‹ Voyage agricole et horticole en ChineChapitre 6 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Vente du Thé dans les districts à Thé. — Diverses manières de le préparer.

— Causes de leur coloration. — Prix d’une tasse de Thé en Chine. —

Essais de culture du Thé dans l’Inde. — Résultats qu’on peut en attendre.

Lorsque les Thés sont prêts pour la vente, les marchands, dont les opérations se font sur une large échelle, ou leurs commis, quittent les villes du district où ils font leur résidence habituelle et vont s’établir dans de petites auberges, qui sont en très-grand nombre dans cette partie de la province. Ils transportent avec eux des charges de monnaie de cuivre pour faire leurs payements. Aussitôt que leur arrivée est connue, les producteurs de Thé apportent leurs échantillons pour les soumettre à leur inspection. C’est un coup d’œil assez curieux que de voir tous ces petits fermiers ou laboureurs arrivant par toutes les routes, et portant chacun sur l’épaule deux caisses ou paniers suspendus à des bâtons de bambou.

Arrivés à la demeure du marchand, ils ouvrent leurs caisses, et on se livre à l’examen du Thé. Si la qualité et le parfum conviennent, si l’on est d’accord pour le prix, le Thé est bientôt pesé et livré, et l’argent, ou plutôt le cuivre, compté ; le vendeur remporte sa charge de monnaie sur son épaule, et retourne à sa ferme. Si, au contraire, le prix offert lui parait trop faible, la caisse est refermée avec une apparente indifférence, remise sur l’épaule, et l’on va faire des offres à un autre acheteur.

Il arrive aussi quelquefois qu’un marchand traite avec un ou plusieurs cultivateurs à un prix fixé, dont une partie est ordinairement payée d’avance. C’est ce qui a lieu le plus généralement à Canton, où les négociants étrangers sont bien

aises de s’assurer à l'avance telle ou telle espèce de Thé.

Après que les Thés ont été vendus et livrés dans le pays de provenance, on les transporte à la ville la plus voisine; là on en fait une espèce de choix, on les assortit, et ils sont définitivement empaquetés pour être envoyés sur les marchés de l’Europe et de l’Amérique.

Tel est exactement le système de culture, de préparation et de vente, tel que j’ai pu l’observer par moi-même dans la province de Che-Kiang.

Dans les districts à Thé noir du Fo-Kien, que j’ai visités, l’ exploitation et les procédés sont les mêmes que dans le Che-Kiang.

J’ai déjà dit que la plante qui produit le. Thé noir, près de Foo-Chow, est absolument la même qui croît dans les districts à Thé vert du nord. L’arbre à Thé des coteaux du Fo-Kien se trouvant plus au sud, et conséquemment sous un climat plus chaud, parvient à une grande élévation. Au risque de me répéter quelque peu, je rendrai compte ici de ma visite dans cette région montagneuse.

Chaque laboureur ou petit fermier a deux ou trois pièces de terre plantées en Thé sur le flanc de ces petites montagnes, et qui sont, en général, exclusivement soignées et exploitées par les membres de sa famille. Lorsque vient le temps de la récolte, on ferme la porte de la maison, on se transporte en masse dans les plantations, et là commencent la cueillette des feuilles. On choisit, pour ce travail, de beaux jours, afin que les feuilles soient aussi sèches que possible.

Cette première récolte se fait dans les premiers jours du printemps, lorsque les boutons des feuilles commencent à se montrer. On en fait une qualité de Thé tout à fait supérieure, qui répond à celle que l’on obtient des premières feuilles dans les districts à Thé vert. La seconde récolte, comme nous I avons déjà dit, est la plus importante; les feuilles de la troisième et de la quatrième sont grossières et donnent un Thé d’une qualité inférieure.

Lorsque les feuilles sont rapportées à la maison, on les vide

d’abord dans des espèces de cribles de bambou, et, à moins que le soleil ne soit trop ardent, on les expose à l’air, pour commencer à leur enlever l’humidité. Quand elles ont subi un commencement de dessiccation, on les met dans une bassine de cuivre, de la même forme que celles dans lesquelles les Chinois font cuire leur Riz, et que l’on place sur un feu doux. A mesure que la chaleur agit sur les feuilles, elles dégagent le surplus de l’humidité qu’elles contenaient; elles font entendre comme un petit pétillement, et enfin ne tardent pas à devenir douces et flexibles. La personne chargée de les soigner les agite fortement pendant cinq minutes environ, puis les retire et en met d’autres. Les feuilles ainsi chauffées sont déposées sur un grand crible formé de bâtons plats de bambou assujettis l’un contre l’autre. Ce crible est placé sur une table à hauteur d’appui, et alors commence l’opération du roulage (rolling). Trois ou quatre ouvriers eu prennent des portions et se mettent à les presser fortement et à les rouler, pendant une ou deux minutes, de la manière que nous avons déjà décrite. On les rejette sur la table et on les examine avec soin pour voir où en est l’opération ; puis on les reprend; on recommence, et cela trois ou quatre fois; après quoi on les agite vivement, et on les étale en couches assez minces sur d’autres cribles en bambou.

Jusqu’à ce point du travail de préparation du Thé, toutes les feuilles ont été soumises au même traitement. Mais à ce moment, du moins dans le district dont je parle, le Thé est partagé en deux sortes, dont chacune est traitée d’une manière différente. Dans l’idiome de cette province on les nomme Luk-Cha et Hong-Cha.

La première est comme un mélange de Thé noir et de Thé vert, et je soupçonne qu’elle ne sert qu’aux habitants du pays; la seconde est notre Thé noir ordinaire.

Le Luk-Cha est préparé de la manière suivante : après que les feuilles ont été roulées et pressées comme nous avons dit, on les agite modérément et on les fait sécher à l’air. Ou a bien soin de ne pas les exposer à un soleil trop ardent, et ce

qu’il y a de mieux pour cette opération est un temps sec, mais un peu couvert, et où le soleil est, à de certains moments, obscurci par les nuages.

Après que les feuilles ont été ainsi exposées à l’air pendant une heure ou deux, et même plus, car cela dépend de plusieurs circonstances, de l’état plus ou moins humide de l’air et de la convenance même des travailleurs , on les rapporte à la maison pour procéder au séchage définitif. Aux bassines en cuivre dans lesquelles on les avait d’abord chauffées et qui sont construites de manière à pouvoir s’enlever facilement, on substitue des cribles de bambou, exactement de mêmes forme et grandeur, dans lesquels on les place. On les soumet à un feu doux et modéré, qui fait sortir peu à peu et par degrés l’humidité. Au bout de quelques minutes, le crible est eidevé et placé dans un autre plus grand, mais dont le fond est plus étroit. On agite alors les feuilles, on leur imprime un mouvement de rotation , de sorte que toutes les plus petites feuilles tombent, par les interstices du crible, dans celui de dessous. (Ces petites feuilles sont, plus tard, recueillies avec soin, mises à part, et forment une qualité particulière.)

Les deux cribles sont ensuite placés sur le fourneau. Les feuilles sont alors l’objet de la surveillance la plus attentive ; on les retourne fréquemment pendant une heure environ, au bout duquel temps le Thé est considéré comme sec. Quelquefois encore, si le temps est favorable, on l’expose pendant quelques instants au soleil avant de le mettre en paquet.

Le llong-Cha, qui est, comme je l’ai dit, notre Thé noir ordinaire, est préparé autrement. D’abord, quant à l’opération du roulage, bien qu’elle se fasse à peu près de la même manière, les habitants y apportent beaucoup plus de soin, surtout pour celui qui est destiné à l’exportation. L’exposition à l’air, qui précède le chauffage (firing), se prolonge pendant deux ou trois jours ; c’est là , sans aucun doute , ce qui lui donne celte couleur noire que n’ont pas les Thés de la même espèce, mais dont la dessiccation s’opère plus rapidement. Ensuite, pour le chauffage, au lieu de mettre les feuilles par

portions, et successivement, dans des cribles ou paniers de bambou , on se sert de bassines ou chaudrons en cuivre que l’on remplit. Un ouvrier, choisi parmi les plus âgés et les plus exercés, est chargé du soin du fourneau, dans lequel il entretient un feu toujours égal. Les plus jeunes ont pour office de remuer sans cesse les feuilles dans la bassine, afin d’éviter qu’elles ne brûlent. Ce travail s’accomplit à l’aide d’un balai formé de petits brins de Bambou fendu.

Le Thé ainsi traité prend promptement la couleur noire, et a une apparence toute différente du Luh-Cha. Lorsqu’il a été amené à son point de siccité convenable, il ne reste plus naturellement qu’à le cribler, le trier, et le diviser par qualités différentes pour être empaqueté et expédié à l’étranger.

Il résulte de tout ce qui vient d’être dit que le Thé noir acquiert cette coloration 1° parce qu’il est plus longtemps exposé à l’air dans un état encore humide; 2° parce qu’on le soumet, dans les bassines, à une plus forte chaleur.

Quant aux Thés verts, il n’y a aucun doute que ceux que consomment les Chinois n’ont que la teinte verdâtre pâle qu'ils acquièrent naturellement en séchant, et que ceux qui présentent cette teinte de vert brillant que nous appelons la fleur (blooming) ont tous été soumis à la teinture, sans aucune exception.

En résumé, je consigne de nouveau ici ce fait que les Thés noirs et verts du nord de la Chine sont produits avec la même variété, le Thea viridis, et que les vrais Thés noirs de la province de Canton sont faits avec le Thea Bohea. Il s’ensuit que les Thés noirs peuvent s’obtenir et s’obtiennent, en effet, de deux espèces différentes, et que, les Thés verts ne devant évidemment cette coloration qu’à la teinture, on pourrait aussi bien nous faire des Thés jaunes ou rouges, si nous venions jamais à changer de goût et à préférer ces dernières couleurs.

On cultive, dans certains districts, plusieurs espèces de fleurs odorantes pour les mêler au Thé el le parfumer ; je citerai notamment YOlea fragrans, le Chloranthus inconspicuus,

YAgJaia odorata, etc., etc. Je suppose qu’on laisse ces fleurs sécher naturellement, et qu’ensuile on les mêle avec les feuilles de Thé.

La contrée à Thé la plus importante de la Chine est située entre le 25e et le 31e degré de latitude nord, sans parler du territoire de Canton, qui n’en produit que de qualité très-inférieure (very inferior quality). Les provinces dans lesquelles on sait que l’arbre à Thé se cultive sur la plus large échelle sont le Fo-Kien, le Ghe-Kiang et le Kiang-Nan. Il serait difficile de fixer au juste la quantité qui s’en exporte chaque année, à raison des nombreuses cargaisons qui sont incessamment envoyées, par navires chinois, en Cochinchine, à Siam, Bornéo et sur tous les points de ces parages. Quant aux exportations pour tous les aut res pays, voici des chiffres que je dois à l’obligeance de M. Winch, de I.iverpool , et qui , je crois, s’éloignent très-peu de la réalité :

Exportation pour la Grande-Bretagne du 30 juin 1845 au 30 juin 184G . 57,584,561 livr. angb (1).

Pour les Etats-Unis d’Amérique du 30 juin 1845 au 30 juin 1846 . 18,502,142

Pour l’Europe continentale pour l’année 1845. . . . 4,051,529

En outre, les exportations pour Sydney et les autres parties de l’Australie montent environ à 4,000,000 de livres, et le chiffre de ce qui est envoyé par la voie de terre en Russie s’élève à plus de 5,000,000 de livres. Au total, si nous évaluons toutes les exportations à 90,000,000, ou, en comptant ce qui est fourni à la Cochinchine , au pays de Siam , à Bornéo, etc., à 95,000,000, nous serons, à très peu de chose près, clans le vrai.

Quoique ce chiffre soit assez considérable, il est encore

1' La livre augtaise avoir du pois est de 453 grammes

bien au-dessous de ce que les Chinois eux-mêmes en consomment. Sir Georges Staunton a dit avec raison « que la « quantité de Thé annuellement produite en Chine est telle,

« et le prix tellement bas dans le pays, que, dans le cas « même où la demande étrangère viendrait tout à coup à « manquer, il n’en pourrait résulter aucune diminution sen- « sible de prix sur le marché intérieur. »

On conçoit, en effet, que cette consommation doit être immense. Rarement un Chinois boit de l’eau; le Thé est sa boisson préférée quand il est altéré, et on en prend à tous les repas. Les maisons où on le débite sont habituellement remplies comme nos tavernes ou nos cafés. Les jardins à Thé (c’est-à-dire où l’on va prendre le Thé, et ils méritent bien ce nom) sont en grand nombre dans toutes les villes. En outre, chaque rue, chaque ruelle, possède ses Tea houses (1) qui à certains moments de la journée sont littéralement encombrées de consommateurs. Et ce n’est pas seulement dans les villes que cette énorme consommation a lieu. Le long des grandes routes, sur les chemins qui sillonnent les contrées montagneuses, près des temples de Buddha, et dans les localités même les plus écartées, il existe en quantité de ces Tea houses où l’on est sûr de trouver toujours du Thé tout prêt.

Là on se procure une tasse de Thé pour la modique somme de 1 ou au plus 2 cash; et si on veut bien considérer que 100 cash font environ 4 pence et demi (45 centimes de notre monnaie), on verra que le paysan chinois peut se donner le plaisir de boire deux ou trois tasses de son breuvage favori pour environ un centime. Quant à moi, je n’hésite pas à affirmer qne chaque habitant du Céleste Empire boit environ trois ou quatre fois autant de Thé qu’un Anglais.

En portant à 300,000,000 le nombre de Chinois buveurs de Thé (2) et supposant que chaque individu consomme

(1) Maisons à Thé, équivalent de nos cafés (coffee houses).

(2) Et je l’abaisse à ce chiffre, parce que j’ai su que , dans quelques parités du sud-ouest , on n’en consomme , en général , qu’une faible quantité

6 livres par an (1), nous arrivons à ce chiffre prodigieux de 1,800,000,000 de livres; je le crois encore au-dessous de la vérité, attendu que, d’une part, ils n’ont pas d’autre boisson comme boisson ordinaire, non spiritueuse, non enivrante (uninoxicating), et que, en fait de spiritueux, le Sanchio, liqueur très-forte, est le seul qui paraisse sur leurs tables.

Ainsi admettons ce chiffre pour la consommation totale de l’empire chinois, ajoutons-y les 95,000,000 de livres d’exportation, et nous arrivons à une quantité de 2,895,000,000 de livres de Thé fabriquées annuellement en Chine.

Depuis que notre gouvernement a été amené à réduire les droits d’entrée sur le Thé, on a posé la question de savoir si, dans le cas où la demande viendrait à s’accroître sensiblement, les Chinois pourraient continuer à nous en fournir sans augmentation de prix. Pour mon compte, je suis convaincu, avec sir Georges Staunton, que la cessation subite de toute demande étrangère n’ affecterait pas sensiblement en baisse le prix du marché chinois. Dès lors il est naturel de croire, avec M. Winch (2) , qu’un accroissement dans les achats de l’Angleterre n’aurait pas non plus pour résultat de produire une hausse de quelque importance. Je ne doute pas que toute personne ayant parcouru la Chine et observé le marché ne partage mon opinion à cet égard. Déduisant, d’ailleurs, mon sentiment de l’expérience du passé, je vois que, bien que nos demandes, en ce qui concerne le Thé, aient suivi une marche toujours croissante, les prix, loin de s’élever, ont plutôt éprouvé une diminution. « Ainsi en 1846 « nous avons importé 24,000,000 de livres de plus qu’en « 1833, et cependant le prix moyen de 1846 a été d’envi- « ron 1 schelling (1 fr. 25 c.) au-dessous de celui de 1833. »

En premier lieu, je dirai qu’en présence d’un accroissement notable dans la demande il serait facile aux Chinois d’y

(1) Les enfants en boivent presque autaut que leurs pareuts. i,2) Dans une brochure intitulée, Examen de la question des droits sur le The.

satisfaire sur leur consommation habituelle , sans la réduire beaucoup. J’ajouterai que ce fait venant à se produire et à être connu dans les districts à Thé, on ne manquerait pas d’apporter plus de soins et de donner plus d’extension à cette culture. Ce nombre immense de petits fermiers dont j’ai parlé, et qui, dans l’état actuel, ne cultivent le Thé que pour leur consommation, avec un faible excédant dont la vente sert à leur procurer les autres nécessités, augmenteraient leurs plantations de manière à fournir le surplus demandé. Avec peu de dépense on couvrirait d’arbres à Thé de vastes étendues de terrain situées sur les pentes des coteaux, et qui ne portent encore aujourd’hui que du Bambou et des buissons. Concluons donc avec certitude que le surcroît de demande que nous pourrions faire, et que nous ferons probablement dans un temps donné, pourrait nous être livré sans augmentation de prix.

Je n’ai qu’une connaissance imparfaite des provinces situées à l’ouest de Che-Kiang et de Kiang-Nan ; mais, si le terrain y est accidenté et montueux, il est probable qu’il y a encore, de ce côté, de grands districts à Thé inconnus aux Européens.

Cette vaste région, renfermée entre les degrés de latitude que nous avons mentionnés quelques lignes plus haut et s’étendant de l’archipel de Chusan , à l’est des montagnes de l’Himalaya, vers l’ouest , jouit d’un climat, d’ailleurs, trèsfavorable à cette culture.

Dans tous les cas, s’il y avait quelques doutes sur la facilité d’augmenter nos approvisionnements de Thé en Chine, tournons nos regards vers nos possessions de l’Inde.

Nous devons convenir, il est vrai , que jusqu’à présent les résultats de nos essais de culture du Thé dans la province d’Assam n’ont pas été très-satisfaisants; mais tout ce que j’ai d’expérience des contrées à Thé de la Chine concourt à me prouver que les parties septentrionales des montagnes de l’Inde , comprenant une partie de l’Himalaya , conviennent beaucoup mieux à ce produit que le pays d’Assam, situé plus

au sud. La variété primitive, celle qui donne le meilleur Thé, le Thea viridis , n’existe nulle part dans les districts méridionaux de la Chine, et, quand on l’y transporte, elle ne réussit pas. Dans le Fo-Kien, où elle sert aussi à fabriquer le Thé noir , elle ne vient bien que sur les parties les plus élevées , à 2 ou 3,000 pieds au-dessus du niveau de la mer; mais même les Thés obtenus dans ces conditions, et désignés sous le nom de Thé Anhoij, sont considérés comme très-inférieurs aux qualités produites plus au nord. Sous ce rapport , des résultats analogues ont été constatés également dans l’Inde.

Dans l’Himalaya , nous avons des sols d’exposition et d’élévation très-variées et un climat tout aussi favorable pour l’arbre à Thé que celui des meilleurs districts à Thé de la Chine. Le docteur Royle, lorsqu’il était directeur du jardin botanique de la compagnie des Indes, à Saharumpore, en 1827, et aussi en 1831, signala au gouvernement les districts de Kamaon , de Gurwhal et de Sirmore, comme étant trèsconvenables pour celte culture. Dans son livre intitulé, Essai sur les forces productives de l’Inde , il déclare que non-seulement il a la certitude que l’arbre à Thé pourra très-bien prospérer sur les pentes de ces montagnes, mais qu’il y donnera des produits plus savoureux et de meilleure qualité que dans l’Assam.

D’après ces indications, des essais furent tentés, en 183ü, sous la direction du docteur Falconer, près d’Almorah et dans le Deyra-Doon, avec des graines de Thé provenant des cantons d’Ankoy, en Chine ; on y envoya des ouvriers chinois qu’on fit venir des pépinières du gouvernement établies dans l’Assam. Le dernier rapport du docteur Jamieson, successeur du docteur Falconer, est très-satisfaisant. Les échantillons qu’il a envoyés en Angleterre ont été soumis à l’examen de quelques grands négociants en Thé , et d’autres personnes expérimentées en cette matière, telles que MM. Bail et Hunt, et il a été constaté, par leur déclaration, « qu’ils étaient d’excel- « lente qualité, qu’ils appartenaient à la sorte des Thés d’üo-

« long, et qu’ils égalaient les Thés chinois fie 2 sehellings « et 1/2 à 3 sehellings la livre. »

Les plants qui les avaient fournis venaient, comme je l’ai dit, de graines envoyées d’Ankoy, et appartenaient, conséquemment, au Thea viridis ; mais il convient de remarquer que, dans le Fo-Kien, cette variété a subi une certaine détérioration sous l’influence du climat. Aussi j’engage fortement nos expérimentateurs de l’Inde à faire venir leurs plants et graines de la province de Che-Kiang , où l’arbre à Thé croit dans toute sa force et dans les meilleures conditions, et je considère ce soin comme très-important.

J’ai dit que le terrain dans lequel cette plante réussit le mieux est un riche loam, un peu graveleux, et surtout privé de toute humidité surabondante, soit naturellement, soit par le drainage. Les plantations, dans le Che-Kiang, s’établissent toujours sur le penchant des collines, et jamais dans les parties basses.

A la suite de toutes ces indications viennent se présenter, pour nous, les questions suivantes :

Possédons-nous ou pouvons-nous posséder dans l’Inde la variété d’arbre à Thé produisant la meilleure qualité de Thé en Chine ?

L’Inde jouit-elle de l’avantage d’une main-d’œuvre suffisamment économique pour cette branche d’industrie rurale?

Enfin les conditions de sol, d’exploitation et de manutention sont-elles égales dans les deux pays?

Si ces questions étaient résolues affirmativement, il est évident que nous pourrions compter sur les mêmes résultats que les Chinois.

Le docteur Jamieson est d’avis que, si une fois on arrive à cultiver le Thé dans l’Inde sur une large échelle, on pourrait livrer le Thé, à Calcutta, à G pence (60 centimes) la livre (1). On en a vendu à Almorah , dans le voisinage des établisse-

(1) En Chine, on a d’excellent Thé pour environ 5 pence (50 centimes ) la livre ; les qualités inférieures se vendent 2 à 3 pence. Les Thés tout à fait supérieurs valent 1 schelling (1 fr. 25 c.).

ments, 4 à 5 schellings la livre, c’est-à-dire au môme prix que vaut le Thé chinois de bonne qualité à Calcutta.

Si la culture dont il s’agit réussit et se développe dans nos possessions de l’Inde, l’avantage sera immense. La population si considérable de ce vaste territoire se procurerait ainsi une boisson saine et très-peu coûteuse, et des milliers de familles trouveraient du travail dans les diverses opérations qui se rattachent à la production du Thé, sans parler du bénéfice que l’Angleterre elle-même en retirerait.

De Foo-Chow-Foo, province de Fo-Kien, sur la rivière de Min.

.le désirais vivement pénétrer dans l’intérieur du pays, surtout dans les districts à Thé noir; mais les mandarins, qui étaient instruits de toutes mes démarches par leurs espions, firent tout ce qu’ils purent pour me détourner de ce dessein. Ainsi ils dirent au Consul, et ils finirent par le lui faire croire, que leur motif pour m’éloigner d’entreprendre ce voyage était le caractère bien connu des naturels de la contrée, qui seraient gens à me faire un mauvais parti. Ils ajoutaient qu’ils allaient s’occuper de nouer quelques relations dans le pays, afin que je pusse m’y rendre ensuite avec plus de sûreté.

Mais j’avais déjà assez vécu avec les Chinois pour me méfier d’eux complètement, quand je pouvais leur supposer quelque arrière-pensée. Lorsqu’ils ont un but secret, toute la question pour eux est de savoir s’ils l’atteindront par la vérité ou par le mensonge. Ils prennent l’une ou l’outre voie suivant ce qui convient le mieux à leurs projets, tout en conservant cependant une certaine préférence pour la dernière.

Lorsqu’ils virent que ma résolution était bien prise malgré leurs descriptions effrayantes des mœurs des habitants de ce district, ils me déclarèrent que je n’y trouverais pas de plantations de Thé, dans la conviction où ils étaient qu’un Anglais ne peut avoir un autre but, en explorant leur pays, que d'aller à la recherche de la plante qui produit leur boisson

favorite. Il faut que l’on sache que les Chinois sont parfaitement persuadés que nous cesserions d’exister comme nation, si nous étions privés des productions du Céleste Empire.

Il a été constaté que, pendant la dernière guerre, l'Empereur recommandait par-dessus tout à ses sujets de faire tout au monde pour empêcher les Anglais de se procurer du Thé et de la Rhubarbe, attendu, disait-il, que le premier est nécessaire à leur existence, que la seconde est pour eux un remède sans lequel ils ne pourraient vivre longtemps; qu’ainsi, par la privation de ces deux choses si nécessaires, on en viendrait plus sûrement à bout que par les armes.

Je répondis donc aux mandarins qu’il m’importait peu qu’il y eût ou non des fermes à Thé dans l’intérieur du Fo- Kien, mais que j’étais décidé à m’y transporter. En conséquence, dès le lendemain, je me mis en route et me dirigeai vers les montagnes à Thé. Le pays plat que j’eus à traverser, de la partie nord de la ville jusqu’à la région montagneuse , est cultivé principalement en Riz, en Cannes à sucre, en Gingembre et en Tabac.

Sur les pentes des coteaux, et aussi sur les parties plus élevées jusqu’à une certaine distance, on récolte des Patates douces et des Châtaignes pendant la belle saison ; mais, à mesure qu’on s’avance, les montagnes s’élèvent, deviennent plus abruptes, toute culture cesse, et on ne trouve plus que les plantes appartenant spécialement à la contrée.

En pénétrant dans cette région montagneuse, à une hauteur de 2 ou 3,000 pieds (anglais) au-dessus du niveau de la mer (environ 6 ou 900 mètres), j’arrivai enfin au district à Thé noir que j’étais désireux de voir, et dont mes bons amis les mandarins m’avaient nié l’existence. Ayant déjà exploré des provinces à Thé vert dans le nord de la Chine, j’étais curieux de vérifier d’une manière certaine si l’arbre à Thé était le même ici, ou si, comme on le croyait généralement, c’était une espèce différente. J’ai dit, dans un chapitre précédent, que l’arbre à Thé vert du nord est le véritable Thea viridis des botanistes.

Par un concours de circonstances doublement heureuses non-seulement j'avais découvert un très-vaste district à Thé, mais je m’y trouvais précisément au temps où les naturels recueillent et préparent les feuilles. Je pus donc, en premier lieu, me procurer de précieux échantillons pour mon herbier, et, en outre, des pieds vivants que je comparai immédiatement, et avec la plus rigoureuse attention, aux plants de Tliea viridis que j’avais rapportés des provinces du Nord. Je pus alors constater qu’ils présentaient une identité parfaite. Ce fut pour moi une nouvelle el incontestable démonstration que les Thés verts et noirs qui sont importés en Angleterre des provinces à Thé de la Chine sont obtenus de la même variété, et que les différences de couleur et de parfum ne proviennent que d’un mode différent de préparation.

La température de Foo-Chow-Foo paraît tenir le milieu entre celle de Hong-Kong au sud et celle de Shanghaï au nord. En juin et au commencement de juillet, le thermomètre marque 85 à 95 degrés Fahr., et vers le milieu de ce dernier mois il atteint 100 degrés, limite qu’il dépasse rarement.

La table suivante a été relevée par M. Tradescant-Lay :

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