaine hauteur et un certain âge. Ces arbres sont plantés en échiquier, à une distance raisonnable les uns des autres, et on dit qu’ils atteignent, clans un espace de trois ans, toute lu perfection désirable. Les provinces où l’on cul-

live le- Mûrier, en Chine, sont coupées de nombreux canaux. On remplit ordinairement de Millet et de légumes l’espace situé entre chaque Mûrier.

C’est au commencement de l’année qu’on taille les arbres et qu’ils produisent de belles feuilles. On a soin de couper les branches pour donner de l’air aux feuilles; les feuilles étant, comme on dit, les poumons des arbres, ceux qui en manquent souffrent. Quand les arbres deviennent trop vieux et montrent trop de tendance à donner du fruit, on les déracine, ou bien on les taille de manière à ce qu’ils puissent donner encore de jeunes branches.

Les maisons où on entretient les vers à soie sont situées au centre des plantations, afin d’être éloignées de tout bruit, les Chinois étant persuadés qu’un cri soudain jeté, le jappement d’un chien fait mourir les jeunes vers. Ils croient aussi que le tonnerre leur est nuisible. Les chambres sont disposées pour être chauffées au besoin. On prend le soin le plus minutieux des feuilles de papier sur lesquelles les œufs sont déposés.

On fait éclore les œufs, ou on les retarde par le chaud ou le froid, selon que les feuilles des Mûriers sont plus ou moins prêtes à être données aux jeunes vers. Ils poussent la minutie jusqu’à couper les feuilles en morceaux jusqu’à ce que les vers soient assez gros; alors ils les donnent entières. Ils n’apportent pas moins d’attention à maintenir les appartements à tel ou tel degré, à les nettoyer. Quand les vers mangent, ils sont sur des espèces de petites claies en Osier que l’on nettoie souvent. Ils passent d’une claie à l’autre quand ils sentent l’odeur des feuilles fraîches qu’on y a placées. Lorsqu’ils ont jeté leurs différentes peaux, qu’ils ont atteint leur maximum de grosseur et pris une couleur jaunâtre transparente, on les met dans les compartiments avant le filage.

Une semaine après le commencement du filage, les cocons de soie sont comptés, et il devient urgent de les travailler avant que la chrysalide ne se change en papillon, ce qui gâterait les cocons.

Lorsqu’on a mis de coté un certain nombre de cocons pour

faire d’autres œufs, on tue les chrysalides des autres en les plaçant sous des couches de se! et de feuilles, en interceptant tout l’air. On les inet ensuite dans l’eau, d’une chaleur modérée, qui dissout la substance glutineuse et qui colle les soies ensemble, et on les tourne sur les dévidoirs. Enfin on les arrange en paquets de divers poids, et on les vend sous le nom de soie écnic, ou bien on les livre pour faire des étoffes.

M. Hedde, dans ses rapports sur la mission de Chine, cite le district de Slmnte comme la contrée de la province de Rwantong qui produit le plus de soie. « J’ai traversé, dit-il, ce district dans sa plus grande étendue. J’y ai remarqué la culture des Mûriers nains établis en haies sur les chaussées, et que l’on coupe à peu de distance du sol. J’ai vu les petites magnaneries disséminées dans chaque maison, les corbeilles plates de Bambous servant de claies, les coconnières à nœuds pour éviter les doubles cocons, et les simples tours à encroisure à la tavelle. Ce territoire séricicole, qui comprend une étendue de 2,500 à 3,000 kilomètres carrés, contient environ un million d’habitants. On y fait six récoltes par an, qui produisent environ 000,000 kilogrammes de soie. Les premières qualités portent le nom de long-kong et lak-lao. »

M. Hedde a rendu compte de quelques observations qu’il a faites, en Chine, sur le Mûrier multicaule. D’après tous les renseignements qu’il a pris, il lui est démontré que cette espèce est originaire du Fo-kien, et que c’est de là qu’il a été transporté à Manille.

Les Mûriers sont, en général, plantés sur des chaussées de champs de Riz. L’arbuste est coupé à 0m,33 du sol. 31. Hedde a vu très-peu de 3Iùriers à haute tige ; cependant il est certain qu’il existe , dans les provinces de Tche-Riang et du Riang-Sou, quelques plantations régulières de ce genre. M. Hedde a vu donner de la poudre de feuille de Mûrier aux vers à soie. Il y a des recettes pour obtenir 1° de la farine pure de feuille sèche : 2° de la farine de feuille mélangée avec

de Ja fécule de Riz ; 3" de la farine de feuille mélangée avec une farine de Haricots.

Quant aux semis, à la greffe et à la taille des Mûriers, les Chinois n’emploient que des procédés connus en France.

Le Mûrier le plus généralement cultivé, dans la province de Tche-kiang, est je Mûrier de Ting-Haï. Celte variété, qui vient à l'état d’arbre, porte le nom de king. Sa feuille, en fer de lance, est large et épaisse, dentée en forme de scie, et ne porte jamais de lobes ou d’échancrures comme on en rencontre dans d’autres variétés. Desséchée, la surface est lisse, et sa couleur est un vert foncé à aspect métallique. Le revers est d’une couleur verdâtre, beaucoup plus claire el d’une surlace légèrement raboteuse. Son fruit est rond, un peu oblong. lia couleur, suivant I âge, varie du rose clair au violacé noirâtre. La feuille est excellente pour les Vers à soie.

Page 117. — « Plantes textiles de Chine, désignées sous le nom générique ■ « de Mâ, Gras cloth , tissus , etc., etc. »

Nous trouvons les renseignements suivants dans les documents de la mission de Chine :

111 A-POU ou tissu de MA .

IV«bbb@. — En anglais , grass cloth ; — en chinois mandarin , hia-pou (tissu d’été) et mâ-pou (tissu de mâ); — en chinois cantonnais, ha-po et mà-po.

Les Délégués ont cru devoir conserver à ce curieux tissu sa dénomination chinoise, car celle que lui ont donnée les Anglais (grass cloth ) est impropre et dépourvue de sens. On a toujours eu pour principe, dans ce travail, de suivre bien plutôt les idées du pays que les errements des étrangers.

Xalsire et Provenante «8e Sa matière iiB-einièee (0.

(P Morrison, Bridgman, Medhurst, Callery ont traduit Md par Chanvre, et Wells Williams par Sida tiliivfolia ; Taberd et Blanco l'ont consi-

— On a attribué à plusieurs plantes la production des filaments destinés à la fabrication duhia-pou; la botanique, le commerce, les livres même des Chinois ne sont pas d’accord, mais on peut expliquer facilement cette divergence apparente d’opinions, par ce fait que ces étoffes sont tissées avec les filaments de diverses plantes qui varient suivant les latitudes, et connues sous le nom générique de Ma ; chacune d’elles est en même temps spécifiée par une désignation additionnelle, telle que kô-mâ, ching-md, etc. Ainsi, le hia-pou n’a pas une origine unique. Mais, d’après les renseignements recueillis, la plante désignée par les botanistes sous le nom d'Urtica nivea, haute de 1 mètre 50 c. à 2 mètres, — à tige droite, à feuilles dentelées, vertes sur l’une des faces, blanc d’argent sur l’autre, à graines en grappes brunes, et ne se propageant que par boutures, — serait celle qui donnerait les filaments les plus fins et les plus beaux, employés pour les tissus d’été de qualité supérieure.

Le Chanvre (qui ne paraît qu’une simple variété de celui de nos campagnes) et une espèce de Sida (le Sida liliœfolia, d’après Abel, p. 125) donnent également des filaments servant à fabriquer le hia-pou commun (1).

deré comme étant YUrtica nivea ; le docteur Abel comme désignant une Ortie, un Chanvre et le Sida tiliœ folia ; le Chincse reposilory et Iîurueli ont fait observer que les tissus bus de Md sont faits avec les filaments d’un Sida, et les toiles grossières avec ceux d'un Chanvre voisin du Cannabis saliva; enfin M. Callery a admis que le Hou-Md était un Linum, et le Hoang-Mâ le Cannabis jl.ava.

Les ouvrages chinois dans lesquels on peut trouver d’utiles renseignements sur les différentes espèces de Md , ainsi que sur leur culture , sont les suivants : Chéou-Chi-Thong-Khao ( Encyclopédie impériale d'agriculture ) ; Kong-Tching-Tsiouènn-Chou ( Traite général d'agriculture); Kouang-Kiunn- Fan-Pou (Encyclopédie impériale de botanique); Pènn- Thsao-Kang-Mo , etc. N. R.

(1, « Le Chou-Md paraît être Ylrlica nivea que j'ai vu cultivé dans l'ile Tchou-San; mon collègue, M I. Hedde , en a rapporté de Chine un plant dont l'identité avec l’espèce décrite par Linné et Sprengel a été constatée. Burnett, Osbeck , Loureiro , le P. Blanco et le Chinese reposilory mentionnent cette urticée comme indigène en Chine.

« Le Pèh-Chou-Mâ, le Lo-Md , le Po-Lo-Md, le Pi-Md, le Hou-Md, etc.,

OMh< rie! h ou se {'iillivcisl les plantes smaeid » fulii'iqiier l«* lli»*!l>oH i*j les autres tissus «B'été. —

Le ho- Pou, ou lissu fuit avec les filaments de la plante Ko{ 1), se fa brique dans le Nang-Rang-Fou et le Lin-Riang-Fou(Kiang- Si), le Tehang-Tcliou-Fou (Riang-Sou), le Toung-Tchouèn-Fou (Sse-Tchouèn) et dans quatre des départements du Roueï- Tchou.

Les tissus de Bananier (tsiao-pou) se font dons le Kwang- Tong et le Rouang~Si, et ceux de Bambou ( tchou-pou ), dans le Rwang-Tong.

Quant au Md, il est cultivé dans le Tchih-Li, principalement le long des rives du Pei-lfo, aux environs de Tièn-Tsinn et de Tong-Tchou, et dans les provinces de Rwang-Tong, de Sse-Tchouèn, de Fo-Rièn, de Koueï-Tchou, de Chann- Tong, etc. Le hia-pou se fabrique dans ces mêmes provinces, et surtout dans les environs de Canton, dans les iles de For-

paraissent être des Sida ou des Corchorus. Whitelaw, Ainslie et Loureiro s’accordent à dire que le Corchorus capsularis est beaucoup cultivé en Chine, et que l’on tisse des étoffes avec les filaments de ses tiges. Roiburgh fait la même observation au sujet du Corchorus olilorius.

« Le Ko-Mii du Tché-Kiang et du Kiang-Si est une phaséolée voisine du Dolichos bulbosus.

« Le Ching-Md, qui croit en abondance dans le Chèon-Si, ainsi que dans les arrondissements au sud du fleuve Hoaï , est décrit dans le Pènn-Tsao , liv. XIII ; il parait positif que cette plante n’offre aucune des propriétés filamenteuses du Md , et que le caractère Mu n’entre dans la composition de son nom qu’à cause de la ressemblance des feuilles de cetarbuste avec celles du Md. C’est donc à tort que le docteur Clarke Abel a douné ce nom au Sida lilicefolia , dont il annonce avoir trouvé d’immenses plantations sur les bords du Pei-Ho , dans le voisinage de Tong-Tchou et dans les environs de Tièn-Tsinn. Il est singulier que le Chinese repository , t. XI , page 97 , signale les mêmes cultures dans la même région, dans les termes suivants : L’ambassade Macartuey a remarqué une espèce d’Ortie, appelée Urlicanivca, avec laquelle on fabrique des tissus.

« MM. Bridgman et Wells Williams ont traduit Po-Lo-Mâ par Chanvre alors ; cette plante n’a rien de commun avec les Agaves, c’est une tiliacce ou une malvacée , c’est-à-dire un Corchorus, un Triunfella ou un Sida. » ( N. Rondot , notice sur les piaules textiles de la Chine. 1817, p. 2-4.)

(1) M. Stanislas Julien a publié sur le Ko ( Dolichos bulbosus ) , dans le Compte rendu des séances de l'Académie des sciences (1813), des renseignements qu’il a traduits de V Encyclopédie d'agriculture chinoise.

mose et de Tchou-San, dans presque tous les départements du Roueï-Tchou et dans quelques districts du Hou-Kouang, du Kiang-Si, du Ivouang-Si, etc. (1).

Fil de î»Iâ. — Le fdament du Mâ a de 1 à 2 mètres de longueur. Il y a trois chois de fduments. Le premier provient de l’enveloppe extérieure ou de la surface de la tige ; le second , de la couche suivante ; le troisième , d’une dernière enveloppe fibreuse. Les diverses qualités se vendent en gros brins de 30 à 50 filaments qui peuvent encore se subdiviser à l’infini. On a l’habitude, pour préparer les fils de Mâ, de les mettre dans l’eau ; puis des femmes séparent les différents brins, pour les réunir ensuite par les bouts, en les tordant avec les doigts et les pliant sur une baguette de Bambou que l’on retire après avoir formé le peloton. La chaîne et la trame se font avec les mêmes fils (2).

On fabrique quelquefois des tissus mélangés de Mâ et de Coton, en prenant ce dernier pour la trame et le premier pour la chaîne. Ces étoffes s’appellent mâ-kann-miènn-lwé.

(1) VUrlica nivea croit et est cultivée en Corée et au Japon. Le Tsjo , vulgairement Sjiro-Oo ou Karauusi et Mao , dit Kaempfer, est un Chanvre blanc ou plutôt la grande Ortie commune qui fleurit au printemps. Sa tige a des fils qui sont propres à faire de la toile. ( Charlevoix, Hisl. et description du Japon. 1737 , t. II, page 661. )— Dans son Histoire natu •» relie , civile , etc. , du Japon , Kaempfer dit encore : « Le Sjiro , ou Chanvre sauvage , vient abondamment dans la plupart des lieux incultes. Cette plante supplée , en quelque manière , au défaut du Chanvre, de Coton, car on en fait plusieurs sortes d’étoffes fines et grossières. »

(2) Les filaments bruts de Mâ se vendent le plus ordinairement à l'écheveau. L’écheveau du premier numéro est une gerbette de cinq cents brins , longue de 1 mètre 38 cent. ; c’est donc une longueur totale de 690 mètres que l’on a pour 1 fr. 37 c. Les filaments du deuxième choix forment des échevettes de 1 mètre 19 cent. ; deux mille brins de cette longueur, c’està-dire 2,386 mètres , valent 4 fr. 13 cent.

Le Mâ croît en abondance dans le Tché-Kiang. A Ning-Po, il se vend, en gros , 80 fr. les 100 kilogrammes.

D’après des nouvelles récentes de Chine, le Mâ devient un article d'exportation pour l’Angleterre; on y est arrivé à le peigner, le blanchir et le filer avec la même perfection que le Lin , et l’on en tisse des étoffes trèssupérieures aux Hia-Pous chinois.

et ne servent que pour couvertures de lit; elles sont ordinairement grossières et inférieures aux bons tissus de Coton (1).

Page 134. — Pæonia moutan. — Pivoine moutan. — Pivoine en arbre.

Celte espèce est un arbuste à racines longues, charnues et cylindriques, de la grosseur d’un doigt environ. Ses tiges ligneuses s’élèvent, dans nos jardins, à la hauteur de 1 à 2 mètres, rarement plus; mais, dans le pays natal de la plante, elles paraissent s’élever davantage. Ses feuilles sont pétiolées, deux fois ternées, composéesde foliolesovales-oblongues, d’un beau vert en dessus, glauques et légèrement pubescentes en dessous, les unes entières, les autres partagées en deux ou trois lobes.

Ses tleurs, dans la variété la plus répandue dans nos jardins, sont d’un rouge très-clair ou couleur de Rose, solitaires au sommet des rameaux, larges de 0m,15 à 0m,18 et d’un superbe aspect. Elles ont, d’ailleurs, une odeur trèsagréable qui a quelque analogie avec celle de la Rose. Leur calice a huit ou neuf folioles, et les pétales sont très-nombreux, disposés sur plusieurs rangs.

Celte Pivoine est originaire de la Chine, où elle porte le nom de Moutan ; elle y fut découverte , il y a quatorze cents ans et plus, dans les montagnes de Honan. Ce fut un voyageur qui l’y trouva, et qui, charmé de la beauté et de l’éclat de ses fleurs, recueillit plusieurs pieds de cette plante pour en parer son jardin. Cette espèce méritait d’attirer tous les regards. Soumise à la culture, elle devint bien supérieure à ce qu’elle était dans l’état sauvage ; cependant elle resta longtemps presque inconnue, et ce ne fut que vers le milieu du vne siècle,.

(1) On fait dans le Fo-Kien des toiles à côtes-lignes pour serviettes qui sont d’assez bonne qualité. Les côtes-lignes sont formées par quatre fils decoton et les intervalles par quatre fils de Md. Ce tissu , appelé à Cantoa Sam-So-Lo-Pou ou Minn-Md, a une largeur de 33 centimètres. N. R.

lorsque les troubles qui précédèrent l’élévation de la dynastie des Tang furent dissipés, que les esprits, dans ce calme si heureux après les révolutions politiques, eurent le loisir d’admirer ce magnifique végétal. Tous les amateurs furent séduits par la forme gracieuse de ses fleurs, par leurs teintes brillantes et agréablement variées ; sa culture devint générale et acquit une vogue extraordinaire. On sacrifiait des sommes considérables pour se procurer les plus belles variétés de Moutan. La nouvelle fleur reçut l’hommage des poètes; les empereurs même lui firent l’honneur de la célébrer dans leurs vers; d’habiles peintres furent chargés d’en décorer les lambris du palais impérial, et les parterres destinés à sa culture étaient consacrés par de pompeuses inscriptions.

Cet enthousiasme des Chinois pour le Moutan ne serait pas étonnant, si les merveilles que les missionnaires de Pékin en rapportent étaient dignes de foi. On a plus d’une fois, disent-ils, présenté aux empereurs des Moutans en arbre qui s’élevaient à plus de 25 pieds; le fait est bien difficile à croire.

Au reste, le Moutan n’eut pas le sort général des objets de la passion des hommes; les troubles auxquels la Chine fut fréquemment en proie, les révolutions politiques ne purent le faire oublier. Décoré du titre de Roi des fleurs et de celui de cent onces d'or, à cause des sommes exorbitantes dont les curieux avaient payé plusieurs des variétés, il fut placé au premier rang, dans les jardins de la dynastie des Song, à Kaisong-Fou, dans le Ho-Nan, alors capitale de l’empire, et lorsque, sur la fin du xive siècle, l’empereur Yong-Lo, de la dynastie des Ming, transféra la cour à Pékin, il ordonna que, tous les ans, on lui apportât des Moutans de Hou-Kouang , et cet usage existe encore aujourd’hui.

Les Chinois possèdent, à ce qu’on assure, plus de deux cent quarante variétés de Moutan, et ils seraient plus riches encore si, par un préjugé bizarre, les Pivoines panachées de diverses couleurs n’étaient pas exclues de leurs jardins. Cette aversion est fondée sur un singulier raisonnement. Ces acci-

dents, disent-ils, sont des preuves de la faiblesse des plantes: elles ne sont donc pas belles, car rien n’est beau que ce qui suit l’ordre de la nature (1). Au reste, ils ont des Moutans de toutes les couleurs, des blancs, des jaunes, des rouges, des pourpres, des violets, des bleus et même des noirs, à ce qu’ils prétendent, ce qui n’est pas du tout probable. Ils divisent ceux de chaque saison en doubles et en semi-doubles, et les premiers se subdivisent en cent feuilles et en mille feuilles, en raison du grand nombre des pétales.

Les Chinois élèvent les Moutans en espalier, en éventail, en buisson et en boule; ils en ont des nains, et d’autres qui acquièrent une assez grande hauteur, puisque, au rapport des missionnaires , on en voit de 3 mètres de haut et même plus, formant une tête aussi grosse que celle des plus beaux Orangers ; ils en ont aussi qui fleurissent à diverses époques, au printemps, en été, en automne. Par le secours d’une culture artificielle, les Pivoines qu’on apporte, chaque année, du IIou-Kouang, à l’empereur, vers la fin de l’automne, sont en fleur dans les mois de décembre et de janvier.

Le Moutan n'est cultivé qu’en pleine terre ; les Chinois s’imaginent qu’il ne réussirait pas renfermé dans une caisse ou dans un pot. Aussi toutes les Pivoines destinées à l’ornement du palais impérial, et qu’on apporte chaque année du IIou-Kouang et de Yang-Tcheou à Pékin, ont toutes crû en pleine terre, et on ne les met dans des caisses ou dans des vases que lorsque leurs boutons sont déjà formés.

Pour garantir leurs Pivoines de la poussière, des vents et des grandes pluies, les fleuristes chinois les enferment sous des tentes faites de nattes et très-artistement disposées; ils ne leur dispensent qu’à leur gré la chaleur et la lumière du so-

(1) Cette opinion des Chinois , si elle existe réellement , présenterait une singulière contradiction avec leur goût si prononcé pour les arbres nains qu'ils s’efforcent de rendre difformes en contrariant la nature, et pour d’autres monstruosités. (iVo/e du traducteur.)

leil, et parviennent, par toutes ces précautions réunies, a prolonger la durée de leur floraison.

On emploie plusieurs moyens pour multiplier les Moutans ; on sème leurs graines, on divise leurs tiges, on couche leurs branches en marcottes, on les grefl’e. Au rapport des missionnaires, le détail des procédés que suivent les fleuristes chinois pour la culture des Moutans, pour les élever, les planter, les déplanter, les éclater, serait la matière d’un long ouvrage. Il suffira de dire que la greffe qu’ils pratiquent le plus fréquemment est la greffe sur racine, et qu’il paraîtrait aussi qu’ils greffent sur les racines de notre Pivoine ordinaire, qui est commune à la Chine. Chaque année, ils déplantent les racines de Moutan; cette opération se fait en automne, et on prend ce temps pour séparer les jeunes racines nouvellement formées , qui adhèrent à la maîtresse racine, et qu’on replante ensuite à part. 11 n’y a pas plus de douze à quinze ans que les horticulteurs français emploient ce procédé ; les racines sont détachées des pieds mères en août et greffées immédiatement.

Cultivée en France, la Pivoine moutan peut aujourd’hui être plantée en pleine terre dans les jardins sous le climat de Paris, à l’air libre. Ses fleurs paraissent à la fin d’avril ou au commencement de mai. On la multiplie parles rejetons qui ont poussé sur le collet des vieux pieds, ou par greffes sur racines, et encore par des marcottes. Ce dernier moyen est le plus long, parce que les marcottes prennent difficilement racine. Depuis vingt ans on en a obtenu des graines qu’on a semées et qui ont bien réussi, et ont produit un grand nombre de variétés.

Page 150. — Une espèce de Coronillu.

Les Chinois cultivent aussi la Luzerne ordinaire et la Lupuline, plantes importées, sans doute, dans le Céleste Empire comme dans toutes les parties do l’Europe ; car la Luzerne est

comme le Blé, on n’en connaît pas bien l’origine, mais l’on suppose qu’elle nous est venue d’Orient.

Page 156. — Le joli Prunus sinensis allia.

C’est sans doute le même auquel un recueil d’horticulture consacre les lignes suivantes, sous la date du 16 octobre 1853 : ’

« P, unus sinensis flore albo pleno. — Encore une richesse de plus pour l’ornement de nos jardins, encore une conquête dont 1 horticulture est redevable à M. Fortune. Le Prunus sinensis flore albo pleno . découvert en Chine et envoyé en 1852 par cet horticulteur, vient de fleurir dans les pépinières du Muséum , où il fut envoyé d’Angleterre par M. Lindley en juin 1853. »

Page 1