CHAPITRE DIXIÈME
Victor de Vite ' la nomme civitas Larensis.
Le passage suivant d'Ei-Bekri * prouve que de son temps cette ville était encore debout et florissante :
« A trois journées de Gairouan est située Lorbos , ville fermée qui possède un {p*and faubourg. Son territoire produit du safran excellent et se distingue par le nom de Beledel-Anber (canton de l'ambre gris). — C'est a Lorbos, ajoute cet écrivain , que se rendit Ibrahim-ibn-abou-*l-Aghleb lors de sa sortie de Cairouan. En l'an 296 (908-909), Abou- Abd-Allah-es-Chlaï vint mettre le siège devant Lorbos. Ibrabim, qui s'y était enfermé avec toutes les milices de l'Ifrikiya , s'enfuit vers Tripoli , accompagné de plusieurs des chefs de ses troupes et d'une partie de son armée. Abou- Abd-Allah pénétra de vive force dans la ville et fit massacrer les habitants. Ces malheureux s'étaient réfugiés, avec le reste des milices, dans la grande mosquée, où ils se tenaient entassés les uns sur les épaules des autres. Le sang sortit par toutes les portes de cet édifice, et coula dans les rues ainsi que font les ruisseaux à la suite d'une forte averse. L'on assure que trente mille individus périrent dans l'intérieur de la mosquée , et que ce carnage dura depuis l'heure de la prière du soir jusqu'à la fin de la nuit. Les Aghiebides, dont la dynastie succomba bientôt après cette catastrophe, avaient régné sur l'Ifrikiya pendant cent onze ans. »
La mosquée dont il s'agit ici , et qui fut le théâtre de cet affreux massacre, est probablement le grand édifice renversé dans l'intérieur duquel gisent les divers tronçons de colonnes que j'ai signalés plus haut.
Cette ville subsistait encore un siècle environ après El- Bekri , car Edrisi ' la mentionne dans sa Géographie comme une cité de construction antique et toujoiu^ debout.
* Victor Vitensis, p. t4.
3 El-Bekri, Descript. de l'Afrit^ue septentrionale, p. 112.
3 Edrisi, Géographie, trad. de M. Jaobert, t. I, p. S59.