‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 159 sur 268 · CHAPITRE VINGT-NEL* VItME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEL* VItME

moins nous avons soin de nous rapprocher du mulet qui porte notre bagage, et sur lequel ils jetaient obliquement un regard de convoitise.

A cinq heures du matin, nous commençons à longer, à notre gauche, l'oued Tarfaoui. Il a été ainsi nommé à cause des tarfas ou tamariscs qui croissent par touffes nombreuses dans son lit, actuellement à sec. Chemin faisant, nous entendons chanter quelques mokas , oiseaux siffleurs qui , par leur chant matinal, annoncent le réveil du jour. Le terrain sur lequel nous marchons est inégal et partout relevé de bosses qui ressemblent à de grosses taupinières.

A cinq heures trente minutes , nous traversons l'oued Tarfaoui ; son lit sablonneux est très-large en cet endroit. Nous côtoyons dès lors cet oued sur sa rive droite.

Dix kilomètres plus loin , bien que les tarfas continuent à se montrer au milieu de son lit, il perd son nom de Tarfaoui pour prendre celui de Gourbata.

A neuf heures, nous franchissons cet oued pour nous retrouver sur sa rive gauche et éviter ainsi plusieurs détours qu'il décrit.

De neuf heures dix minutes à neuf heures cinquante minutes, nous faisons halte afin de donner quelque repos à nos montures, qui marchent depuis minuit sans interruption.

L'oued Gourbata, dont nous continuons à remonter le cours, s'appelle désormais Cheraïa.

A dix heures, nous remarquons le long de ses berges un grand nombre de mechads.

A midi , nous rencontrons un henchir consistant en quelques blocs rectangulaires épars sur un monticule; mes hambas en ignorent le nom.

A une heure trente minutes, nous franchissons l'oued Beïache, dénomination nouvelle qui remplace celle d'oued Cheraïa.

A deux heures trente minutes enfin, nous atteignons,

épuisés de fatigue, de soif et de chaleur, l'oasis de Gafsa. Depuis celle d'El-Hamma, nous n'avions pas trouvé une seule goutte d'eau potable dans le désert (pie nous venions de franchir. J'évalue à soixante-quinze kilomètres la longueur de la route que nous avions parcourue. Aussi saluonsnous avec joie les admirables palmiers de Gafsa, et bien que la première eau courante que nous rencontrons ait déjà arrosé beaucoup de jardins et soit loin d'être limpide, elle nous parait un breuvage délicieux, et nos pauvres bétes, qui, pendant quatorze heures d'une marche forcée, ont eu à porter, outre leurs cavaliers, le poids plus écrasant encore d'une atmosphère embrasée, ne peuvent s'arracher au ruisseau vivifiant où elles se désaltèrent à longs traits. Pindare, au début de sa première olympique, chante l'eau comme la plus excellente des choses :

A&kjtov n'ev C&op. . . .

Ce grand poète de l'antique Grèce avait bien raison. L'eau, en effet, est le plus grand don que le ciel ait fait à la terre; le pain ne vient qu'après. Mais pour apprécier dignement tout le prix de ce bienfait, il faut avoir, pendant de longues et mortelles heures, cheminé péniblement à travers un vaste désert où pas un arbre n'apparaît aux regards attristés , où la seule verdure qui frappe les yeux est celle de quelques maigres arbrisseaux poussant dans le lit d'oueds taris , où rien par conséquent ne récrée la vue et ne défend le voyageur des rayons d'un soleil de feu, enfin où nulle part la moindre source d'eau douce ne permet de calmer les tortures délirantes de la soif.

La ville de Gafsa est située sur un plateau qu'entourent de trois côtés, à une certaine distance, des montagnes assez élevées. Elle est sous la juridiction d'un kaïd qui commande en même temps à une partie de la tribu des Haméma. Il s'appelle en ce moment Sidi- Ahmed -ben-Yousef. J'ai, vers

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