‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 3 sur 284 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

par sa forme elliptique, celle qui convient à ces sortes de monuments. Tous les gradins ont été enlevés, et quelques débris insignifiants subsistent seuls de cette puissante construction. Elle avait environ trois cent soixante pas de circonférence ; Farène mesurait cinquante-deux pas de long sur quarante-deux de large. La nature a repris ses droits sur ce ravin, que l'homme avait jadis conquis et approprié à la destination que j'ai indiquée ; des broussailles et de hautes herbes en revêtent maintenant de nouveau le fond et les flancs , et toute trace de maçonnerie a presque complètement disparu.

Dans le sens du grand axe de l'amphithéâtre , du côté du nord-ouest, une constniction demi-circulaire y était attenante. Quelques voyageurs l'ont regardée comme un ancien théâtre; mais c'est ailleurs, à mon avis, qu'il faut reconnaître les vestiges de ce dernier monument.

En continuant à se diriger vers le nord, on traverse un petit ravin, puis l'on monte sur un plateau où sont bâtis deux marabouts : l'un est consacré au scheik Bargh-el-Lil , l'autre au scheik Etkouri. Quelques tombes les environnent. Ces deux marabouts s'aperçoivent de neuf à dix milles, à cause de la position qu*ils occupent, et ce sont leurs petites coupoles blanches qui , en brillant au soleil , signalent de loin l'emplacement d'Utique.

Au delà de ce plateau , un autre ravin peu profond reste à franchir, et l'on parvient ensuite sur un second plateau plus vaste , de forme oblongue et dominant la plaine de soixantedix mètres; sa longueur est d'environ deux cent cinquante mètres, et sa largeur de cent. C'était l'acropole d'Utique. Vers l'ouest, un fossé le défendait; de tous les autres côtés, et principalement du côté de l'est, il était protégé par l'escarpement naturel de ses flancs. Couverte actuellement de broussailles et de hautes herbes , sa surface ne m'a offert que des débris insignifiants.

Du haut de cette colline, qui s'avance comme une sorte de promontoire dans la plaine, la vue est très- étendue. A Test, les hauteurs de Kalat-el-Oued méritent surtout l'attention. C'est là, en effet, que, suivant toute prohabilité, il fiaut placer les castra Cornelia, non loin desquels Scipion l'Africain, après avoir débarqué son armée dans le voisinage du Pulchrum promontorium , vint abriter sa flotte, et où il assit lui-même son camp et fixa son quartier d'hiver. Plus tard , Gurion, avant d'assiéger Utique, que défendait Caton, ne manqua pas d'occuper préalablement ce point, d'une grande importance stratégique.

En redescendant de l'ancienne acropole de cette ville, on traverse une plaine, aujourd'hui cultivée, qui jadis était couverte d'habitations; puis l'on arrive à une petite colline qui affecte une forme demi-circulaire et à laquelle avaient été adossées les constructions d'un théâtre.

Ailleurs, un grand édifice démoh est encore désigné par les Arabes sous le nom de Seraïat-es-Soultan*(le palais du sultan). Était-ce un fort? était-ce un palais? je l'ignore.

Près de cet édifice gisent les débris d'un temple transformé sans doute en basihque à l'époque chrétienne. Le sol a été fouillé à plusieurs reprises en cet endroit; il est encore jonché d'un certain nombre de tronçons mutilés de colonnes de granit.

Une autre grande construction l'a voisine. A quelques pas de là, au milieu d'un terrain marécageux, une source d'eaux thermales, dont la température est de trente-trois degrés centigrades, est recueillie dans un petit bassin que recouvre une cabane de roseaux. Plusieurs tortues se promènent dans un fossé attenant où se dévei*se l'eau du bassin. Les Arabes qui viennent se baigner dans ce dernier ne manquent jamais d'apporter des galettes de pain à ces tortues, car ils les regardent comme sacrées, et ils s'imaginent que s'ils ne s'acquittaient pas préalablement de ce 'devoir, le bain qu'ils

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