‹ Voyage an pays des perlesChapitre 11 sur 11 · Chef du ministère public dans les colonies anglaises · texte numérisé non relu

Chef du ministère public dans les colonies anglaises

TOTACK hJC P1.TS ftlS PE&LES.

— SafOTex OB camxeat a

— L^ ^leor 3 trop <f iiimi j le comeor if arri-

— >> a'est p» sàr, em dmsissant biosL son homme ians tons les cas; les antarités anglaises ser-ât^nt pi-évennes très-fien de temps après Vsrnvêe ie Siù^-oaga, el sans qa' il s'^ei doute.

— Comuis-iu un homme de dioix?

— Us le sost tons, Pondit-Saêb ; les seules dioses à considérer sont la jemesse et la ngoeur des membres. Noos afons en ce moment i la prisoa on Bohis du nom de IblIéHiaga qui a êLé condamné à six mois de prison pour avoir cassé le bras i un musulman dans une rixe; ai tous voulez Texpédier SOT Madras, je sois presque sur qu'il arriTera avant le voleur.

Se me rangeai i cette opinion et fis extraire Lamédiatan^it do Thana MaHénoaga.

Je lui remis la dépèche, qu'il attacha dans sa chevelure, n se dépouilla de ses vêtements, mit dans sa boudie la pièee de monnaie que je lui donnai pour acheter sa nourriture en route, et s'apprêtait à partir, lorsqu'un de mes cavaleres (cochers), qui était de la caste des Bohis, et même à ce qu'il me dit, un peu parent de MaHé-naga, me demanda la permissioa de raccompagner, pour l'aider à se défendre, soH contre les fauves, soit contre le voleur s'ils venaient a lo rencontrer et qu'il se doutât de leur mission.

accédai à ce désir, et en moins de rien mon Bohis china ^ut dans le même costume que Malié.

Ils déclarèrent qu'ils allaient faire le voyage en ix heures. Ils se frottèrent d'huile de coco de la He aux pieds, et serrant les coudes contre les hanhes, ils partirent avec la vitesse d'un cheval au ga- 3p dans la direction de Madras, soulevant autour l'eux, sous les rayons de la lune, des flots de cette )Oussière blanche impalpable que l'on rencontre sur outes les grandes routes de l'Indoustan.

J'ai parlé longuement de la caste des Bohis dans e premier volume de ces voyages, je ne rappellerai qu'une chose : c'est que ces hommes, formés dès l'enfance à la course, en arrivent à être capables de suivre pendant une journée un cheval au galop, et sur le soir le cheval est plus fatigué que l'homme...

L'expérience a été faite vingt fois. Au bout du troisième ou quatrième jour, un cheval surmené devient fourbu, tandis que plus le Bohis marche, plus il s'entraîne, et il est alors capable des exploits les plus extraordinaires.

L'animal est vaincu par l'homme.

Vingt-deux heures après leur départ, les deux Bohis étaient de retour avec les bijoux et le prisonnier; on peut juger de mon ébahissement!

Ils avaient rencontré Siagy-naga qui prenait quelques minutes de repos dans un bengalow, quelques lieues en avant de Madras, et l'avaient arrêté bien qu'ils n'en eussent pas reçu l'ordre.

Siagy-naga, se voyant pris, non-seulement avait fait contre mauvaise fortune bon cœur, comme

— Si j'osais vous donner un conseil...

— Donnez, Paléagar, vous avez plus d'expérience d'^s choses indoues que moi.

— Envoyez un coureur à Madras.

— Le voleur a trop d'avance, le coureur n'arriverait qu'après lui.

— Ce n'est pas sûr, en choisissant bien son homme dans tous les cas; les autorités anglaises seraient prévenues très-peu de temps après l'arrivée de Siagy-naga, et sans qu'il s'en doute.

— Connais-tu un homme de choix?

— Ils le sont tous, Pundit-Saëb; les seules clioses à considérer sont la jeunesse et la vigueur des membres. Nous avons en ce moment à la prison un Bohis du nom de MaTlé-naga qui a été condanmé à six mois de prison pour avoir cassé le bras à un musulman dans une rixe ; si vous voulez l'expédier sur Madras, je suis presque sûr qu'il arrivera avant le voleur.

Je me rangeai à cette opinion et fîs extraire i jimédiatement du Thana Maïlé-naga.

Je lui remis la dépèche, qu'il attacha dans sa chevelure. Il se dépouilla de ses vêtements, mit dans sa bouche la pièce de monnaie que je lui donnai pour acheter sa nourriture en route, et s'apprêtait à partir, lorsqu'un de mes cavaleres (cochers), qui était de la caste des Bohis, et même à ce qu'il me dit, un peu parent de Maïlé-naga, me demanda la permissioQ de l'accompagner, pour l'aider à se défendre, soit contre les fauves, soit contre le voleur s'ils venaient a lo rencontrer et qu'il se doutât de leur mission

GËYLAN. 3%9

J'accédai à ce désir, et en moins de rien mon Bobis Xchina -fut dans le même costume que Maïlé.

Ils déclarèrent qu'ils allaient faire le voyg^e en dix heures. Ils se frottèrent d'huile de coco de la t^ête aux pieds, et serrant les coudes contre les hanohes, ils partirent avec la vitesse d'un cheval au galop dans la direction de Madras, soulevant autour d'eux, sous les rayons de la lune, des flots de cette poussière blanche impalpable que l'on rencontre sur toutes les grandes routes de l'Indoustan.

J'ai parlé longuement de la caste des Bohis dans le premier volume de ces voyages, je ne rappellerai qu'une chose : c'est que ces hommes, formés dès l'enfance à la course, en arrivent à être capables de suivre pendant une journée un cheval au galop, et sur le soir le cheval est plus fatigué que rhomme...

L'expérience a été faite vingt fois. Au bout du troisième ou quatrième jour, un cheval surmené devient fourbu, tandis que plus le Bohis marche, plus il s'entraîne^ et il est alors capable des exploits les plus extraordinaires.

L'animal est vaincu par l'homme.

Vingt-deux heures après iem' départ, les deux Bohis étaient de retour avec les bijoux et le prisonnier; on peut juger de mon ébahissement!

Ils avaient rencontré Siagy-naga qui prenait quelques minutes de repos dans un bengalow, quelques lieues en avant de Madras, et l'avaient arrêté bien qu'ils n'en eussent pas reçu l'ordre.

Siagy-naga, se voyant pris, non-seulement avait fait contre mauvaise fortune bon cœur, comme

on dk vulgairement, mais encore il avait défia et riant ses deux gardiens à qui serait la plu5 Arite di retour à Poodicbéry, et tout le long du cliyâ[Bia ib avaient lutté de vitesse..

U va s'^d dire que Maîlé-Baga îrA mis en liberk provisoire, jusqu'à robtention de sa grâce, qui nt se ût pas attendre. J'ai dit que nos pénalités étaiem de nul effet sur les Indous -ySi immis kur appliquions les lois, pénales de Manou et des ordonaaace& de^ anciens rajahs, il en serait tout autrement» I

Vingt ans de travaux^ forcéss^t reçus en souriant par rindott. Faites battre ua homme de caste pair un paria avec un balai ou une sandale, et vous mettrez riode entière en révolution. Q n'est pas un indigène qui ne préfère cent fois les tortm^es les plus atroces ^ la mort à cette pénalité, qui serait d'un bien mince effet sur la personne d'ua Européen.

Frappé par un paoria à l'aide d'un instrumenl déclaré impur par la loi religieuse, l'Indai» de caste est dégradé,, descend daAs la catégorie des Tchandalas ou gens sans castes aussL méprisés que les Parias de naissance,, et il lui faut des milliers de transmigrations suceessifvefi pour renaître dans le corps d'un homme de caste, et recommencer son ascension prog;ireasive vers> Paramatma,. la grande âme universelle, dans laquette toutes les créatures doivent finir par st'absorber. Telle est la croyance religieuse, et cette croyanee entraine le dédain A le mépris les plus profonds pour toole peijae qé n'emporte pas dédiéance de caste. L'Européen civilement respecté,, mais reprdè comme un belatti,

CEYLAJî. 331

étranger, impur^, au point de vue religieux, aura )eau légiférer, juger, condamner, ses décisions seront toujours sans effet.

Je dois dire aussi que les Indous de caste se outîennent tellement entre eux, sont d'un tel mu- ^sme sur les alËurfis qu'ils ont intérêt à cacher, |u'il est souvent ixupossible d'arriver à la preuve le leur culpabJUité.

En voici deux exemples :

En 1866, une des jeunes filles du Serestadar [•ccDveur général indou des finances, adjoint au irésorier français, fut dépouillée, par une mendiante 3t son fils âgé de dix ana, de tous les bijoux qu'elle portait sur elle.

Les parents du Serestadar, aidés de leurs domestiques, s'emparèrent de la malheureuse et de son snfant, et les conduisirent au fond du jardin de ce ronctionnaire. Là ils se constituèrent en tribunal criminel, suivant les anciennes lois du pays, et ils soumirent aux tortures les plus affreuses les deux prisonniers pour les forcer à avouer le vol.

On ne se douterait pas de la barbarie de ces gens d'un naturel assez doux cependant, d'ordinaire, dès qu'ils croient exécuter les' prescriptions de leurs

législateurs nationaux.

Après avoir marbré le corps de leurs victimes avec des fers rouges, ils les lièrent et les déposèrent en plein soleil près d'une fourmilière ; n'obtenant aucun. aveu par cet atroce supplice, ils usèrent d'un moyen plus épouvantable encore.

Ils attachèrent au fondement de l'enfant, et aux parties génitales de la femme, deux noix de coco.

évidées par une mince ouverture, et remplies it Poulepoutchis. ^

Le poulepoutchis est une espèce de scarabée rot geur capable de percer avec sa tarière les arbres le plus durs.

Les noix de coco avaient été maintenues avec un habileté tellement infernale, que les insectes n tardèrent pas à pénétrer dans l'intérieur du corjj des pauvres victimes. J'abrège la description de ce horreurs.

Las de les torturer sans résultat, les bourreau: les jetèrent simplement dans une des rues de la aîI1< indigène. S'ils les avaient achevés et enterrés, non n'eussions, ainsi qu'on va le voir, jamais ri^n su

Des soldats de marine en permission de IsTnuii rencontrant les deux suppliciés qui geignaient svr un tar> d'ordures, composèrent un brancard avc' quelques branches d'arbre, et les apportèrent l'hôpital. Ils ne moururent pas, mais ils furent quatrl mois sans pouvoir sortir du lit. !

Dès que la mendiante et son fils purent parlrT| l'instruction commença.

Les victimes refusèrent énergiquement de faire connaître leurs bourreaux ; tout fut tenté pour obtenii un aveu : on ne reçut que cette parole : Nous ne sj^ vous rien, nous ne nous rappelons rien. »

On sépara la mère et l'enfant.

Même réponse.

On comprit immédiatement que les coupables iM valent être d'un haut rang, et qu'ils avaient le mod d'agir sur l'esprit de leurs victimes par les infirmi^ icdous de l'hôpital.

Qu'on se rappelle rhâbilelé avec laquelle la révolte de 1857 contre l'autorité an^aise fut organisée pendant cinq ans, sans qu'aucun des conjurés ait trahi leur secret, révolte que les Anglais ne connurent que le jour où elle éclata, et l'on comprendra la nature des difficultés qui s'opposaient à l'instruction.

On s'arrêta à la combinaison suivante : l'enfant fut replacé près de sa mère, seulement on les conduisit dans une salle préparée d'avance, où, à travers un ventilateur percé dans le mur, des témoins pouvaient entendre leur conversation sans être vus.

Se doutèrent-ils du piège, je ne sais, toujours est-il que pendant quinze jours ils ne parlèrent que de choses indifférentes.

Les témoins placés en observation étaient des soldats d'infanterie de marine qui, par un long séjour dans le pays et grâce à des maîtresses indigènes, étaient arrivés à parler parfaitement le tamoul.

On n'avait pas voulu employer des agents de police européens. Les magistrats savent que la police embrigadée a l'habitude de trouver quand même quelque chose. Et puis nous n'aurions eu qu'un rapport de police, et il fallait des témoins.

Toutes les précautions avaient été prises pour que l'absence des soldats de la caserne ne fût pas remarquée. Pour une faute imaginaire, trois hommes* intelligents avaient reçu publiquement quarante jours de fort ; ils y avaient été conduits, . puis extraits de nuit par un officier et conduits à l'hôpital.

Ces braves gens avài^it accepté aVee joie leur mission : Tua d*eiix veillait toujours, pendant que les autres jouaient aux oartes en buvant de la bière; Us étaient servis par la cuisine du médedurmajor.

Qnand on allait les voir la afuit, ils demandaient gaiement à finir ainsi leur eongé; jamais Us ne j^étaient trouvés à pareille îHe.

On commençait à désespérer, loisG|u'nne inxity le chef de la petite escouade, qui était cs^ral, vint réveiller le juge d'instruction; il lui apportait la pièce suivante que je copie textuellement :

c Cette nuit 35 octobrei866, àdeux heures, l'infirmier indigène Yassou a pénétré dans la chambre où se trouvait la femme Monniamalle et sob iils, et il leur a dit: — « Les juges se kssent de ne rien trouver, il faut continuer à ne rien dire, et dans quelques jours on vous laissem partir. Le Serestadar tiendra toutes ses promesses, il voua donnera une maison, un champ de nelly (riz) et quatre mille roupies (dix mille francs); si vovs pariez, il est assez puissant pour vons reprendre. » Vassou leur a remis alors un paquet de bétel et s'est retiré. >

Un quart d'heure après, Vassou Tinfirmier^ le Serestadar, toute sa famifie tf ses aeorviteimi étaient «rrètéa*

^ C'était le plus gyané événemeMde la colonie depuis un siècle.

Yassou, comprenant qn'fl ne pouvait, nier corn* l^tement, accusa les domestiques du Serestadar, ma» dédara que ce dernier ne Favait jamais diargé de rien, et qu'il avait agi seulement comsBft dataira des domestiques.

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Cette réponse n'était pas aussi improbable qu'en lurope, car les gens de service des Indousde hauta aste appartiennent à la même caste que le maître, duvent mêm^ ils sont ses alliés, la famille indoua tant encore aujourd'hui constituée comme la falille antique, c'est une communauté qui a un che£.

Le Serestadar et ses proches parents prétendirent i^qu'à la fin qu'ils ignoraient ce que l'on voulait 'eux. Les serviteurs, pour sauver leurs chefs^ s'abusèrent à qui mieux mieux.

Et malgré une conviction morale de culpabilité, in l'absence de toute preuve directe, les petits layèrent une fois de plus pour les gros. Les jurés ondamnèrent les serviteurs et acquittèrent le Seestadar et les siens, qui furent mis en liberté dè& B prononcé de l'sff rêt.

Jusqu'à la fin la mendiante et son fils avaient efusé de parler.

Le second &it est plus curieux encore.

Depuis plusieurs années, tantôt les magistrats da «rquet, tantôt la direction de la police^ recevaient, le temps en temps des avertissements anonymesi ndiquant qu'au delà des ruines de Tirvicarré, près lu village de Tendevanom,. habitaient quelques seci^eurs de Kaly qoâ n'avarient pas encore renoncé, iox sombres et (»*ueUefl junatiques de leur culte. On tjoutait qu'à chaque^ grande fête, des victimes hui»* Daines étaient sacrifiées secrètement.

Le eafiî^ où côs sfolSes dedénoaeiations se classent ai. était plein:; &. chacune était, joint un rapport des» ihefs de vUlagieset des inspecteurs; de police les dé<^ ^rantsaasrvalouewet GDLa^tfiai fiar nepkis s'cm.

préoccuper. J'étais en fonctions depuis peu, lorsqu'un jour à la sortie de l'audience un indigène m'aborde sur le perron du tribunal, me remet une sorte de placet scellé, et se perd dans la foule. J'ouvre le pli... c'était une nouvelle dénonciation en règle contre les gens de Tendevanom, et on m'avertissait qu'à la prochaine Kaly-Poudja (fête de Kaly), qui allait avoir lieu le 20 du mois d'Avany, (3 septembre), une jeune fille de dix ans, achetée sur le territoire anglais à des Tchandalas (gens sans caste — vagabonds), devait être immolée. Les renseignements les plus circonstanciés, les plus minutieux étaient donnés sur le lieu où la victime était cachée à tous les yeux, et d'où elle ne devait sortir que pour le sacrifice. L'écrit anonyme ajoutait que si jusqu'à ce jour toutes les enquêtes faites sur Tendevanom avaient échoué, cela tenait à ce qu'elles étaient toujours connues des intéressés, avant même que le magistrat instructeur n'ait quitté Pondichérj pour se rendre sur les lieux, I

La lecture de cette pièce me plongea dans d'é-' tranges perplexités.

Que faire?

Il m'était impossible de ne tenir aucuu compte de cette dénonciation. Quand bien même j'eusse cru à une mystification, l'annonce seule du sacrifice d'une victime me faisait un devoir d'agir.

Mais comment?

J'ai déjà dit que tous les Indous riches ou pauvres de haute et de basse caste, étaient ligués contiel nous, et qu'il était impossible de rien obtenir pr eux. Sans doute la police indigène ne refuse p*

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d'obéir aux ordres de ses chefs, mais si elle cherche avec empressement, elle met le même empressement à ne rien trouver...

Je ne pouvais davantage me servii* ue la police européenne. Son arrivée eût été signalée à Tirvicarre et à Tendevanom avant son départ du chef-lieu. El je savais pertinemment du reste, que dans toute question purement indoue, la police indigène s'emploie à dépister la police européenne au lieu de lui donner la main.

Requérir d'informer mon collègue le juge d'instruction, comme cela avait déjà été fait pour les précédentes dénonciations, c'était courir au devant d'un résultat négatif.

Nous étions au .25 août. J'avais une dizaine de jours devant moi. Je résolus de chercher à pénétrer ce mystère sans les secours delà police, qui dans ce cas ne pouvaient qu'être nuisibles.

Je n'eus pas un seul instant l'idée de faire arrêter toute la famille pour obtenir des aveux. Ce sont des moyens dont on use et abuse en Europe, mais en outre que cela n'eût servi à rien dans l'Inde, ou l'homme sait mourir sans parler, je n'ai jamais été personnellement partisan de la séquestration qui est une torture morale aussi barbare que h torture physique.

Le culte public de la sombre déesse Kaly, à laquelle on ne devait offrir que des sacrifices humains, a disparu de l'Inde depuis plusieurs milliers d'années; souvenir des âges primitifs, il fut du reste de tous temps proscrit par les brahmes.

Cependant quelques sectaires isolés, en se ca-

YOTAGE AU PATS DIS PERLES.

diant dans les forêts et dans les mystérieux réduite des jungles, ont conservé jusqu'à nos jours la san* glante tradition. Au Bengale, les Anglais ont été oldigés de faire eontre eux une véritable croisade.

Ces fanatiques appelés Thags, que les romaiiden européens ont dépeints; sous les couleurs les plus Sautastiques et les plus nrfstériaisesi, sont simplemoit des secsiateurs de Kaly qui immtÀaieaaL à la déesae les onlants qu'ils enlevaient aux abords des villages ou les voyageurs qu'ils surprenaient sans défiense. ConlrairemeQt A la croyance eommnne, il n'est pas d'exemple qu'un Européâi, pas plus qu'un paria^ soit tombé sous leurs coups, et cela pour deux : raisons l'Européen est cxamt et respecté, il ne irayage jamais sans armes, pas un ne pourrait disparaître sans donner lieu A de terribles rq>résailles, les Anglais sont sans pitié sur ce point; la prudence la plus vulgaire engage donc lesThugs, i^ils ne veulent pas être découverts,, à ne dmisir Irars victimes que parmi les Indous. Edl second lieu, L'Européen, au point de vue religieux, est tenu pour un. être aussi impur que le paria, et une victime impure ne saurait ètre.s«aifiée sur les autels de la déesse.

Pius je râtéehissaîs A la singuHère affidre qui me préoccupait, et plus je me persuadais que ces dénonciations périodiques reposaient sur us fond de vérité, n n'y avait rien d^imposable à ce qu'une iaaillîe de Thu^, traqua par les Anglais, soit venue ^'établir dma la r^pu>u déserte de Tirricané, od elle pouvait espérer de jouir de quelque tran^piil* lité, les adeptes de Ealj; a^ant jjosqu'à ce jauc res-

scté le territûiie français. Dans Timpossibilité où ! me trouvais d'agir par les voies ordinaires^ k résence d'un employé du service judiciaire ou de i police que j'eusse envoyé en mission secrète, ne 3vant avoir poiur résultat que de domitf l'éveil, je l'arrêtai à la oômhinaiscNn suivante.

Les agents des ponts et cbausséesi, oonstammeot coupés à la réputation, des étangs et des canaux de rise d'eau qui sont' destinés à amoser les rizières endant la saison sèche, habitent les villages de intérieur, vivent avec les Indous, sont très-aimés 'eux et peuvent se transporter partout pour ins* ecter les barrages et régler les prises d'eau, de haque cultivateur, sans inspirer la moindre déance.

Ne voulant ni lui rendre viâte „ ni le prier de asser au parcpiet, pour n'exciter aucun soupçon, ^ m'arrangeai posir rencontrer l'ingénieur ea chef ans les salons du gouverneur, qui recevait tous les DITS les fonctionnaires, et je le mii& au courant de affaire ; il se montra très-empressé à me seconder^ l ayant envoyé immédiatement un ^resspourap^ der au chef-lieu le oonducteur auxiliaire, chargé a service des eaux de lirvicarré et TendevanoBO^ 3US prétexte de renseignemexrî:, iLme fit rencontrer Bec lui le lendemaia même.

Je ne hii cachai lien. Il habitait le distriol depms lusieurs années, et nons donna à notre grand lonnemoift les renseignements les phis pnécieux« aivant lui tous lesi Indous du district étaient pem ladés que la famille qu'on m'avait signalée offrait endant la màL^ ans. époqnea de oataines grandes

fêtes, des sacrifices humains. Quant à lui, il n*ét^ pas éloigné d'accorder quelque créance à ces bruil aucuns habitants des villages voisins, enfsmts a hommes, n'avaient, il est vrai, disparu ; mais t fait était sans importance, en présence de la facilit que les sectateurs de Kaly avaient de choisir leui; victimes parmi tous ces pèlerins voyageurs et cfô Êunilles de nomades qui sillonnent constammen rinde, et qui n'ayant aucun état civil, peuvent dis paraître sans laisser aucune trace. Le cadavre aprè le sacrifice, jeté dans la jungle, était en moins d'un^ heure dévoré par les chacals.

Le hasard m'envoyait un collaborateur intelligent

Lui ayant communiqué la dénonciation, je h chargeai de surveiller le lieu où l'anonyme prétendait que la jeune fille était cachée, lieu qui se trouvait être une des nombreuses cryptes sou terraines de la vieille pagode en ruine de Tinricarré.

Il m'affirma que ses relations avec les Indous, l connaissance de leurs habitudes, et son service qu l'obligeait à des inspections constantes, lui permet (aient d'aller partout sans exciter la moindre dé fiance, et il se fit fort, si on lui donnait pleins pou< voirs, de sauver la victime au cas où il y en aurail léeliement une et de faire opérer l'arrestation à tous ceux qui auraient trempé dans l'attentat.

Je lui remis une réquisition qui mettait à sa dis^ position le Thàsildar et toute la police indigènedii district en lui recommandant de n'en fidre us<« qu'au dernier moment.

— Ils ne se douteront de rien jusqu'au mointft

i'agir, me répondit-il, sans cela il serait inutile de rien tenter.

Il fut convenu qu'il ne nous avertirait de rien, qu'il éviterait soigneusement toute correspondance; la réussite était à ce prix.

Il partit avec Tordre apparent de faire reconstruire les fossés de la route de Tirvicarré à Tendevanom, qui avaient été dégradés pendant la saison des pluies.

Pendant les huit jours qui suivirent je fus sous le coup de constantes appréhensions.

Le 4 septembre au matin, 21 du mois d'Avany, je reçus la dépêche suivante par un coureur :

« Yictime sauvée au moment où on allait l'attacher sur la pierre du sacrifice. Vingt-six personnes arrêtées, j

L'affaire se termina devant la cour d'assises, mais on ne put obtenir le moindre aveu d'aucun des Thugs, qui malgré cela furent condamnés à despeines diverses.

Le jeune agent des ponts et chaussées avait agi comme ne l'eût point fait peut-être le plus fin limier de la police judiciaire d'Europe.

Après avoir placé une cinquantaine de coolis à travailler sur la route, et installé son campement auprès d'eux, il avait paru n'être occupé qu'à surveiller leur ouvrage, mais chai^ue nuit il se glissait hors de sa tente, et se cachait en observation dans les ruines de la pagode de Tirvicarré ; il acquit dés le second jour la conviction qu'une vieille femme de Tendevanom descendait chaque nuit avec des provisions dans les cryptes de la pagode. S' étant assuré

adroitemeM qu'il n'y avait qu'une entrée sous le Go param, il ne revint plus et attendit le 3 septemke.

A partir de oa moment sa préoccupation constante fut desavoir commeol il arriverait à. employer la police sans donner Téveil. .

Il eut un trait de gérie.

Ayant fait distribuer, sous prétexte deréaMnpcnse, du callou (liqueur fermentée du cocotier), à une dizaine de ses hommes, ils se grisèrent et cherchèrenl ^ereUe aux autres. Feignant d'avoir des craintes pour la nuit, il requit le Thasildar du district et tous ses pions, de venir s'établir au campement pour en imposer aux coolis. De cette façon, la police fut portée à deux pas des ruines où devait se passer le drame, sans se douter du rôle qui lui était réservé, et à l'aide d'un motif si naturel qu'Q ne pouvait exciter aucune défiance.

Quand le moment fut venu, le jeune conduci^eur auxiliaire fit conn^tre au Thasildar les pouvoirs dont il était muni, lui ordonna de le suivre avec sa troupe, et tous ensemble pénétrèrent. dans les cryptes souterraines de Tîrvicarré où les sectaires de Kaly furent surpris au milieu de leurs cérémonies préparatoires..

C'est ainsi que les Tfaugs de Tendevanom furent arrêtés, et que l'on put mettre fin à leurs odieux sacrifices sur le territoire français. Bien que les Anglai&'Ies pendent sans jugement sur les moindres indioes, il en reste encore un certain nombre dans les jungles et les marais du bas Bengale...

J'ai dit qu'ils avaient été condamnés sans laisser échapper un aveu.

GEYIAN. 34»

Je pourrais ajouter que toute poursuite criminelle fmit toujours ainsi ; on pan/ient à obtenir des preuves^ des aveux, jamais.

Ce n'est pas ici le lieu de poursume toute la série de mes souvenirs judiciaires'; bien que je sois en' cours de voyage, ce n'est pas une raison pour m'égarer, . .

Je n'ai pu résister au désir de prorover à certains touristes à la course qu'il y a des mcefurs extraordinaires à étudier dans l'Inde, des choses m^eirveilleusesi à en conter, et que ce n'est pas en deux mois — justele temps de traverser le pays — quand on ne conndt ni la langue ni les mœurs, ni les traditions du passé, ni les habitude» du présent, quand on montre k chaque instant que l'on n'ei^ même pas au courant du mouvement des sciences orientales et indianites* de l'époque... que l'on peut avoir la prétention de connaître la vieille patrie des brahraes. Chacun peut voyager comme il l'entend, étudier dix ans une ccwitrée, ou la parcourir es deux mois, je n'ai rien à voir à cela... Ce que je demande, c'est que le» voyageurs train express, qui ont étudié un pays à travers la fumée de la. locomotive, ne taxent pas de contes imaginaires les récits de ceux qui l'ont habité.. . Ceci ad£ins,ils pourront tant qu'ils voudront prendre une pagode indoue pour un temple Mormon et une fabrique de tuiles pour un temple Bouddhiste, je ne les troublerai plus dans les louanges qu'ils se décernent à eux-mêmes aux dépens duproihain; dans le moms comme dans la plus, il y a

incontestableineni- des (^fs-d'oeurre «.

Du Pomparipo à Negombo(la ville des serpents), et à Colombo, nous suivîmes constamment les bords de la mer, souvent même, pour éviter de trop longs détours, lorsque les forêts de cocotiers s'avançaient jusqu'à Textrémité du rivage, baignant leurs racines dans le sable humide, mes deux bufflones marchaient pendant des heures tantôt sur la terre ferme, tantôt dans l'eau, humant de leurs larges naseaux les émanations alcalines des flots, et trempant de temps à autre leurs mufles trapus, luisants et noirs, dans l'écume de la vague qui leur arrivait parfois jusqu'au poitrail.

D'un côté, courait devant nous, avec les mille et une surprises de l'imprévu, la ligne dentelée du rivage avec sa luxuriante végétation, ses oiseaux chanteurs, ses parfums, ses chaumières cyngalaises perdues sous bois, comme un nid au milieu des branches. Et de l'autre, ce grand flot azuré de l'océan Indien que tous les navigateurs connaissent venait mourir à nos pieds avec ce murmure monotone et lent qui accompagne et berce la rêverie.

Bien pauvres sont les esprits qui ne s'exaltent pas en face de ces grands paysages des Tropiques ; n'en déplaise à ceux qui prennent la sécheresse et l'insensibilité voulues, pour un réalisme de bon ton, ce ne sont pas les voyageurs qui créent la poésie de ces rivages enchantés, mais bien la nature, qui réserve pour les pays du soleil ses coulem's les plus magiques, ses beautés les plus enivrantes.

Au bout de six jours de marche, avec des moyennes de quatre à cinq lieues par jour, no« atteignîmes Négombo, ville d'une certaine impor-

c;:;ylaN. . 345

tance commerciale, où l'on rencontre un grand nombre de métis des trois peuples qui ont tour à tour dominé sur la côte ouest de Ceylan: Portugais, IloUandais, Anglais. Les métis portugais sont plus noirs que les Indous de race, et se distinguent généralement par une malpropreté et une paresse à toute épreuve. Ils s'appellent tous don Miguel, don Fernandez, don Velasquez, etc., ne travaillent pas de peur de déshonorer la mémoire de leurs nobles ancêtres, et se font nourrir par leurs femmes, qui tiennent des petites boutiques d'objets du pays. Les signoras étant généralement de race indigène, elles peuvent s'employer, sans risquer de tacher le blason de l'illustre branche cyngalaise des Velasques, y Nunez, y tou^t ce que vous voudrez...

Les métis hollandais sont rares et dans une aisance relative. Presque tous plantent un peu de café ou de bétel, dont ils trafiquent avec les indigènes. Quant à ceux de race anglaise, Albion ne saurait les renier, ils s'entendent à merveille à exploiter les Cyngalais, et se grisent au moins aussi bien que leurs cousins des bords de la Tamise.

Le lendemain j'arrivais à Colombo, m^' dernière étape avant Kaltna, sans que rien d'extriordinaire ait mouvementé notre voyage depuis la baie de Calpentyn jusqu'à la capitale anglaise de Ceylan. Je me dirigeai immédiatement avec ma petite caravane du côté de Oriental-Hôtel. Aux abords des grandes villes le^bengalow me séduit peu ; on y est troublé constamment par la présence de nombreux fonctionnaires de l'intérieur, qui, venant pour quelques heures au chef-lieu, débarquent là avec leurs do-

yOYAGE AU PAYS DES PERLES.

mestiques, y font envoyer les provisions qii' achètent pour leur maison, et se servent de i établissement comme d^un .véritad[)le lieu de dép Et puis, après plus de quatre mois d'excursîoi i travers les forêts et fcs jraifles, quatre mois fatigues et d'émotions de toute nature, je n'él pas fôché, avant d'aller Tne reposer pendant tenrps indéterminé sur la plantation de mes am de m'initier aux nouvelles d'Europe, de vh pendant quelques jours aiu milieu du bruit et i mouvement d'une ville maritime, et aussi d'étudi à Colombo ces agissements anglais que j'avais occasion, déjà d'apprécier â leur juste -waleur à G cutta.

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