chapitre: tiu:nte-tkoisiï:.mi:. -m
tiennent à la tribu des Frachich et, en particulier, à la smala des Oulad-Ouezaz. La veille, pendant toute la journée, nous avions entendu des gémissements non interrompus partir d'une tente voisine de celle que nous occupions; ils étaient poussés par une pauvre femme qui pleurait la perte de son mari, récemment enterré dans ce cimetière. Tout en travaillant, elle avait répété éternellement sa complainte funèbre, et, par intervalle, suivant la coutume des femmes arabes, elle faisait entendre des sanglots plus perçants et des cris plus lamentables, afin de s'exciter elle-même et de raviver en quelque sorte sa douleur.
A neuf heures quinze minutes, nous arrivons à la smala des Oulad-Aly. Son kaïd, Hadj-Kaïed, ordonne aussitôt qu'on nous prépare une tente. Nous y étions à peine installés qu'une pluie torrentielle commence à tomber ; elle est accompagnée d'un vent impétueux, et nous sommes encore forcés de différer l'exploration des ruines de Kasrin dont nous ne sommes séparés que par une distance de sept kilomètres. Je questionne le kaïd sur les divers benchirs qui parsèment le vaste territoire où la tribu des Frachich promène ses tentes, et je recueille de sa bouche plusieurs renseignements utiles dont je ferai usage en temps et lieu.
15 avril.
Une violente tempête n'a cessé de gronder toute la nuit et de secouer affreusement les tentes. Nous avons eu aussi la visite d'une bête féroce qui, vers une heure du matin, s'est approchée du camp. Aussitôt tous les chiens de la smala, en sentinelles avancées et vigilantes, ont poussé des aboiements répétés; puis, se réunissant pour ne plus former qu'une seule troupe, ils se sont élancés en masse contre l'ennemi commun. Celui-ci, lion ou panthère, car l'épaisseur des ténèbres a empêché de le reconnaître, a reculé peu à peu, tenant toujours en respect ses nombreux assaillants, qui, a la manière
arabe, tantôt se précipitaient en avant, tantôt, par une fuite soudaine, se rabattaient en arrière pour revenir ensuite à la charge; enfin il regagna, les fourrés du Djebel-Semmenu, et les échos de la montagne près de laquelle la smala était campée cessèrent de retentir des hurlements de la meute uhoyante, qui reprit alors les divers postes qu'elle occupait autour des tentes.
A quatre heures du matin le vent tomba, et à six heures je vis le kaïd qui sortait de sa tente, a Vous avez du passer une bien mauvaise nuit, me dit-il en m'abordant au moment où, quittant également la mienne, j'allais lui demander de me donner un guide pour me conduire aux ruines de Kasrin, mais Allah est grand, ajouta-t-il, et la tourmente est maintenant apaisée. Quant à la visite nocturne qui est venue nous surprendre, nous en avons de semblables de temps à autre, et dernièrement un lion nous a dévoré plusieurs moutons. »
A sept heures, nous nous mettons en marche pour Kasrin. Nous avions déjà passé, trois jours auparavant, à peu de distance de remplacement de cette antique cité; mais, pressés à cause du mauvais temps et de l'état de fatigue dans lequel nous étions tous, de chercher un refuge quelque part, nous n'avions fait que les apercevoir, sans nous y arrêter.
Après avoir franchi l'Oued-el-Hatab, nous traversons une grande plaine où paissent quelques troupeaux.
A huit heures quinze minutes, nous arrivons au bas des collines sur le haut et sur la pente desquelles la ville dont j'allais étudier les débris était placée, au point de jonction et, si je puis dire, au confluent de trois vallées, courant l'une vers le sud, l'autre vers le nord -ouest, la troisième vers l'est.
Le premier monument qui attire mon attention est un haut et superbe mausolée. Divisé en trois étages, il repose sur quatre gradins qui lui servent de soubassement.
Le premier étage mesure trois mètres soixante-trois centi-