CHAPITRE SEPTIÈME
roseaux entrelacés. Les thons y sont conduits par les courants et s'y entassent jusqu'à ce qu'ils deviennent la proie des pécheurs.
Djamour-el-Kebir, dont je viens de parler, s'élève à quatorze kilomètres environ au nord-ouest de la Tonnara. C'est une ile inhabitée , au centre de laquelle se dresse une monta{pie qui domine au loin les flots et dont le massif constitue l'île presque tout entière. Celle-ci renferme une quantité innombrable de lapins. Dans l'antiquité, elle s'appelait Aegimurus ou Aegimorus, dénomination qui se retrouve avec une lég;ère altération dans celle que lui donnent maintenant les Arabes; elle est également connue sens la désignation de Zembra et aussi de Simbolo, que les Italiens lui appliquent. Plus près de la Tonnara est une seconde île beaucoup plus petite ; elle est appelée , pour cette raison , par les Arabes Djamour-es-Shrir et par les Italiens Zembretta ou Simboletto. C'est un simple rocher dont Pline * a pu dire avec plus de vérité encore que de Djamour-el-Kebir :
o At contra Carthaginis sinum duae Aegimori arae, scopuli verius quam insulae. »
Mannert, dans sa Géographie ancienne des États barbaresques, a déjà rapproché avec raison le terme de arae donné par Pline à ces deux îles, de la même expression qu'on retrouve dans le vers suivant de Virgile * :
Saxa Tocant Itali, mediis quœ in flactibus, Aras.
A en croire le scoliaste du poète latin , ce serait sur ces autels que les Romains et les Carthaginois auraient scellé un traité par la foi du serment.
La baie de la Tonnara est très-probablement la même que celle d'Aquilaria, où Curion débarqua avec ses troupes.
« C. Curio *, in Africam profectus ex Sicilia ap-
1 Plin., V, 7.
» Virg., JSneid.y I, v. 113.
» Cawar, De bello civili, II, t3.
pellit ad eum locum, qui appellatur Aquilaria. Hic locus abest a Glupeis passuum XXII millia, habetque non incommodam aestate stationem , et duobus eminentibus promontoriis continetur. »
La distance qui sépare la baie de la Tonnara de la ville de Kelibia, l'ancienne Clypea, située sur la côte opposée de la presqu'île du cap Bon y répond en effet assez exactement à celle de XXII milles indiquée ici comme comprise entre Aquilaria et Glupea. Quant aux ruines d' Aquilaria, ce sont peutêtre celles que j'avais rencontrées près de cette baie, avant d'atteindre l'îlot de la Tonnara.