‹ Voyage agricole et horticole en ChineChapitre 8 sur 39 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

neuvième voyage.

Arrivée a Shanghaï. — Voyage daus la province à Thé de Hwuy-Chow. — Sung-Lo-Slan , pays originaire du Thé ; ses végétaux; sa température. — Coloration du Thé.

Shanghaï, septembre 1848.

Mon but, en me dirigeant ainsi vers le nord, était de me procurer de bonne graine et de bons plants de Thé, pour les plantations de la compagnie des Indes dans les provinces nordouest de l’Inde. C’était pour moi une question d’une grande importance de me les procurer dans ces districts mêmes, où se fabriquent les meilleurs Thés, et je me voyais maintenant en mesure d’atteindre ce résultat. Je savais bien que dans les environs de Ning-Po on préparait, pour la consommation intérieure, des Thés verts d’excellente qualité, mais peu convenables pour le marché étranger, lise pouvait faire que ce fût la même variété avec laquelle on obtenait les plus belles qualités d’exportation, et que la différence ne provînt que du climat, du sol, ou, plus probablement encore, d’un autre mode de manipulation. Mais la chose restait à l’état de doute; aucun étranger, à ma connaissance, n’avait encore visité le territoire de Hwuy-Chow, et, conséquemment, n’en avait rapporté de plants de Thé.

Dans cette situation, je pensai que je ne remplirais pas convenablement ma mission, si je me bornais à me procurer des plants et des graines du district de Ning-Po, en partant de cette supposition, très-gratuite d’ailleurs, que les Thés de ce canton étaient les mêmes que ceux de la vaste province à Thé vert de Hwuy-Chow.

C’était chose facile que de se procurer graines et plants des environs de Ning-Po. En etlèt, les étrangers sont admis à \ isi 1er les îles de l’archipel de Chusan, notamment celles de Chusan et de Kin-Tang, dans lesquelles cette plante croit en abondance. Il leur est même permis d’avancer jusqu’à la célèbre pagode de Tein-Tung, à environ 20 milles de Ning-Po, et près de laquelle on cultive aussi le Thé sur une grande échelle.

Mais quant à la province de Hwuy-Chow, située dans l’intérieur, à plus de 200 milles des ports de Shanghai ou de Ning-Po, c’est une contrée fermée aux Européens. A l’exception de quelques missionnaires jésuites, personne n’a encore pu pénétrer sur ce territoire sacré et inviolable.

Déterminé à me procurer, par quelque moyen que ce fût, des Thés de ce pays, j’avais le choix entre deux moyens : ou y envoyer des agents avec mission de m’en rapporter, ou essayer d’y aller moi-même. Le premier mode offrait un grave inconvénient, c’était la chance d’être trompé par ces agents. Il est impossible d’avoir aucune confiance dans la véracité des Chinois. Les hommes que j’aurais chargés de ce soin auraient très-bien pu se rendre à 25 milles de Ning-Po, y séjourner trois semaines ou un mois, et me rapporter des plants et graines supposés achetés à Hwuy-Chow. Je n’assure pas qu’ils l’eussent fait, mais il y avait de grandes probabilités pour l’affirmative, et je ne devais pas m’y exposer.

Je renonçai donc à cette idée, et je me décidai à tenter de pénétrer de ma personne dans ce district inconnu, afin d’être à même, non-seulement de rapporter ces plants qui produisent les plus beaux Thés du commerce , mais aussi de recueillir des informations précises sur la nature du sol et sur les meilleurs procédés de culture.

J’avais alors avec moi deux domestiques chinois; je leur demandai s’ils pensaient que je pusse pénétrer jusqu’à Hwuy- Chow; ils me répondirent que la chose n’était pas impossible et qu’ils m’accompagneraient volontiers; mais à la condition que je quitterais mes vêtements anglais et que je prendrais le costume chinois. Je savais d’ailleurs que cette formalité était de rigueur et je m’y déterminai sans peine.

Ici l'auteur décrit les divers incidents et les péripéties de son voyage. A 150 ou 200 milles, il commence à apercevoir les plautatious de The sur les coteaux; enfin, le 31 octobre, il arrive à XVae-Ping, place fortifiée, cité importante du territoire de Hwuy-Chow, contenant environ 150,000 habitants, et située à environ 300 milles de Shanghaï. Après deux autres jours de navigation, il arrive à Tuu-Chc, ville où il se fait un grand commerce de Thés, et qui forme comme le port de Hwuy-Chow-Foo , la capitale de la province. Presque tous les Thés qui sont dirigés sur Haug-Chow- Foo et sur Shanghaï sont chargés dans ce port. — L’auteur reprend ainsi son récit :

Sur loute la route, depuis Yen-Chow-Foo, la rivière était comme encaissée à droite et à gauche par des coteaux élevés et à pentes rapides. À Tun-Che les collines sont plus éloignées; le pays plus ouvert forme une large et magnifique vallée, au milieu de laquelle coule la rivière. La presque totalité de cette vallée est cultivée en Thé. Le sol est riche et fertile, et la plante y présente une admirable végétation; je n’avais vu nulle part encore des pieds de Thé aussi vigoureux, ce qui m’a pleinement convaincu que la bonté du terrain contribuait beaucoup à la supériorité des Thés de Hwuy- Chow.

Après avoir passé quelques heures à Tun-Che, nous louâmes des litières pour aller plus loin. Nous traversâmes la rivière, et, vers le soir, nous arrivions à Sung-Lo, près de laquelle sont les célèbres coteaux nommés Sung-Lo-Shan, où l’on dit que l’arbre à Thé a été découvert pour la première fois.

La montagne Sung-Lo, ou Sung-Lo-Shan, est dans la province de Riang-Nan, district de Hieu-Ning, ville située au 29e degré 56' de latitude nord et au 118e degré 15' de longitude est. Elle jouit d’une grande célébrité en Chine, comme

étant le lieu où l’arbre à The lut découvert pour la première fois, et où on commença à faire du Thé vert. Dans un ouvrage nommé Hieu-Ning-Chy, publié en 1693, et cité par M. Bail, se trouve le passage suivant :

« Le Thé est originaire de la montagne de Sung-Lo. lin bonze, de la secte de Fo, apprit à un homme, de la province de Kiang-Nan, à préparer le Thé qui, par ce motif, s’appela d’abord Thé de Sung-Lo. Le Thé ne tarda pas à devenir fort en vogue, tellement que le bonze lit promptement fortune et quitta son état. L’homme a disparu et le nom seul est resté. O vous, hommes de savoir et voyageurs, qui voudriez retrouver le Thé de Sung-Lo, vous chercheriez en vain, car tout celui qui se vend sur les marchés est contrefait. »

La montagne de Sung-Lo est élevée d’environ 2,500 à 3,000 pieds au-dessus du niveau du sol. Elle est très-aride, et quelque richesse de végétation qu’elle ait pu offrir autrefois, il est certain qu’elle ne produit aujourd’hui que fort peu de Thé. D’après tous les renseignements que j’ai pris, le peu d’arbres à Thé qui y croissent ne sont l’objet d’aucune culture, et fournissent seulement ce qui est nécessaire à la consommation ries prêtres de Fo, qui ont un certain nombre de temples dans ces sites sauvages.

Tel qu’il est, cependant, ce lieu est toujours vénéré des Chinois, et a occupé beaucoup d’écrivains de ce pays.

Les parties basses, les plaines de ce district et des environs de Moo-Yuen, ville située a quelques milles plus au sud, fournissent la plus grande partie des beaux Thés verts du commerce. De là est venue la distinction qui est faite entre les Thés de montagne et les Thés de jardin (garden-tea), cette dernière désignation ne s’appliquant qu’aux arbres à Thé qui viennent dans les plaines proprement dites et qui sont l’objet d’une culture soignée. Ici le terrain est un riche loam, ressemblant assez au sol où se cultive le coton, près de Shanghaï, mais un peu moins compacte, étant mélangé de sable dans une assez forte proportion.

Lorsqu’on examine avec quelque attention ces plaines où

se récolte le garden-tea, on ne peut manquer de reconnaître que leur niveau, le niveau général de cette région, loin d’être bas, est encore à une élévation assez considérable au-dessus de celui de la mer, beaucoup plus élevé, par exemple, que la plaine de Shanghai. De Hang-Chow-Foo à Hwuy-Chow-Foo la distance est de 150 à 200 milles, et, si on songe à la rapidité du courant des rivières qui descendent de ce dernier pays vers la mer, on ne peut douter que les plaines de Sung-Lo et de Hwuy-Chow-Foo ne soient beaucoup plus hautes que celles de Hang-Chow ou de Shanghai, qui ne sont qu’à quelques pieds au-dessus du niveau de la mer.

Les roches de cette contrée sont une formation d’ardoise silurienne ( siîurian siale ) comme celle que l’on trouve en Angleterre, surmontée d’une couche de sable calcaire rouge, semblable au sable rouge d’Europe de formation nouvelle. Cette roche sablonneuse a pour effet, à mesure qu’elle se délite, de donner à ces coteaux une teinte rougeâtre. Je n’y ai, du reste, trouvé aucun débris fossile.

La flore de ces contrées a un caractère complètement septentrional, c’est-à-dire qu’on y trouve les genres communs en Angleterre et dans les parties du nord de l’Inde, tandis que les plantes tropicales y sont tout à fait inconnues. Le seul végétal que j’y aie trouvé se rapprochant de ceux des tropiques est une espèce de Palmier que j’ai décrite (1), et qui est des plus rustiques. On y voit en assez grande abondance la variété de Houx existant en Angleterre. On y trouve aussi plusieurs espèces de Chêne, de Pin; le Genièvre y est trèscommun. Les graminées, les fougères, et plusieurs autres plantes herbacées ou arbrisseaux du nord, y sont représentés par plusieurs espèces appartenant aux mêmes genres.

Si nous ne tirions nos déductions que de la flore du pays, nous devrions en conclure que l’arbre à Thé pourrait se cultiver avec succès dans quelques parties de la Grande-Bre-

(1 ) Un chapitre spécial est consacré , plus loin, aux végétaux reconnus et observés par M. R. Fortune. (. yole du traducteur .)

lagne; mais celle conclnsion serait très-peu exacte : il convient de prendre en considération le climat aussi bien que le sol et ses productions naturelles, afin d’envisager la question sous toules ses faces.

Shanghai est le lieu le plus voisin des districts à Thé vert, dans lequel on ait fait des observations de climatologie dignes de quelque confiance.

Le tableau suivant, dressé dans cette ville (31° 20 latitude nord), d’après les observations quotidiennes relevées à l’aide des meilleurs thermomètres minimum et maximum de Newmann, nous offrira des données positives en ce qui concerne l’état de la température de cette contrée (1).

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