CHAPITRE DEUXIÈME
mation et sera devenu le plus beau et le plus important de la ville, ou plutôt ce sera comme une petite ville européenne précédant la cité musulmane. Déjà, en dehors de la porte de la Marine, le long de l'avenue qui conduit au lac, un ingénieur français construit en ce moment le nouvel hôtel destiné à M. le consul général de France. Cet hôlel, conçu dans d'assez vastes proportions et digne de devenir l'habitation du représentant de la France, ne doit pas, m'a-t-on dit, rester isolé; mais si les projets qu'on a formés s'exécutent, l'avenue tout entière sera bordée, à droite et à gauche, jusqu'au lac, de maisons européennes, dans une longueur d'environ huit cents mètres. Ce plan une fois réalisé, on songera probablement enfin à creuser à travers le lac un chenal plus profond et plus large que celui qui existe actuellement, de manière au moins que les bâtiments d'un faible tonnage puissent venir débarquer ou embarquer leurs marchandises sur les quais mêmes de la Marine. Car, pour que des navires un peu considérables pussent s'avancer jusque-là, il faudrait, depuis la ligne de mouillage de la rade, entreprendre sur une longueur de plus de douze kilomètres des travaux tellement dispendieux, qu'on sera, je pense, forcé d'y renoncer, vu les ressources très-limitées de la Hégence.
Disons maintenant un mot de la ville musulmane, de ses principaux monuments et de ses bazars.
Tunis abonde en mosquées. La plus belle et la plus vaste s'appelle Djama-ez-Zitoun (la mosquée de l'olivier). Elle est entourée d'un mur élevé qui dérobe aux yeux des infidèles l'architecture orientale et la forme même de ce temple. Comme en Tunisie les mosquées sont absolument interdites aux chrétiens, je n'ai pu y pénétrer; mais j'ai appris qu'intérieurement ce monument était orné de nombreuses colonnes, enlevées la plupart à des édifices antiques. Il est entretenu au moyen de legs pieux , connus sous le nom de habous, et renferme dans ses dépendances une école ou
médrécé, à laquelle sont attachés une trentaine de professeurs, et que fréquentent plusieurs centaines d'étudiants. Un minaret qui ne manque ni de hardiesse ni d'élégance surmonte cet édifice.
Après la Djama-ez-Zitoun , lu I)jama-Sahab-et-Taba (la mosquée du maître du cachet), ainsi appelée parce qu'elle a été* bâtie par le célèbre Yousouf Sahab-et-Taba , c'est-à-dire chancelier d'Hamoudah-Pachu, passe pour l'une des plus riches et des plus remarquables. Le ministre auquel elle doit son nom et sa fondation fit venir à grands frais, pour la construire et pour lu décorer, de beaux blocs, soit en pierre, soit en marbre, et de superbes colonnes arrachées aux ruines de plusieurs villes antiques de l'intérieur ou tirées des carrières de l'Italie.
La mosquée Sidi-Mahrès mérite aussi l'attention dans le faubourg Hab-es-Souïka. Elle est couronnée de plusieurs coupoles qui environnent sa grande coupole centrale. Le saint qui y est enterré et dont elle porte le nom est considéré par les Tunisiens comme l'un de leurs principaux patrons. Aussi cette mosquée est-elle réputée inviolable. C'est un lieu d'asile pour les créanciers et pour les débiteurs.
Je n'oublierai pus non plus de mentionner la Djama-Djedid (ou lu mosquée neuve), élevée par le bey Ahmed dans le faubourg Bab-el-Djezira.
Près de la porte d'une ancienne mosquée qui sert actuellement de médrécé ou d'école, j'ai copié sur une colonne militaire antique l'inscription que voici :