CHAPITRE QUINZIÈME
naître et à ne pas nous égarer avec lui dans le dédale de cette âpre solitude, déchirée par de nombreux ravins et couverte de petits pins, de genévriers et de lentîsques.
A huit heures quarante minutes, nous franchissons l'oued Mabrouk, qui serpente en replis tortueux; nous marchons alors vers l'ouest-sud-ouest.
A huit heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte à THenchir-el-Haouria. Là sont les restes d'un bourg, épars au sein d'un fourré d'arbustes et de broussailles. Les débris de trois monuments attirent surtout mon attention. Les plus remarquables sont ceux d'un petit temple, dont la cella mesure huit pas de long sur six de large. Construite avec de beaux blocs parfaitement appareillés entre eux, elle est^encore en partie debout; elle était précédée jadis d'un portique soutenu par quatre colonnes ; celles-ci gisent à terre brisées en plusieurs tronçons.
J'examine ensuite une enceinte longue de vingt pas et large de dix-huit; les assises inférieures sont seules en place; elles consistent en gros blocs, plus ou moins bien équarris. Cette enceinte parait avoir été un ancien poste militaire.
A quelque distance de là , on voit une grande porte bâtie en belles pierres de taille et qui est à moitié détruite; elle avait cinq mètres de large, y compris les pieds-droits.
Les autres ruines sont plus confuses et moins dignes d'intérêt.
A neuf heures quinze minutes, nous nous remettons en marche.
A dix heures, notre guide nous avoue qu'il s'est trompé de sentier au milieu de la forêt que nous traversons. Heureusement pour nous, nous apercevons bientôt un jeune berger qui fait paitre un troupeau de chèvres dans le fond d'une vallée. Cet enfant, effrayé par notre apparition inattendue dans cette solitude sauvage, s'eniîiit d'abord à notre approche ; l'hamba Mohammed s'élance à sa poursuite au galop de son
35i VOYAGE EN TUNISIE.
cheval, et, quand il Ta rejoint, il tire de lui divers rensei- (jnements qui nous aident à retrouver notre route.
A onze heures trente minutes enfin, nous atteignons les ruines importantes de la cité déserte connue sous le nom d'Henchir-Oum-el-Abouab (henchir de la mère des portes).
Le premier édifice qui se présente à nos regards est une porte monumentale ou arc de triomphe, dont la largeur totale est de dix mètres dix-huit centimètres. L'ouverture de l'arcade est de cinq mètres onze centimètres. Les pieds-droits sur les deux façades du monument sont ornés de deux pilastres cannelés dont les chapiteaux ont disparu, mais qui étaient très-probablement corinthiens. La partie supérieure de cet arc triomphal, tout entier bâti en belles pierres de taille, était jadis couronnée d'un quadrige, comme le prouve l'inscription suivante qui est gravée sous l'arcade sur la fece intérieure de l'un des pieds-droits.