CHAPITRE DOUZIÈME
autres, ceux de la koubba d'un marabout, autour de laquelle est un petit cimetière musulman.
A neuf heures trente minutes, nous passons l'Oued-el- Fedj : des lauriers-roses en bordent les contours sinueux.
A neuf heures trente-cinq minutes, nous traversons un autre oued , ou plutôt une branche du dernier cours d'eau : le lit de ces torrents est entièrement à sec.
A neuf heures quarante-huit minutes, nous laissons à notre g^auche, sur une colline, un amas de gros blocs antiques. Cet henchir m'est désigpué sous le nom de Tei- Mout.
A dix heures douze minutes, nous parvenons à l'henchir Aln-Djeloula , et nous faisons halte près d'une source abondante qui sourd de terre en plusieurs endroits et qu'environne un fourré épais de lauriers-roses entremêlés de vieux figuiers.
Il est phisieurs fois fait mention de Djeloula dans les auteurs arabes qui ont écrit sur cette partie de l'Afrique.
« De Kalhrouan à Djeloula , dit El-Bekri ' , on compte vingtquatre milles. Cette dernière ville renferme des restes de monuments antiques, des tours encore debout, des puits d'eau douce et des ruines. Un berger y trouva un diadème d'or, garni de pierreries, mais ce bijou lui fut enlevé par
Ibn-el-Andaloci Djeloula, ajoute -t- il, est une place
défendue par un château fort. Construite en blocs de pierre, elle est d'une haute antiquité. Au centre de la ville jaillit une source d'eau vive, et aux alentours s'étendent des plantations d'arbres dont une partie donnent des fruits. Parmi les arbustes à fleurs parfumées dont le sol est couvert, le jasmin surtout est fort abondant et fournit aux abeilles qui vont y butiner, un miel dont l'excellence est passée en proverbe. Les habitants de KalCrouan font macérer le jasmin dans de
* El-Bekri , Descript. de rA/rit/ue septentrionale, p. 78.
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l'huile de sésame, afin d'en extraire le parfum; ils traitent de la même manière la rose et la violette. La canne à sucre y croît en abondance. Naguère on envoyait chaque jour, de Djeloula à Kaïrouan , des charges de fruits et de légumes en quantité énorme. Les jardins de Djeloula sont aux environs de la ville.
» La conquête de Djeloula, poursuit El-Bekri, fiit achevée par Abd-el-Melek-ibn-Merouan. Cet officier qui faisait partie de l'armée commandée par Moaouïa-ibn-Hodeidj , reçut de son chef Tordre de marcher avec un corps de mille honunes contre la ville de Djeloula. Pendant plusieurs jours, il tint cette place étroitement bloquée; puis, ayant reconnu l'inutilité de ses eBbrts , il prit le parti de la retraite. A peine se fîit-il mis en marche, qu'il remarqua, du côté de l'arrièregarde, un gros nuage de poussière. Croyant que l'ennemi était sorti à sa poursuite, il ordonna à une partie de sa troupe de faire volte-face , pendant que le reste de la colonne garderait son ordre de marche. On découvrit alors qu'un pan de la muraille qui entourait la ville s'était écroulé , et profitant de cet accident, on se hâta de pénétrer dans la place et de s'emparer de tout ce qu'elle renfermait. »
Aujourd'hui , Djeloula est un henchir complètement désert; les beaux et riches jardins décrits par El-Bekri n'existent plus; les jasmins et les cannes à sucre ont disparu, et de tous les arbres fruitiers qui croissaient en ce lieu, les vieux figuiers que j'ai signalés près de la source ont seuls survécu.
Quant aux ruines de la ville , elles consistent principalement en une grande enceinte , presque entièrement renversée et flanquée jadis de tours carrées; elle avait été construite avec de gros blocs, les uns complètement équarris, les autres encore bruts. C'était là l'acropole .de la cité, acropole qui, dans un moment de danger, devait servir de refuge à tous les habitants. Le pourtour peut en être estimé à un kilomètre.