‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 14 sur 284 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

j'effectuai en présence de la plupart des autorités de la ville et d'une foule bruyante de curieux. « Que veut donc fiûre ce chrétien avec sa longue échelle? » se demandait-on de toutes parts. Quand celle-ci eut été appliquée contre le mur du bordj, je pus facilement lire de près^ sur le bloc de marbre en question , les mots suivants :

GENIO • COL- IVLIAE HIPPDIARRSACR COLONICOLIVLIAE

CARPIT

GVLV

(Estampage,)

Au commencement de l'avant-delrnière ligne , la lettre I parait remplacer un G que le graveur avait d'abord figuré par erreur.

Bien qu'une partie de cette inscription intéressante soit mutilée f néanmoins on voit clairement qu'il s'agit ici d'un hommage des colons de la colonie JuUa Garpitana au génie de la colonie Julia Hippo-Diarrhytus. Ces colons de la colonie Julia Garpitana étaient les habitants d'une petite ville située en fece de Garthage , sur la côte occidentale de la presqu'île du cap Bon y et qui a conservé son nom antique sous la forme arabe Kourbès; je la décrirai plus tard.

Quant à la colonie Hippo-Diarrhytus, ce n'est autre chose, comme on le sait, que l'ancienne cité à laquelle a succédé Bizerte, dont le nom arabe Benzerte, contracté ordinairement en celui de Bizerte, est une altération évidente, dans

sa dernière partie, du surnom antique Zaritus ou Zarytus» donné jadis à la ville d'Hippo, pour la distinguer d'Hippo- Regius, située plus à l'ouest, et qu'a remplacée, à une faible distance de la position qu'elle occupait, la ville moderne de Bone.

Ce surnom de Zaritus ou Zarytus parait emprunté à la langue phénicienne; les Grecs le traduisaient par l'épithète îtappvTo; (diarrhytus); il était dû au canal qui traverse la ville.

Diodore de Sicile ' la désigne également sous la dénomination d'Hippou-Akra (Ituttou A/.pa), apparemment à cause du promontoire voisin, dénomination qui, en se contractant, devient dans Appien* Hippagreta (tcx iTnroyprra).

Fondée par les Tyriens, Hippo-Zarytus leur fut sans doute redevable du canal qui existe encore maintenant, et dont les substructions , ainsi que celles des deux môles, sont certainement très-anciennes. Le port fut plus tard agrandi par Agatliocle, qui ajouta de nouvelles fortifications à la ville. Celle-ci, outre l'emplacement de la moderne Bizerte, occupait encore, près du rivage, celui du faubourg connu sous la désignation de Houmt-Andless (quartier des Aiidalous). Lorsque les Maures furent chassés d'Espagne, ils se réfugièrent vers différents points du nord de l'Afrique. La Régence de Tunis leur concéda un assez grand nombre de territoires; à Bizerte, par exemple, le faubourg que je viens de mentionner et qui aujourd'hui, comme la ville elle-même, renferme beaucoup de maisons à moitié détruites, est encore habité actuellement par les descendants de ces fugitifs.

Sous la domination romaine, Hippo-Zarytus devint une colonie, comme le prouve l'inscription que j'ai transcrite plus haut, comme cela résulte aussi du passage suivant de Pline le Jeune*, v

« Diod., XX, 55.

^ Appian., Punie, c. ci.

3 Pline, Epist., IX, 33.

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