CHAPITRE PREMIER
cette ville, par l'avantage de sa position dans une plaine vaste et fertile, a dû être dans l'antiquité l'une des plus grandes et des plus populeuses de la presqu'île du cap Bon , je ne serais pas fort éloigné de penser qu'elle n'est autre que l'ancienne Megalopolis mentionnée par Diodore de Sicile', et qui tomba au pouvoir d'Agathocle dans sa marche du cap Bon, près duquel il débarqua, à Tunis, et de là a Carthage. La proximité de Megalopolis et de Tunis est l'une des raisons qui justifient le mieux, suivant moi, l'identification que je propose. En effet, Soliman, qui me semble avoir succédé à la première de ces deux villes, n'est qu'à XX milles au plus de la seconde.
Diodore de Sicile ajoute, il est vrai, que la blanche Tunis (Aeuxo; Tuvyiç), dont Agathocle s'empara aussitôt après avoir pris et saccagé Megalopolis, est à deux mille stades de Carthage.
« £v9v( dis toi Trpoç tov Aevxov Tuvyira xoXovjxsvov (hoX,îx^ç , ej^etpwaaTo iw TUoXtv ccul/pvaotv Kapj^riibvoç 3i0j^tXtovç crraîtoyç. »
Mais c'est là une faute évidente dans le texte de cet historien, et il me paraît inutile, pour justifier ce chiffre, de supposer l'existence d'une seconde Tunis complètement imaginaire, et distante de Carthage d'un intervalle aussi considérable.
Quoi qu'il en soit, la Megalopolis carthaginoise ne nous est connue que par ce passage de Diodore et par la Notice des évéchés de l'Afnque ; car parmi les évéques de la province Proconsulaire, il y est fait mention d'un episcopus Meglapolùanus *.
A l'inscription que j'ai reproduite plus haut, je joindrai ici, seulement par acquit de conscience, un fragment épigraphique insignifiant qui m'a été montré à Soliman; il consiste uniquement dans les lettres :
* Diod. Sic, XX, 8.
* Morcelli, Àfrica christiana, t. I, p. 2ît.
RVM
Ce fragment, gravé sur un beau bloc qui est en partie masqué actuellement par de la maçonnerie, ce qui empêche d'apercevoir les cinq ou six autres lettres qui suivent, appartient à une inscription monumentale qui a disparu; les caractères, en effet, ont une hauteur de vingt centimètres.
J'ai dit que dans cette petite ville quelques chrétiens sont fixés au milieu des musulmans. Deux d'entre eux, Génois d'origine, les frères Marcenaro, possèdent en commun un précieux camée qu'ils m'ont fait voir, et qui a été trouvé il y a une quinzaine d'années à El-Djem. Ils en ont déjà, m'ont-ils affirmé, refusé des sommes considérables qui leur ont été offertes par plusieurs voyageurs européens, et entre autres par deux Anglais. Le fait est que ce camée m'a paru un véritable chef-d'œuvre. Avec une loupe puissante, on distingue dans ce petit bijou une foule de détails merveilleusement exécutés que l'œil nu peut à peine saisir, tant ils sont fins, délicats et multipliés.
Le sujet représenté est un Neptune armé de son trident et debout sur son char. Il est traîné par quatre coursiers marins, moitié chevaux et moitié poissons. La tête du dieu, dans son extrême petitesse , a une expression et une beauté singulières. Pleine à la fois de grâce et de majesté, elle rappelle la perfection incomparable des types grecs les plus vantés. Quant aux chevaux, ils sont, si je puis dire, vivants. Malgré leur fougue et leur impétuosité , leur divin conducteur parait les maîtriser sans effort au milieu des vagues agitées. L'écume sort de leur bouche, leurs naseaux fument; on voit briller leurs dents à travers leurs lèvres entr'ouvertes.
« S. Grenv. Temple, t. II, p. ÎOÎ, n*» 5.