‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 32 sur 284 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Sur un bloc long d'un mètre > engagé dans une tour : VDAMVXORSTATIL

Béja est la même ville que celle qui , dans quelques éditions de Salluste', est mentionnée sous le nom de Vacca; d'autres éditions, en effet, portent Vaga, dénomination conforme à celle des deux inscriptions n** 216 et 217.

C'était, à l'époque de Jugurtha, une cité riche et commerçante que visitaient et même habitaient beaucoup de marchands italiens; car voici comment s'exprime Salluste {Jug,y c. XLvn).

« Erat, haud longe ab eo itinere quo Metellus pergebat, oppidum Kumidanim, nomine Vacca (vel Vaga), forum rerum venalium totius regni maxume celebratum, ubi et incolere et mercari cohsueverant Italici generis multi mortales. »

Cette ville se soumit d'abord volontairement aux Romains ; mais ensuite, ayant, à l'instigation de Jugurtha, massacré par surprise, pendant une fête publique, la garnison qu'elle avait reçue dans ses murs , Metellus lui fit expier cruellement cette défection et la livra en proie à ses soldats.

Plutarque, dans la vie de Marins', nous transmet à ce sujet les mêmes détails que l'historien latin. Il est à remarquer qu'il écrit le nom de cette cité Baya, dénomination identique, sauf une légère différence de prononciation, à celle que la ville porte encore aujourd'hui. On n'ignore pas que, dans la langue grecque, le B était ordinairement prononcé comme le V des Latins.

1 Sallnst. BelL Jug,^ c. zltii et c. lztiii.

S Plat., Vita Mariif c. Tiii.

Pline ' la cite sous le nom d'oppidum Vagense.

A l'époque chrétienne, elle était la résidence d'un évéque.

Sous Justiuien , comme nous le savons par Procope *, qui écrit Baya à l'exemple de Plutarque, ce qui ne doit pas nous étonner, puisqu'il écrivait également en grec, les murs d'enceinte qui entouraient jadis cette place furent relevés, et elle fut elle-même appelée Theodorias, en l'honneur de l'impératrice. C'est donc à cet empereur, très-probablement, qu'il faut attribuer l'enceinte actuelle, enceinte qui, par la nature et l'agencement quelquefois irrégulier de ses blocs , accuse, comme je l'ai dit, une reconstruction du Bas-Empire, exécutée à la hâte avec des matériaux plus anciens.

A l'époque d'El-Bekri, c'est-à-dire dans la dernière partie du onzième siècle de notre ère , Béja jouissait encore d'une grande prospérité.

« Badja, dit cet écrivain arabe', renferme cinq bains, dont l'eau provient des sources dont nous avons parlé ; elle possède aussi un grand nombre de caravansérails, et trois places ouvertes où se tient le marché des comestibles. Les environs de Badja sont couverts de magnifiques jardins, arrosés par des eaux courantes. Le sol en est noir, friable , et convient à toutes les espèces de grains. On voit rarement des fèves et des pois chiches qui soient comparables à ceux de Badja, ville qui, du reste, est surnommée le grenier de rifrikiya. En effet, le territoire est si fertile, les céréales sont si belles et les récoltes si grandes, que toutes les denrées y sont à très-bas prix , et cela lorsque les autres pays se trouvent soit dans la disette, soit dans l'abondance. Quand le prix des céréales baisse à Gairouan , le froment a si peu de valeur à Badja que l'on peut en acheter la charge d'un chameau pour deux dirhems (environ un franc). Tous les jours

i Pline, V,*.

2 Procop., De œdif.y VI, 5.

3 El-Bckri, Description de V Afrique septentrionale, p. 136 et i87»

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