‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 2 sur 284 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

que Shaw Ta feit le premier si judicieusement, des changements survenus sur ces parages par suite des atterrissements successifs et des déviations de ce fleuve.

Silius Italiens * le décrit avec autant de vérité que d'élégance dans les vers suivants :

Turbidua arentes lento pedetsulcat arenas Bagrada, non allô Libycis in finibiis amne V ictus limosas cxtendere latius unda:« Et stagnante vado patulos involvere campos.

Nous franchissons cet oued sur un pont nouvellement reconstruit. Il repose sur sept arches : en outre, dans chaque pile, on a ménagé des ouvertures cintrées, afin qu'à l'époque des grandes pluies d'hiver, lorsque le fleuve coule à pleins bords et menace d'emporter l'obstacle qui l'entrave, il puisse trouver un plus grand nombre d'issues pour l'écoulement de ses eaux. Le lit de la Medjerdah, en cet endroit, peut avoir quatre-vingt-dix mètres de large. Une petite île s'élève au milieu; elle est couverte en ce moment d'une quantité considérable de bœufs et de vaches qui tantôt s'y reposent nonchalamment couchés sur le sable, tantôt aiment a se plonger dans les eaux du fleuve et à y chercher un refuge agréable contre les feux brûlants du jour.

A deux heures quarante-cinq minutes, nous traversons, sur un second point, un autre oued appelé Oued-Shrir; c'est un des affluents de la Medjerdah.

Nous tournons alors presque immédiatement à droite, vers le nord , et nous longeons à notre gauche , pendant quelque temps, une suite de collines où plusieurs douars ont çà et là dressé leurs tentes, et qui sont couvertes de superbes moissons.

 trois heures trente minutes, enfin, nous arrivons à Bou-Ghater, misérable hameau de cinq ou six huttes qui sont

1 Silius Italicus, VI, 141 sqq.

seulement habitées pendant l'été, à Tépoque des récoltes. C'est là, avec un pauvre douar qui lui-même ne campe en ce lieu que durant une partie de Tannée, Tunique population qui anime aujourd'hui les ruines solitaires de l'ancienne Utique.

Ces ruines, du reste, ne rappellent que fort peu l'antique splendeur de cette ville célèbre. Gomme Garthage, dont elle était la sœur aînée et qui seule Téclipsait en magnificence et la dépassait en étendue, elle a été presque complètement anéantie, et les vestiges qu'elle a laissés sur le sol ne sont plus guère qu'une ombre de ce qu'elle fut autrefois.

Elle était composée de deux quartiers bien distincts, la ville haute et la ville basse. La ville haute occupait une suite de collines séparées les unes des autres par des ravins plus ou moins profonds.

En venant du sud, on rencontre d'abord, sur ces hauteurs, les débris d'un aqueduc soutenu sur des arcades et construit avec de petites pierres en blocage. Il amenait à la ville les eaux d'une montagne appelée aujourd'hui Kechbata et éloignée, vers l'ouest, de dix à douze kilomètres. On suit encore le tracé de ces arcades jusqu'auprès de cette montagne; néanmoins, sur beaucoup de points et notamment dans la plaine, elles sont presque complètement démolies.

A côté des ruines de cet aqueduc on remarque un système de grandes citernes, composées de six réservoirs de forme rectangulaire et parallèles. La longueur de chacun de ces réservoirs est de quarante-cinq pas et leur largeur de sept et demi. Jadis très-profonds, ils sont maintenant à moitié remplis de terre et leurs voûtes en partie écroulées. Ils servent aujourd'hui d'étables pour les bestiaux d'un douar qui a dressé ses tentes non loin de là. Les caravanes de passage qui font halte à Bou-Chater s'y réfugient également avec leurs chameaux et leurs autres montures.

Un peu au nord de ces citernes, un vaste amphithéâtre a été pratiqué dans un ravin naturel qui offrait de lui-même.

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