CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
Thenae u été probablement un comptoir maritime fondé dans le principe en ce lieu pur les Phéniciens; mais les ruines que l'on y voit sont romaines , quelques-unes même accusent une époque postérieure aux Romains.
L'Itinéraire d'Antonin nous apprend que c'était une colonie. Dans une inscription lapidaire publiée par Gruter nous
« Decuriones et coloni coloniae Mliat Augustae mercurialis Thenùanorum. »
Nous savons par Pline que Scipion le Jeune, en partageant le royaume de Numidie entre les 61s de Massinissa, fit creuser un fossé immense depuis l'embouchure de la Tusca jusqu'à Thena», afin de marquer la limite du territoire romain et du pays des Numides. Dans la suite , lorsque Rome s'empara de la Numidie, ce fossé devint, à la vérité, inutile; toutefois, on le regardait toujours comme formant, du côté de Thena», la ligne de séparation entre l'Afrique ancienne et l'Afrique nouvelle.
« Ea pars, dit Pline *, quam Africain appellavimus, dividitur in duas provincias , veterem et novam , discrètes fossa inter Africanum sequentem et reges Thenas usque perducta*. »
A l'époque chrétienne, Thenœ était la résidence d'un évéque. Depuis l'invasion arabe, elle a continué encore d'être habitée quelque temps, car on remarque d'anciens tombeaux musulmans dans la partie méridionale de l'emplacement qu'elle occupait.
A onze heures trente minutes, nous nous remettons en marche.
A midi quinze minutes, nous traversons un. petit oued appelé Oued-ed-Dir-el-Heugla. Nous y faisons halte vin(jt minutes près d'un puits.
• Gruleri Inscript., p. 363, n» 3.
a Uist. nat., V, 3.
180 VOYAGE EN TIMSIE.
A une heure, nous passons non loin du marabout Sidi- Itouinh.
A deux heures trente minutes, nous laissons à notre gauche, près de la mer, le petit village de Nekta ou Néguetu, car ces deux prononciations sont usitées.
A deux heures quarante-cinq minutes, nous franchissons rOued-cch-Chcfar; il est à sec. C'est le même évidemment que Shaw appelle Oued-el-Thainee et qu'il identifie, mais à tort, avec le fleuve Tana dont il est question dans Salluste ', et où cet historien nous apprend que l'armée romaine fit provision d'eau, dans l'expédition de Marins contre Gapsa.
A trois heures quinze minutes, nous rencontrons un puits appelé Bir-el-Aouïna ou Bir-el-Achana.
A trois heures quarante-cinq minutes, avant d'arriver à Ma lires, j'observe sur une colline, à droite de la route, quelques débris de constructions romaines.
Mahrès est un bourg qui avoisine le bord de la mer et qui contient environ sept cents habitants. Il était autrefois plus peuplé, car beaucoup de maisons sont détruites ou abandonnées. On y remarque une ancienne forteresse, d'origine sarrasinc probablement et actuellement en partie démolie. Etant monté sur l'une des tours qui lu flanquent encore, j'ai pu de là contempler au loin l'immense solitude qui environne ce bourg, solitude désolante où le regard attristé ne découvre que de rares traces de culture. Partout ailleurs, ce sont de vastes steppes couvertes seulement d'herbes sauvages et d'alfa; les puits qui y ont été creusés de distance en distance ne renferment la plupart qu'une eau jaune et saumâtre.
On fabrique à Mahrès des nattes et divers autres objets de vannerie a\ec de l'alfa et du jonc.
Ce bourg passe pour être l'ancien municipe Macomndes minores, ainsi appelé pour le distinguer d'une autre ville,
1 Bell. Juguvth., c. 96 et 97.