CHAPITRE SEPTIÈME
vëritable orthographe, Missua, et marquée comme étant à trois cents stades de Garpi, chiffre trop fort d'un bon tiers. L'intervalle qu'indique la Table de Peutinger entre Misua et Glypea est de XII milles, autre erreur résultant peut-être d'une faute de copiste, car cette distance est en réalité de XX milles.
Procope ' signale Missua et la place à trois cents stades de Garthage, ce qui est exact par mer; par la voie de terre, en effet, il y a environ cinquante stades de plus.
A l'époque chrétienne *, cette ville comptait parmi les sièges épiscopaux de la province Proconsulaire.
GHAPITRE SEPTIÈME.
Départ de Sidi-Daoud-en-Noubi. — Baie et ilôt de la Tonnara; cette baie est peut-être celle d*Aquilaria.
A dix heures du matin, ayant achevé de parcourir en tous sens l'emplacement de l'ancienne Missua, je donne le signal du départ, et nous poursuivons notre route vers le nord-est.
A dix heures dix minutes, nous laissons à notre gauche un petit promontoire qui détermine une crique de peu d'étendue.
A dix heures quinze minutes, nous rencontrons un promontoire plus large que le précédent et qui s'avance aussi plus loin dans la mer. Il constitue une presqu'île oblongue qui a été jadis habitée, comme l'attestent les vestiges des antiques constructions qu'on y remarque.
Était-ce là une sorte de faubourg de Missua ou un établissement maritime distinct? je l'ignore. Toujours est-il que ce
* Procop., Bell. Vand., II, 14.
^ MorcelU, A/rica christianay t. I, p* S3i.
promontoire, tel qu'une sorte de môle naturel se projetant assez avant dans la mer, s'allonge entre deux anses, qui autrefois, comme maintenant, servaient de ports. Celle du nord, de beaucoup la plus considérable, s'appelle aujourd'hui la baie de Tonnara et doit ce nom à un petit ilôt connu sous cette désignation.
Nous contournons cette dernière baie. Une particularité à observer, c'est que plusieurs sources d'eau douce y sourdent près de ses bords orientaux et au sein même des eaux salées qui les entourent. Une petite construction circulaire, en forme de puits, les protège contre l'invasion et le mélange de ces eaux, qui, autrement, leur communiqueraient leur propre amertume.
A onze heures vingt-cinq minutes, nous apercevons, à notre droite, quelques ruines éparses au milieu des broussailles, et nous entrons bientôt après avec nos montures dans la baie en suivant une espèce de gué où elles n'ont de l'eau que jusqu'au poitrail; avant midi, nous parvenons à l'îlot de la Tonnara.
Cet îlot était inhabité il y a une quarantaine d'années. A cette époque, on y construisit des magasins et plusieurs autres bâtiments destinés à loger un certain nombre de matelots employés à la pèche du thon, poisson qui abonde sur ces parages. L'établissement est actuellement dirigé par l'un des parents de M. RafFo, l'un des ministres du bey. Les matelots engagés dans cette entreprise sont tous Européens et originaires, pour la plupart, de la Sicile, de Gènes et de Livourne. Chaque année, au mois d'avril, ils abordent en Tunisie, et, vers le 15 juillet, ils s'en retournent dans leur pays. La pèche dure ordinairement trois mois. Cette année, elle a été trèsproductive, et le nombre des thons pris a dépassé le chiffre de dix mille. C'est entre Djamour-el-Kebir et le continent africain que sont établies en mer les madragues, espèces de chambres construites avec des câbles, des filets et de gros