CHAPITRE DIX-HUITlfcME. J
Pendant que mes deux hamhus, le spahi Ahmed et Messaoud se reposent dans le caravansérail qui avoisine la koubba du santon, je vais avec Malaspina examiner, à un kilomètre et demi de distance vers le nord-est, une petite ruine connue sous le nom de Haouïnet (la petite boutique). C'est une chambre carrée qui a 2 mètres 00 centimètres sur chaque face. Elle a été construite, ainsi que les colonnettes qui la flanquent, avec de petits matériaux qui dans le principe étaient revêtus d'un enduit stuqué dont on distingue encore quelques traces, intérieurement, dix-huit niches cintrées, enduites elles-mêmes jadis d'un mastic puissant et disposées sur deux rangs, ont fait donner par les Arabes à cette chambre le nom qu'elle porte aujourd'hui. Le toit qui la recouvrait est entièrement détruit. Elle me parait avoir été un columbarium romain; dans ce cas, chacune des niches dont je viens de parler devait renfermer une urne sépulcrale.
A dix heures trente minutes, nous repartons tous dans la direction du sud. Nous traversons bientôt une grande sebkha appelée .Sebkha-Sidi-bou-Saïd .
A onze heures trente minutes, nous laissons à notre gauche une tour appelée El-Nadour. Elle s'élève sur une colline non loin de la mer. Construite avec de gros blocs enlevés à des monuments plus anciens, elle est attribuée aux premiers princes de la dynastie des Aghlabites. Quelques ruines l'environnent. C'est là que MM. Pellissier et Tissot placent Cellae Picentinae ou Cellae vicus, bourg indiqué dans l'Itinéraire d'Antonin comme se trouvant sur la côte, à XXVI milles au sud de Macomades et à XXX au nord de Tacapae. Grenville Temple, au contraire, et le docteur Barth le rapprochent de la Zaouïa-Sidi-Maheddeb. Dans ce cas, le columbarium romain que j'ai décrit et les matériaux mêmes avec lesquels on a bâti la zaouïa de ce santon , ainsi que le fondouk qui l'avoisine, auraient appartenu à ce bourg antique.
De midi et demi ù une heure dix minutes, nous longeons l'oued Sidi-bou-Saïd. Le lit desséché de cet oued est large de 200 pas environ ; plusieurs gazelles s'ébattent près de ses rives; elles fuient à notre approche d'une fuite précipitée.
A notre droite, dans le lointain, une chaîne de montagnes borne l'horizon.
A une heure trente minutes, nous traversons l'oued Oumel-Gramm.
A deux heures quarante-cinq minutes, nous rencontrons une source appelée Aïn-Dreia.
A deux heures cinquante-cinq minutes, nous franchissons l'oued Akarit. Ses eaux, qui ne tarissent jamais, coulent entre des rives profondes et escarpées; des roseaux gigantesques croissent dans son lit. 11 n'a guère plus de quinze kilomètres de cours, à partir du Djebel-Akarit , où il prend sa source, jusqu'à la mer, où il se jette. Par l'escarpement de ses bords, il forme une ligne de démarcation assez tranchée entre les plaines plus ou moins ondulées qu'il sépare.
Au delà de cet oued , un amas de pierres brutes de forme pyramidale désigne l'emplacement d'un meurtre. Là, je quitte la route directe de Gabès, et tandis que Malaspina, Mohammed et Messaoud se rendent avec le bagage droit à Métouïa, je me dirige avec Aly et Ahmed vers des ruines qui me sont signalées à l'embouchure de Tarf-el-Ma, torrent qui se perd dans la mer à cinq kilomètres au sud de l'oued Akarit.
Ces ruines sont celles d'une ville antique. Elle s'élevait sur deux collines que sépare l'oued Tarf-el-Ma. Aujourd'hui complètement détruite, elle n'offre plus aux regards qu'un amas confus de petites pierres couvrant ces deux collines et un plateau voisin le long de la mer; çà et là aussi on heurte, au milieu des broussailles et des hautes herbes, quelques gros blocs qui n'ont point encore été enlevés. A l'embouchure de l'oued était un petit port. La rade de Tarf-el-Ma