THERMOMÈTRE
Maximum
en
moyenne.
Minimum
en
moyenne.
Degré
le plus liant du mois.
Degré le plus bas du mois.
| Juillet .
Août .
Septembre .
Octobre .
Novembre .
Décembre .
Janvier .
Février .
Mars .
Avril .
I Mai .
! Juin . .
Il convient .d’ajouter à ces observations que l’hiver de 1844-45 a été d’une douceur inaccoutumée. Je ne doute pas que dans les hivers ordinaires, formant l’état normal, le thermomètre ne descende parfois à 10° ou 12° Fahrenheit.
(1) Voir, à la tin de l’ouvrage, la correspondance de ce thermomètre et de relui de Fahrenheit avec le thermomètre centigrade.
(Vote du traducteur.)
Les mois d’hiver ressemblent assez à ceux que nous avons en Angleterre. Tantôt des pluies abondantes se succèdent sans interruption; d’autres fois surviennent de fortes gelées; les rivières et les lacs sont glacés , et la terre est couverte de neige. Le printemps vient de très-bonne heure, et cette saison est charmante dans ces contrées. En avril et mai, époque où la mousson change du nord-est au sud-ouest, la température devient généralement humide, et cette époque se nomme la saison des plaies. En juin, juillet et août, la chaleur est souvent excessive. Le ciel est constamment pur; il pleut trèsrarement, mais les rosées abondantes qui surviennent assez fréquemment pendant la nuit rafraîchissent et soutiennent la végétation. Les mois d’automne sont d’une fraîcheur tempérée et très - agréables ; vers la fin d’octobre surviennent assez souvent quelques gelées peu intenses.
Quand on pense que Shanghaï est à 9 degrés plus au sud que Naples, on ne peut manquer de trouver excessifs ces inaxima de chaleur et surtout de froid; mais, pour se mieux rendre compte de ces circonstances , il faut se rappeler les observations faites, il y a un certain nombre d’années, par le savant Humboldt. « L’Europe, dit-il quelque part, peut être « considérée comme la région ouest d’un immense conti- « nent , et conséquemment exposée à toutes les influences « qui font que les parties occidentales des continents sont « plus chaudes que les parties orientales, et en même temps « moins sujettes aux extrêmes, particulièrement à ceux du « froid. »
Shanghai est située dans la région orientale du continent asiatique, et, par suite, plus sujette à de grandes inégalités de température, excès de chaleur dans l’été, excès de froid dans l’hiver, inconnues dans d’autres contrées situées sousles mêmes latitudes ; mais son voisinage de la mer fait cependant que ces extrêmes sont moins marqués que dans le district à Thé vert de Hwuy-Chow. J’ai l’intime conviction que pendant la saison chaude le thermomètre s’élève de quelques degrés de plus dans la ville de Hwuy-Chow- Koo que dans celle de Shanghaï
ou de Ning-Po, et descend aussi de plusieurs degrés plus bas dans l’hiver. Je ne crois pas m’éloigner en évaluant cette différence à 8 ou 10 degrés dans l’un et l’autre sens, et cette évaluation suffît pour les conséquences A en tirer dans le sujet que je traite.
Dans le district de Hwuy-Chow, comme aussi je le suppose dans toutes les autres contrées où l’arbre à Thé est cultivé , on le multiplie par semis. Les graines atteignent leur maturité dans le courant d’octobre.
J’ai déjà eu occasion de parler de la préférence que beaucoup de personnes en Europe et en Amérique accordent aux Thés verts un peu foncés en couleur. Je vais maintenant donner une description précise et complète des procédés employés a Hwuy-Chow (contrée à Thé vert) pour la coloration de ces Thés, destinés exclusivement aux marchés étrangers. Ayant noté exactement dans le temps les détails de l’opération, je ne fais que les extraire mot pour mot de mon journal de voyage :
« Le chef des travailleurs procédait lui-même à la coloration du Thé. S’étant procuré une certaine quantité de bleu de Prusse, il le jeta dans un vase de porcelaine ressemblant assez au mortier de nos chimistes, l’écrasa et le réduisit en poussière fine; ensuite on fit cuire des fragments de gypse ou pierre à plâtre dans le feu de charbon de bois qui servait pour le chauffage du Thé (1), afin de pouvoir l’écraser et le réduire en poudre aussi fine que le bleu de Prusse; ce qui fut fait aussitôt qu’on l’eût retiré du feu. Les deux substances ainsi pulvérisées furent mélangées dans la proportion de quatre parties de gypse contre trois parties de bleu de Prusse, et il en résulta une poudre légèrement colorée en bleu et toute prête à être employée.
Il Voir chapitre Ier, page 9, Préparation du Thé.
« Cette matière colorante fut appliquée au Thé pendant la dernière période du chauffage. Environ cinq minutes avant de sortir les feuilles de Thé des bassines, l’opérateur prit une cuiller de porcelaine et jeta une cuillerée du mélange dans chaque bassine. Les autres ouvriers se mirent alors à agiter et à retourner très-vivement les feuilles avec les deux mains pour distribuer bien également la coloration.
« Bientôt leurs mains devinrent toutes bleues , et je pensais en moi-même que si quelques-uns de mes compatriotes buveurs de Thé avaient pu assister à cette manipulation, leur goût, à l’endroit des Thés colorés, se serait, sans aucun doute, modifié, et je crois pouvoir dire, amélioré. Il est incroyable, je le répète, que des hommes civilisés préfèrent des Thés véritablement teints à des Tl*és dans leur état naturel , et je comprends véritablement, pour ce cas spécial, que les Chinois traitent les Européens de barbares. »
Un jour, à Shanghai, un Anglais, s’entretenant avec quelques Chinois des contrées à Thé vert , leur demanda quel motif ils avaient pour teindre ainsi leur Thé, et s’ils ne pensaient pas qu’il serait meilleur en le laissant dans son état naturel. Us lui répondirent que, sans doute, cette teinture , loin de le bonifier, le gâtait, et qu’en Chine on ne se servait jamais de Thés ainsi colorés. « Mais, ajoutèrent-ils, puisque les étrangers préfèrent une addition de plâtre et de bleu de Prusse qui donne à ce produit une plus belle apparence , nous ne voyons aucune difficulté à leur en fournir, d’autant plus que, d’une part , ces ingrédients sont fort bon marché, et que, de l’autre, les Thés ainsi traités se vendent plus cher. »
J’ai dû me donner assez de peine pour arriver à déterminer exactement les proportions de matière colorante employées par les Chinois pour la teinture des Thés, non certainement dans la vue de propager cette méthode chez nous ou ailleurs, mais j’étais curieux de pouvoir indiquer d’une manière précise aux buveurs de Thé de l’Angleterre ou des Etats-Unis quelle quantité de plâtre et de bleu de Prusse ils
ingurgitent, par exemple, dans le cours d’une année. J’ai pu m’assurer qu’on met 8 mace 2 canadarins 1/2, poids qui représente à peu près une once de matière colorante pour 14 livres 1/2 de Thé, soit environ une demi-livre de ce détestable mélange pour 100 livres de Thé.
Ces préparateurs de Thé emploient deux espèces de bleu de Prusse ; le bleu de Prusse ordinaire que tout le monde connaît, et une autre sorte que je n’ai jamais vue que dans le nord de la Chine, et que j’avais d’abord prise, par erreur, pour une espèce d’indigo. Ce dernier est moins pesant que le premier, d’une teinte bleu clair pâle, très-agréable à l’œil. On emploie fréquemment aussi a Canton la racine de Curcuma ; mais je n’ai jamais vu qu’on en lit usage à Hwuy-Chow.
Je me procurai des échantillons de ces ingrédients près des ouvriers mêmes chargés de la préparation du Thé, afin de pouvoir constater, sans équivoque possible , quelles étaient les substances employées. Ils ont été envoyés à l’exposition universelle de Londres, et une partie a été soumise à ''examen de M. Warrington, du collège de pharmacie, dont j’ai rapporté plus haut les intéressantes expériences.
Dans un mémoire qu’il a lu sur ce sujet à la Société de chimie et qui est inséré dans les Transactions de cette compagnie, il dit :
« M. F ortune a envoyé du nord de la Chine, pour l’exposition universelle, des échantillons de ces matériaux servant à la teinture du Thé, et qui, d’après leur apparence, sont certainement du plâtre calciné, de la racine de Curcuma et du bleu de Prusse. Ce dernier offre une couleur bleu clair pâle, provenant, sans aucun doute, d’une addition d’alumine ou de terre à porcelaine, addition constatée d’ailleurs par l’alumine et la silice que j’y ai trouvées, ainsi que je l’ai dit dans une note précédente, et dont j’attribuai alors la présence à l’emploi du kaolin ou de l’agalmatolite. »