‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 1 sur 284 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Départ de Tunis pour les i*uines de Bou-Chater. — Oued Medjerdah, TaDcien Bagradas. — Arrivée à Bou-Chater, jadis Utique ; description des restes de cette Tille célèbre.

25 mai.

Après douze jours consacrés soit à préparer uu second voyage, soit à mettre en ordre les nombreuses notes que j'avais recueillies dans le premier, je quittai de nouveau la capitale de la Régence, accompagné de Malaspina, du seul hamba Mohammed et d'un domestique arabe appelé Aly, lequel avait remplacé Messaoud , qui était retourné dans son pays. Mon projet, dans cette deuxième exploration, était de parcourir et d'étudier, en partie du moins, les régions septentrionales de la Régence, et principalement la vallée de la Medjerdah.

A neuf heures du matin , nous sortons de Tunis par la porte de Carthage.

A neuf heures trente minutes, nous traversons l'aqueduc du Bardo, et laissant ce château à notre gauche et une grande caserne d'artillerie à notre droite, nous apercevons bientôt les maisons de plaisance et les jardins de la Manouba. Il y a là un palais élevé par l'un des derniers beys, et qui est devenu depuis une caserne de cavalerie.

De dix heures trente minutes à onze heures trente minutes, nous suivons une route bordée d'un bois d'oliviers. Notre direction est celle du nord-ouest. La journée est magnifique et le ciel d'un bleu incomparable. Les oiseaux chantent partout sur notre passage. Une brise déUcieuse*du nord-est

tempère l'ardeur du soleil , dont les rayons, chaque jour plus dévorants, nous annoncent que Tépoque des grandes chaleurs a commencé.

A onze heures trente-cinq minutes, on me si([nale à notre droite un petit marabout consacré à Sidi-Merouan.

A midi, nous faisons halte quelques minutes dans un endroit charmant appelé Sebbala (la Fontaine). On y remarque en effet une fontaine assez élégante, ornée d'une galerie à arcades que soutiennent quatre colonnes ioniques. Un fondouk y est attenant. Un peu plus loin s'élève une jolie maison de plaisance bâtie sous Hamouda-Pacha par le célèbre Yousouf, sahab-et-taba. Elle appartient maintenant au sahab-et-taba actuel , ou ministre des sceaux de Son Altesse le bey régnant.

A deux heures, nous atteignons l'oued Medjerdah.

Cet oued, le plus considérable de la Tunisie, n'est autre que le fameux Bagrada ou Bagradas de l'antiquité, sur les bords duquel, s'il faut en croire les historiens anciens, Régulus eut à lutter contre un serpent monstrueux qui défia un instant tout l'effort de son armée.

Les rives du même fleuve et les vastes plaines qu'il arrose furent témoins plusieurs fois de combats moins fabuleux entre les Carthaginois et les Romains. Il coule entre des berges plus ou moins escarpées, traversant de l'ouest-sudouest au nord-est la Régence de Tunis dans toute l'étendue de sa largeur. Il se jette actuellement dans la mer, un peu au sud du lac de Porto-Farina : jadis son embouchure parait avoir été plus rapprochée de Carthage, par conséquent plus méridionale. Le déplacement de son lit dans cette dernière partie de son cours, et les terrains d'alluvion auxquels ont donné naissance ses eaux limoneuses, ont changé un peu sur ce point la configuration du pays, et pour bien comprendre les textes des anciens par rapport à la position d'Utique et à celle des castra Gornelia, il est bon de tenir compte, ainsi

Page 1