CHAPITRE PREMIER
vont prendre, au lieu de leur être profitable, leur serait nuisible.
Un canal communiquant avec la mer traversait la ville par le milieu. Il est depuis lon{[temps comblé, et la où il ne présente pas une surface trop marécageuse, il est livré à la culture. Les quais qui le bordaient étaient couverts de constructions dont quelques-unes paraissent avoir été très-considérables; d*autres étaient simplement des magasins et des abris voûtés.
Ce canal aboutit à un grand bassin circulaire , comblé également et marécageux, au centre duquel s'élève un monticule où gisent les débris d'un puissant édifice; ils consistent en plusieurs pans de murs très-épais renversés les uns sur les autres.
En jetant un simple coup d'oeil sur ce bassin circulaire et sur l'ilot qu'il renfermait, on remarque aussitôt la ressemblance qu'ils offrent avec le Gotbon ou port militaire de Carthage. Il est donc très-probable que nous sommes ici en présence du port militaire d'Utique, et que les ruines qui couvrent l'ilot sont celles de l'ancienne amirauté.
Quant au port marchand, il a de même disparu, par suite des alluvions de la Medjerdah, qui ont formé peu à peu à l'embouchure de ce fleuve une sorte de petit delta, jadis occupé par la mer.
Nous passons la nuit dans l'une des huttes de Bou-Ghater; mais, à cause des marécages voisins, les nuées de moustiques dont nous sommes incessamment assaillis nous font une guerre acharnée, et il faut nous résigner à renoncer au sommeil. ^
26 mai.
Dès le lever de l'aurore, j'erre de nouveau sur l'emplacement de la grande cité dont j'avais commencé la veille à fouler les débris. En achevant de les parcourir, j'évoque
devant ma pensée les principaux souvenirs qui s'y rattachent.
Fondée près de douze siècles avant Jésus-Christ, Utique est l'une des plus anciennes colonies que Tyr ait étabhes sur la côte d'Afrique. Plus tard , lorsqu'une autre colonie phénicienne eut donné naissance à Garthage, malgré les rapides développements de cette dernière ville, qui acquit bientôt une prépondérance toujours croissante, elle conserva son indépendance et continua à former une république libre, gouvernée par un sénat et des suffètes. Néanmoins elle finit par reconnaître la suprématie et par subir le patronage dominateur de sa sœur cadette, que le double génie du commerce et de la guerre rendait insensiblement la reine de la Méditerranée, et qui aspirait à devenir celle du monde.
L'an 300 avant Jésus- Ghrist, elle tomba au pouvoir d'Agathocle. Après la première guerre punique, ayant pris part à l'insurrection des mercenaires, elle en fut sévèrement punie par Garthage.
Dans le cours de la seconde guerre punique, elle vit son territoire ravagé tour à tour par T. Otacilius, M. Valerius Messala et Valerius Laevinus. Scipion , à peine débarqué en Afrique, établit son quartier d'hiver presque sous ses murs, l'an 204 avant Jésus-Ghrist, et l'assiégea longtemps par mer et par terre ; mais elle résista victorieusement à tout l'effort de ses armes.
Au commencement de la troisième guerre punique, elle se soumit aux Romains, craignant d'être entraînée dans la ruine imminente de Garthage, et quand celle-ci eut succombé, l'an 146 avant Jésus-Ghrist, elle devint elle-même la métropole de l'Afrique et la résidence du proconsul romain. G'est dans ses murs que, l'an 40 avant Jésus-Ghrist, Gaton essaya de défendre un instant contre Gésar les derniers débris de la République; mais la fortune favorisa son rival. Pour échapper à la honte de subir son joug ou plutôt sa clémence,