CHAPITRE VINGT-TROISifcME
Les caractères de cette inscription sont maigres et mal formés; plusieurs sont aujourd'hui très-difficiles à déchiffrer.
Sur un autre monticule, un amas considérable de beaux blocs, restes d'un grand édifice renversé, attira ensuite mon attention; mais je n'y découvris aucune inscription.
Ailleurs, sur le penchant d'un ravin, j'observai les fragments d'une statue en marbre blanc et quelques tronçons de colonnes, les uns en marbre blanc, les autres en marbre rougeàtre.
En somme, la ville de Gigthis avait été bâtie sur un terrain très-accidenté. Assise sur plusieurs collines que divisaient des ravins escarpés, elle était, du coté de la mer, protégée par de hautes falaises. Son port était petit, et comme celui de tous les comptoirs maritimes établis le long des Syrtes, il était tour a tour, suivant les alternatives de la marée, à sec ou plein d'eau. Tous ses édifices étaient construits en blocs d'un puissant appareil. Fondée probablement par les Phéniciens, elle devint, sous la domination romaine, une ville municipale. Florissante encore à l'époque chrétienne, elle était alors, comme je l'ai dit, la résidence d'un évéque. Sa destruction date, sans doute, de l'invasion arabe. Actuellement ses vestiges solitaires et sans nom ne sont plus connus que sous celui d'un santon voisin , appelé Si-Salem-bou- Grara.
A quatre heures trente minutes de l'après-midi, nous redescendons au rivage et nous remontons dans notre felouque, espérant pouvoir atteindre, vers le commencement de la nuit, le port d'Ajitn; mais la mer, déjà houleuse, est bientôt bouleversée par un vent si impétueux, que force nous est de jeter l'ancre à trois kilomètres à peine de la plage que nous venions de quitter. Nous passons ainsi la nuit entière affreusement ballottés par les vagues et continuellement occupés à rejeter hors de notre petit bâtiment l'eau que les lames y déversaient.
19 m an.
A quatre heures du matin , nous essayons de faire à grand'peine quelques bordées. Après d'impuissants efforts, » nous sommes contraints de jeter l'ancre de nouveau. La violence de la tourmente est telle et les vagues se brisent avec tant de fracas contre les flancs de notre fragile embarcation , que nous commençons à redouter qu'elle ne puisse résister longtemps encore à un pareil choc. Vers midi enfin, le vent tombe peu à peu , et la sérénité qui reparait insensiblement sur la mer renaît en même temps dans nos cœurs et sur nos visages. Nous nous remettons en marche, et a quatre heures du soir nous débarquons à Rordj-el-Mersa , heureux de fouler d'un pied assuré cette terre hospitalière, que nous avions désespéré un instant de pouvoir atteindre. Nous gagnons ensuite Houmt-Ajim, où nous passons la nuit.