‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 1 sur 268 · HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

8, RUE GARANCIERE M D CC Cl. X II

Lv v(i *

Droits de traduction réservés

fi'- L -

AVANT-PROPOS

Chargé par Son Excellence M. le ministre de l'instruction publique et par M. le duc de Luynes, qui, dans sa munificence habituelle, avait voulu faire lui-même les frais de la mission , de recueillir en Tunisie les inscriptions que j'y pourrais trouver, j'ai exploré, pendant l'année 1860, sinon la totalité, du moins une grande partie de cette Régence. Comme résultats de mou voyage, j'ai rapporté 508 inscriptions ou fragments d'inscriptions dont ^ j'ai pris la copie et en même temps l'estampage, quand ^ cela m'a été possible. Ces inscriptions se divisent ainsi : 536 latines, 28 puniques, 3 coufiques et 1 libyque ou berbère. Les unes sont inédites, les autres, au contraire, ont déjà été publiées. Les inscriptions puniques, par £j exemple, sont en partie connues, grâce aux travaux de j M. l'abbé Bourgade, et c'est dans l'espèce de petit musée J fondé à Tunis par ce savant ecclésiastique que je les ai ^ estampées sur les blocs brisés ou intacts qui en sont revêtus.

*j Les trois inscriptions coufiques n'ont pas encore été ^ publiées. .1 ai estampé lune à Sousa, 1 antique Hadru- ^ metum, sur une petite colonne de marbre qui appartient à M. Espina, vice-consul de France, et les deux autres à

vi AVANT- PROPOS.

Tunis, sur tics plaques de marbre qui sout la propriété de M. l'abbé Bourgade. L' inscription libyque ou berbère provient de Sbiba , l'ancienne Colonia .Sufctana , où S. Grenville Temple l avait déjà vue avant moi.

Quant aux 53G inscriptions latines, je les ai ramassées çà et là en parcourant la Tunisie d'une extrémité à l'autre. Je n'ai pas la prétention, bien entendu, d'avoir visité toutes les ruines qui couvrent le sol de la Régence, ni d'avoir épuisé, dans les localités que j'ai étudiées, toutes les recherches épigraphiques que l'on pourrait y entreprendre. Une pareille exploration, pour être tant soit peu complète, devrait embrasser d'abord, comme de juste, la surface entière du pays, et exigerait ensuite, avec des fouilles habilement dirigées sur beaucoup de points différents, non-seulement la collaboration éclairée de plusieurs archéologues, mais encore le concours favorable des autorités indigènes et des habitants eux-mêmes, se prêtant volontiers à l'entrée des chrétiens dans les maisons particulières et dans les monuments publics, sans en excepter les zaouïas et les mosquées. Que pouvais-je donc faire seul pendant les quelques mois (pie j'avais à passer en Tunisie? Je me suis efforcé néanmoins, après le P. Ximénès, Peyssonncl, Shaw, Hebenstreit, Desfontaincs, Frank, S. Grenville Temple, Falbe, Pellissier, MM. Berbrugger, Rousseau, Tissot, Espina et l'abbé Bourgade , après tous ceux , en uu mot , qui ont déjà recueilli des inscriptions dans cette contrée, soit de

AVANT-PROPOS. vu

retrouver, quand elles existaient encore, celles qui avaient été précédemment transcrites, afin de contrôler sur les lieux mêmes les copies qu'on en avait faites, soit surtout d'en découvrir de nouvelles , et d'ajouter, pour ma part, quelque chose aux précieux résultats des investigations de mes devanciers. Dans ce but, j'ai sillonné la Régence durant huit mois consécutifs et glané en quelque sorte, chemin faisant, les inscriptions dont j'ai parlé. C'est assurément une moisson bien faible, en comparaison de celle que l'on obtiendrait si l'on pouvait étudier à fond ce pays, comme, depuis un certain nombre d'années, on étudie l'Algérie. J'avouerai même que parmi ces inscriptions il en est quelques-unes qui n'ont qu'une importance fort médiocre; d'autres sont tellement tronquées et mutilées qu'il est difficile d'en tirer parti; mais d'autres aussi éclairent d'une nouvelle lumière l'histoire et la géographie des antiques provinces de la Numidie, de la Zeugitane et de la Byzacène : plusieurs, par exemple, m'ont révélé le nom et l'emplacement d'anciennes villes, presque toutes très - considérables , qui n'avaient point encore été retrouvées, et dont je décrirai en leur lieu les ruines.

Tout en poussant ces recherches épigraphiques à travers une grande partie de la Tunisie, j'ai examiné en même temps avec soin le pays que je parcourais. J'ai donc pensé qu'il ne serait point inutile pour la connaissance d'une contrée jadis si célèbre et aujourd'hui, assez

viii AVANT-PROPOS.

rarement visitée dans son intérieur par des Européens, de publier le journal de mon voyage, journal qui permettra au lecteur de me suivre pas à pas et d explorer pour ainsi dire avec moi, jour par jour, étape par étape, les diverses localités où je le conduis tour à tour.

Au fur et à mesure de mon récit, j'intercale les inscriptions que j'ai copiées dans chaque endroit, de telle sorte que la description des monuments debout ou renversés auxquels elles appartenaient puisse servir à les mieux faire comprendre, comme elles contribuent elles-mêmes à expliquer ces monuments.

Ayant accompli quatre explorations successives pour étudier le pays, j'ai divisé ma relation en quatre parties. La première, qui est de beaucoup la plus longue, et dont l'étendue plus grande répond à celle du voyage qu'elle analyse, remplit à elle seule le premier volume. Les trois autres sont contenues dans le second. Celui-ci renferme, dans le chapitre consacré à Thugga, une planche qui reproduit très-fidèlement la fameuse inscription bilingue qu'on voyait autrefois en cet endroit, et qui, depuis quelques années, a été transportée au Musée Britannique. Cette planche a été gravée et réduite d'après un estampage pris sur la pierre originale et envoyé de Londres à M. le duc de Luynes. Par l'exactitude avec laquelle elle a été exécutée, elle pourra permettre aux orientalistes de rectifier l'explication donnée par Gesenius d'après les copies relevées en Tuuisie par MM. Gren ville Temple et

AVANT-PROPOS. ix

Honegger, et d'apprécier celles qui ont été proposées depuis par M. de Saulcy et le D r Judas. A ce même volume est jointe également une carte détaillée de la Régence, où mes divers itinéraires sont indiqués par quatre lignes peintes différemment, afin qu'on puisse plus facilement les suivre, comme autant de fils conducteurs distincts, à travers le réseau général que la carte présente. Cette dernière, réduite d'après celles du Dépôt de la guerre, mais avec plusieurs modifications et adjonctions, ne porte guère que les noms des localités que j'ai visitées. .Te donne ces noms avec l'orthographe qui m'a paru le mieux répondre à la manière dont je les ai entendu prononcer. A côté des dénominations modernes, j'ai placé les dénominations antiques, partout où, soit des preuves convaincantes, soit de simples conjectures, fondées sur de grandes prohabilités, m'autorisaient suffisamment à établir un pareil rapprochement.

Au nombre des ouvrages que j'ai consultés sur ce sujet, je signalerai particulièrement :

Parmi les auteurs anciens.

1° Divers passages d'Hérodote, de Scylax, de César, de Strabon, de Ptolémée, de Pomponius Mêla, de Pline, de Solin, d'Ethicus, de Martianus Capella, de l'Anonyme

AVANT- PROPOS

de Ravenne, etc., que Shaw a pour la plupart reproduits à la fin de son second volume.

2° L'Itinéraire d'Antonin.

3° La Table de Peutingcr.

Parmi les auteurs du moyen duc, suit arabes, soit autres.

1° La Description de l'Afrique, par Ibn-IIaucal, traduite de l'arabe en français par M. Mac Gnckin de Slane (1842).

2° La Description de l'Afrique septentrionale, par El- Bekri, traduite de l'arabe en français par M. Mac Guckin de Slane (1858).

3* La Géographie d'Edrisi, traduite de l'arabe en français par Paul-Amédée Jaubert (1836).

ni.

Parmi les auteurs modernes.

1* Extraits de Léon l'Africain, traduction française; Lyon, 1556.

2* L'Afrique de Marmol, traduction de Perrot d'Ablancourt, 1647.

3* Voyages dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant, par Shaw, traduction française; 2 vol.

AVANT-PROPOS. xi

in-4\ 1743. — Shaw a été chapelain de la factorerie anglaise, à Alger, de 1720 à 1732. D'une érudition trèsvariée, il a, pendant un séjour de douze années eu Afrique, parcouru les Régences de Tunis et d'Alger. Dans son ouvrage, l'un des plus importants, sans contredit, que nous possédions sur ces deux contrées, il traite de la géographie, de l'histoire naturelle, du gouvernement et des mœurs des pays qu'il a visités, et il essaye, par des rapprochements quelquefois erronés, mais souvent aussi fort exacts, d'identifier les noms modernes avec les noms antiques. Ce savant docteur avoue dans sa Préface les obligations qu'il a eues au P. Ximénès et aux manuscrits de Peyssonnel que lui avait prêtés M. Bernard de Jussieu. Il attribue au religieux espagnol l'honneur des notions géographiques et des inscriptions anciennes qu'il a insérées dans son livre relativement à la partie occidentale de l'antique Zeugitane. C'est également à ce même religieux que Maffei s'avoue redevable des inscriptions de l'Afrique septentrionale qu'il a publiées dans son Muséum Feronense.

4° Voyages dans les Régences de Tunis et d'Alger par Peyssonnel et Desfontaines, publiés par M. Dureau de la Malle, en 2 vol. in-8° (1838). Médecins l'un et l'autre, ces deux naturalistes avaient été chargés d'explorer, dans l'intérêt de la botanique principalement , les parties septentrionales de l'Afrique. Le premier accomplit son voyage de 1724 à 1725, le second de 1783 à 1786. Ils

xn ÀVÀST-PROl'OS.

s'efforcèrent en même temps de joindre aux renseignements qu'ils fournissaient pour les sciences naturelles, d'autres non moins profitables pour l'histoire et la géographie.

5° De antiquitatibus romanis per Africain repertis; Leipzig, 1733, in— 4 W , par Hchenstreit. C'est une dissertation latine peu développée et peu instructive. Ce médecin allemand exécuta son voyage en 1732. Les quatre lettres du même auteur, adressées en allemand au roi de Pologne Auguste H, ont été après sa mort recueillies par Bernoulli, Samnihtng Kfeincr Iieisen, Berlin et Leipzig, 1780, et traduites par M. Lyriès en 1830, Xonm'lles Annales des royayes, t. XLVI, p. 7-iK).

G 0 Recherches sur remplacement de Cartilage, suivies de renseignements sur plusieurs inscriptions puniques inédites, de notices historiques et géographiques, etc., par C. T. Falbe, capitaine de vaisseau et consul général de Danemark; Paris, 1 vol. in-8°, 1833.

7° Excursions in the Mediterraneau, Algicrs and Tunis; 2 vol. in-8°; Londres, 1835, par S. Grenville Temple. Cet ouvrage est, avec celui de Shaw, le plus savant et le plus exact que nous ayons sur cette matière; c'est le récit d'un voyage fait en Barbarie pendant les années 1832 et 1833. Lieutenant-colouel de cavalerie au service de Sa Majesté Britannique, S. Grenville Temple décrit avec précision toutes les localités et tous les monuments qu'il a visités.

8° Géographie ancienne des États Barbarcsqucs, d'après

AVANT-PROPOS. xni

l'allemand de Mannert, par MM. h. Mardis et Duesberg. Paris, 1842; 1 vol. in-8\

9° Univers pittoresque, Afrique ancienne : Cartilage, par MM. Dureau de la Malle et Jean Ynnoski; — Numidie et Mauritanie, par M. L. Lacroix; — Afrique chrétienne et Domination des Vandales en Afrique, par M. Jean Yanoski. Paris, 1844.

10° Wanderungen durch die Kiistenlander des Mittelmeeres ausgefuhrt in den Jahren 1845, 1846 und 1847, von D r Heinricli Barth, in zwei Bànden. Berlin, 1849.

11° Univers pittoresque, Afrique moderne : Tunis, par le docteur L. Frank; travail revu et accompagné d'un Précis historique, par M. J. Marcel. Paris, 1850.

1 2° Description de la Régence de Tunis, par E. Pellissier, membre de la Commission scientifique d'Algérie. 1 vol. grand in-8°; Paris, 1853. — M. Pellissier ayant habité plusieurs années la Régence en qualité de vice-consul de Sousa, l a parcourue à diverses reprises, et les détails qu'il nous donne sont surtout d'un grand intérêt en ce qui concerne l'état actuel de la Tunisie, son administration, ses produits, etc. Au point de vue archéologique, il a ajouté peu de chose aux découvertes des voyageurs qui l'avaient précédé.

13° Divers articles insérés dans l' Annuaire de la Société de Constantine, 1854 et 1855, et dans la Revue africaine, 1857, par M. Tissot.

14° Itinéraires archéologiques en Tunisie, publiés dans

xiv ÀVÀiNT-PROPOS.

la Revue africaine, 1857 et 1858, par M. Berbruggcr. Ce savant bibliothécaire d'Alger avait exécuté son voyage en 1850.

15° Fouilles à Carthagc, par M. Beulé. Paris, 18(î0. Cet ouvrage résume les belles fouilles si habilement exécutées par l'auteur, en 1851), sur le plateau et les pentes de Byrsa, ainsi que sur remplacement des ports et de la nécropole de Cartilage.

Je ne dois pas non plus oublier de signaler deux autres ouvrages qui sont d'une importance capitale pour l'histoire religieuse de l'Afrique, et qui contiennent en même temps beaucoup de détails géographiques sur les nombreuses villes épiscopales qui y sont mentionnées, à savoir :

1G° Historia persecutionis Vandalicae, par dom Ruinai t. 1 vol. in-8°, Paris, 161)4.

17* Africa christiana, par Morcelli. 3 vol. in-folio; Brcscia, 1816.

En terminant cet Avant-propos, j'ai un devoir de reconnaissance à remplir envers M. L. Renier, qui, lors de mon départ pour la Tunisie, m'avait déjà fourni une foule de notes et de renseignements utiles, et qui depuis mon retour a bien voulu m' éclairer encore des lumières de sa science consommée en épigraphic et revoir les copies de la plupart de mes inscriptions, d'après les estampages que j'ai rapportés. J'ai aussi à remercier M. le général Creuly, qui a examiné mon manuscrit avec

AVANT-PROPOS

le soin le plus minutieux et le plus bienveillant, et qui, «avec toute l'autorité que lui donne l'étude profonde qu'il a faite de la jjéoftraphic et de l'histoire du nord de l'Afrique, m'a communiqué plusieurs observations dont j'ai profité. Grâce à leurs doctes conseils, (jrâce aussi h ceux que j'ai reçus de M. Guijjniaut et de M. Ejjjjer, qui ont daiçné prendre tant d'intérêt à mes précédentes missions, et notamment à celle-ci, j'espère que cet ouvrage sera un peu moins indique du généreux patronage dont il est en quelque sorte le fruit, et des reyards de la critique qu'il va maintenant affronter.

Paris, ce 26 septembre 18G2.

Page 1