CHAPITRE PREMIER
Quatrième départ de Tunis. — Palais de la MoKammédia. — Pont de Toued Meliau. — Magnifique tronçon de l'aqueduc de Carthage ; quelques détails sur cet aqueduc et sur la restauration qu*on en fait maintenant.
2 août.
A peine rentré dans la capitale du Beylik , je suis aussitôt informé des massacres épouvantables qui ont naguère ensanglanté la Syrie y et qui ont fait craindre un instant à l'Europe un soulèvement général des musulmans contre les chrétiens, partout où ceux-ci , dans les diverses parties de Tempire ottoman , sont en trop petit nombre pour pouvoir résister à leurs éternels ennemis. J'apprends en même temps les mesures adoptées par plusieurs puissances chrétiennes, et en particulier par la France, afin de prévenir de nouvelles explosions du fanatisme mahométan. Dans de pareilles circonstances, quelques personnes me conseillent de ne plus poursuivre mes explorations dans l'intérieur de la Bégence et d'attendre à Tunis les événements. Mais diverses raisons allaient me rappeler bientôt en France, et je ne voulais pas y revenir avant d'avoir achevé la tâche que je m'étais moimême imposée. D'ailleurs, la Tunisie était demeurée jusqu'à présent très-tranquille, et ce n'est qu'une dizaine de jours plus tard qu'un chérif, se prétendant issu de Mahomet, ourdit un complot contre les chrétiens et commença dans la Régence à agiter les esprits en y prêchant la guerre sainte; mais le bey, averti à temps, lui fit trancher la tête devant son palais, et par cet acte de fermeté, coupa court, dès le principe, à cette conjuration, qui, en prenant des proportions plus vastes et plus formidables, aurait pu attirer sur ses propres États les justes représailles de la France.
Plein de confiance dans la Providence, qui avait jusque-là aplani toutes les difficultés de mon voyage, je résolus donc